REFLEXION

LES ŒUVRES UNIVERSITAIRES DE MOSTAGANEM : Un chef, une équipe.

Mercredi 11 novembre 2010. Il est presque 20 heures. Une petite reconnaissance des lieux s’impose. Je n’aime pas improviser. Des voitures garées au dehors et du personnel qui s’affaire à travers les vitres. La reconnaissance des lieux devient curiosité. Une déformation professionnelle. Je frappe à la porte. On n’entre pas. De telles choses arrivent à cette heure-ci. C’est tout à fait normal. J’insiste pour rencontrer ces ombres qui s’agitent. L’une d’elles descend, le téléphone mobile collé à l’oreille. C’est un humain. Il est affairé. Nous sommes invisibles, les préposés à l’entrée et moi. Son problème l’occupe jusqu’à l’invisibilité des alentours. Une résidence universitaire manque d’eau ! Et puis vint l’ordre de me faire introduire, car j’ai été annoncé. A vingt heures près, ce mercredi, pendant que certains roucoulent avant d’aller au lit et que d’autres ripaillent, un homme à la barbe grisonnante est en réunion avec son personnel.



LES ŒUVRES UNIVERSITAIRES DE MOSTAGANEM : Un chef, une équipe.
A vingt heures près, ce mercredi, pendant que certains roucoulent avant d’aller au lit et que d’autres ripaillent, un homme à la barbe grisonnante est en réunion avec son personnel.

Dans son costume gris noir bien taillé, mon interlocuteur filiforme, du haut de ses deux mètres, me fait rappeler le personnage du joueur de Dostoïevski. Un joueur, oui, sauf qu’il est joueur dans une équipe toujours gagnante et dont il est le capitaine. « Son équipe, dit-il, est infermentescible. » Ses joueurs ont de tout, mais ne paraissent pas profiter de ce qu’ils gèrent. L’heure est à la probité et que nos compatriotes sachent qu’il y a encore des hommes. Leur moule est spécial. Des extraterrestres ? Pas du tout. Des citoyens ordinaires. Ils ont de tout, mais on ne les différencie pas du commun des mortels, car ils ne profitent de rien. Même pas de leur vie familiale. Des gens de l’ancienne école, même si leur âge est moyen. Des gens qui parlent encore de sacrifices et de Chouhada. Des gens qui ont fait leur choix et ont donné leur parole et que rien n’a arrêté et n’arrêtera. Leur dénominateur commun, l’Algérie de demain. Ils y croient dur comme fer. Ils foncent et advienne que pourra. Un bon agronome, un biologiste de renom, un célèbre écrivain, un bon traducteur… c’est aussi leur affaire. L’accompagnement de l’étudiant jusqu’à son foyer, son hors-d’œuvre, son lit confortable, son n’est pas une mince affaire.

Mohamed Badredine BEKKI. Fonction : directeur des Œuvres Universitaires de la wilaya de Mostaganem. Age : 53 ans. C’est le capitaine d’équipe. Tels tous ceux qui, avant lui et après lui, ont aimé l’Algérie à fond, a oublié de se marier. C’est mieux ainsi. Sinon, il aurait signifié à son épouse ce qu’a signifié l’Emir Abdelkader à Zohra son épouse, alors qu’il chevauchait la plaine de Mostaganem et elle confinée à Mascara : « Excuse-moi Zohra, j’ai pris pour seconde épouse El Djazaïr. Prends ton mal en patience. » De grands hommes, il y en a toujours. Dieu merci, M. BEKKI s’est marié et se trouve même père de famille. Un être normal à son âge. Non, anormal du moment qu’il est au bureau jusqu’à 23 heures. Un bureau où son équipe dirige, tel l’état-major d’une armée, planifie, apprécie les situations et prend les décisions appropriées avec approbation du chef. Des décisions prises après écoute des spécialistes chacun en son domaine. Quelqu’un avant nous a déjà comparé M. BEKKI a un chef de division d’infanterie au front.

Plus de quatorze étudiants bénéficient à Mostaganem des bienfaits de la manne pétrolière, il faut le dire et de la bonne gestion de leurs biens, car en fin de compte ce sont leurs qui sont gérés à la seule différence que de ces biens devraient profiter à plusieurs générations. Dans d’autres pays en particulier les plus développés, dès l’obtention du baccalauréat, c’est la recherche de petits boulots qui s’impose, sinon adieu les études supérieures. Aux Usa, des milliers de jeunes servent sous contrat dans l’armée afin qu’ils puissent payer leurs études et nombre d’entre eux ont laissé leurs peaux dans des conflits qui ne les intéressaient ni de près ni de loin.

Quatorze mille étudiants, pour M. BEKKI, ce sont quatorze mille familles nombreuses d’antan. Ce sont ses enfants. Il n’aimerait pas que l’une ou l’un des ces futurs cadres de l’Algérie soit balloté, malmené par la bureaucratie ou qu’il manque de quelque chose. Lourde responsabilité de satisfaire tant de jeunes. Même si les moyens y sont, la tâche est ardue et la mission difficile. Pas tout à fait ardue ? Que dire, du moment que pendant les vacances et autres jours fériés, les étudiants du Grand Sud algérien et les étrangers sont choyés, suivis et qu’ils ne manquent de rien ?

A mesure que l’on progresse dans le domaine des œuvres universitaires, l’on découvre que tout est possible si tous les efforts consentis portent et les fruits de tant de labeur sont là. Transport, nourriture et hébergement sont devenus des droits. Reste à bien étudier quand on est satisfait.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La moyenne des étudiants par chambre est de deux. Ils sont 9698 filles et 6250 garçons. Dont acte dans l’Algérie Nouvelle et que ceux qui veulent diminuer la femme algérienne se la bouclent.

Avec M. BELGHIT Djelloul, pas un sou de gaspillé. Eh oui, il est aussi de question d’argent ! Surtout d’argent. Les marchés, il y en a aussi ici. Ces marchés qui affolent les bourses et amènent le diable que seul Faust peut leurrer. M. BELGHIT, tout en sourire, l’air jovial est le second de l’équipe. Silencieux, tout mot est réfléchi et placé intelligemment. L’élégant homme ne marche pas sur les rubis. Et pourtant, il gère des milliards. La nourriture, la bourse d’étudiant, la facture d’électricité, le gazon, les lampes, les chaudières, les badges… Impossible d’énumérer ce qui passe par son domaine. Rien que dans le domaine des bourses, il sert près de 23 000 étudiants dont 90 en cycle de magister et 35 en doctorat.

Les repas servis qui, sans conteste, ne sont pas à la portée de la majorité des étudiants chez eux en leurs foyers. C’est un algérien qui l’écrit. Ces repas sont étudiés et suivis par des médecins qui établissent le menu hebdomadaire tout en tenant compte de la qualité et de la quantité en passant par calories et protéines. Reste la grogne des étudiants de temps à autre quand il s’agit de goût. Le fumet particulier que répand la main de la maman est impossible à recréer. Et là, M. BELGHIT, M. BEKKI et toute l’équipe ne seront d’aucun secours. Le biskri voudra sa doubara, le constantinois son double zit, l’oranais sa hrira, le harrati son rfiss, le malien son tikadèguè et à vouloir satisfaire tout ce beau monde, l’on se verra « rentrer à l’auberge pour ne jamais en sortir ». Les sept restaurants au niveau des résidences universitaires servent quotidiennement plus de vingt-huit mille repas en plus des petits-déjeuners supervisés par les directeurs de ces cités, les médecins et l’intendant chargé de la nourriture des étudiants. La responsabilité paraissant partagée, mais c’est au chef suprême de répondre en cas de pépins. La majorité des étudiants, reconnait n’avoir appris à tenir une fourchette où à se tenir à table qu’après le bac, c’est-à-dire à l’université. Et pour cause, le nombre de lycées étant en nombre faramineux, les fameux internats où sévissaient les pions n’ont plus droit de cité. Même pour quelques repas pour des étudiants désireux, pour une raison ou pour une autre, de passer leurs vacances au sein des résidences, le personnel en toque est mobilisé et les fourneaux sont mis en branle alors que les chambres froides qui ne s’arrêtent jamais, les magasins respirent un peu et les services communaux « chargés de la décharge » trouvent du vite-fait.

LES ŒUVRES UNIVERSITAIRES DE MOSTAGANEM : Un chef, une équipe.
Que l’étudiant trouve tous conforts en son lieu de résidence ou pas, la direction des Œuvres Universitaires trouve toujours quelque chose à améliorer. Ainsi en est-il de la carte magnétique qui devrait être mise à la disposition de l’étudiant et qui lui permettra moins de tracasseries au niveau de la restauration, l’hébergement et certainement d’autres services dont le transport et la bourse.
Le transport est garanti aux étudiants avec des moyens de transport collectifs. Cent bus flambant neuf sont mis à la disposition des étudiants. Près de treize mille étudiants en profitent. Une seule cité sur les sept éparpillées à travers Mostaganem, la résidence Belarbi Abdelkader, n’en profite pas vue la proximité des centres pédagogiques avec les lieux de résidence estudiantine.

Si le personnel est dévoué au niveau de la direction des Œuvres Universitaires, c’est que l’on se met à la place d’autrui. Ainsi dès le premier abord à la direction, c’est un personnel à cheval sur « la rentrée » qui guette les intrusions et dirige les visiteurs. Et puis au secrétariat où officie la belle et charmante Madame Sahraoui Haféda, c’est le ravissant sourire doublé de la bonne éducation qui vous accueille. Reconnaissante, elle cite M. BEKKI avec des mots flatteurs. Personne avant lui ne lui a recouvré ses droits. C’est grâce à lui et lui seul que le personnel s’est accaparé de ses droits. Pas un mot, pas une plainte et le chef comprend vos soucis. Des droits perdus pendant des années. Irrécupérables, avait-on pensé. Nacéra, une femme de ménage, pose sa serpillière et joint les mains pour louer le Créateur d’avoir fait venir le « nouveau directeur ». Depuis 2005 qu’il exerce, il n’est que nouveau pour elle. Quelle aubaine ! Du pré-emploi ou de l’emploi des jeunes, ce chômage déguisé, Mme Sahraoui, universitaire, se retrouve avec Nacéra titulaires sans même lever le petit doigt.
Comment veut-on que ça ne marche quand une direction ne cache rien ? Comment veut-on que ça ne marche pas quand une direction est à cheval sur l’esprit d’équipe ? Comment veut-on que ça ne marche quand une direction est sur le terrain le jour et au bureau à la nuit tombée ?

Une tournée dans les cités vous laisse en général l’impression qu’il faut éduquer et encore éduquer. On se plaint d’hygiène dans les restaurants universitaires, de manque de lampes et d’éclairage, de portes défoncées, de toilettes et douches pas « convenables »… Il doit être dit et en toute franchise que toute l’Algérie est victime de la mauvaise exploitation des lieux collectifs. Que ce soit les toilettes de la gare routière de Batna, des douches collectives de grandes compagnies ou des restaurants de certaines sociétés, l’image de désolation est la même. Du déjà vu : un étudiant partant en vacances, debout sur son cabas entrain de dévisser une lampe qui servira chez lui. Une lampe à 25 dinars. Un autre qui a oublié les clés, défonce une porte qui coûte plus de dix mille dinars. Inutile d’aller plus loin quant aux douches et toilettes. Et dire qu’on apprend à l’université le respect du sacrifice d’autrui, car sans ceux-là, nous dit M. BEKKI, ni vous ni moi ne serions là à pérorer et encore moins nos enfants à étudier.

Ce que suggère la Direction des Œuvres Universitaires de la wilaya de Mostaganem à son ministère de tutelle, soit le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique reflète toutes les préoccupations des étudiants aussi étrangers qu’autochtones. Rien n’est passé sous silence et le hasard n’a pas de place.

Actuellement, le nouveau code des marchés, mal adapté, est sur les lèvres de tous. Il est plus question d’intégrité et d’hommes qu’il faut à la place qu’il faut que de codes et de règlements. Comme les avions cloués au sol, les turbines et autres équipements en panne à travers l’Algérie, c’est un étudiant qui pâtit du manque de bien des choses. Même ce manque n’est pas ressenti, M. BEKKI en fait son affaire. Que de temps perdu ! La commission de marchés de wilaya, selon lui, faisait bien son travail et c’est à long terme que se ressentiront les dégâts du nouveau code des marchés.

Question à deux sous. Pourquoi, M. BEKKI est-il tant aimé et si respecté à Réflexion ? Il en est un de ses premiers lecteurs et puis cette encyclopédie formée sur le tas à servir autrui voit en le mot réflexion lui-même quelque chose qui devrait luire par réfraction et se répercuter sur autrui entre autres choses la science, le savoir, la connaissance, la bonne éducation, la morale, la réelle citoyenneté, la gouvernance dans l’intégrité et surtout l’amour entre humains. Rayonnant de sagesse, calme, le verbe pesé, M. Mohamed Badredine BEKKI, rigide et implacable fera et laissera parler de lui. « L’Algérie me coule dans le sang. J’assume, la tête haute, mes responsabilités, nous dit-il. » Effectivement, accepter certaines responsabilités, c’est relever des défis en ce moment de mue de l’Algérie et l’on comprend bien M. Badredine qui nous dit son secteur comme à être pris sérieusement en charge vues les dernières directives de la Direction Générale. A savoir que la nouvelle manière de penser de M. le Directeur Général, selon M. BEKKI, est toute nouvelle et adaptée aux exigences de notre temps.

L’équipe gagnante de M. BEKKI n’est pas prête d' abandonner malgré toutes les difficultés et les obstacles parfois artificiels qu’elle rencontre sur son chemin. Messieurs SIDALI Aoued, KARBADJI Khelifa, BELAHCEN Aziz, MAHADJI Abdessalem et BENOUALI Mohamed et autres hommes et femmes de l’ombre sont là et que nos enfants dans les différentes facultés et dans les dortoirs sachent que quelqu’un pense à eux au moment où ils attendent le bus, quand ils prennent froid, quand l’eau fuit et même quand le cuistot rate sa sauce.

Si pour certains, la dignité qui a tant de dimensions dont religieuses, philosophiques et juridiques, pour M. BEKKI elle a aussi cette dimension spécifique aux soufis : ni gémir ni se plaindre ni se lamenter ni geindre. Accomplir sa tâche honorablement et n’attendre rien en retour. Ni gloire ni médaille. Et puis, avec M. le directeur, on ressent la culture générale imprégnée de la mère des sciences qu’est la philosophie, le terroir de l’Algérie profonde et surtout le peu d’importance donné à ce passage sur terre, qu’il soit court ou long.

« A défaut d’or pour la bienfaisance, substituez le bon comportement, vous dit M. BEKKI. » Et par bon comportement, Dieu sait ce qu'entend M. BEKKI. Dans le langage des prophètes, c'est colporter les grandes valeurs humaines.

BENATIA
Lundi 22 Novembre 2010 - 02:29
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