Choisir entre verser un salaire, distribuer des dividendes ou combiner les deux est une décision à la fois technique et stratégique. Elle dépend de la situation financière de la société, des objectifs personnels du dirigeant (protection sociale, retraite, optimisation fiscale) et du calendrier des besoins de trésorerie. Ce guide détaille les implications sociales et fiscales, propose des calculs pratiques et liste les formalités à respecter.
Statut social du président de SAS et conséquences
Le président de SAS est en principe assimilé salarié : il relève du régime général pour sa protection sociale (maladie, allocations familiales, retraite, chômage sauf indemnités spécifiques). Cela signifie que, lorsqu’il perçoit un salaire, des cotisations sociales sont prélevées (part salariale et part patronale). Ces cotisations financent la protection sociale et permettent notamment de valider des trimestres et d’accumuler des droits retraite.
En contrepartie, le coût employeur d’un salaire est plus élevé pour l’entreprise (charges patronales), mais le dirigeant bénéficie d’une couverture sociale réelle. En revanche, les dividendes ne constituent pas une rémunération sociale : ils ne donnent pas lieu à cotisations sociales au sens des cotisations chômage/retraite, mais sont soumis aux prélèvements fiscaux et sociaux (voir plus bas).
Fiscalité des dividendes
Depuis la mise en place du prélèvement forfaitaire unique (PFU), les dividendes sont en principe soumis au taux global de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), sauf option pour l’imposition au barème progressif de l’impôt (avec un abattement spécifique pour certains revenus mobiliers). Le choix PFU ou barème se fait au moment de la déclaration des revenus et dépend de la situation fiscale personnelle du dirigeant.
Comparaison pratique : salaire vs dividendes
Pour se faire une idée, voici trois scénarios simplifiés (chiffres indicatifs) ; ils ne remplacent pas une simulation personnalisée avec votre expert-comptable :
| Scénario | Montant brut annuel / dividendes | Net estimé au dirigeant | Coût total pour l’entreprise | Effet sur la protection sociale |
|---|---|---|---|---|
| Salaire 3 000 € brut mensuel | 36 000 € brut / an | ≈ 27 000 € net après cotisations (estimation) | ≈ 47 000 € coût employeur (estimation) | Validation de trimestres, points retraite cotisés |
| Dividendes annuels | 36 000 € de dividendes distribués | ≈ 25 200 € net après PFU 30 % | 36 000 € (paiement sur bénéfice distribuable) | Pas d’amélioration des droits retraite ou chômage |
| Mix : salaire + dividendes | 18 000 € salaire + 18 000 € dividendes | Net combiné intermédiaire (selon prélèvement) | Coût entreprise intermédiaire | Partielle pour retraite (selon montant salarial) |
Points importants et limites
- Les dividendes diminuent la trésorerie distribuable : ils ne peuvent être versés que si les comptes permettent une distribution (bénéfice distribuable fixés après approbation des comptes).
- Le salaire impose l’établissement de bulletins de paie, déclarations sociales (DSN), paiements URSSAF et cotisations patronales.
- Les dividendes restent soumis aux prélèvements sociaux (17,2 %) et à l’impôt (PFU 12,8 % ou barème), mais n’ouvrent pas de droits à l’assurance chômage ni à la retraite complémentaire via le régime salarié.
- Au-delà d’un certain niveau de dividendes, des règles et contrôles fiscaux peuvent être plus attentifs : il est recommandé de documenter le caractère raisonnable de la rémunération salariale et des distributions.
Formalités et bonnes pratiques
Avant de distribuer des dividendes, vous devez :
- Disposer d’un bénéfice distribuable : bénéfice net de l’exercice et réserves disponibles;
- Faire approuver les comptes annuels par l’assemblée générale ou l’organe compétent;
- Rédiger un procès-verbal d’assemblée (ou décision du président selon les statuts) actant la distribution et le montant;
- Effectuer les écritures comptables correspondantes et conserver les justificatifs en cas de contrôle;
- Déclarer les rémunérations salariales et verser les cotisations via la DSN pour les salaires.
Conseil pratique
Une stratégie souvent retenue consiste à se verser un salaire modéré permettant de valider des trimestres et de bénéficier d’une protection sociale minimale, puis compléter par des dividendes si la trésorerie et les bénéfices le permettent. Cette combinaison permet d’équilibrer protection sociale et optimisation fiscale, mais la frontière optimale varie selon l’âge, l’état de santé, les projets et la fiscalité personnelle.
Enfin, avant toute décision, faites réaliser des simulations par votre expert-comptable ou votre conseiller fiscal. Chaque situation est singulière : ce qui est optimal pour une société familiale ne l’est pas forcément pour une startup en forte croissance ou pour un dirigeant proche de la retraite.