REFLEXION

UN SCRUTIN CRUCIAL AUJOURD’HUI : Les Pays-Bas basculent vers l’extrême droite ?

L'extrême droite gagne en popularité en Europe et les Pays-Bas n'échappent pas à ce phénomène. Des élections législatives auront lieu mercredi dans ce petit pays de 17 millions d'habitants, et une partie de ceux-ci voteront pour le parti de Geert Wilders, qui promet notamment de fermer la frontière aux immigrants musulmans, d'interdire la vente du Coran et de fermer les mosquées.



Depuis le début de la campagne électorale, Geert Wilders multiplie les discours xénophobes. « Il y a beaucoup de racaille, des jeunes marocains qui rendent nos rues dangereuses, a-t-il déclaré le mois dernier. Si vous voulez retrouver votre pays, il faut voter pour nous. » Ce discours lui a déjà valu d'être condamné en justice et n'est pas sans rappeler celui de Donald Trump, aux États-Unis, ou de Marine Le Pen, en France. De fait, la dernière étude publiée dimanche sur le site de référence Peilinwijzer accorde 13 % des voix à sa formation politique, le Parti de la liberté (PVV), soit de 19 à 23 sièges sur les 150 que compte la Chambre basse du Parlement. C'est plus que les 15 dont il dispose actuellement, mais moins que les 24 sièges obtenus en 2010, alors qu'il soutenait – sans y participer – le premier Cabinet de Mark Rutte, le chef de gouvernement sortant, qui brigue un troisième mandat. Toujours selon le même coup de sonde, la formation de M. Rutte récolterait 16 % d'appui, ce qui créditerait le Parti libéral populaire et démocrate de 23 à 27 sièges, soit beaucoup moins que les 40 qu'il compte à l'heure actuelle. Mark Rutte appelle donc les Néerlandais à se ressaisir. « Je veux un pays où nous vivons ensemble d'une manière normale, un pays qui a montré au monde que nous ne nous laissons pas avoir par du mauvais populisme », a-t-il écrit sur Facebook lundi. D'après les analystes, le premier ministre sort pourtant lui-même renforcé dans l'opinion publique d'un conflit ouvert avec Ankara, qui a éclaté en fin de semaine lorsque son gouvernement a interdit à des ministres turcs de participer à des rassemblements en faveur du président Recep Tayyip Erdogan à Rotterdam. L'expulsion de la ministre turque de la Famille, qui avait ignoré cette interdiction, samedi, et le refus de Mark Rutte de présenter des excuses n'ont fait qu'exacerber la crise, au cours de laquelle le président turc a notamment qualifié les Néerlandais de « nazis », ce qui a eu pour effet collatéral de provoquer la chancelière allemande, Angela Merkel. Malgré sa popularité, Geert Wilders n'est pas aux portes du pouvoir pour autant. La Chambre basse du Parlement néerlandais est élue en fonction d'un scrutin proportionnel qui fait en sorte que le pays est toujours dirigé par une large coalition de formations politiques. Or, tous les principaux partis du pays ont formellement rejeté la possibilité de s'allier au PVV pour former un gouvernement. Mais les dés ne sont pas encore jetés. À 48 heures du scrutin, pas moins de « 60 % des citoyens néerlandais ne savent toujours pas s'ils vont voter et pour qui », selon la directrice de l'Institut Clingendael à La Haye, Mokia Sie Dhian Ho. Si les électeurs devaient appuyer massivement le PVV mercredi, Geert Wilders pourrait devenir un incontournable dans le paysage politique néerlandais. À colère des électeurs néerlandais peut-elle s'expliquer par la situation économique du pays ? C'est peu probable. L'économie hollandaise est l'une des plus prospères d'Europe, avec un excédent commercial qui est le troisième plus élevé de l'OCDE, à 8% du PIB. C'est un niveau très voisin de celui de l'Allemagne. Ils ont des secteurs très puissants : la logistique et le transport, avec les ports comme Anvers ou Rotterdam, qui alimentent toute l'Europe. Il y a aussi l'agriculture et l'industrie chimique. Les Hollandais ont un niveau de vie qui est l'un des plus élevé d'Europe, à 28% au-dessus de la moyenne européenne, quand l'Allemagne est à +24%, et la France à +6% seulement. Est-ce l'emploi qui les chagrine ? Absolument pas. Le taux de chômage est compris entre 5 et 6% (autant dire qu'il n'y a pas de chômage). Le taux d'emploi, c'est-à-dire la proportion d'adultes en âge de travailler qui ont effectivement un emploi, est de 74%. C'est dix points au-dessus de la France.

Différences régionales
Plus remarquable encore : le nombre d'heures de liberté dans la journée d'un salarié (attention, cela comprend aussi le temps de sommeil) est en moyenne de 15,9 heures par jour. C'est quasiment le chiffre le plus élevé de toute l'OCDE. Conséquence : l'indice de satisfaction des Hollandais quant à leur vie est de 7,3. Encore une fois, c'est bien au-dessus de la moyenne de l'OCDE, qui est à 6,5, selon le Financial Times. En regardant de plus près, on voit bien des différences régionales. La région de Groningen, par exemple, a un taux de chômage de plus de 9%. C'est d'ailleurs l'une des provinces où le Parti de la liberté (populiste) réalise son meilleur score. Même au plan général, la croissance a été très médiocre ces dernières années. Les Pays-Bas n'ont retrouvé leur niveau de croissance d'avant-crise qu'en 2015. Si même le niveau de vie est élevé, il ne progresse plus guère. Quant aux jeunes, s'ils ont un taux d'emploi bien meilleur que chez nous, ils sont très nombreux à être en CDD ou contrat précaire.

La fin du clivage gauche-droite aussi
Ce n'est probablement pas suffisant pour expliquer la flambée populiste, même si le sentiment de stagnation économique, fût-ce chez les plus riches des européens, alimente le ressentiment contre les élites. En réalité, les Pays-Bas démontrent une nouvelle fois que l'économie n'est pas le facteur décisif dans la montée des partis extrêmes. Les questions identitaires et l'immigration jouent un rôle clé aux Pays-Bas. Et cela depuis une vingtaine d'année, comme en France. Le nombre d'incident anti-musulman a littéralement explosé dans les toutes dernières années. Il y a un autre facteur, troublant, qui semble expliquer l'essor de l'extrême-droite. Il est de nature politique, mais il touche à l'économie. Il s'agit de la quasi-disparition aux Pays-Bas, des différences de programme entre les travaillistes (la gauche sociale-démocrate) et des libéraux (la droite) depuis une quinzaine d'années. Au point que les deux grands partis traditionnels ont souvent gouverné ensemble, dans des coalitions. C'est d'ailleurs le cas en ce moment, avec le gouvernement de Mark Rutte. La disparition du clivage droite-gauche a fini par créer une autre offre politique aux extrêmes du spectre.

 

Ismain
Mardi 14 Mars 2017 - 18:27
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ACTUALITÉ
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