REFLEXION

CONTRIBUTION : Quinze (15) recommandations au gouvernement algérien face à la chute du cours des hydrocarbures

Personne ne détient la vérité, ni le monopole du nationalisme. La vision dictatoriale du passé à vouloir imposer une politique sans concertation et dialogue productif est terminée, pouvant conduire le pays à une impasse.



C’est à ce titre que je recommande au gouvernement quelques pistes  afin qu’il ne  commette pas  les erreurs du passé devant lier la sphère financière et  la sphère  réelle, la dynamique économique et la dynamique sociale, l’efficacité économique par  la libération de toutes les énergies créatrices et une profonde justice sociale  (non l’égalitarisme), n’étant pas  l’antinomie de l’efficacité économique. 1.-L’erreur de croire que la politique industrielle fondée sur la matérialité (vision essentiellement mécanique)  est la seule voie  pour dynamiser la production et les exportations hors hydrocarbures  alors que nous sommes à l’ère de  l’immatérialité  et au primat de l’économie de la connaissance, devant prendre en compte le poste services au niveau de la balance des paiements. Certains responsables ont besoin d’une mise à niveau culturelle pour tenir compte de la nouvelle réalité du monde turbulent et en perpétuel mouvement.
2.-L’erreur de croire  que la  règle des 49/51%  est la seule solution pour  réduire les importations  autant que  le passage du Remdoc au Credoc ce  qui a été démenti par la réalité. Les  importations sont passées  de 35 milliards de dollars à 60 milliards de dollars fin 2014, depuis la mise en œuvre de cette procédure tout en freinant les IDE. La majorité des  ambassades occidentales   et  opérateurs  étrangers ont  affirmé que pour les  PMI/PME créateur d’emplois et de valeur ajoutée  ne viendront pas  avec cette règle. Elle peut s’appliquer  pour les segments stratégiques, pour le marché intérieur et  non pour le marché mondial contrôlé par quelques firmes multinationales, segment   qu’il s ‘agit de définir, avec précision, car historiquement daté, actuellement l’Algérie supportant tous les  surcoûts. Un bilan, sans complaisance et vision idéologique, s’impose.
3.-L’erreur de confondre  privatisation et démonopolisation (investissement nouveau du secteur privé) pour favoriser un cadre concurrentiel, tout monopole étant source de surcout et de gaspillage, mais qui rencontrera de fortes résistances, les gagnants de demain n’étant pas ceux  d’aujourd’hui  sous le couvert du slogan bradage du patrimoine national, mais en réalité pour préserver des intérêts  de rente.  La réussite du processus de privatisation suppose un minimum de consensus social étant un acte avant tout politique et non technique  qui est une cession partielle ou totale  de capital qui peut être facteur de croissance à condition  qu’elle concoure  à dynamiser le transfert technologique et managérial. Et qu’elle permette des profits tenant compte  également du Good Will (la demande potentielle), car  continuer dans l’assainissement répété des entreprises publiques  de plus de 70 milliards de dollars entre 1971/2014 est suicidaire. La privatisation de par l’expérience réussie dans le monde suppose  des unités  sinon à court terme ou à terme sinon aucun repreneur sérieux n’est à attendre. Pour ma part je privilégie la démonopolisation. Pour la privatisation l’on devra  privilégier la cession au profit des travailleurs et des cadres.  Pour  éviter toute mauvaise interprétation à des fins politiques, le secteur hydrocarbures (Sonatrach),  Sonelgaz  ne sont pas concernés par le nouveau code d’investissement  régis par des lois spécifiques  et ne  dépendant   pas du département ministériel  de l’industrie..
4.-L’erreur de croire que le capital argent  résout les problèmes alors que les deux fondamentaux du développement du XXIème siècle face à la mondialisation  sont la bonne gouvernance  et l’économie de la connaissance, le capital argent n’étant qu’un moyen, richesse virtuelle qu’il s’agit de transformer en capital productif. Si cela était vrai les pays pétroliers qui ont accumulé des centaines  de milliards de dollars  seraient 
développés. Aussi combien d’entreprises publiques et  privées consacrent  leur chiffre d’affaires à
la recherche développement ?
5.-L’erreur de croire que les infrastructures constituent le fondement du développement devant méditer  les bulles immobilières notamment   des Etats Unis d’Amérique et plus proche  de l’Algérie de l’Espagne. Le risque  est d’assister  avec la chute de la dépense publique à des faillites de bon nombre d’entreprises du BTPH dans les années à venir  du fait du rétrécissement   du pouvoir d’achat  des algériens, la majorité voulant un logement social.
6.-L’erreur de croire qu’un changement d’organisation résout les problèmes des entreprises et de l’économie : l’Algérie a procédé depuis l’indépendance politique aux sociétés nationales, puis aux fonds  de participation de l’Etat, puis aux holdings, puis aux  sociétés des participations de l’Etat et actuellement aux groupes industriels. Or,   l’Algérie  en 2015 avec les  dérivés,  98% des exportations relèvent des hydrocarbures et important 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas  15% Sans vision stratégique, une cohérence  dans la politique socio-économique évitant le changement perpétuel de cadres juridiques, et l’adaptation  aux nouvelles mutations mondiales en termes de cout et qualité , il ne faut pas  s’attendre  au miracle. 7.-.L’erreur de croire qu’une politique monétaire  peut dynamiser l’économie : pour preuve  le dollar était coté 5 dinars  un dollar vers les années 1970, puis 45 dollars après  le rééchelonnement  de 1994, et actuellement 107 dinars un dollar et l’économie algérienne est toujours  mono -exportatrice montrant que le blocage est d’ordre systémique. Les recettes   économiques pour une économie de marché structurée (politique keynésienne de la demande globale) ont souvent    un impact pervers au sein d’une économie sous développée dualiste. 8.-L’erreur de croire  que face à cette situation, avec le dérapage du dinar  que le capital argent  de la sphère  informelle représentant selon les méthodes de calcul entre 40/50% de la masse monétaire en circulation,   serait  déposé  au niveau  des banques. Or, n’existe  pas de sentiments  dans la pratique des affaires,   tout agent économique pour se prémunir contre l’inflation, reconvertit son épargne soit dans les devises, dans l’or, dans l’immobilier ou l’achat  de terre agricole.
9.- L’erreur de croire  tant à une action positive de l’OPEP qu’un à un retour du cours du pétrole  à prix  constants  de 90/100 dollars dans les  années à  venir. Or,  l’OPEP représente seulement 33% de la production mondiale commercialisée, 67% se faisant hors OPEP. L’entrée des USA qui exporteront en Europe (pétrole/gaz de schiste  dès 2017)  de l’accroissement de la production  de l’Iran , de l’Irak avec la stabilisation au Moyen Orient et de la Libye  en Afrique du Nord, les nouvelles  découvertes dans le monde notamment en méditerranée orientale, le Mozambique  qui sera fin 2016 le troisième producteur en Afrique,  Mozambique qui sera  le troisième  producteur en Afrique fin 2016 bouleversent la carte énergétique mondiale. Il s’agira d’éviter l’erreur stratégique de raisonner sur un modèle de consommation énergétique linéaire,  devant assister à un nouveau modèle de consommation énergétique au niveau mondial  reposant sur un Mix énergétique dont les  énergies renouvelables. Car   si l’Inde, la Chine et les pays en voie de développement avaient le même modèle de consommation énergétique, il faudrait cinq fois la planète terre. Le prix de cession du pétrole ( le prix du gaz étant indexé)   est fonction fondamentalement du taux de croissance au niveau mondial  assistant  à de faibles taux de croissance  des pays développés, à un taux de croissance en berne des pays émergents   dont la Chine, le Brésil,  l’’argentine , et à un moindre degré l’Inde ,  et surtout du nouveau modèle de consommation énergétique au niveau mondial.
10.-L’erreur de croire à une paix sociale fictive  grâce aux subventions généralisées mal gérées et mal ciblées représentent avec les transferts sociaux  presque un tiers de la   production intérieure  brute(PIB). L’Algérie ne peut  plus continuer dans cette trajectoire quitte à aller vers un suicide collectif. L’on devra   cibler les catégories les plus défavorisées et les segments  que l’on veut dynamiser à travers la création d’une chambre nationale de compensation qui réalisera des péréquations intra-socioprofessionnelles et intra-régionales pour un espace équilibré et solidaire.   Mais dans la conjoncture actuelle faute d’un système d’information fiable, qui s’est totalement effrité, il faut aller graduellement. Je  préconise  une institution stratégique de planification sous l’autorité du président de la république ou du premier ministre, une erreur de politique économique faute d’informations pouvant occasionner des  pertes se chiffrant en dizaines de milliards de dollars.
11.- Dire la vérité à la population car la majorité des membres du gouvernement, qui doivent avoir une moralité sans faille et être crédible,  ne savent  pas communiquer avec un langage simple et accessible à la population, la voie orale étant majoritaire en Algérie. A  un cours de 60 dollars le baril, les recettes  de Sonatrach seraient de 34 milliards de dollars, et devant soustraire  environ  20% de cout, le profit net  serait de  27 milliards de dollars. ;  à 50 dollars le profit net serait de 21 milliards de dollars ; à 40 dollars 15 milliards de dollars  et à 20 dollars le profit net tendrait vers zéro. Comment mobilier les 100 milliards de dollars prévus  par Sonatrach   entre 2015/2020 sans  compter les 20/30 milliards de dollars  de Sonelgaz devant être attentif au vecteur prix 2020 pour voir s’il ya retour de l’investissement et éviter des pertes considérables.
12- Dire la vérité à la population car la   valeur du dinar qui comme toute  autre monnaie dépend avant tout du niveau de la  production et de la productivité. Le dinar algérien   est corrélé à 70% aux réserves de change  qui eux-mêmes   dépendent  des recettes de Sonatrach.  Si les réserves de  change  tendaient  vers 10 milliards de dollars, la cotation officielle du dinar  serait plus de 200 dinars  un  dollar   et le cours sur le marché parallèle plus de 250 dinars. Cela aura  des incidences sur le coût des entreprises et donc sur le pouvoir d’achat des algériens,  augmentation des prix des  produits finis et matières premières importées dont le montant   a été de plus de 17 milliards de dollars en 2014 selon l’ONS. Egalement un impact négatif sur le taux d’emploi qui est corrélé via la dépense publique  à 70%  accroissant le taux de chômage  avec une demande additionnelle de 300.000/350.000 demandes  par an en plus du taux de chômage actuel. Le taux de croissance  devra être de 8/10% sur  5 à 10 ans pour atténuer les tensions sociales à venir. Les recettes de Sonatrach ont été  de plus de 760 milliards de dollars entre 2000/2014 selon le FMI et les importations de plus de 575 milliards de dollars et le taux de croissance moyen n’a pas dépassé 3% alors qu’il aurait du être de 9/10%.  . D’autant plus qu’avec la forte consommation intérieure, l’Algérie risque d’être sans pétrole et gaz traditionnel horizon 2030 au moment où la population approchera 50 millions.
13.- Eviter l’illusion de dépenser sans compter car  l’actuelle dépense publique, en rappelant que le montant des services  est passé  de 2 milliards de dollars en 2002 à 11/12 milliards de dollars entre 2010/2014),  les importations de biens et services, ont été en 2014 de 70,3 milliards de dollars sans compter  les  4/5 milliards de dollars de transferts légaux de capitaux avec une recette de Sonatrach de 59 milliards de dollars. Le déficit budgétaire prévu par la loi de finances  2016 serait au cours  de 107 dinars un dollar  est d’environ 35 milliards de dollars, le dérapage du dinar voilant l’importance du déficit budgétaire et le fonds de régulation des recettes calculé en dinars Car  si l’on applique   75  dinars un dollar  le déficit serait de plus de  45 milliards de dollars. Or, la loi de finances 2016 prévoit  un montant du fonds de régulation  des recettes entre 17/18 milliards de dollars au cours de 60 dollars le baril en moyenne.
14.-Dire la vérité pour éviter les impacts du scénario de 1986 car au rythme des dépenses actuelles,  le fonds de régulation des recettes risque de  fondre courant 2017, et les réserves de  change horizon 2018. Car les actions contenues dans les lois de finances  ne sont que de mesures conjoncturelles devant avoir une vision stratégique.  Du  fait du dépérissement du tissu économique productif, 83% de la superficie étant constituée de petits commerce/services (tertiarisation de l ‘économie), le secteur industriel représentant 5% du PIB et sur ces  5%, plus de 95% étant  des PMI/PME peu compétitives, la compression brutale des importations d’une manière brutale  occasionnerait la fermeture de la majorité des entreprises. Aussi les restrictions  budgétaires pourraient voir une baisse d’environ 5/6 milliards de dollars fin 2015 et tout plus 10 milliards de dollars fin 2016, les autres rubriques étant incompressibles. L’on pourrait jouer également grâce à  l’établissement d’un  tableau de la valeur au niveau douanier afin de lutter contre les surfacturations afin de réduire  la facture d’importation.  Pour la réduction des quantités, et notamment à travers les licences d’importation (prévues  par l’OMC, ce ne sont pas les anciennes licences des années 1970 du monopole d’Etat), cela  concerne que quelques produits concurrentiels à la production nationale  mais ces mesures ne sont que   transitoires. Il ne faut pas induire en erreur l’opinion, la révision de l’Accord d’association demandée par l’Algérie  ne concerne pas le cadre global mais l’assouplissement de quelques  rubriques. Car en cas d’ouverture du marché européen que peut actuellement exporter l’Algérie en dehors des hydrocarbures dont d’ailleurs la part du marché du gaz est passée de 14% entre 2007/2008 à 8% en 2014 ?
15- Eviter la démagogie  par une bonne communication gouvernementale, évitant les discours contradictoires  entre responsables, ni sinistrose, ni autosatisfaction contredisant la réalité économique et sociale. L’Algérie avec une dette extérieure inférieure à 4 milliards  de dollars, des réserves de change qui termineront à 140 milliards de dollars n’est pas  dans la même situation que celle de 1986. Elle a les potentialités de surmonter cette situation difficile sous réserve d’un large front national  tenant compte de toutes les sensibilités sans exclusive. Nous avons deux scénarios : soit aller directement au FMI en 2018 soit l’éviter  par  de profondes réformes structurelles afin d’adapter l’Algérie aux nouvelles mutations mondiales et aux nouveaux enjeux géostratégiques qui se dessinent  dans notre région. Si les réformes de fond se réalisent en 2016, les effets positifs ne se manifesteront que vers 2020/2022. Tout  retard engendrera des tensions à terme car en ce monde toute Nation qui n’avance pas recule forcément. Telles sont les quelques recommandations  qui sous tendent une nette volonté politique de changement et une moralité de ceux qui dirigent la Cité. Cela  renvoie   à des facteurs autres que l’Economique, le Politique, le Social et le Culturel solidaires.


                             

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mercredi 30 Décembre 2015 - 19:05
Lu 618 fois
ACTUALITÉ
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | بالعربي






Edition du 06-012-2016.pdf
3.51 Mo - 06/12/2016





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+