REFLEXION

Mon voyage à Ouagadougou, ce que j’ai vu et appris

« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays». Président John F. Kennedy, 35th Président USA

L’appel de l’Afrique Sub-saharienne et l’envie de connaitre ces sociétés ne peuvent trouver réponse que devant cette occasion qui se présente à moi « un voyage au Burkina Faso ». Cette idée d’aller dans un pays du Tiers-Monde alors que la majorité des algériens leurs destinations sont des pays européens est pour certains une idée folle. Chose que j’ai remarqué sur le visage des gens de mon entourage ainsi que même au niveau des employés de l’agence d’Air Algérie et de la Banque.



En revanche, et en dépit des apparences, pour moi voyager c’est de  l’apprentissage perpétuel. Peu importe qu’il s’agisse d’un court séjour ou d’un séminaire de formation. Voyager, dans tous les cas, c’est apprendre.  D’autre part, ma grande motivation pour ce voyage vient du poème trop beau de l'Imâm Ash-Shâfi`î  au sujet des bienfaits du voyage :
J'ai vu l'eau se corrompre en stagnant,
Alors que lorsqu'elle coule, sa saveur est bonne.
Si le lion ne quitte pas la forêt, il ne peut chasser,
Et si la flèche ne quitte pas l'arc, elle ne peut atteindre sa cible.
Il se peut  que  l’une   des motivations qui me pousse à chercher l’ailleurs,             ce soit la banalité de l’ici. Mais, ce voyage me permettra  aussi de voir dans d’autre pays du  Tiers-Monde,   pourquoi   la culture  manque    d’orientation   vers l’entrepreneuriat ?
Par ailleurs, les observations recueillies de ce voyage peuvent me donner des réponses à mes lectures des œuvres de Malek Bennabi                                  « problèmes de civilisation » et  particulièrement  le livre L’afro-asiatisme.
 Nous avions prévu dix jours pour ce voyage, avec deux séminaires de formation de trois jours pour le développement des qualités entrepreneuriales chez les jeunes (la motivation, l’initiative et la confiance en soi - l’esprit d’équipe - leadership).
Dès mon  arrivée, le soir du 31 août 2016 à Ouagadougou la chose qui m’a frappé en premier est l’odeur de l’air que l’on respire, elle  est complètement différente de l’odeur de l’air de l’Algérie, en plus du taux d’humidité très élevé.   Cet environnement vous fait savoir que maintenant vous êtes en Afrique  sub-saharienne.
En  allant en voiture de l’aéroport à notre résidence située dans un quartier     de Ouagadougou,  j’ai constaté peu d’éclairage public particulièrement   dans les rues secondaires et qui sont en plus non goudronnées.
Pour dormir la nuit, j’ai eu beaucoup de difficultés du fait de l’humidité en plus de la présence des moustiques qui sont vecteur du paludisme. Alors, j’étais en train de réfléchir, un verset coranique m’est venu à l’esprit. Allah dit :   « Allah ne se gène pas (de vous) sommer avec n’importe quel exemple (de créature), un moustique ou toute (autre créature) plus élevée. Quant aux croyants, ils savent que ce (Coran) est vérité (et) vient de leur Seigneur ; quant aux mécréants, ils disent :"que veut donc dire Allah, par cet exemple" ? (En fait, Allah) pousse avec cet exemple de nombreuses (gens) à l’égarement et guide plusieurs autres dans la bonne voie ; en réalité Il n’en dévoie que les abjectes. (S2-V26) ».
A la lumière de ce passage coranique, j’ai commencé à comprendre pourquoi Dieu a donné l’exemple du moustique .Cette créature insignifiante, cet insecte si minuscule et si frêle peut se transformer  en une réelle menace et un ennemi que l’on redoute. Devant cette situation, je me rappelle douloureusement  combien nous sommes faibles,  impuissants et vulnérables. Ce qui m’arrive constitue pour moi une grande leçon d’humilité.
Dans cet état, j’ai commencé à réciter l’invocation la plus émouvante que notre prophète Mohamed (qsssl ) a dit à Taif : «  Ô ALLAH, je me plains à Toi de mon peu de pouvoir et du peu de considération que les gens ont pour moi,  O Toi Le Plus Miséricordieux des miséricordieux, tu es mon Seigneur et celui des faibles. Fais-moi Miséricorde……. ».
Dans ces instants, je viens de me rappeler un extrait de « Risale-Nur » de Said Noursi  qui dit : «  Tu es nomade et ce monde, le désert. Ton impuissance et ton indigence ainsi que tes ennemis et tes besoins sont infinis. Puisqu’il en est ainsi, cherche refuge auprès de l’Eternel Possesseur et Souverain de cet endroit désolé, afin de ne pas avoir à demander la charité à toutes les créatures et trembler en face de tout malheur ».
En effet, j’ai commencé ce bienfait (séminaires de formation) au Burkina Faso par «  Bismillah au nom de Dieu ». Ces mots  qui sont  un trésor inépuisable qui vont tenir mon impuissance  à une  puissance et une miséricorde infinie qui est Allah qui va transformer mes défauts et me donner la force devant les situations difficiles.
Ainsi, j’ai commencé à sentir la grandeur et la miséricorde de Dieu et de jouir de la paix intérieure car il m’arrivera seulement ce  qu’Allah m’a prescrit. Alors, j’ai eu le sommeil et j’ai pu dormir comme un bébé.
Au deuxième jour, en voiture dans les boulevards et les rues  de Ouagadougou, les panneaux publicitaires et les enseignes des grands commerces  portent les noms et les marques des grandes entreprises internationales (Total, Shell, Société Générale……). D’autre part, des petits commerces installés le long des rues où tout est vendu (produits alimentaires, téléphonie, habillement…….).   A première vue c’est une ville très animée et très ouverte du point de vue commercial.                                                                                                                  
Arrivée à l’heure du manger nous avions eu beaucoup de difficultés pour trouver de la nourriture préparée à cause des  différences dans  la culture alimentaire algérienne et Burkinabé, donc nous avons opté pour l’achat de produits alimentaires dans  des supérettes où la majorité de leurs produits exposés sont  importés et destinés pour une clientèle étrangère résidente   à Ougadougou ou à la classe  aisée des Burkinabés.
A première vue, un nombre important de Français et de Libanais sont établis  au Burkina Faso, leur présence  est apparente dans les espaces publics et  les commerces. Nos accompagnateurs nous ont  informés  que ces dernières années ils voient arriver les Chinois et les Turcs. Malheureusement, vous trouvez beaucoup de difficultés pour rencontrer  des algériens et même de trouver des produits algériens, malgré que  Alger- Ouagadougou, c’est 03 heures et 30 minutes en avion avec cinq vols d’Air Algérie par semaine. En plus, des rapports historiques et de la profondeur des liens qui rattachent l’Algérie et le Burkina Faso.
Ce qui a attiré mon attention dans les rues, c’est l’utilisation massive des motocycles et des vélos par toutes les catégories des populations de Ouagadougou, qui roulent sur les pistes qui leurs sont  destinés en plus du respect des feux tricolores.
Le jour d’après, c’était le début du séminaire de formation. Après  une brève présentation  de la part des organisateurs, j’ai commencé mon intervention par  « vous allez entendre des choses que vous n’avez pas l’habitude de les entendre ». Ils étaient surpris et même j’ai senti chez quelques présents des difficultés à suivre. Par la suite j’ai su qu’ils n’étaient pas habitués à ma façon de parler rapidement ainsi que mon accent. A la fin de la journée, j’ai vu un changement dans les expressions des visages des participants au séminaire de formation. Plusieurs participants  sont venus plusieurs fois me dire qu’ils souhaitent changer mais ils se sentent conditionner par un système éducatif et universitaire pour être fonctionnaire ou partir à l’étranger.
A la sortie de l’université de Ouagadougou, des commerçants exposaient des anciens romans, des dictionnaires, des livres scolaires et des livres de préparation d’entrée aux écoles supérieures. Cela m’a donné idée d’où vient leur style de leur Français écrit et parlé.
A la fin des cycles de  formation, j’ai pu sentir chez les  jeunes une soif d’apprendre et un désir profond de voir la vie autrement.
Ce que j’ai appris
L’Afrique est en pleine transformation, et elle sera bientôt l’un des centres de gravité de la croissance mondiale. De ce fait, beaucoup d’industriels, distributeurs et marques s’intéressent donc déjà de près à ses consommateurs même dans les pays les plus pauvres du continent. Beaucoup de groupes internationaux, sentant le vent du changement investissent en Afrique  et parient sur l’explosion prochaine de la consommation. Une révolution est en train de se structurer par les réseaux de télécommunication. « A Ouagadougou, le Smartphone est omniprésent et  la majorité des gens sont connectés au téléphone et utilisent les réseaux sociaux ». Malheureusement nos opérateurs économiques voient l’Afrique comme une  suite de problèmes logistiques et manque  de confiance.
Je dis : « Avant de s’exporter, il faut se préparer » .Connaître les acteurs,  la culture et l’écosystème du pays où l’on s’implante, exploiter les possibilités offertes par internet, utiliser les compétences humaines locales. C’est facile de produire mais c’est difficile de vendre. Si nos entreprises ne se développent pas à l’internationale, ils seront au bord de l’asphyxie, du fait de la limite de leurs marchés.
La puissance  d’un état   repose  aujourd’hui moins sur  la force  militaire, mais repose beaucoup plus sur les ressources économiques, politiques, médiatiques, culturelles et symboliques.
Quelques     exemples    de    cette  nouvelle  approche   douce que  l’on   appelle  « Soft power », qui sont la diplomatie publique, les   programmes    d’échange, l’aide au développement,  l’aide humanitaire,   les contacts entre militaires, les médias, la culture, l’éducation…etc.
L’Algérie utilise mal  ces ressources   de force  douce, car  ils nous considèrent en Afrique comme un peuple violant et raciste. Cet état de fait est appuyé par les rapports d’enquêtes internationaux,   à titre d’exemple :
-Enquête internationale menée par plusieurs organismes dont Open Borders for Refugees et Stop Dis Crime In Nations, sur plus de 1248 personnes interrogées, plus de 75% d’individus ont avoué avoir des idées racistes voire très extrêmes.  
De ces résultats d’enquête l’Algérie serait le pays le plus raciste au monde. Ces informations publiées et repris  dans les médias des pays africains (Exemple site  d’Africa 24.info, 02 juillet 2016).
-Le rapport 2015 du Département d’Etat américain publié sur l’esclavage et la traite des êtres humains dans le monde, dans lequel l’Algérie est classé au bas du classement.
On sent qu’il y’a des forces qui veulent ternir l’image de l’Algérie pour qu’elle ne puisse pas avoir accès à sa zone vitale économique africaine. Et le conflit permanent au nord du Mali est un exemple qui illustre bien la coupure du cordon ombilical entre l’Algérie, Tombouctou et le sud de l’Afrique,  cette relation qui existait avant l'arrivée des  Européens  en Afrique.
Après mon voyage, j’ai pu  constater que le système éducatif, dans la plupart des pays africains, n’arrive pas à former des femmes et hommes compétents capables de répondre aux besoins de la croissance et du développement de leurs pays.
C’est à l’ombre du passé que l’on comprend le présent. A travers son passé colonial, l’éducation africaine s’est construite. Une  relation existe entre performance économique et éducation coloniale, chose qui ne peut être niée.
Le système éducatif actuel   n’est pas au service des pays africains, mais au service d’une vision erronée opposée à la société et  à la culture. On ne peut pas importer un système éducatif, car chaque système est enraciné dans la  culture où il a été créé et développé.
A la fin, j’ai pu conclure que tout changement dans le sens positif ne peut venir que de soi-même, c'est-à-dire un changement d’âme, Allah dit : «Dieu ne modifie point à l'état d'un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes."

 

OUANDJLI Mustapha
Vendredi 30 Septembre 2016 - 17:46
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ACTUALITÉ
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