REFLEXION

Bernard De Monvallier membre de l’Association des Anciens Appelés en Algérie à Réflexion

"NOUS SOMMES POUR LA RECONNAISSANCE DES CRIMES ET LA REPENTANCE"

Presque 50 ans après l’indépendance de l’Algérie, de plus en plus d’anciens appelés Français, éprouvent le besoin de témoigner sur cette guerre injuste Dans ce même sillage et à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie Bernard De Monvallier un ancien appelé de l’armée Française et membre de l’Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs amis, a bien voulu se confier à Réflexion.



Bernard De Monvallier membre de l’Association des Anciens Appelés en Algérie à Réflexion
Réflexion : en quoi consiste votre association et comment se définit-elle, par rapport à la guerre d’Algérie?
Bernard : Tout d’abord, notre association réunit un grand nombre d’anciens appelés d’Algérie, elle a été constituée pour agir dans le cadre  de la réconciliation et a pour objectif de lutter contre l’oubli, pour la vérité  et mettre en lumière l’absurdité des guerres, car nous anciens appelés nous savons ce qui en résulte, de par les horreurs dont nous avons été témoins. La guerre n’apporte que désolation et malheur, aussi nous espérons contribuer à la paix voire à  l’apaisement des conflits, pour apporter notre aide aux populations qui les ont vécu.  Notre association est très engagée  dans ce combat et espère être partie prenante dans  toute action qui serait à même de contribuer dans le rapprochement des peuples algériens et français.  Il est vrai qu’à cette époque, nous n’avions rien dit et nous avions manqué de courage, pour  hurler notre indignation et dénoncer les crimes commis durant cette guerre. Aussi pour marquer notre solidarité, nous nous sommes constitués en association et tous les membres de l’association, ont décidé de refuser l’agent de la retraite du combattant et de la reverser aux populations qui souffrent de la guerre ou à des organismes qui œuvrent pour la paix.  Ce que nous avons vu et vécu en Algérie,  nous a ouvert les yeux sur l’inutilité de ce conflit, sur l’horreur de la guerre, aussi est-il temps de transmettre cette mémoire aux jeunes générations, et c’est dans cet esprit qu’est née l’AAAACG « Association des Anciens appelés  en Algérie contre la Guerre », qui a été créée par quatre anciens appelés en Algérie, rejointe par d’autres anciens appelés de toute la France, et de sympathisants, dont des pieds noirs progressistes. En 2010, l’association comptait déjà plus de 230 personnes.
Réf : Après presque cinquante ans vous qui êtes un ancien appelé pouvez vous nous dire quel était votre état d’esprit, durant ces années ?  
Bernard : je ne sais comment vous décrire cela, mais ce que je peu vous dire, c’est qu’à cette époque j’étais jeune comme bon nombre de français et qui pour la première fois venaient de découvrir l’horreur de la guerre, et ce qui nous a marqué, c’est ces populations qui vivaient dans un dénuement total,  voire asservies par une puissance militaire bien armée. Nous avons été témoins d’exactions commises contre les populations par l’armée française qui après avoir vidé  les villages,  les incendiés. des femmes étaient violées, des prisonniers abattus, alors que d’autres étaient torturés et que rien ne pouvait justifier de telles pratiques. A ce propos je peux vous dire qu’on était nombreux, à nous élever contre cette horreur, que nous avons dénoncé et parmi nous il y a avait des officiers et des généraux qui ont refusé d’exercer leurs responsabilités dans un tel contexte entre autres le général De Bollardière  qui a démissionné. Personnellement j‘avais refusé des responsabilités dans l’armée sachant ce qui se passait en Algérie.
Réf : Pourquoi aujourd’hui ?
Bernard : Bonne question, pourquoi aujourd’hui vous savez c’était une épreuve difficile pour nous de voir de quoi était  capable l’armée Française. Mais après le service militaire certains parmi nous ont voulu oublier mais n’ont pas pu, et lorsque nous y repensons, nous sommes submergés par ce flot de souvenirs horribles qui nous hantent, car comme le disent mes compagnons le service militaire, n’est rien d’autre qu’une préparation à la guerre et c’est une guerre qui a bel et bien eu lieu  avec toutes ses atrocités commises, tels que : l'assassinat, l'extermination, la déportation, et autres actes inhumains et ce  contre des populations civiles désarmées.  Je dirais par définition que ce qui s’est passé en Algérie  entre dans la catégorie des Crimes contre l’Humanité, dans sa forme la plus grave. Pour les membres de notre association la retraite du combattant, est tachée du  sang qui a coulé en Algérie, et qu’elle est chargée de souffrances infligées au peuple algérien. Cet argent, on n’en veut pas, car nous avons pris conscience, de ce qui s’est passé. Conditionnés, mal informés, nous n’avons pu, ni su, réagir, alors que l’on torturait dans notre camp comme partout et  surtout pendant l’opération Jumelles: ratissage systématique, bombardements au napalm, montagnes et villages calcinés, rien ni personne n’échappait au désastre. Quant à moi, j’ai décidé, de rejoindre ceux qui ont créé  « l’association des anciens appelés contre la guerre ainsi que leurs amis » dans une action réparatrice envers les algériens. Nos intentions sont honorables et nous cherchons à lier des liens  avec nos anciens soi-disant ennemis pour une meilleure compréhension entre les hommes, afin d’ouvrir une nouvelle ère  porteuse d’espoir et aider à la Paix entre les hommes et les pays, et plus particulièrement, entre l’Algérie et la France. Comme vous le savez, nous sommes de la génération envoyée en Algérie, officiellement pour «  le maintien de l’ordre », mais en réalité c’était pour mener une guerre coloniale. A l’époque nous étions jeunes contraints et forcés de faire le service militaire.  Pour la plupart d’entre nous il était très difficile d’agir et cependant je voudrais saluer tous ceux qui parmi nous ont été des objecteurs de conscience  et mis prison vu les circonstances. A notre retour il a fallu du temps pour que nous prenions conscience de l’horreur de cette guerre, qui était sans issue. Les combattants de l’ALN n’étaient pas seulement, comme on nous le disait des terroristes sanguinaires, mais des  opprimés qui tenaient à  se libérer du joug colonial. De plus, une minorité puissante de pieds-noirs, hostile à toute évolution, cramponnée à ses intérêts, menait la politique de la terre brulée. Nous avions essayé d’en parler à l’époque, mais l’opinion française était majoritairement mal informée sur ce qui se passait en Algérie. En tant qu’anciens appelés, nous avons le devoir de dénoncer cette folie, qui a  bafouée la dignité humaine, nous refusons  la violence et la guerre. Nous voulons établir une relation non pas fondée sur le mépris, le racisme ou le rapport de forces, mais sur la recherche de la paix, qui ne peut exister sans justice en partenariat avec les Algériens et tous ceux qui partagent ces valeurs. Nous voulons éveiller la vigilance des jeunes par un travail de mémoire et dénoncer la guerre d’Algérie.
Réf : Vous savez que la réconciliation doit passer par la reconnaissance et la repentance, qu’en pensez-vous?
Bernard : Je vous dirais simplement que nous sommes pour la réconciliation dans la vérité, et  nos actions les plus récentes le confirment. Nous activons en ce sens même, par les manifestations qui ont été organisées à l’occasion de la commémoration du 17 octobre 1960,   ou nous avons demandé au gouvernement français de reconnaître les crimes  commis contre les algériens et des membres de notre association ont baptisé un pont à Anger « Pont du 17 Octobre » pour rendre  hommage aux victimes. Nous menons aussi le combat contre la décision qui a été prise par les autorités françaises de transférer les cendres du général Bigeard aux invalides et avec d’autres associations, nous avons réussi à obtenir plus de 7000 signatures  pour dénoncer ce scandale. Autre fait important, nous travaillons actuellement sur un livre dont l’intitulé  est : « Mémoire croisée », qui comportera des témoignages d’anciens moudjahiddines, Fidayines et d’anciens militaires français qui ont dénoncé les horreurs de la guerre, tels que les tortures, les exécutions,, les viols, et autres crimes. L’association répond à de nombreuses sollicitations, venant des écoles, des lycées pour expliquer l’absurdité de la guerre et faire comprendre aux jeunes français que la guerre d’Algérie est une guerre coloniale. Dans la région du sud de la France,  nous avons obtenu que les monuments à la gloire de l’OAS, ne soient pas érigés. L’association prépare aussi une visite en Algérie dans le but de contribuer à cette  réconciliation et pour la reconnaissance des méfaits et des crimes de guerre.  Nous savons qu’ils ont laissé de profondes cicatrices et des séquelles parmi les populations algériennes et parmi les anciens appelés d’Algérie.

Benyahia Aek
Mercredi 1 Février 2012 - 10:57
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Arrêt Sur Mémoire
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1.Posté par Blain le 04/08/2012 12:43
Bonjour,
MANIFESTE SUR LES SÉQUELLES DE LA GUERRE D'ALGÉRIE de 1954-1962 et 2012
Nous avons été trois millions de jeunes à être appelés ou rappelés en Algérie, pour aller faire une guerre coloniale,"de maintien de l'ordre et de pacification" comme ils disaient. Incorporés pour une durée de dix huit à trente mois et jusqu'à quatre ans pour certains, c'est contraints et forcés que nous avons été gratuitement envoyés là-bas. Trente mille y ont laissés leur vie et soixante dix mille handicapés-psycho-traumatisés. On n'a pas demandé à y aller, notre seul souci arrivé dans les djebels, c'était d'abord de rester en vie et surtout d'avoir la "quille" pour rentrer le plus vite au pays, de tout oublier et de retrouver nos familles et notre travail. Néanmoins nous étions, pour beaucoup indifférents sinon favorables à l'indépendance de l'Algérie. Il est temps de nous rendre la mémoire de notre histoire réelle, trop longtemps polluée par une idéologie orientée, malsaine et partisane, nous avions vingt ans et le plus souvent ignorant du pourquoi de ce qui nous attendait. Notre tort c'est de n'avoir pas parlé après, parce que c'était une "guerre" coloniale qui ne disait pas son nom et l'histoire n'a retenue que cela et nous sommes considérés "que" pour cela maintenant..Le mutisme et le repli sur soi a été une erreur, maintenant il est un peu tard, cette souffrance plus ou moins grande, nous a accompagnée et baignée dans une sorte de "honte coupable" accompagnée par des qualificatifs, comme "mercenaires (1) fascistes, tortionnaires, racistes et violeurs" (2) ces qualificatifs ne nous concernent absolument pas pour l'immense majorité d'entre nous, mais ils ont provoqués une perte d'estime dans beaucoup de familles et de milieux sociaux et ont favorisés une sorte d'ostracisme mémorial, car lorsque l'on veut s'en expliquer maintenant, on se trouve en décalage par rapport à ce qui est convenu de penser sur ce sujet. (3).Le respect objectif de cette mémoire n'est pas encore arrivé concernant tous ceux qui n'ont rien à se reprocher dans ce conflit, bien au contraire (4) mais des "forces" venant de milieux qui "devraient naturellement favoriser" cette reconnaissance, entretiennent sur l'histoire de cette souffrance qu'ont connus des milliers de jeunes, un sentiment d'indignité et de vindictes colonialistes souvent assimilés aux miliciens de Vichy, comme fascistes, racistes, violeurs et tortionnaires et mercenaires alors que l'immense majorité ne rêvait que de rentrer au pays et de reprendre leur place dans la société, c'est ce qu'ils ont fait, mais aussi pour s'enfermer dans un mutisme et de laisser la parole aux "képis" et "bouffeurs de bougnioules" d'une part, et les "pro-FLN "Sartriens", islamisants" et autres "passeurs de valises" d'autre part, terribles intox qui perdurent encore. Des suicides apparaissent encore dans nos campagnes face à ce silence inepte. Même le peuple algériens est concerné par l'histoire authentique de ces années de souffrance, et la suite a été encore pire après 1962, 120 000 morts dus aux islamistes et au pouvoir corrompu algérien et ce n'est pas fini..........//
(1) - Voir; des "mercenaires", puisque que la différence n'est toujours pas encore faite entre les militaires de carrière payés en double solde... pour faire ce boulot et maintenus le plus souvent en métropole pour former les appelés (puisque les rappelés étaient déjà entraînés aux maniement des armes) et qui sont envoyés se faire tuer à leur place et gratuitement. À comparer avec ceux d'Afghanistan, qui sont volontaires et payés pour cela, soutenus par la nation éplorée par les quelques morts inévitables, avec funérailles nationales, alors que les cercueils d'appelés morts en Algérie étaient rapatriés en catimini derrière les docks de Marseille ou du Havre. ....
(2) - Dans un film documentaire, il est bien dit que: "tous les appelés ont torturés"......
(3) - Même si nous ne sommes pas historiens ou écrivains! on nous refuse encore le droit de s'exprimer sur ce sujet....
(4) - Ce sont les appelés du contingent qui ont contribués à stopper le coup d'état des généraux fascistes de l'OAS comme Salan, Challes, Zeler et Jouhaud et autres, qui prévoyaient de "sauter" sur Paris pour prendre le pouvoir. Ce conflit n'aurait jamais dû existé, L'Algérie était leur dernière colonie, juste après avoir perdu l'Indochine, où, avec les gros colons ils pouvaient espérer conserver leurs privilèges coloniaux, propriétés, boys et servantes, gérants de bordels et trafiques en tous genres. Bien entendu certains ne sont pas à mettre dans ce même panier, comme le Général de La Bollardière par exemple, et bien d'autres. Toutes les commandes économiques étaient essentiellement aux mains des européens et pour les européens, et un passage en douceur et assisté vers l'indépendance aurait bien pu se faire dans ce nouveau pays tout en conservant le million de petits Pieds-noirs dont l'Algérie était aussi leur terre.
BLAIN Joseph 19 mars 2012 ramses415@orange.fr






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