REFLEXION

Saâd Djerboua, un Chahid sans tombe

La mémoire a longtemps été liée, a un évènement ou à des souvenirs, qui relèvent de l’historique des hommes, qui auront marqué telle ou telle période charnière de leur vie, pour se prolonger aujourd’hui d’où l’occasion de les évoquer, à titre posthume.



L’oubli affaiblit la mémoire comme on dit, et il est de notre devoir de revenir aux sources à l’occasion de la journée du chahid et faire connaissance avec ces hommes d’où qu’ils soient ou d’où qu’il viennent, puisqu’ils ont été unis pour une même cause qui était la lutte pour la libération du pays, pour nous inscrire dans cette mémoire collective et évoquer le Chahid Djerboua Saâd dit « Hadj Saâd. Comme tous ses frères d’arme, le Chahid Djerboua Saâd dit « Hadj Saâd » , a répondu à l’appel du devoir et celui du destin qui le conduira à la chahada. Ce héro de la révolution est  né en 1908 à Douar Siouf, dans la Daïra de Sebt Aziz (Wilaya de Médéa, dés l’âge de  10 ans Saâd sera confronté à la misère du fait de la pauvreté de la famille ce qui l’obligera à trouver refuge à la maison des nécessiteux de Miliana (Dar-el-massakine). après le décès de sa sœur unique et en raison des difficultés et de la misère, les membres de la famille prendront le chemin de l’exode vers Alger, et ce vers les années 1920. Arrivés à Alger ils s’installeront dans une cave à la rue du Delta (Casbah). Après la mort de leur mère, les frères Hamed, Saâd et Mohamed, seront pris en charge par leur tante maternelle, qui avait elle aussi déménagé pour la capitale après le décès de son époux en 1928. Saâd travaillait comme portefaix puis marchand de fruits et légumes avant de devenir propriétaire de plusieurs biens immobiliers au centre d’Alger. Mettant à profit sa nouvelle  situation, il a pu réunir ses frères et quelques proches de sa famille. Illettré Saad  apprendra à lire et à écrire l’arabe et le français, encourageant ceux qu’ils connaissait à faire de même, tout en les conseillant de respecter les préceptes de la religion musulmane et ira jusqu’à réserver un local à Fontaine Fraîche (Tagarins) à Alger-centre, qu’il mettra à la disposition des adultes et des enfants engageant un enseignant dénommé Si Mohamed Charef, qui deviendra par la suite l’imam  de la grande Mosquée d’Alger, afin qu’ils apprennent la langue arabe et la récitation du Coran. En 1958, respectueux des traditions et de la religion, il effectue le pèlerinage à la Mecque, c’était aussi un sportif, du fait qu’il pratiquait dans sa jeunesse la boxe et aurait même participé à des galas selon les témoignages recueillis.  L’emplacement stratégique du café et restaurant qu’il possédait au centre même de la Casbah, deviendra le berceau du Mouvement nationaliste du temps du PPA, de l’Association des Oulémas Musulmans, de l’O.S. et du MTLD et le lieu d’implantation de l’école franco-musulmane « Medersa » distante de quelques mètres seulement, c’est d’ailleurs cette proximité qui fera que les étudiants de cette école venaient souvent dans son café et restaurant pour se rencontrés et dont certains sont devenus après l’indépendance des cadres de la nation. Ce café restaurant, deviendra le lieu privilégié pour les rencontres, des militants nationalistes de l’époque et pour certains chefs historiques, tels que  Mohamed Boudiaf, qui était recherché par les services de polices français. Saad qui nourrissait un sentiment fort et patriotique hébergera clandestinement Le défunt Mohamed Boudiaf dans une maison  à Bouzaréah. Par la suite, le café restaurant deviendra le fief et le  lieu de rencontres pour de nombreux révolutionnaires et chefs historiques, Dont les défunt Rabah Bitat, Abderrahmane Kiouane, Benyoucef Benkhedda,  Ali la Pointe, Mustapha Dahmoun, Hocine Lahouel, Mohamed Hamada,  Abderrahmane Hadj, Ahcène Laskri, Djillali Reguimi, Arezki Louni, Omar Hamza, Boudjemâa Souidani, Mohamed Taleb, Rabah Zaâf, Cherif Debih, , Fateh Zerari, Noureddine Chaïbi, Saïd Mecheri, les frères Bouabeche, les frères Lafer, les frères Amrani, Saïd Granaïsi, Ahmed Hattab Pacha, Ali Besbas et autres. Saâd entretenait des contacts soutenus avec Ahcène Laskri, Arezki Louni, Boualem Hamrane, Boudjemâa Souidani et Saïd Granaisi (ex-condamné à mort) à l’origine du réseau de poseurs de bombes d’Alger avec Baya Hocine.  Le Chahid, était un élément clef  pour la cause du fait de son sérieux et de  sa disposition à jouer un rôle fédérateur dans ce milieu révolutionnaire, devenant un intermédiaire dévoué, de par  les contacts entre la capitale et plusieurs régions de la wilaya IV, coordonnant avec brio les actions et les directives, entre la base et la hiérarchie. Toujours disponible le chahid, était discret déjouant ainsi tous les pièges de l’administration coloniale, qui ne réussiront pas, à le prendre ni à découvrir ses activités.  Dans l’ombre de ce travail discret, les forces coloniales,  ne sont parviendront pas à l’identifier malgré les opérations des forces de sécurité qui ne cessaient de faire des arrestations dans le milieu nationaliste et dans le  démantèlement de plusieurs cellules dans la capitale, qui seront suivis par l’arrestation de plusieurs militants, dont Ali la Pointe et Arezki Louni qui étaient en contact avec lui. Malgré les risques encourus il continua ses activités échappant ainsi  à la vigilance et les soupçons des autorités coloniales. Le chahid, veillera à ce que les choses se passent bien en procédant à l’embrigadement et au recrutement de jeunes intellectuels qu’il dirigera vers les maquis de Palestro, Theniet el-had et Djebel Louh où après avoir reçu une formation militaire, ils étaient affectés dans les différentes « Katibet » de l’ALN et grâce au soutien logistique qu’il apportait à partir d’Alger, il assurait les besoins des combattants en armement, munitions, effets vestimentaires, médicaments et argent.  Le chahid savait qu’il risquait à tout moment d’être pris, mais continuera jusqu’au jour ou il sera trahi et arrêté et suite aux aveux de personnes arrêtées dans la région de Sebt-Aziz (Wilaya de Médéa), obtenus sous la torture. Après son arrestation le 26 décembre 1959, il sera conduit à l’unité des Zouaves à la Casbah, où il sera torturé durant quatre jours, puis sera transféré vers un endroit secret. Le lieu où il sera détenu ne sera jamais connu, du fait que l’autorité coloniale se méfiait et savait qu’elle avait à faire à une importante personnalité dans le milieu nationaliste. On rapporte, que durant sa détention, ses deux enfants en bas âges ont pu lui rendre visite au détachement des Zouaves et s’entretenir avec lui a travers une lucarne dans sa cellule à la Casbah. Cependant malgré les supplices et les tortures que lui fera subir  l’autorité coloniale, Saad ne parlera. Les recherches par sa famille, pour savoir ou avait été transféré Saad n’aboutiront à aucun résultat  et l’on ne saura jamais ou il avait été interné, sinon qu’il avait été transféré en secret vers la caserne « Camp Morand » à Boghar (Wilaya de Médéa) puis vers la SAS de Sebt-Aziz où il a été torturé par un certain Baudouin et Larabi avant d’être exécuté au mois de février 1960 au lieu-dit « El-Ardja » non loin du Mausolée de Sidi-Bouzid, sans que son corps ne soit retrouvé  à ce jour.

Benyahia Aek
Lundi 20 Février 2012 - 10:18
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Arrêt Sur Mémoire
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