REFLEXION

MURAILLE DE SOUR A MOSTAGANEM : Retour à la construction de terre

La sonnette d’alarme a bel et bien été tirée ces dernières années sur les cinq continents après le constat amer de l’abandon de matériaux naturels, peu coûteux, aux multiples avantages et le retour en force à la terre, élément de construction multimillénaire, qui gagne du terrain. De passage, à la fin du mois dernier, par la commune de Sour dans la wilaya de Mostaganem, un pan d’une immense muraille attira mon attention de par son matériau qu’est la terre et sa technique en pisé. Une muraille vieille de sept siècles qui défie le temps.



L’architecture de terre ou comment construire avec ce qu’on a sous les pieds est un thème qui a été abordé dès que l’être humain s’est aperçu que le développement anarchique lui fait perdre sa terre si vitale.  Tous les moyens sont déployés pour le retour au béton écologique à base de terre. Pour en arriver concrètement à un résultat probant, il faudrait que le phénomène mue vers une question politique prioritaire. L’environnement avant tout.  Un long chemin a déjà été parcouru en matière de construction en terre à travers le monde après l’hécatombe du béton armé. En matière d’implantation sur la planète, l’habitat en terre est jusqu’à présent  le mode  le plus répandu. Quel qu’il soit, il est considéré comme un héritage traditionnel et culturel car il faut aussi être un artiste pour construire en terre. Les différentes techniques et alliages au matériau « terre » témoignent de la richesse du savoir-faire.Malgré ses nombreux avantages dont nous en citerons les bienfaits écologiques, la rentabilité économique, les profils thermiques concluants et aussi esthétiques,  la reconsidération de la tendance est de mise.   Du point de vue écologique,  on arrive grâce à ces matériaux à des performances thermiques et hygrothermiques - température et taux d'humidité de l'air ambiant d’un local - qui répondent aux problématiques environnementales.L’utilisation des matériaux locaux dont la terre  fait que du point de vue économique, la rentabilité est avérée en plus du recyclage qui rend la matière inépuisable.Quels que soient le lieu ou le climat, les techniques varient suivant les continents,  peuples,  communautés…  et font que l’habitat en terre reste un  isolant thermique fiable. Selon les statistiques, le tiers de la population de la planète occupe des demeures conçues dans une architecture de terre réparti sur les cinq continents en  milieu urbain comme en milieu rural. En chiffres ce ne sont pas moins de deux milliards de personnes. Cette évaluation dressée il y a près de quarante ans  devrait être révisée à la hausse et  si l’on tient compte des estimations plus récentes des Nations Unies,  ce sont plutôt 50 % de la population mondiale qui s’abrite en terre. Il est à souligner que sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco figurent des  sites archéologiques et architecturaux historiques en terre crue représentant 10% de cet héritage de l’humanité incarnés par 70 ensembles classés alors, que des centaines d’autres devraient l’être. Ce qui nous préoccupe, c’est la méconnaissance du matériau terre. L’habitation en terre a pris une connotation négative car assimilée à la pauvreté alors que le béton et l’acier (dur et solide) sont considérés comme signe de  richesse si ce n’est de force et de puissance.Pour préserver ce patrimoine, il y va en premier lieu de  la reconnaissance des cultures constructives historiques et ce serait alors l’une des voies qui va nous permettre avec une bonne volonté de défendre l’identité culturelle afin de valoriser la construction en terre en milieu rural ainsi qu’en milieu urbain et  en second lieu d’espérer  voir entrer une filière terre sur le marché de la construction et c’est notre intérêt de par cet article. Les politiques peuvent insuffler une nouvelle façon de faire donc une stratégie sur le moyen et long termes. Les collectivités locales, comme  au sud algérien, devraient prendre l’initiative en utilisant les matériaux locaux.De terre, on en connait la BTC. La brique de terre compressée. Une brique qui  consomme moins d’énergie que le béton armé et n’est autre que la dérivée de l’adobe, l’un des premiers matériaux utilisés par l’être humain et si répandue en Algérie.   Fabriquée à partir d'argile tamisée, comprimée alors qu’elle est encore humide puis démoulée, elle sèche naturellement au soleil. Présente sur les cinq continents, elle  coûte peu et  son bilan énergétique est excellent.Le retour à ce patrimoine permet sa préservation et  des économies d’énergie car offrant une très faible déperdition thermique. En Algérie, depuis 2012,  le Centre algérien du patrimoine culturel bâti en terre (CAP-Terre) installé à Timimoun dans la wilaya d’Adrar se fait le chantre du retour aux architectures et constructions en terre. En matière de recherches et d’innovation, le Groupe franco-algérien GEC a créé une brique de béton de terre stabilisée hyper compressée de type Geoluce. Des années d’attente couronnées de succès après la  transformation de la terre en pierre à construire durable qui défie l’eau et résiste à l’humidité. Le procédé est habilité en France et des réalisations-pilotes devraient voir le jour. La nécessité, face aux contraintes environnementales imposées par les gouvernements en matière de réduction du dégagement de CO2, oblige les industriels à revoir leurs copies. La terre parait être le matériau idéal pour répondre aux nouvelles normes, et l’éventuelle industrialisation et standardisation de la terre nécessitent  des travaux de recherche. C’est en fonction de la terre que l’on adaptera les techniques. Dans le domaine de l’architecture de terre, deux tendances croisent les fers,  la recherche de nouveaux produits pouvant répondre aux exigences du développement durable en vue d’être industrialisés et commercialisés et le domaine artisanal qui défend la terre comme un moyen de construction ancestrale.  La dictature du béton a assez duré. Des plaines entières plus que fertiles se sont retrouvées victimes de la modernisation anarchique. Pour vulgariser l’architecture de terre, les médias ont un rôle important à jouer en plus de regroupement des artisans et professionnels en associations en vue de créer un vrai mouvement.  Etant donné que la  conservation des patrimoines architecturaux en terre est un  enjeu politique et économique tout en étant culturel et social,  le retour à l’architecture de terre serait impératif et devrait même s’imposer comme un facteur de préservation du patrimoine et de  développement durable.

 

MOSTEFAI Ouahiba Université Ibn Khaldoun, Tiaret
Lundi 3 Février 2020 - 16:00
Lu 869 fois
CULTURE
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | Moul Firma






Edition du 28-05-2020.pdf
6.56 Mo - 27/05/2020





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+