REFLEXION

FACE AUX TENSIONS SECURITAIRES ET AUX ENJEUX GEOSTRATEGIQUES EN AFRIQUE DU NORD : L’Algérie un acteur majeur

Cette présente contribution est une synthèse de mes différentes contributions et interventions internationales entre 2010/2014 (1) posant la problématique de la sécurité de l’Algérie, tributaire d’un développement harmonieux, face aux enjeux géostratégiques en Afrique du Nord.



1.-La crise mondiale actuelle devrait  conduire à de profondes  reconfigurations socio-économiques, technologiques  mais également sécuritaires,  objet de cette présente contribution. En effet, privilégiant en premier lieu ses intérêts stratégiques propres, partie prenante du dialogue méditerranéen (DM), l’Algérie  agit  en fonction d’un certain nombre de principes et à partir d’une volonté avérée de contribuer à la promotion de la sécurité et de stabilité dans la région. C’est que la  fin de la guerre froide marquée par l’effondrement du bloc soviétique et les attentats survenus aux Etats-Unis le 11 septembre 2001 représente  un tournant capital dans l’histoire contemporaine. Le premier événement marque la fin d’un monde né un demi siècle plutôt et la dislocation d’une architecture internationale qui s’est traduite des décennies durant par les divisions, les déchirements et les guerres que nous savons.  Aujourd’hui, les menaces sur la sécurité ont pour nom terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, crises régionales et  délitement de certains Etats. Or,  les défis collectifs nouveaux, sont une autre source de menace : ils concernent les ressources hydriques, la pauvreté, les épidémies, l’environnement. Ils sont d’ordre local, régional et global. Entre la lointaine et très présente Amérique et la proche et bien lointaine Europe, entre une stratégie globale et hégémonique, qui possède tous les moyens de sa mise en œuvre et de sa projection, et une stratégie à vocation globale qui se construit laborieusement et qui peine à s’autonomiser et à se projeter dans son environnement géopolitique immédiat, quelle attitude adopter et quels choix faire pour  l’Algérie ? Interpellée et sollicitée, l’Algérie  s’interroge légitimement sur le rôle, la place ou l’intérêt que telle option ou tel cadre lui réserve ou lui offre, qu’il s’agisse du  dialogue méditerranéen de l’Otan ou du partenariat euro- méditerranéen, dans sa dimension tant économique que sécuritaire.  L’adaptation étant la clef de la survie et le pragmatisme un outil éminemment moderne de gestion des relations avec autrui, l’Algérie  dont son devenir segment de l’Afrique Nord  Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique   doit   faire que celui que commandent la raison et ses intérêts. Car  l’Algérie est confrontée actuellement à  la sécurité dans la zone sahélo-saharienne. Rappelons que les  relations entre les deux rives du Sahara et  les dynamiques de la conflictualité saharienne actuelle interpellent l’Algérie  qui doit être attentive  aux futurs enjeux  géo stratégiques qui se dessinent dans la région.   Nous avons assisté dans la région à de profondes  mutations de la géopolitique saharienne après l’effondrement du régime libyen, avec  des   conséquences pour la région et avant l’intervention française  à   la sécession du  Nord-Mali. Déjà, les rapports entre le Sahel et la Libye de Kadhafi étaient complexe. De plus en plus nombreux,  des  migrants subsahariens s’installent désormais dans les pays du Maghreb avec l’intensification de la contrebande. Bien avant et surtout depuis la  chute du régime  de Kadhafi  le Sahel est l'un de ces espaces échappant à toute autorité centrale, où se sont installés groupes armés et contrebandiers. Kadhafi disparu des armes, dont 15 000 missiles sol-air étaient dans les entrepôts de l'armée libyenne dont une partie a été accaparé par de différents groupes qui opèrent au Sahel. Dès lors la sécurité de l’Algérie  est posée à ses frontières. La frontière Algérie Mali est de 1376 km, la frontière entre l'Algérie et la Libye  de 982 km, la  frontière Algérie Niger de  956 km, la frontière  Algérie Tunisie est de  965 km  à surveiller. Le problème est plus  grave pour  les  frontières conjointes avec le Mali et la Libye. Il ne faut pas oublier que les djihadistes étaient venus depuis cette région lors de l’attaque terroriste de Tiguentourine.  Sur le court terme,  les tensions  dans la région notamment pour la protection  de ses  frontières, la situation en Libye, au Mali et accessoirement  les actions terroristes  à sa frontière en Tunisie ont imposé à l’Algérie des dépenses supplémentaires. Il est entendu  que rentre dans ces dépenses surtout le  remplacement de la plupart du  matériel militaire obsolète pour l'acquisition de nouveaux équipements pour l’armée de terre, la marine et les forces aériennes, sans compter des dépenses pour l’adaptation du renseignement  aux nouvelles mutations tant internes que mondiales de ses forces  de sécurité et de penser d’ores et déjà à la cybercriminalité enjeu du XXème siècle. Cela est posé pour tout le reste de l’économie bien que  le risque  des cyber-attaques en Algérie est actuellement minime car les services électroniques sont à l’état primaire  (e-commerce, e-santé et e-administration) et les entreprises algériennes fonctionnent  sur des modes de gestion désuètes n’étant pas orientées  vers les transactions  et services électroniques Cependant il faut aller  impérativement vers une minimisation des coûts des dépenses militaires.  L’analyse par le professeur en stratégie  à Harvard  Michael Porter des « cinq forces »,  qui déterminent la structure concurrentielle d'une industrie de biens ou de services (le pouvoir de négociation des clients, le pouvoir de négociation des fournisseurs, la menace des produits ou services de substitution, la menace d'entrants potentiels sur le marché et l'intensité de la rivalité entre les concurrents)  fait apparaître que souvent les différents acteurs algériens  un faible pouvoir de négociation du fournisseur et un fort pouvoir de négociation du client, alors que les barrières d’entrées sur le marché algérien tant des entreprises économiques que de l’armement sont élevées.
 2.-L’Algérie a déployé une véritable task-force pour sécuriser ses frontières pour faire face à l’instabilité chronique de l’autre côté des frontières et dont les événements récents confirment la continuelle aggravation. L’ANP et les services de sécurité  se déploient   actuellement  le long des frontières Est et Sud Est et effectuent régulièrement  des opérations de ratissage avec une couverture aérienne qu’assurent des pilotes de la gendarmerie et de l’ANP et ce dans le cadre d’une coopération étroite avec les pays limitrophes,  l’Europe dont la France et les Etats Unis d’Amérique car la menace terroriste  est une menace planétaire.  Pour le   directeur du FBI, James Comey  en date du 14 novembre 2013 devant le Congrès,  Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) constitue  une forte menace aux intérêts américains et occidentaux dans la région de l’Afrique du nord et du Sahel. Pour le directeur du Centre américain du contre-terrorisme, Matthew Olsen, dont les services dépendent du Directeur du renseignement national des Etats-Unis (DNI), devant la commission sénatoriale que si l’intervention militaire conduite par la France au Mali a permis de chasser Aqmi et ses alliés des villes qu’ils contrôlaient auparavant, ces groupes arrivent, cependant, à trouver refuge dans les zones les moins peuplées du nord du Mali et continuent à commettre des attaques de représailles. Pour   Mme Amanda Dory, la secrétaire-adjointe chargée des Affaires africaines auprès du département américain de la Défense,  intervenant  devant la sous-commission des affaires de l’Afrique du nord et Moyen-Orient relevant de la commission des Affaires étrangères du Sénat, qui a consacré une audition sur la situation politique, économique et sécuritaire en Afrique je la cite : «  de par sa situation géographique stratégique au Maghreb et sa longue histoire de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent sur son territoire, l’Algérie constitue un pilier pour, non seulement, lutter contre AQMI et ses groupes affiliés mais aussi pour ramener la stabilité dans la région ».  Ainsi, l’Algérie est considérée comme un  acteur incontournable pour la stabilité de la région mais devant pour une efficacité réelle, résoudre les problèmes de développement interne  avec la chute du cours des hydrocarbures et parallèlement intensifier la coopération internationale contre ce fléau planétaire. Dorénavant,  la plupart des dirigeants de l’Afrique du Nord, de l’Afrique noire,  de l’Europe et des Etats Unis d’Amérique y compris la Russie et la Chine  s’accordent  dorénavant  sur la nécessité de   coopérer davantage face à la menace de l’insécurité et du crime organisé. Il  s’agit  de mettre  l’accent  sur  l’obligation de mettre en application une stratégie interrégionale qui associe l’ensemble des pays de la zone en plus des partenaires européens et internationaux, du fait que  la  région est devenue un espace ouvert pour divers mouvements terroristes et autres groupes qui prospèrent via le trafic d'armes ou la drogue,  menaçant  la sécurité régionale et par ricochet l’Europe et les USA. Et ce comme cela a été mis en relief  lors de la 22ème  conférence régionale africaine internationale d’Interpol, tenu à Oran (Algérie)  en septembre 2013,  où  la  résolution finale stipule l’urgence d’une   coopération tant africaine que mondiale  dans la lutte contre la criminalité transnationale avec  l’implication de chacun des Bureaux centraux nationaux d’Interpol des 190 pays membres, nécessitant  une amélioration des  bases de données  afin de lutter efficacement contre le crime transfrontalier et le terrorisme. Il s’agit donc de lever les contraintes du fait que  la  corruptibilité  générale des institutions,  pèsent lourdement  sur les systèmes chargés  de l'application des lois et la justice pénale en  général qui ont des difficultés à s’adapter aux  nouveaux défis posés par la sophistication des   réseaux du crime organisé. La  collaboration inter-juridictionnelle est ralentie  par l’hétérogénéité des systèmes juridiques notamment  en Afrique du Nord et en Afrique noire. La porosité des  frontières aussi bien que la coordination entre  un grand nombre d’agences chargées de la  sécurité aux frontières posent de grands  problèmes. À terme, la  stratégie vise à attirer graduellement les utilisateurs du système informel vers le réseau formel et ainsi isoler les éléments criminels pour mieux les cibler tout en diminuant les dommages collatéraux pour les utilisateurs légitimes. C’est dans ce cadre que rentrent les  tentatives   pour redynamiser le dialogue euro- méditerranéen avec deux initiatives : d’une part, la politique européenne de voisinage ; d’autre part,  le partenariat stratégique entre l’Union européenne d’un côté et la Méditerranée et le Moyen-Orient de l’autre  afin  de freiner l’émigration massive  notamment de l’Afrique subsaharienne avec  comme tampon pilier le Maghreb. D’une manière générale, sur le plan militaire et géo- stratégique  c’est  à travers les activités du groupe dit des « 5+5 » que peut être apprécié aujourd’hui la réalité d’une telle évolution.  C’est que la  lecture que font les Européens des menaces et défis auxquels le monde et notre région sont confrontés  repose essentiellement  sur la nécessité de développer ensemble une stratégie de riposte collective et efficace concernant notamment  le terrorisme international, le trafic des êtres humains et la criminalité organisée à travers la drogue et le blanchissement d’argent.  Par ailleurs, selon la commission de Bruxelles et le parlement européen   plus globalement  l’Europe et la zone méditerranée, il s’agit de faire bloc, de rapprocher les Européens et leurs voisins immédiats. Mais il serait souhaitable des clarifications portant sur deux questions jugées fondamentales.  D’une part, la valeur ajoutée de cette offre de dialogue par rapport au dialogue méditerranéen de l’Otan , d’autre part, la coopération en matière de lutte contre le terrorisme entre le Maghreb  et l’UE dans le cadre de la PESD.
3.-En résumé, la  lutte contre le terrorisme implique de mettre fin à cette inégalité tant  planétaire qu’au sein des Etats où une minorité s’accapare une fraction croissante du revenu national enfantant la misère et donc le terrorisme, renvoyant à la moralité de ceux qui dirigent la Cité. Car, le tout  sécuritaire pour le sécuritaire a des limites et les responsables algériens chargés de la sécurité en sont conscients,  existant des liens dialectiques entre développement et sécurité. Cela  implique  de s’attaquer à l’essence (un co-développement) et non aux apparences comme le montre  une  étude du Forum économique mondial – WEF- du 14 novembre 2013.  Aussi l’efficacité sécuritaire  devra  s’insérer  dans le cadre d’une vision  stratégique.  Face à un monde en perpétuel mouvement, tant en matière de politique étrangère, économique  que de défense, actions liées,  avec  les  derniers événements au Sahel, aux frontières de l’Algérie,  se posent  l’urgence des stratégies d’adaptation et d’une coordination, internationale et  régionale afin d’agir efficacement sur les événements majeurs. Ces nouveaux défis pour l’Algérie,  sous segment du continent Afrique,  dépassent en importance et en ampleur les défis que l’Algérie  a eu à relever jusqu’à présent.  
 (1)-Etude du professeur Abderrahmane MEBTOUL  parue à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI Paris France) » la coopération Maghreb Europe face aux enjeux géostratégiques » (novembre 2011)- chapitre III- « la stratégie de l’OTAN face aux enjeux géostratégiques en Méditerranée »
NB-Ce sujet sera débattu  sous l’angle scientifique des relations internationales où dans le cadre  de ses activités scientifiques, l’Université d’Oran 2,  Mohamed Ben Ahmed-  organise le mercredi 27 mai  2015 à 14h  à l’auditorium  de la faculté de Droit  et des Sciences politiques Pole Universitaire Belgaid, une conférence débat  sur « le monde qui vient– enjeux géostratégiques-  et perceptives  pour l'Algérie et la France  », animé par l’Amiral Jean DUFOURCQ. Ce dernier   a dirigé la recherche académique du collège de défense de l’OTAN à Rome, a été chargé de la mise en place à Bruxelles du Comité militaire de l’Union européenne et participé au lancement de ses activités militaires. Analyste en relations internationales et stratégiste, docteur en sciences politiques, membre honoraire de l’Académie de marine et de l’académie royale de défense suédoise, professeur associé à  l’Institut des Sciences politiques,  directeur d’études à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire   de Paris –ancien directeur de la rédaction  de la revue internationale  « Défense » conférencier auprès de prestigieuses universités (Asie- Amérique-Europe) « - Expert auprès des organisations internationales CEE-OTAN, auteur de nombreuses publications  internationales  -  Modérateur  Professeur des Universités, expert international en management stratégique Dr Abderrahmane MEBTOUL qui a invité le conférencier.

 

Abderrahmane MEBTOUL
Dimanche 24 Mai 2015 - 18:10
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DÉBAT DU JOUR
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