REFLEXION

ZONES INDUSTRIELLES A MOSTAGANEM : ETAT DES LIEUX : La zone de Fornaka, encore à la dérive

Les zones industrielles ne se payent de mine, elles souffrent encore d’insuffisances et demeurent presque livrées à la dérive .L’une d’elles, celle de Fornaka, dont la création remonte à l’année 1984, borde la route nationale N17A et est à environ 25km du chef-lieu de wilaya, Mostaganem se distingue par quatre constats, aussi importants l’un que l’autre, frappent aux yeux au premier abord de cette zone. Le premier : l’absence de panneau qui présente la zone et la signale au visiteur. Le deuxième : l’accès à cette zone est d’une facilité déconcertante. C’est une zone ouverte aux quatre vents, malgré qu’elle soit entourée par un mur d’enceinte, et la surveillance y est dérisoire. Le troisième : l’absence d’un plan de circulation qui réglemente le déplacement des véhicules et des piétons à l’intérieur de la zone. Le quatrième, son foncier industriel n’a pu empêcher à sa mise en vente au plus offrant !



Gardiennage et accès réglementé à la zone
En tout et pour tout, ils sont deux agents de sécurité destinés au gardiennage de  toute la zone industrielle. Un nombre dérisoire au regard de sa superficie qui avoisine les 90 hectares. Et de surcroît, le gardiennage n’est assuré  que de jour selon les dires de l’un des agents. Mieux encore, le mur d’enceinte, achevé et de construction récente, est loin de leur faciliter  la tâche. Il est éventré à plusieurs endroits et les entrées principales, au nombre de trois, sont grandes ouvertes, non encore dotées de grilles. C’est dire que les deux agents affectés à la surveillance des lieux  sont chargés d’une mission impossible dans une zone ressemblant, à tous les égards, à un terrain vague, libre d’accès  aux bêtes errantes et sauvages, et aux  étrangers à la zone.

Un plan de circulation pour la zone se fait sentir
En parcourant la zone, on constate que celle-ci  pêche également par l’absence de signalisation verticale et horizontale,  à l’exception de l’entrée principale où l’on peut constater deux plaques signalant les voies d’entrée et de sortie depuis la route N17A. Selon un connaisseur en la matière, pour une zone de cette taille, un plan de circulation est nécessaire et indispensable. Il permet, selon lui, de codifier et réguler la circulation des véhicules et des piétons, entre visiteurs et agents activant dans la zone. Il ajoute que l’organisation de la circulation à l’intérieur de la zone évite, ou à la limite, réduit  tous les désagréments et les mauvaises surprises que peut causer une circulation livrée à l’anarchie. La signalisation est dissuasive et permet surtout de situer clairement et plus facilement  les responsabilités en cas d’accident, selon lui.
Pas d’installations communes de lutte contre l’incendie
Le visiteur des lieux est vite attiré par l’absence de bouches d’incendie à l’intérieur, aux abords de la voirie. Cette absence indique que la zone n’a pas son propre  réseau d’incendie. Un industriel confirme que ce réseau n’existe pas et fait savoir que chaque unité industrielle est tenue de disposer de ses propres moyens de prévention et de lutte contre l’incendie. Il juge que ce n’est pas suffisant. Selon lui, les sinistres sont du domaine du possible et pourraient dépasser largement les capacités internes de l’exploitant. Il souhaite voir la zone se doter d’un réseau de lutte contre l’incendie. Il rappelle au passage que l’unité de protection civile la plus proche se trouve à Hassi-Mamèche, à une distance de plus d’une vingtaine de kilomètres de la zone…

Les installations de traitement des eaux usées industrielles, un must pour l’environnement
En matière de protection de l’environnement contre les rejets liquides polluants, on apprend que la zone ne dispose pas d’une unité commune de traitement des eaux usées industrielles de la zone. Les industriels disent qu’ils traitent eux-mêmes leurs eaux usées avant de la déverser dans le réseau d’assainissement commun. Un retraité ayant longtemps  servi dans le domaine HSE nous fait savoir que le traitement des eaux usées signifie un coût supplémentaire pour l’exploitant industriel. Les considérations de coûts pourraient, selon lui,  amener ce dernier à être moins rigoureux sur la question.  Il juge qu’un intervenant externe indépendant constitue une meilleure garantie pour le respect de l’aspect environnemental.  Il estime que les inspections périodiques assurées par les instances publiques chargées de la protection de l’environnement  ne sont pas suffisantes pour parer contre les éventuels manquements.  Mais en même temps, il fait observer  qu’un traitement des eaux usées à la charge du gestionnaire de la zone signifie  aussi  de nouveaux investissements et des coûts d’exploitation supplémentaires pour ce dernier. Il ne sait pas aussi si ce genre de prestation relève des prérogatives des gestionnaires des zones industrielles.

L’activité industrielle, ses hauts et ses bas
A l’intérieur de la zone, le visiteur peut facilement apprécier l’état de l’activité industrielle de loin, sans nécessairement pénétrer à l’intérieur des unités industrielles présentes. Ainsi, par endroits, les fumées, les vapeurs, le va-et-vient des véhicules lourds et les ronronnements  des machines témoignent d’une activité  à plein régime. Mais ce ne sont pas toutes les unités qui dégagent l’impression d’une activité industrielle en bonne santé. Certains secteurs de la zone sont quelque peu plus calmes, plus discrets. L’activité y est visiblement moins intense. Là, vraisemblablement, il s’agit  d’unités en perte de cadence, traversant une période de baisse d’activité conjoncturelle. Un agent travaillant dans une grande unité très connue nous explique la situation de l’unité où il travaille: « Des travailleurs ont été libérés il n’y a pas très longtemps. Nous tournons actuellement avec une équipe réduite. Nous sommes en situation de surstock. Le retour au rythme de production normal et à  la pleine activité n’est envisageable qu’après la liquidation des stocks ». D’autres secteurs de la zone sont moins lotis. Ils dégagent nettement un calme plat. L’activité y est  carrément éteinte. A ce niveau, nous apprenons le cas d’une unité qui a cessé toute activité. « Cette unité a très longtemps  fait la fierté et les plus beaux jours de la zone avant de sombrer dans l’abîme », remarque amèrement un travailleur de la zone. Elle n’est plus désormais qu’un tas de ferraille inerte abandonné à la rouille. Elle n’est pas la seule malheureusement. A quelques pas de là, une autre unité a baissé rideau depuis belle lurette nous apprend son voisin. Sur l’un de ces murs on peut lire « A louer, tél : XXXXXXXXXX). Un peu plus loin,  une autre inscription en arabe sur un mur d’enceinte allonge  la liste des affaires qui ont périclité : « immobilier proposé à la vente aux enchères ».
Des chantiers de construction en état de somnolence
Certains investisseurs, apparemment nouvellement installés, sont encore au stade de la construction de leurs usines. Dans certains chantiers, c’est carrément la course contre la montre. Ils sont sur le point de terminer la construction. L’un d’eux a déjà commencé à installer ses machines destinées à produire, nous dit-on,  une matière entrant dans la fabrication du ciment. D’autres chantiers de construction somnolent par contre. Là, à voir le rythme des travaux en cours, les futures usines qui sont prévues risquent de ne pas voir le jour avant très longtemps. Ou peut-être jamais. Ces chantiers  montrent un semblant d’activité. Des chantiers presque à l’arrêt. Comme ce chantier visité où une poignée  d’ouvriers, le geste lent, s’affaire comme elle peut. L’entrepreneur en charge des travaux est semble-t-il en difficulté financière.  Les ouvriers disent qu’ils accusent un retard de salaire de plusieurs mois. Dans le voisinage immédiat, sur certaines assiettes, le spectacle est encore moins reluisant. Aucune construction n’a encore été entamée, mise à part les murs d’enceintes.  Les lieux sont  ouverts et déserts et aucune  activité humaine n’est palpable à perte de vue….

Des produits chimiques abandonnés à l’air libre
Dans une partie de la zone, des sacs jaunes gisant à même le sol attirent de loin l’attention du visiteur. Une quantité conséquente de gros sacs en effet. Ils contiennent vraisemblablement des produits chimiques qui pourraient constituer un réel danger pour l’environnement et les riverains. Ils sont exposés à l’air libre dans un grand parc à ciel ouvert. Il semble qu’ils sont là depuis très longtemps, abandonnés aux intempéries et à la dégradation. Nous avons cherché à en savoir davantage sur ces sacs mais en vain. Le parc est désert, aucune présence humaine.
Recrutement «régionaliste», salaire «de misère» et licenciement «abusif»
Selon des témoignages sur place, une unité industrielle  a récemment mis à la porte 25 ouvriers. « L’unité a pris ses devants. Elle a agi de la sorte  pour parer à un éventuel débrayage général qui aurait été très coûteux  en paralysant toute l’unité pour une bonne durée », nous dit-on. Les licenciés disent que leur tort est d’avoir songé à un arrêt de travail. Ils jugent qu’ils perçoivent un salaire de misère et leur tentative de faire pression sur leur employeur pour être augmentés s’est mal terminée pour eux, injustement …Cette situation de « travail très peu rémunéré » n’empêche pas toutefois  que la zone grouille, à longueur de semaine,  de jeunes chômeurs de la région à la recherche d’un emploi, pas facile à trouver selon eux. Un chômeur  prétend qu’en matière de recrutement,  les étrangers à  la région sont plus privilégiés. « Ecrivez que le régionalisme empeste la zone », insiste-t-il. Au niveau des unités industrielles, l’on réfute catégoriquement ces allégations et l’on jure par tous les saints de la région que le recours à l’extérieur de la région n’est envisagé que pour les qualifications introuvables dans l’environnement immédiat de la zone.

Le sort des assiettes foncières  acquises mais non encore exploitées
Dans cette zone plus que  trentenaire,  quelques assiettes acquises il y a des lustres demeurent encore à l’état naturel. Elles sont presque comme au premier jour de leur acquisition. Aucune construction en dur n’a été entamée. Seulement des baraques de chantier gisent sur les lieux, à l’abandon, gagnées par le délabrement du fait temps et des intempéries. Leurs propriétaires semblent avoir longtemps déserté les lieux. Certaines ont fini par devenir des dépotoirs pour toutes sortes de déchets. A l’heure où le foncier industriel se fait de plus en plus rare, il est pour le moins  évident que tout le monde gagnerait  à voir le sort de ces assiettes scellé définitivement et au plus vite. Il y va de  l’intérêt de la zone et de l’économie de la région et du pays.

Les industriels de la zone plutôt satisfaits de leur zone mais pointent du doigt des  insuffisances
Les quelques industriels interrogés sur l’état des lieux de la zone reconnaissent tous que beaucoup d’argent a été dépensé et autant d’efforts ont été consentis par les pouvoirs publics pour cette zone. « A vrai dire, ce n’est plus comme avant, la zone a connu un réel lifting ces dernières années, ce constat est partagé même par nos visiteurs », disent-ils. « Au départ, nous avons ouvert les voies et les accès nous-mêmes et nous étions obligés de ramener nous-mêmes, par nos propres moyens, certaines utilités indispensables à nos activités »,  se rappellent-ils. « Aujourd’hui, la fourniture en énergie électrique a été nettement améliorée, la clôture et la voirie réalisées, le réseau d’assainissement refait, il y a l’eau, le gaz…mais  il reste encore à faire », jugent-ils. « Nous payons une redevance conséquente au gestionnaire de la zone, il nous faut en retour toutes les commodités nécessaires à la bonne marche de nos activités et à la sécurité de nos biens »,  ont-il tenu à ajouter.  L’un deux, activant dans la filière du papier, évoque l’absence  des moyens de télécommunication dans la zone, précisément le téléphone filaire et Internet (ADSL). « J’ai essayé de ramener moi-même la ligne téléphonique mais l’opérateur public m’a demandé une somme faramineuse », a-t-il fait savoir. Autre insuffisance selon lui, la zone n’est pas gardée le soir. Il dit qu’il dispose d’une équipe de sécurité interne mais il estime qu’elle n’est pas en mesure de faire face à toutes les éventualités. Il cite également  l’absence de l’éclairage. L’installation d’éclairage est cependant bien là, certes inachevée sur une partie de la  voirie non encore bitumée. A bien comprendre cet industriel, l’éclairage  ne fonctionne pas à certains endroits pour cause de  non mise en service ou peut-être pour défaillance faute de suivi et d’entretien de l’installation...

 

Aicha Mokhtar
Mercredi 21 Février 2018 - 18:09
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