REFLEXION

UNE VILLE, UNE HISTOIRE : Oued Taria, du caravansérail à la maison cantonnière

Oued Taria est une ville de la wilaya de Mascara ,qui a été d’abord un caravansérail pour servir de relais pour les caravanes qui transitaient par le lieu. Elle devient par la suite une maison cantonnière, pour finir en commune en 1872.



En 1860 sur la route de Mascara à Saïda, le génie militaire construit un caravansérail sur la rive droite de l’oued Taria pour servir de relais. Cet oued prend sa source à 50 km environ du point où il coupe la route, et coule dans une direction générale de l'Est à l'Ouest. L'eau est peu salubre et son débit moyen est de 1 m3 par seconde mais ne descend jamais en dessous de 0,2 m3. La route franchit la rivière à environ 33 km de Mascara et 40 km de Saïda. C'est parce que les convois ont de grandes difficultés à traverser la rivière à gué que le génie, sous les ordres du commandant Bongarçon entreprend de construire un pont à cet emplacement. Cet ouvrage est en pierres d'une seule arche ayant 25 mètres d'envergure, et la chaussée se trouvant à 13 mètres au-dessus du niveau de l'eau, fait environ 6 mètres de large, à laquelle viendront se rajouter, beaucoup plus tard, deux trottoirs. Les ponts et chaussées, travaillant en collaboration avec le génie, achètent le 11 avril 1867 d’un individu répondant au nom de Si-El-Azil-Ould-Djelloul, un terrain pour la construction d'une maison cantonnière avec puits. La maison cantonnière est le premier édifice du village, et sera toujours connue sous ce nom là. Mais déjà une animation s'établit autour du caravansérail qui abrite l'armée, les services topographiques, les ponts et chaussées et sert de gîte aux convois de passage. Certains pour la plupart militaires démobilisés, s'installent comme commerçants, et l'on voit des auberges florissantes sous des toiles de tentes. D'autres, plus aventureux, traitent directement avec les Indigènes, l'achat de terres, et commencent à défricher, à pratiquer l'élevage, ou à acheter et transporter l'alfa. La commission des centres, constatant l'animation croissante de ce lieu, se réunit le 13 mars 1872 sous la présidence du général Cerez, commandant la subdivision de Mascara, et décide de soumettre un projet de création d’un hameau routier portant le nom d’Oued-Taria. Ce centre se situerait sur le versant Sud de la rivière, le long de la route et aurait une superficie de 500 hectares environ. Ainsi établi, le territoire du village portera à la fois sur la tribu des Béni-Meriani Tahta, celles des Zouas et celles des Ouled Abbab. Le centre urbain comprendrait 24 lots de 15 ares environ chacun. 4 lots seraient réservés pour la construction de l'église, l'école, le presbytère et plus tard la Gendarmerie. L'alimentation en eau potable se ferait par puits à creuser au centre du village, et il serait construit un abreuvoir et un lavoir sous le pont. Des plantations comprendraient des rangées d'eucalyptus le long de la route. Après le rapport de la direction d’Oran, le projet est transmis au gouverneur général d'Algérie. Celui-ci par un arrêté du 25 mai 1872, et signé du Vice Amiral de Gueydon, décide officiellement la création du Centre, approuve les actes d'acquisition de terrains au nombre de 45. Avec l'arrivée des Alsaciens-Lorrains, expatriés pour demeurer Français, c'est véritablement le démarrage de la colonisation. Un état de peuplement du 7 juin 1873 fait apparaitre l'installation de 20 familles dont 11 Alsaciens-Lorrains. Ceux-là seront les véritables pionniers du village. Les ponts et chaussées, aidés par le génie militaire et les disciplinaires, entreprennent de construire les édifices publics :les rues empierrées comprenant la rue principale et deux rues transversales ;une chapelle de 70 m2 et attenant à la chapelle la sacristie, l'école, la mairie et le logement de l'instituteur, composés chacun d'une pièce (toute cette construction formera beaucoup plus tard les logements des instituteurs) ;un bassin filtre alimentant un abreuvoir ;un puits au centre du village ;des plantations diverses de platanes, acacias, mûriers, ormes et peupliers représentant 372 arbres. Mais déjà la vie s'organise dans le village et un embryon d'administration se met en place. Pierre Desbordes assumera de 1873 à 1880 la fonction d'adjoint spécial. Libéré après 14 ans d'armée, il s'était installé au village comme aubergiste. Le dynamisme de la population, fait que l'Administration dote le village d'un communal qui porte la superficie totale à 812 hectares. Si l'activité principale est la culture, il y a aussi des industriels qui se livrent au commerce de l'alfa.  L’agriculture et le commerce de l’alfa représentent l’essentiel de l’économie, la construction d’un barrage en 1883 et de canaux d’irrigation en 1884 renforcent l’activité agricole avec la constitution de jardins irrigués sur les terres à l’Est du Village. Le moment des grands travaux est alors venu. Afin de constituer en terres irrigables une partie de son territoire au moyen des eaux de l'Oued, il est nécessaire de remonter jusqu'à environ 7 km et d'établir en ce point un barrage. Ainsi seront constitués des lots de jardins à l'Est du village en direction de Bénian qui deviendront une véritable oasis de verdure, de légumes et de fruits. A la même époque, l'agrandissement de la commune se fait par le rattachement de 1 050 hectares constitués par Guerd-Joum, Souk, Barrata et Bénian.Pendant ce temps, l'administration locale s'occupe des édifices publics devenus indispensables. Pendant deux ans 1880-1881, l'exiguïté du local servant de Mairie, ainsi que celui de l'école, amène à construire une nouvelle école. Pierre Nouven se bat depuis longtemps pour que le centre devienne « commune de plein exercice  ». Ce sera chose faite en 1903 et le premier scrutin ayant lieu, tout naturellement, Pierre Nouven est élu maire. En 1920, Auguste Salvat est élu maire. La commune lui doit la construction de l'hôpital, du Monument aux Morts et l'agrandissement définitif de la ville. Le village n'a cessé de s'agrandir, grâce au travail de ses élus et au dynamisme de ses habitants. Depuis la création, le gros problème a été l'alimentation en eau potable. En effet, la prospérité du village est maintes fois éprouvée par de nombreux cas de maladies attribués à l'usage de l'eau de la rivière imparfaitement filtrée. Le 16 août 1904 sera inauguré enfin le château d'eau. Si en 1922, le territoire de la commune ne comprend que 3 179 hectares, il sera porté à près de 10 000 hectares par le rattachement des terres dites de la côte rouge, des Ouled Cherif, Ouled Moussa, Ouled Ali Ben Aïssa, et surtout Ouizert.La plus grande partie de ces terres est ensemencée de céréales (blé tendre, orge et blé dur) produisant parfois d'abondantes récoltes, ou provoquant le désespoir des propriétaires les années de sécheresse.On y cultive aussi avec beaucoup de réussite l'olivier dont les récoltes sont vendues aux Huileries de Perrégaux ou de Relizane. Mais le fleuron de l'agriculture restera certainement la vigne. La qualité et l'abondance des récoltes, obligera les colons à se grouper en coopérative, et à construire une cave en 1932.

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Vendredi 8 Décembre 2017 - 17:14
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