REFLEXION

REGLE DES 49/51% ET LES MESURES DE RESTRICTIONS AUX IMPORTATIONS : Un impact mitigé sur les fondamentaux de l’économie

Le déficit commercial de l`Algérie a atteint 490 millions de dollars durant le 1er trimestre 2018, contre un déficit de 2,98 milliards de dollars durant la même période de 2017, soit une baisse de 2,49 milliards de dollars, correspondant à un recul du déficit de 83,6% selon la direction générale des douanes citée par l’APS. Cependant, il faut faire une lecture attentive tant de l'impact de la règle des 49/51%( loi de finances complémentaire de 2009) qui avait pour objectif de limiter les importations et d dynamiser le tissu productif que l’euphorie du Ministre du commerce pour qui ce sont les mesures de restriction aux importations qui ont porté leurs fruits. La réduction du déficit de la balance commerciale résulte essentiellement de l’envolée du cours des hydrocarbures, largement influencé par des facteurs géostratégiques et non par les fondamentaux (voir rapport AIE de mai 2018).



1.-La valeur  des exportations globales a été de 45,0 milliards de dollars  en 2005, de 54,6 en 2006, 60,1 en 2007, 79,3 en 2008, 45,2 en 2008 (avec la crise mondiale), 57,0 en 2010  et 73,5 milliards de dollars en 2011. Selon les différents rapports officiels  entre 2012 à fin mars 2018, relatant l’évolution de la balance commerciale,  les exportations  ont  évolué ainsi :
-2012 71,8   milliards de dollars dont 69,8(Hydrocarbures- H-),
-2013 : 64,8 milliards de dollars dont 63,8 (H),
-2014 :60,1 milliards de dollars dont 58, (H),
-2015 : 34,5 milliards de dollars dont 33,1 (H) ;
-2016 : 29,3 milliards de dollars dont 27,9 (H),
-2017 : 34,5 milliards USD  dont 33 (H)
-Premier trimestre 2018 : les exportations ont atteint 10,716 milliards de dollars (mds usd) de janvier à mars de l'année en cours contre 8,938 mds usd, soit en tendance annuelle plus de 42 milliards de dollars  ayant  assuré la couverture des importations à hauteur de 96% durant les trois premiers mois de 2018 contre 75% à la même période de l'année 2017.
Parallèlement, les exportations de biens hors hydrocarbures entre 2012- 2017 ont fluctué entre 1 et 1,5 milliard de dollars dont 1,5 pour 2017 mais concentrées sur trois catégories de biens, les engrais minéraux ou chimiques azotés, « les ammoniacs anhydres et les sucres qui représentent à eux seuls près de 70 % du total. Pour le premier trimestre 2018, les   hydrocarbures ont représenté l'essentiel des ventes algériennes à l'étranger (93,6% du montant global des exportations) en s'établissant à 10,03 mds usd contre 8,388 mds usd de janvier à mars 2017, soit une hausse de 1,64 mds usd (+19,6%).-Pour le premier trimestre 2018 les exportations hors-hydrocarbures marginales, se sont établies à 686 millions usd (6,4% des exportations globales) avec le primat des dérivées d’hydrocarbures., Les exportations hors hydrocarbures étaient composées des demi-produits avec 533 millions usd (contre 425 millions usd), des biens alimentaires avec 89 millions usd (contre 87 millions usd), des produits bruts avec 39 millions usd (contre 19 millions usd), des biens d'équipement industriels avec 17 millions usd (contre 15 millions usd) et des biens de consommation non alimentaires avec 8 millions usd (contre 4 millions usd).
2.-La valeur des importations  a été de 20,0 milliards de dollars en 2005, 21,4 en 2006, 27,6 en 2007, 36,5 en 2008, 39,3 en 2009, 40,5 en 2010 et 47,2 milliards de dollars en 2011. Selon les différents rapports officiels  entre 2012 à fin mars 2018, relatant l’évolution de la balance commerciale,  les importations   ont  évolué ainsi :
-2012-51,5 milliards de dollars
-2013-54,9 milliards de dollars
-2014-59,6 milliards de dollars
-2015-52,6 milliards de dollars
-2016-49,7 milliards de dollars
-2017-48,7 milliards de dollars
-Premier trimestre 2018 : les importations,  ont légèrement reculé à 11,2 mds usd au premier trimestre 2018 contre 11,92 mds usd à la même période de l'année écoulée, soit une baisse de 714 millions de dollars (seulement de -6%) ce qui nous donnerait  en tendance annuelle fin  2018 environ 45 milliards de dollars . il est constaté que les produits qui ont connu une augmentation au 1er trimestre 2018 sont les Groupes des produits Energie et lubrifiants (carburants), des Produits bruts et des Demi-produits. Ainsi, la facture d'importation du Groupe Energie et lubrifiants a grimpé à 481 millions de dollars contre 366 millions de dollars, soit une augmentation de 31,42%. Pour les produits bruts, ils ont été importés pour 463 millions usd contre 441 millions usd (+5%) alors que les demi-produits ont été importés pour 2,74 mds usd contre 2,66 mds usd (+3%). La facture des biens alimentaires, s'est établie à 2,245 mds usd au 1er trimestre 2018 contre 2,250 mds usd au même trimestre de 2017, en recul de 0,22%, soit une baisse de 5 millions de dollars entre les deux périodes de comparaison. Durant le premier trimestre 2018, en terme de mode de financement des importations, sur les 11,2 mds usd des biens importés, un montant de 6,7 mds usd a été payé par cash. Les lignes de crédit ont financé les importations pour un montant de 4,11 mds usd, tandis que le reste des importations a été financé par le recours à d'autres moyens de paiement pour un montant de 410 millions usd. Mais aucune importation n'a été payée par les comptes devises propres des  importateurs. Les cinq premiers clients de l'Algérie ont été l'Italie avec 1,41 mds usd (13,2% des exportations globales algériennes), suivie de l'Espagne avec 1,34 usd (12,6%), de la France avec 1,22 mds usd (11,4%), des Etats-Unis avec 1,16 mds usd (10,85%) et de la Grande-Bretagne avec 664 millions usd (6,2%). Les principaux fournisseurs de l'Algérie, sont la Chine  en tête avec 1,74 mds usd (15,53% des importations globales algériennes), suivie de la France avec 1,12 mds usd (10,03%), de l'Italie avec 944 millions usd (8,42%), de l'Espagne avec 870 millions usd (7,76%) et de l'Allemagne avec 750 millions usd (6,7%).
3.-Cependant les données statistiques précédentes doivent être interprétées avec précaution. Le seul document de référence n’étant pas  la balance commerciale, mais la balance de paiement, aux sorties de devises d’environ 45 milliards de dollars de biens  fin 2018, il faudrait ajouter les sorties de devises des services qui ont fluctué annuellement entre 10/11 milliards de dollars  entre 2010/2017 et les transferts légaux de capitaux .ce qui nous donnerait un montant de sorties de devises fluctuant entre 55/60 milliards de dollars. Ainsi, malgré toutes les mesures souvent bureaucratiques sans vision stratégique, certaines restrictions des importations qui ont paralysé certains secteurs et favorisé le processus inflationniste, le résultat est très mitigé. Les pronostics d’une importation de biens de 30 milliards de dollars en 2018 (ce montant avait été avance pour 2017) est-il réaliste lorsqu’on sait que la superficie économique est représentée par 83% de petits commerce-services, que le secteur industriel représente 6,3% du PIB, 97% de ces entreprises sont des PMI-PME peu innovantes et concurrentielles et que la majeure partie des entreprises publiques et privées fonctionnent à plus de 70/75% à partir des matières premières importées ? Il faut être réaliste : en ce mois de mai 2018, Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach dont dépend le montant des réserves de change entre 2018/2020,  qui  non compris l’or, (173 tonnes en janvier 2017, stock stable depuis 2009 d’environ 7 milliards de dollars non comptabilisés dans les  réserves de change),  ont évolué en fonction du cours des hydrocarbures ; 111 dollars le baril en 2012, 108 dollars en 2013, 100 dollars en 2014, 53 dollars en 2014, 45 dollars en 2015 ,  54 dollars en 2017 et qui a été coté le 17 mai 2018  à  79,72 dollars le Brent, du  à la faiblesse du dollar et surtout pour des raisons de tensions géostratégiques  au Moyen Orient. . . Cette embellie si elle se maintenant limiterait le recours au financement non conventionnel prévu de 17/18 milliards de dollars pour seulement 2018. En effet, la loi de finance établie à 50 dollars le baril, pour un cours moyen de 70 dollars durant toute l’année cela occasionnerai environ 12 milliards de dollars supplémentaires par rapport à ce plafond.
-2012 : 190,6 milliards de dollars,
-2013 : 194,0 milliards de dollars,
-2014 : 178,9 milliards de dollars,
-2015 : 144,1 milliards de dollars,
-2016 : 114,1 milliards de dollars,
-2017 : 97,3 milliards.
-2018/2020/ fonction essentiellement du cours des hydrocarbures  et de la relance économique sections hors rente conditionnée par de profondes réformes structurelles afin d'éviter le scénario pessimiste du rapport récent de la banque mondiale  
4.- Le grand défi pour l’Algérie est d’accélérer la réforme globale pour tirer les avantages comparatifs de l’insertion dans la division internationale du travail. Il  faut éviter à tout prix de vivre de l'illusion de la rente éternelle et penser en urgence, pour des raisons de sécurité nationale à un nouveau modèle de consommation énergétique (mix énergétique dont l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables dont le coût a diminué de plus de 50%) et surtout à une stratégie de développement hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales, supposant de profondes réformes structurelles, le statu quo et l'immobilisme conduisant forcément à la cessation de paiement horizon 2020 – 2022.. Or, l’Algérie est dans  cette interminable transition, ni économie de marché concurrentielle à vocation sociale, ni économie administrée,  l’avancée des réformes étant inversement proportionnelle au cours du pétrole et du cours du dollar, les réformes  étant timidement faites avec incohérence lorsque  le cours baisse. Cela explique également que malgré des dévaluations successives du dinar, 5 dinars un dollar en 1974 à 115 dinars un dollar en mai  2018 au cours officiel et à plus de 140 dinars un euro,(plus de 200 dinars un euro sur le marché parallèle)  il a été impossible de dynamiser les exportations hors hydrocarbures montrant que le blocage est d’ordre systémique. C’est que  80% directement et indirectement du taux de croissance du PIB (via le BTPH) et donc du taux d’emploi, est  tiré par la dépense publique via les hydrocarbures ce qui donne aux entreprises créatrices de richesses publiques ou privées (souvent endettées vis à vis des banques publiques) une part négligeable. Les infrastructures n’étant qu’un moyen, l’expérience récente malheureuse de l’Espagne qui a misé sur ce segment doit être méditée attentivement par les autorités algériennes. En bref, osons parier, du fait de ses importantes potentialités, acteur déterminant de la stabilité de la région méditerranéenne et africaine, sur un développement multidimensionnel conciliant efficacité économique et justice sociale. L’Algérie contrairement à certaines prévisions pessimistes prédisant un scénario catastrophe horizon 2020, mais devant également évier l’autosatisfaction source de névrose collective,  sous réserve d’un large front social,  devant apprendre à tolérer nos différences et une   bonne gouvernance s’adaptant aux nouvelles mutations mondiales,  à l’ambition de ses choix.

 

Abderrahmane Mebtoul
Samedi 19 Mai 2018 - 18:12
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ACTUALITÉ
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