REFLEXION

VISA POUR L’ESPAGNE : BLS et le sort des quittances CPA en souffrance

Le processus de prise de rendez-vous pour un visa pour l’Espagne, par quittance CPA, entré en vigueur le 05 Octobre 2017, était destiné à favoriser les demandeurs de visa authentiques, et par ricochet, mettre un terme définitif à un marché florissant qui s’est imposé en intermédiaire incontournable entre le prestataire BLS et les demandeurs de visa, pénalisant lourdement et injustement ces derniers et engrangeant au passage une manne financière considérable.



Mais ce processus perçu comme salutaire par les vrais demandeurs de visa n’a pas fait long feu. Moins d’un mois d’existence seulement. Il a été suspendu « en raison de la forte demande de visas ».  Non sans faire de victimes. Une suspension qui s’installe dans la durée et des citoyens qui ne savent plus aujourd’hui ni comment exploiter leurs quittances déclarées irrecevables, ni à quel saint se vouer pour se faire rembourser…

Petit rappel de quelques faits marquants
C’est dans un climat qualifié à l’époque de délétère que fut adoptée la formule « quittances CPA ». Pour ceux qui s’en souviennent encore, quelques semaines avant l’entrée en vigueur de cette formule, deux événements majeurs avaient enflammé la toile et auraient été  vraisemblablement à l’origine de l’avènement de cette formule, ou du moins à l’accélération de sa mise en œuvre,  le 05 Octobre 2017. Premier événement : nous sommes en début de soirée du premier jour de l’Aïd al-Adha de l’année 2017 (1er septembre 2017), une effervescence peu ordinaire règne sur la toile, précisément sur les pages des réseaux sociaux fréquentées par les intermédiaires des rendez-vous de visa. En clair, il s’agit d’une soudaine apparition d’une série d’annonces à l’attention des demandeurs de rendez-vous de visa Espagne promettant des rendez-vous garantis dans les 24 heures à un  prix variant entre 10 000 DA et 20 000 DA. Contacté par téléphone, en se présentant comme un gérant d’une agence de voyage cherchant à traiter pour un certain nombre de clients de la région d’Oran, un intermédiaire  jure par tous les saints que son annonce est sérieuse et  assure qu’il est en mesure de satisfaire toute la demande proposée. Mais, ce soir-là, très peu de gens ont pris ces annonces au sérieux. La plupart étaient convaincus que le site BLS de prise de rendez-vous ne peut pas prendre de court les vrais demandeurs en n’ouvrant par un jour où tout le monde est occupé par la fête religieuse. Les sites officiels de BLS et du consulat d’Oran et leurs pages dans les réseaux sociaux les confortaient dans leur conviction. Rien dans ces sites et pages n’indiquait en effet une ouverture imminente des rendez-vous de visa pour Oran. Et pourtant….
Le lendemain matin, vers la mi-journée, la nouvelle a fait déjà  le tour d’Oran. Tout le monde apprend stupéfait que le site  a effectivement ouvert en ce deuxième jour de l’Aïd  et tous les rendez-vous ont été raflés. Les pages des réseaux sociaux de l’Ambassade et de l’instance consulaire d’Oran sont aussitôt  envahies par les internautes en colère et toutes sortes de noms d’oiseaux ont commencé à pleuvoir de toutes parts. Ce jour-là, des questions claires et des accusations à peine voilées  étaient sur toutes les lèvres. Pourquoi ouvrir par un jour de fête ? Comment les intermédiaires savaient-ils que le site BLS allait ouvrir le deuxième jour de l’Aïd ? Qui les a informés et comment ? Pourquoi le large public n’a pas été informé en même temps ? Contre toute attente, tous les sites et pages officiels interpellés sont restés muets et toutes ces questions  sont restées sans réponse à ce jour….
Second événement : nous sommes le  12/09/2017, les services consulaires d’Alger annoncent sur leur site web l’ouverture des rendez-vous pour le jeudi 14/09/2017. Sans crier gare et sans la moindre explication publique préalable,  leur prestataire BLS prend de court tout le monde et  ouvre les rendez-vous le jour même, le 12/09/2017. Quelques heures plus tard,  la « mauvaise » nouvelle fait le tour d’Alger et la toile s’enflamme. Surpris et se disant  floués de la pire manière, les prétendants au visa  envahissent les pages officielles concernées dans les réseaux sociaux et demandent l’annulation pure et simple des rendez-vous pris et le respect de la date d’ouverture annoncée publiquement par les services consulaires. Peine perdue. Leur cause n’est pas entendue et les services consulaires font volte-face. Ils revoient leur copie « en tripotant »  la date en catimini en l’alignant sur celle « imposée »  par leur prestataire BLS.  Sans fournir la moindre explication, et surtout  sans  la moindre petite  excuse à l’adresse du public qui a pris leur message original pour  parole d’évangile… 
Les quittances CPA « pour libérer » le circuit officiel de prise de rendez-vous des mains des intermédiaires
C’est en somme dans cette ambiance pour le moins opaque et très peu sereine au regard des faits précités,  et sans doute pour tourner une page froissée  et  défavorable pour l’image de marque de toute  la sphère en charge des visas qu’est apparue la formule de la quittance CPA,  le 05 Octobre 2017. Elle « vise à aider les voyageurs authentiques à prendre rendez-vous plus facilement et à éviter toute utilisation frauduleuse », avaient expliqué les autorités consulaires espagnoles. Elle a été saluée par pratiquement tous les vrais demandeurs de visas. Seuls les intermédiaires l’ont vue comme un coup de grâce pour leur business pratiqué en toute illégalité et ont cherché à la saboter en propageant toutes sortes de rumeurs. Il y avait également  quelques sceptiques  qui l’ont vite qualifiée de « cadeau empoisonné qui ne va pas tarder à s’essouffler et faire  beaucoup de  victimes dans son sillage ». Pour des raisons évidentes selon eux : la forte demande, les rendez-vous libérés au compte-gouttes et sans avertir le grand public au préalable (pour Oran précisément),  et la validité de 08 jours des  quittances. Ces sceptiques  n’avaient pas tort  en fait. Le  temps a fini par leur donner entièrement raison. A peine un mois après, le nouveau processus des quittances est vite entré en saturation pour connaître un brutal coup d’arrêt. Pour BLS, « […] en raison de la forte demande de visas, les paiements à la banque ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre. La reprise des versements sera communiquée une fois que les paiements en suspens auront été absorbés. Nous nous excusons pour les désagréments générés par cette mesure ».

« Echec », retour à la case départ et détenteurs de quittances CPA sur le carreau
Aujourd’hui, plusieurs agences privées de services visas confirment de leur côté que la formule « quittances CPA » a cessé de faire cours. Selon ces agences, BLS Espagne est effectivement revenu à l’ancienne procédure et semble avoir définitivement enterré la formule des quittances. Ces mêmes agences précisent que les  rendez-vous du mois de mars 2018 pour Oran sont déjà pris et le site web de réservation des rendez-vous fonctionne désormais exactement comme avant la mise œuvre de la procédure des quittances. Un gérant d’une agence privée à Mostaganem a saisi, quant à lui,  l’occasion pour nous montrer  une pile entière de quittances CPA en souffrance  appartenant à ses clients. Il dit qu’il n’arrive pas  à les exploiter, le système de réservation des rendez-vous ne les accepte plus, selon lui. Il ajoute que les propriétaires de ces quittances lassés d’attendre l’acceptation de leurs quittances  par le système ou leur remboursement, et ne sachant plus à quel saint se vouer,  ont fini par les abandonner. Sollicité pour s’exprimer sur le sujet, un détenteur de quittance CPA qualifie la formule des quittances de « grosse escroquerie » et pense que  « l’Algérien est perçu comme une vache à lait  bonne à traire sans modération, dans l’humiliation  et en toute impunité».  A l’agence CPA de Mostaganem, une source nous confirme également que la formule est suspendue par le prestataire jusqu’à nouvel ordre. Au sujet de l’éventuel remboursement des quittances non utilisées, on apprend que l’agence n’est pas concernée et que si les prestations payées par ces quittances n’ont pas été honorées, c’est au prestataire BLS qu’il faut s’adresser. Contacté par messagerie électronique à propos de l’opération quittances CPA et sur le sort réservé aux  quittances en suspens,  le prestataire BLS ne daigne même pas répondre. A en juger par la note  placardée sur son site web,  il semblerait que pour lui la messe a été déjà dite et le sujet est définitivement clos. Cette note ne fait en tout cas aucun mystère du sort  réservé aux quittances en souffrance : « les reçus de la CPA datant de 2017 ne seront plus accepté(s) à l'avenir ». Cette note signifie aussi que  «  la reprise des versements (qui) sera communiquée une fois que les paiements en suspens auront été absorbés » est tombée définitivement dans les oubliettes…Force est de constater enfin qu’à un moment où des prestataires dans le domaine des visas optent pour le prépaiement bancaire et la quittance, comme VFS Global par exemple, BLS Espagne semble être revenu sur ce choix et peut-être avoir conclu à son échec. « Un échec » qui serait probablement dû à une mise en œuvre à la va-vite qui n’a pas tenu compte de toutes les variables mais surtout des conséquences négatives possibles sur les intérêts des demandeurs de rendez-vous.  Au final, en revenant à la case départ, le processus de prise de rendez-vous est sans doute promis pour demeurer pour encore longtemps problématique, décrié et livré en proie aux intermédiaires, comme avant la défunte formule des quittances. Et en  fermant la porte à toute possibilité d’utilisation ou de  remboursement des quittances en suspens, BLS Espagne n’aura ainsi laissé en dernier recours  aux « victimes » qu’une seule voie de sortie possible. Celle des tribunaux…

« Les services consulaires à Oran ne contribuent pas à la transparence du processus de prise des rendez-vous »
 Beaucoup de citoyens, à Oran et à Mostaganem, pensent que si la formule des quittances n’a pas fait long feu, cela démontre qu’aucune formule miracle n’existe pour que les choses marchent un jour. Pour eux, la vraie cause est à chercher ailleurs. Dans  les capacités dédiées au circuit officiel de traitement des demandes de visas. Ils trouvent que la libération « au compte-gouttes » des rendez-vous de visa sur des périodes relativement  longues  est un indice qui ne trompe pas. Il ne signifie qu’une seule chose, selon eux : les capacités humaines et matérielles de la sphère  en charge des visas, depuis les rendez-vous jusqu’à la délivrance des visas, semblent avoir du mal  à suivre et à s’adapter à  la forte demande. Ils ajoutent qu’en l’état actuel des choses,  les services  consulaires à Oran, en ne communiquant pas  les dates des rendez-vous,  à l’avance,  via leur site et page facebook officiels, compliquent davantage les choses et pénalisent indirectement les vrais demandeurs de visas. En procédant de la sorte, ils ne contribuent pas, selon eux, à la transparence du processus de prise des rendez-vous et à la réduction de l’emprise des parasites sur ce processus. Un petit tour  au site :
http://www.exteriores.gob.es/consulados/oran/es/Paginas/inicio.aspx - et à la page facebook - https://www.facebook.com/Consulado-General-de-Espa%C3%B1a-en-Or%C3%A1n-953472354713629/ - laisse effectivement voir que les services consulaires d’Oran n’ont pas coutume de communiquer sur les dates des rendez-vous de visa. Curieusement, c’est tout le contraire chez leurs collègues des services consulaires d’Alger. Ces derniers communiquent régulièrement les programmes de rendez-vous sur leur site
- http://www.exteriores.gob.es/Consulados/ARGEL/es/Consulado/Paginas/Articulos/20180221_APERTURA-CITAS-SCHENGEN.aspx -  et leur page facebook officielle
- https://www.facebook.com/AmbassadeEspagneAlgerie/?fref=ts.
Cette curieuse différence  entre les deux services consulaires sur l’appréciation de l’importance et des avantages de  la communication de l’information d’intérêt général au grand public  est énigmatique…Elle mérite du moins une explication…Contactés par messagerie électronique au sujet de la publication des dates de rendez-vous, les services  consulaires d’Oran n’ont pas répondu ….

Le visa, les priorités et la hiérarchie des choses
Ammi Ali habite à Oran. C’est un septuagénaire très cultivé. Il dit avoir  à son actif une « hadja » et trois « Omras ». Il confie aussi qu’il est au courant de tout ce qui se passe dans le monde des visas et des voyages dans le pays. Pour lui, si pour décrocher le fameux sésame, le visa, il faut se débattre longuement dans la boue, parfois durant plusieurs tentatives,  et laisser sa propre dignité sur la chaussée, cela veut que le problème est très profond et  dépasse de loin ce que représente ce piètre laissez-passer qu’est le visa. Le vrai problème, selon lui, réside  dans la  perte du  sens des valeurs, des priorités et de la  hiérarchie des choses par une large frange de nos compatriotes. Pour lui,  rien au monde ne justifie l’humiliation et la chute de la considération de l’être humain à des  niveaux dépassant l’entendement. Il poursuit, « quand vous êtes au-dessus de tout reproche et que votre quête de visa tourne au cauchemar et à la perte de votre dignité et de votre amour-propre, il faut comprendre que la partie en face de vous, qui vous fascine tant, ne veut ni de vous ni de votre argent. Vous êtes en quelque sorte invitée, et de la pire manière, à changer de cap,  à  aller voir ailleurs... ».

 Chez nos voisins marocains
Aucun doute n’est permis, en matière de visas d’Espagne, chez nos voisins marocains,  l’ambiance est toute autre. Pas de prépaiement bancaire, pas de détenteurs de quittances sur le carreau, pas d’humiliation et pas d’intermédiaires  des rendez-vous de visa. Test  réel à l’appui sur le site web de BLSspain Maroc, obtenir un rendez-vous pour le visa pour un Marocain, à toutes heures de la journée et de la nuit, il n’y a vraiment rien de plus facile et de plus simple. Un jeu d’enfant pour tout dire.  Pour certains de nos concitoyens, la raison qui se cache derrière cette différence et cette facilité  est évidente : la demande de visas  d’Espagne au Maroc est faible comparativement. Rien n’est moins faux. Ce sont des statistiques officielles qui le prouvent. Selon le  site officiel espagnol http://extranjeros.empleo.gob.es/es/Estadisticas/operaciones/visados/index.html, pour l’année 2016 par exemple,   les citoyens marocains ont raflés les 49.85% du chiffre total des visas obtenus par tout le continent africain. Les citoyens algériens ont obtenu  24.01% de ce même chiffre. La demande de visas chez nos voisins est, on ne peut plus clair,  2 fois plus importante que la nôtre. Pour faire face à cette demande, les moyens installés frappent aux yeux et parlent d’eux-mêmes. Il existe actuellement  au Maroc 7 centres BLS  Espagne et autant de représentations consulaires....



 

Aicha Mokhtar
Mercredi 4 Avril 2018 - 18:21
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ACTUALITÉ
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