REFLEXION

Les dangers des phénothiazines et les benzodiazépines : complicité des prescripteurs en Algérie

La toxicomanie aux médicaments psychotropes est malheureusement une réalité dans de nombreux pays du monde. En Algérie, les benzodiazépines et les phénothiazines détournées de leur usage et consommées à des doses massives, avec la complicité des producteurs, distributeurs voire même des prescripteurs, sont à l’origine d’un type de toxicomanie violente et criminelle posant un véritable problème de santé publique.



Depuis une dizaine d'années, période marquée en Algérie, par un terrorisme barbare, l’insécurité et de graves problèmes socio-économiques. Les usages médicaux des médicaments psychotropes, comme leurs usages abusifs et toxicomaniaques se sont fortement accrus.
En Algérie, les médicaments psychotropes surtout les phénothiazines font partie des produits les plus utilisés en poly-toxicomanies (70 %), ils sont utilisés seul dans  8 % des cas.
 Les causes de ce véritable détournement de la médecine sont :
- Les problèmes socio-économiques, les problèmes démographiques et de logement, le chômage suivi après par les problèmes sécuritaire et de terrorisme. Tous ces problèmes ont créé une forte demande en psychotropes médicamenteux et non médicamenteux.
- La médicalisation des problèmes de l’âme :
Dépassés par le nombre important de consultants dans le secteur public où la médecine est "gratuite", les médecins sont souvent contraint de médicaliser  toute demande de soin non organique (psychique) faute de temps « il est plus rapide de prescrire un tranquillisant que de prendre le temps d’écouter son patient » et faute aussi de consultations suffisantes en psychologie, d’une part.
D’autre part, certaines prescriptions sont le fait de médecins insuffisamment formés au sujet des psychotropes et de la psychiatrie en général ou lorsqu’ils sont installés en privé certains médecins préfèrent ignorer la déontologie que de perdre un client sûr et Fidèle qui insiste pour qu’on lui renouvelle ses tranquillisants. Parfois  pour rentabiliser les frais d’un cabinet médical, les médecins sont «forcés » de multiplier les actes. Or la meilleure façon de mettre fin à une consultation, c’est de rédiger une ordonnance.
 - la distribution anarchique des médicaments dans les pharmacies, parfois sans ordonnance et par de simples vendeurs qui n’ont aucune formation dans ce domaine.
- la présence de réseaux de trafic illégal des psychotropes médicamenteux : la forte demande a excité l’appétit des trafiquants et des fabricants de psychotropes qui ont inondé le marché.

PRODUITS : LES TRANQUILLISANTS, EN PARTICULIER DE LA FAMILLE DES BENZODIAZEPINES :
Ce sont des médicaments synthétiques découverts dans les années cinquante et utilisées au début des années soixante, toutes les benzodiazépines ont une action sédative, anxiolytique, hypnotique, anti convulsivante et myorelaxante.  
 Deux molécules sont particulièrement prisées chez les toxicomanes en Algérie, le  Diazépam (Valzépam, Valium®, appelée en arabe "Zérga" ou "la bleue") et le Clonazépam (Rivotril®, appelée "Roche" du nom de la firme pharmaceutique Hoffman-LaRoche), le Flunitrazépam (Rohypnol®) n’est plus disponible sur notre marché local, puis viennent les molécules de  Lorazépam (Témesta), Clorazépate (Tranxène®, prazépam (Lysanxia), bromazépam (Lexomil®)… et de nombreux autres produits.  Tous s’accompagnent de risques semblables.
On distingue deux types de toxicomanie aux benzodiazépines, "bruyante" et "insidieuse" :
La toxicomanie "bruyante" : il s’agit souvent d’un usage détourné des médicaments ou d’automédication, elle concerne généralement des jeunes délinquants et dealers, sans travail stable, familier des milieux carcéraux et de drogues dont les corps sont souvent porteurs de tatouages et de cicatrices de blessures dues aux bagarres, accidents mais surtout aux automutilations. Cette toxicomanie est souvent massive, les doses absorbées sont parfois inimaginables avec dépassement des doses toxiques connues et dont la polytoxicomanie (association de l’alcool et du cannabis…) est de règle. Les Overdoses, les suicides, les agressions, les vols, les bagarres et les crimes de tout genre sont dans ces milieux une monnaie courante.
La toxicomanie "insidieuse" : Un grand nombre de personnes utilisent, avec ou sans prescription, des médicaments psychotropes pour faire face à des troubles provoqués par leurs difficultés quotidiennes. Les causes évoquées sont l’anxiété, l’insomnie, le stress, la déprime. A l’origine, on a souvent ici affaire à une prescription médicale qui, avec la persistance des symptômes ou l’apparition d’autres, a déraillé ou a échappé au contrôle, mais parfois c’est une automédication. Devant les plaintes persistantes du patient, le médecin augmente les doses ou change de médicament mais souvent les effets secondaires importants des benzodiazépines qui sont la tolérance, la dépendance et l’effet rebond (recrudescence importante de la symptomatologie initiale), n’arrangent pas les choses et c’est l’escalade médicamenteuse par le changement du médecin et l’automédication.
Il existe en Algérie, mais aussi dans beaucoup de pays dans le monde, des millions d’ « accros » qui font renouveler leurs ordonnances sans se savoir dépendants.

MODES D'UTILISATION :
Essentiellement par  voie orale. Les comprimés sont souvent avalés directement ou avec un peu de liquide, le Rivotril goutte est parfois mélangé à du café  ou une autre boisson, alcool, soda ou autre. Parfois les comprimés sont écrasés en poudre et sniffés ou fumés.
Remarque : la voie orale favorise l’usage abusif des médicaments, les surdoses et la toxicomanie du fait que les effets sont lents à venir et les consommateurs en prennent de fortes doses dans l'espoir d'accélérer les effets.
Les prises par voie intraveineuse et intramusculaire sont rares en pratique courante, c’est l’apanage des toxicomanes qui travaillent ou fréquentent les milieux médicaux, les services des hôpitaux et d’urgences.

EFFETS ET DANGERS :
Les benzodiazépines sont surtout utilisées par les toxicomanes pour leurs effets désinhibiteurs, sédatif (calmant), et anxiolytique.
Le Clonazépam (Rivotril®) est une benzodiazépine beaucoup plus puissante que le diazépam (valzépam, valium) et dont les effets sont très proches du Rohypnol® (retirée du marché algérien), utilisés en toxicomanie pour leurs effets  désinhibitifs, sédatifs et anxiolytiques,  pour pouvoir « bouger » comme ils disent et avoir la force et le courage pour « travailler » ce qui veut souvent dire dans leur  langage, accomplir certains actes délictueux (vols, trafic de drogues et de tout genre, agressions et crimes), pour ce genre d’activité le Rivotril est préféré au valium, qui lui, nécessite de fortes doses.
Pour les toxicomanes, il s’agit tout simplement de leur carburant, sans quoi ils ne peuvent absolument rien faire et disent, qu’ils ont la tête « vide », sans cerveau pour bouger, réfléchir ou communiquer.
        Ces médicaments  peuvent induire des effets différents, voire opposés (Réactions paradoxales)  en fonction de la dose absorbée, de la personnalité de l'utilisateur, des produits mélangés et du contexte de la prise et de ses objectifs.
Réactions paradoxales : Chez certains sujets, les benzodiazépines peuvent provoquer : aggravation de l'insomnie, cauchemars, agitation, nervosité, irritabilité, accès de colère, libération d'agressivité, idées délirantes, hallucinations, délire oniroïde, symptômes psychotiques, comportement inapproprié et autres troubles du comportement.
Parfois c’est l’effet amnésique, hypnotique, anxiolytique et myorelaxant qui est recherché pour fuir, oublier et échapper aux multiples problèmes avec leur famille, leurs pairs et avec la justice, conséquence directe de leurs activités, c’est pour « couper le contact » avec le monde et la réalité ou se « débrancher » comme ils disent. D’autres effets accompagnent cet état : Sensation de bien être- Calme-Ébriété- Somnolence
 Amnésie : Une amnésie antérograde est susceptible d'apparaître dans les heures qui suivent la prise. La possibilité d'actes automatiques amnésiques est également décrite.
Baisse des réflexes -Troubles de l’équilibre et de la coordination des mouvements
Baisse de la pression artérielle Confusion mentale – Hallucinations-Difficultés d’élocution et de compréhension -Insensibilité à la douleur.
 Parfois les benzodiazépines sont utilisées pour compenser l'insomnie et l'anxiété dues à l’effet excitant d’autres drogues comme l’Artane par exemple et la cocaïne.

LES DANGERS :
Les benzodiazépines sont des drogues dangereuses, à forte dose leur dangerosité équivaut celles de l’héroïne :
Morts par « Overdose » les benzodiazépines sont réputées par leur grande tolérance, ce qui pousse les consommateurs à augmenter considérablement et continuellement les doses pour retrouver leurs mêmes effets. Cette absorption massive est à l’origine de plusieurs intoxications aigues par surdosage qui provoque une dépression des centres respiratoires avec  un coma parfois irréversible. C’’est le décès par « Overdose».
Accidents graves parfois mortels de circulations, accidents domestiques (brûlures, chutes et fractures…),  accidents de travail (amputations sur machines de menuiserie, chutes d’échafaudages...)
Automutilations  et suicides : dans des moments d’angoisse extrêmes, avec ou sans prise de drogues, les toxicomanes aux benzodiazépines se tailladent les chairs, pratiquent des coupures parfois profondes s’infligeant des blessures graves, avec tout objet tranchant disponible, parfois c’est des brûlures à la cigarette, sur des parties de leur propre corps, la lacération des poignets, des bras et du thorax, sont les plus courantes, mais les membres inférieurs et les autre parties du corps peuvent être intéressées.
Les suicides sont consécutifs aux états dépressifs et de désespoirs liés à cette toxicomanie, mais les benzodiazépines peuvent favoriser un passage à l'acte suicidaire.   
Agressions, vols et meurtres : Il arrive, que des personnes sous l'emprise d’une forte dose de benzodiazépines (Rivotril, Valium) et sous un état confusionnel et second, commettent des actes compulsifs, des agressions, des vols et des meurtres, celui-ci, se croyant tout-puissant et invincible, ne sait pas ce qu’il fait et ne mesure pas les conséquences de ses actes. Ces actes sont généralement suivis d’une amnésie totale : il s’endort et ne se rappelle de rien.

DÉPENDANCE :
Elle est de type physique et psychique. Le sevrage entraîne des troubles du sommeil, de l'agitation anxieuse et, au plan physique, des trémulations dans les formes modérées et une crise convulsive avec perte de connaissance dans les formes complètes. Dans les formes les plus graves, on peut observer un état de type « état de mal épileptique » avec risque d'évolution mortelle.
Il faut savoir que la tolérance aux effets d’un type de benzodiazépines, entraîne la tolérance aux effets d’autres types de benzodiazépines et d’autres drogues ayant des effets semblables, comme l'alcool par exemple.
L'intoxication chronique peut provoquer une détérioration mentale majeure et des troubles physiques : hépatites, néphri¬tes.
A un stade moins avancé, l'usage habituel de ces produits contribue à une désinsertion sociale importante.

LE MANQUE :
L’arrêt brutal de la consommation des benzodiazépines entraîne un syndrome de sevrage, angoisse, irritabilité, insomnies dépression, tremblements, perte de connaissance, convulsions (crises d’épilepsies)  
Ses symptômes apparaissent après quelques heures du sevrage, atteignent leur maximum dans la première semaine et peuvent durer jusqu’à six semaines.
Les barbituriques sont des produits de synthèse, d’action hypnotique et anti convulsivante. Leur utilisation en toxicomanie a été délaissée au profit des benzodiazépines. Ils présentent presque les mêmes effets et les mêmes dangers.
Le Trihexyphénidyle (Artane) :
 Le Trihexyphénidyle (Artane ®, Parkinane, Soel) est l’un des médicaments psychotropes les plus détourné de son usage par les  toxicomanes après les  benzodiazépines en Algérie. Ce médicament est au départ un antiparkinsonien à action anticholénergique centrale et périphérique il corrige les tremblements et l’hypertonie, il agit sur le psychisme par action stimulante et action thymique (améliore l’humeur), ses indications sont:
Maladie de Parkinson
 Prévention et traitement des manifestations extrapyramidales susceptibles d’être engendrées par certains neuroleptiques " Correcteur "   
 En toxicomanie ce médicament est recherché pour ses effets stimulants, euphorisants et désinhibitifs.
Effets indésirables : atrophiques : sècheresse de la bouche, troubles de la vision (troubles de l’accommodation), hypertonie oculaire, constipation et troubles mictionnels.
A forte dose l’Artane peut provoquer un état d’agitation, délire, hallucinations et confusion mentale

DÉPENDANCE :
Elle est de type physique et psychique. Les symptômes liés au sevrage comprennent l'angoisse, la nervosité, l'insomnie et un état d’agitation anxieuse.

 

Yahia Dellaoui Professeur de Thérapeutique
Mardi 22 Décembre 2015 - 17:28
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ACTUALITÉ
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