REFLEXION

Sayada, des douars d’un autre âge

Malgré une forte redevance fiscale chiffrée en milliards de centimes, la commune de Sayada ne semble point répondre aux attentes de ses citoyens en matière de développement local, ses douars à deux ou trois kilomètres de la ville de Mostaganem, ressemblent à des bourgs du moyen age et connaissent un sous développement des plus alarmants… !



Sayada, des douars d’un autre âge
Du sanguinaire Pélissier à R’djel Essayada
Selon les déclarations du vieux, M. B.A, originaire de la localité, la création de Sayada remonte à l’année 1896, elle est l’un des innombrables centres de colonisation construits sous la forme de villages agricoles pour recevoir les colons de la France, venus exploiter les riches terres agricoles du Dahra et asservir les autochtones. Elle prit le nom du sinistre et sanguinaire général de l’armée coloniale, Pélissier, qui fut l’un des ordonnateurs d’un des plus grands crimes contre l’humanité, resté toujours impuni ; le massacre des tribus des Ouled Ryah  au sein d’une grotte en les enfumant vivants.  A l’indépendance, elle changea de nom pour prendre celui de Sayada, en hommage aux saints chasseurs qui se donnaient rendez au sein de la forêt située à quelques milliers de mètres du chef-lieu, selon une version assez répandue au sein de la population  locale. Lors du réaménagement du territoire national en nouvelles communes, survenue en décembre 1984, Sayada se détacha de la commune mère et obtient le statut de commune à part entière. Sayada compte une population estimée à 28.000 âmes dont plus de 70% vit au sein des douars, qui souffrent à ce jour d’un déficit flagrant de développement local, caractérisé par l’absence de tant d’infrastructures sociales et de très défavorables conditions  les transformant malheureusement en hameaux d’un autre âge où presque tout manque… !
Des douars oubliés par le développement local
Le train du développement local semble ne point avoir une destination vers  ces douars qui l’attendent depuis l’indépendance, certains de ces derniers n’ont connu à ce jour aucun essor tendant à améliorer les dures conditions de vie de citoyens qui se sentent si lésés d’être toujours relégués d’un plan communal de développement à l’autre. Perchés au bas des monts du Dahra, quelques hameaux viennent d’être les lieux de prédilection pour de ravageuses inondations ayant causé la perte d’animaux domestiques (moutons, chèvres, et autres bêtes de petit élevage) emportés par la furie des eaux pluviales, la chute de murs de clôture de maisons, et destruction de bottes de foin. Les cultures n’ont point été épargnées par la chute des dernières pluies torrentielles, les semences de pois ont été également emportées  par les torrents de pluie ayant totalement érodés quelques champs agricoles situés en pente. Selon le citoyen A.A, habitant le bourg de Sidi Lahcène, l’absence d’ouvrages de collecte d’eau pouvant recueillir et canaliser les eaux pluviales vers le bas sans nuire aux  habitations et aux pistes du douar, a été à l’origine de ces calamités naturelles qui s’accentuent d’année en année et provoquent tant de dégâts matériels sans qu’aucune mesure pratique ne soit mise en œuvre pour mettre fin au calvaire de ces malheureux citoyens qui se battent à armes inégales contre une nature qui se déchaîne d’hiver en hiver et les malmène violemment… !  
Des routes ensablées et impraticables pour de bon  
La pluie ne semble guère être la bienvenue en ces douars où elle a fini par détériorer davantage l’état des rares routes qui existent en ces milieux ruraux. Aucune piste ou autre chemin n’ont pu échapper au flux destructeur des eaux pluviales qui ont charrié tout ce qu’ils ont pu rencontrer sur le passage. Des fissures géantes ont vu le jour au sein des routes, le peu de bitume qui revêtait la chaussée, a été emporté par le ruissellement des eaux, d’autres chemins ont été totalement  ensablées, le sable a fini par les couvrir entièrement, les pistes ont été parsemées de gros cailloux  bloquant ainsi tout accès motorisé, seuls les piétons les empruntent en prenant assez de prudence pour ne point chuter au sein d’immenses crevasses. Ce lamentable état des routes, a aggravé davantage l’isolement des douars, il a fini par les rendre inaccessibles en ces jours pluvieux, plusieurs tronçons de ces chemins sont devenus impraticables, de par la submersion des eaux qui les ont inondé de bout en bout. Il en a résulté une raréfaction du transport public vers ces coins, seuls quelques aventuriers « clandestins » continuent de s’y rendre à leurs risques et périls. Le ramassage scolaire a été également perturbé par l’impraticabilité des routes qui mènent vers ces lieux de la désolation, beaucoup de collégiens n’ont pu regagner les classes d’études à cause de moyens de déplacement. Malheureusement, et à ce jour, nul ne semble s’inquiéter du triste sort de ces citoyens du bout du monde… !     
Des conduites d’eau à ciel ouvert…. !
En ces jours d’intempéries, une certaine vigilance est exigée de la part de l’ensemble des partenaires assurant la distribution et la surveillance bactériologique de l’eau,dont les services  de l’hydraulique , de la santé,du personnel de l’Algérienne des eaux (A.D.E)  et des agents communaux chargés de la gestion des ouvrages d’eaux au sein de quelques communes où l’eau est encore gérée par l’A.P.C ,car  l’eau risque facilement de se contaminer  suite aux phénomènes du « cross over » ; une forme d’infiltration des nappes d’eau qui peuvent être constatées et aboutissent au mélange des eaux nocives pour la santé. Malheureusement au sein de quelques douars de la commune de Sayada que nous avons pu visiter, aucune mesure n’est de règle pour prévenir de telles anomalies qui paraissent être multiples le long de certains réseaux d’adduction en eau potable, des conduites d’eau ont été posées sans le respect d’aucune norme en usage et à l’absence de tout contrôle des services de l’hydraulique. Selon certaines indiscrétions recueillies auprès des citoyens, le marché public du réseau de l’A.E.P a été attribué à un entrepreneur qui l’a cédé à un autre sous traitant n’ayant aucune notion en travaux hydrauliques, ce dernier s’est contenté de poser et de coller les conduites les unes contre les autres à une trentaine de centimètres du sol en les enterrant avec de la terre. Il a suffi de quelques heures de chute de pluie pour que ces conduites d’eau se mettent à nu et laissent découvrir tout le bricolage ayant sévi le long de la réalisation du réseau d’A.E.P, destiné à alimenter les foyers  où des personnes sont censées s’approvisionner en ce liquide vital, mais malheureusement très mal servi au sein de conduites soumises à tant de défectuosités pouvant  causer des contaminations si dangereuses pour la santé… !
Un centre culturel fermé pour des raisons inconnues…. !
En guise de culture, la commune de Sayada parait avoir opté pour la manière la plus radicale au sein de la localité de Debdaba considérée comme la seconde agglomération de par le nombre de population qui avoisine les 7000 habitants selon l’estimation faite par un jeune de la bourgade, elle a consisté en une forme  d’éradication de  tout brin culturel. L’unique lieu de loisirs et de distractions, qui permettait aux jeunes de s’occuper utilement, a été fermé depuis de longues années à double tour, le centre culturel n’active plus selon le trésorier de l’association des activités culturelles de la jeunesse, qui le gérait en offrant  à ses adhérents de multiples loisirs allant de la lecture, à l’apprentissage de l’informatique et de la couture pour la gente féminine. Questionné à ce sujet, notre interlocuteur n’a  rien pu nous apprendre sur les raisons ayant abouti à sa fermeture, il les ignore complètement et semble être très déçu par une telle décision ayant privé plus de 200 jeunes du seul coin où ils venaient se distraire et se livrer à des loisirs sains. Malheureusement, toutes nos tentatives pour essayer d’en savoir davantage sur les raisons demeurant encore inconnues par les jeunes qui déplorent la prise d’une telle mesure, ont été vaines par l’indisponibilité du maire que nous n’avons pas pu rencontrer à deux reprises et qui restait le seul à  pouvoir répondre à la question de la fermeture « énigmatique » du centre culturel de la localité… !
Une salle de soins à l’attente du retour de l’infirmière…. ! 
Finalement, la couverture sanitaire en milieu rural de la commune laisse trop à désirer, elle est presque inexistante au sein de l’un des douars malgré la présence d’une superbe salle de soins qui parait être sous des travaux de rénovation qui durent depuis des mois. Elle ne semble pas être prise sérieusement en considération par ceux  qui sont censés la garantir partout et à tout moment, l’unité de soins de la localité d’El H’chem  en est le parfait cas qui répond à cette drôle de caractéristique. Certains citoyens pensent que la salle de soins en question est fermée pour des raisons de rénovation qui sont si longs à finir, d’autres soutiennent une autre version qui sous entend que l’infirmière chargée de l’assurance des soins, a été  mutée vers un autre lieu d’exercice. La fermeture du lieu dure déjà depuis 02 longs mois, privant ainsi les malades de la prise d’injections et de soins, ils se voient contraints de faire des kilomètres  pour se rendre vers les salles de soins du voisinage, afin de les subir. D’autres  déboursent des frais coûteux en  transport pour  faire vacciner les nouveaux nés et les enfants en bas âge, des femmes enceintes et souffrantes sont également obligées de se déplacer vers la ville de Mostaganem, pour se faire consulter mensuellement et des prises de vaccination antitétanique. En attendant le retour de l’infirmière qui tarde, les citoyens du douar espèrent que la salle de soins ouvrira bien sa porte surtout en période hivernale qui s’annonce si pluvieuse… !
Une école au cœur d’un fourré et des classes sans vitres
Le monde de l’éducation  au sein de la commune, n’a pu être épargné par la constatation de flagrantes anomalies et des controverses prêtant à rire. Certaines écoles primaires restent mal entretenues, de par le manque d’hygiène et d’entretien des blocs sanitaires où  les portes ne semblent point exister pour cacher l’intimité de l’élève pris par ses besoins. D’autres écoles ont des classes équipées de chauffage fonctionnel et ont malheureusement des vitres où les carreaux  ont disparu et n’ont jamais pu être remplacés ; cette situation semble prévaloir au sein de beaucoup de classes qui n’ont pu  attirer  l’attention d’aucun enseignant ayant pu remédier à une telle aberrance en plein milieu scolaire. Une école primaire située au douar d’El H’chem, demeure un établissement scolaire où les élèves courent de graves risques, selon un parent d’élève. Cette école ne dispose pas de cour, les écoliers jouent au sein du massif forestier et restent exposés aux chutes et branches des pins d’Alep qui cernent l’institution scolaire de partout, et qui peuvent les blesser par imprudence ou les excès de bousculade. Une autre anomalie nous a été mentionnée par ce parent trop soucieux de la santé des écoliers dont certains, dès le mois d’Avril, souffrent de maladies dermiques se distinguant par l’apparition de boutons, alors que d’autres ont des troubles respiratoires, provoqués par la floraison printanière du pin qui dégage du pollen nocif à la santé des élèves. D’autres constatations nous ont été signalées, telle l’absence des enseignants au cours des intempéries, car ils ne peuvent plus venir à l’école vue le manque de moyens de transport en ces jours de mauvais temps…. !
« De l’aube au crépuscule du soir…! » 
Décidemment, les citoyens de certains  douars de la commune ne semblent point être satisfaits du sort que le destin et les élus leur ont réservé. L’éclairage public reste un des insurmontables problèmes que l’A.P.C tend à ne pas résoudre depuis si longtemps, certains hameaux disposent d’un réseau  d’éclairage public avec une dizaine de lampadaires mais qui ne semblent ne point éclairer  de par la présence de lampes grillés qui n’ont jamais pu être changées. En ce malheureux contexte, les citoyens se sentent souvent obligés de patauger dans la boue en ces jours de pluie, durant les nuits pour se rendre surtout à la mosquée et tôt le matin pour aller au travail. Selon la déclaration du citoyen, L.B, résidant à la localité de Debdaba, cette triste situation a poussé à la multiplication de vols qui se commettent souvent la nuit  en l’absence de tout éclairage public pouvant faire signaler le déplacement des malfaiteurs .Un autre constat nous a été également mentionné,celui des fréquentes coupures d’électricité, dues en majeure partie à la vétusté du réseau électrique,qui tombe en panne à la moindre rafale de vents ou dès les premières gouttes de pluie,ces dernières lèsent beaucoup les citoyens qui sont privés durant des jours et des nuits des bienfaits de l’énergie électrique. Cette amère et indésirable situation a fait dire à l’un des citoyens cette phrase combien sage : « Nous en avons marre de vivre du noir des jours au noir des nuits…! »       
« Dis-leur, nous attendons encore l’indépendance… ! »
Pour clôturer ce reportage, le mieux serait d’offrir la parole à un vieux moudjahid, citoyen de la localité d’El H’chem, âgé de 82 ans, répondant au prénom d’El Hadj Belmehel qui s’abritait sous un olivier à l’attente de l’unique  clandestin  assurant la liaison entre le douar et la ville de Mostaganem en  ce jour où la pluie ne tenait plus à cesser de tomber… Ce citoyen qui en connaît un bon bout de l’histoire de la révolution armée et dont il était un de ses membres actifs, tient à dire à ceux qui gouvernent et aux autres qui gèrent la commune, qu’au douar d’El H’chem, les gens attendent toujours et encore l’indépendance après presque cinquante ans… !   

Mohamed El Amine
Jeudi 1 Décembre 2011 - 10:01
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