REFLEXION

Quelle issue politique pour l’Algérie, après le résultat mitigé de la conférence du 22 avril 2019, initiée par le Chef d’Etat ?

Selon les premières informations la rencontre initiée par l’actuel chef d’Etat pour le 22 avril 2019 invitant partis politiques, personnalités et sociétés civiles aurait eu un résultat très mitigé, du fait de la non-représentativité à cette rencontre et dont le pouvoir/opposition en Algérie doit en tirer les leçons. Cela devra conduire logiquement à la démission de l’actuel chef d’Etat et du gouvernement posant la problématique de la sécurité nationale du fait que sans confiance Etat-citoyens, et ce dans tous les pays du monde, point de bonne gouvernance, pas de sécurité et pas de développement.



Dans ce cas, il est illusoire voire utopique de prévoir l’élection présidentielle pour le 04 juillet 2019 où on assiste déjà à une désobéissance civile tant des présidents d’APC que des magistrats dans bon nombre de wilayas, avec le risque d’ un boycott massif ne résolvant  en aucune manière la crise qui est avant tout politique, au contraire avec le risque de l’amplifier.  Devant la gravité de la situation, le vice ministre de la défense nationale Chef d’Etat Major de l’ANP ayant affirmé récemment  que toutes les solutions sont ouvertes pour trouver rapidement une issue à la crise. Cela fait suite à la sentence de l’immense majorité de la  population  du 19 avril 2019 et des précédentes manifestations depuis le 22 février 2019  rejetant  l’actuel chef d’Etat, l’actuel premier ministre  et  le gouvernement où des ministres ont été hués  lors de récents déplacements, montrant la confiance brisée avec les actuelles institutions, étant dans une impasse politique, nuisible à l'image de l'Algérie tant au niveau national qu'international.
1.-Tous les Partis du pouvoir  et même de l’opposition avec leurs satellites dires société civile  ont été hors circuit  durant ces évènements, l’immense majorité de la population ne leur faisant  pas confiance.  Au vu  d’élections administrées (fraude) depuis l‘indépendance politique,  aucun parti  en ce mois d’avril 2019 ne connait exactement sa représentativité réelle, ne pouvant donc pas  dresser la réelle cartographie électorale. D’ailleurs, nous assistons à un paradoxe, unique dans le monde, des alliances contre nature, avec des programmes différents qui dans la vie courante ont un impact sur la structuration sociale et politique. Or  à l’avenir l’Economique sera déterminants où les alliances doivent  avoir un socle commun : vision socialisante du passé, vision libérale ou vision socio-démocrate.  Attention à ces slogans des courants extrémistes populistes,  qui risquent de conduire Al Hirak dans l’impasse : « dégagez tous ». S’il faille lutter contre la corruption, supposant une moralité sans faille de ceux qui auront à diriger la Cité, devant avant tout reposer sur un Etat de Droit et une justice réellement indépendante, la majorité des fonctionnaires, des cadres tant au niveau de la société civile que de l’ANP/forces de sécurité sont honnêtes, devant à tout prix éviter le vide des institutions ce qui conduirait à l’anarchie profitable aux conservateurs.
2.- En ce mois d’avril 2019, nous avons des forces réformistes et des forces conservatrices. Les  deux forces réformistes  tenant   compte de la période tragique des années 1990/1999, c’est la population et l’ANP/ forces de sécurité, qui ont payé un lourd tribut   et Al Hirak, structure spontanée non organisée. Comme dans tout mouvement populaire, il est maladroit de demander à plus de 20 millions de toutes les  couches de la population, traversés par des courants idéologiques contradictoires, de s’organiser. Al Hirak a des revendications politiques claires qu’il s ‘agit de satisfaire, appartenant  aux organisations structurées, devant être morales,  tant politiques que de la société civile de les prendre en charge, assistant actuellement  au niveau des plateaux de télévisions à des  déclarations de personnes, presque toujours les mêmes, qui désignent et s’auto -désignent  (tout le monde devient expert)  mais qui ne peuvent représenter  AL HIRAK dans toute sa composante complexe.  L’ANP, en symbiose avec la population,  ne renouvellera pas l’expérience tragique des années 1990, tant pour des raisons internes qu’externes pouvant isoler l’Algérie de l’arène internationale. Le haut commandement dans son immense majorité   est composé de cadres de hauts niveaux  et de hautes valeurs, n’étant pas une armée classique mais  une armée populaire n’oubliant pas qu’il est lui  même  traversé par les impacts de la société en perpétuelle évolution. L’Algérie sera avant tout ce que les Algériennes et les Algériens voudront qu’elle soit, étant un grand pays, les  forces externes acquis aux réformes étant consciente que toute déstabilisation de l’Algérie se répercuterait sur la région méditerranéenne et africaine (voir notre interview à l’American Herald tribune 11 août 2018).  Parallèlement, nous  avons  deux forces conservatrices très puissantes pouvant assister à des alliances contre nature pour préserver les intérêts de la rente, quitte à déstabiliser l’Algérie ( calcul de court terme)   qui feront tout pour faire avorter les réformes et les revendications d’Al Hirak, avec des alliances externes de pays ou de réseaux qui ne veulent  pas que la démocratie véritable et une économie de marché concurrentielle à finalité sociale s’instaurent en Algérie, ce qui aurait des incidences négatives sur certains pouvoirs  et sur certains intérêts occultes. Ces deux forces, tissant des liens étroits égalent avec la sphère informelle,  sont la bureaucratie centrale et locale rentière présente dans tous les  appareils de l’Etat et l’oligarchie financière rentière, non pas les véritables entrepreneurs créateur de richesses.
 3.-Quelles actions rapides pour une  sortie  de la crise politique en Algérie ? J’émets  sept (07) propositions. Premièrement,  devant la gravité de la situation, le vice ministre de la défense nationale Chef d’Etat Major de l’ANP ayant affirmé récemment  que toutes les solutions sont ouvertes pour trouver rapidement une issue à la crise, il y aura démission de l’actuel chef d’Etat , le Haut conseil de sécurité  pouvant désigner une personne au maximum  à cinq personnes, étant souhaitable trois  ( le chiffre doit être impair donnant deux voix au président) qui auront l’autorité de chef d’Etat, devant faire l’objet d’un minimum de consensus et surtout avoir une haute prohibité  morale ne devant pas se présenter à la future élection présidentielle. Deuxièmement, l’actuel gouvernement devant démissionner, la nouvelle présidence transitoire,  désignera un gouvernement  de compétences nationales non partisans, des personnes morales  chargées de gérer les affaires courantes jusqu’à la fin de l’année. Deux ministères doivent retenir l’attention : celui de la justice  et celui de l’intérieur, tout en soulignant l’importance de la nomination rapide du gouverneur de la banque d’Algérie, indépendante de l’exécutif selon la Loi,  afin de crédibiliser nos relations financières internationales, n’appartenant pas  au ministère des finances ou à des organes bureaucratiques le contrôle des changes. Troisièmement, la nouvelle présidence transitoire, installera et c’est l’aspect le plus important,  une commission indépendante de supervision des élections composée  de représentants de  la société civile dans sa diversité, les représentants  d’El Hirak, les représentants des  partis politiques, et des  personnalités  candidats à l’élection présidentielle , avec des réseaux au niveau des wilayas et communes. Quatrièmement, le  ministère de l’intérieur, les walis (assurant seulement la logistique)  et les actuels APC à dominance FLN/RND  ne seront  pas concernés par cette supervision, la centralisation des résultats se faisant au niveau de la commission nationale et ce  afin d’éviter  la fraude. Cinquièmement, la date de l’élection présidentielle devra avoir lieu le dernier trimestre 2019, avec une date précise. Sixièmement, l’ANP, en symbiose avec le mouvement populaire, (la sécurité permanente du pays devant impliquer la société), comme cela a été  souligné  par le haut commandement de l’ANP,  veillera  à des élections «  transparentes »   et accompagnera cette transition démocratique, pour revenir à ses missions constitutionnelles après l’élection présidentielle. Septièmement, afin d’éviter le vide institutionnel, seul un Président légitime pourra réviser la Constitution, dissoudre l’APN et le  Sénat  et tracer les profondes réformes politiques, sociales et économiques  qui doivent être contenues dans son programme.
4.-En résumé, vieillissement des élites politiques issues de la guerre de libération nationale, gestion volontariste, obsolescence du système politique et enjeux de pouvoir internes, crise économique, sociale et culturelle et contraintes externes de plus en plus pesantes ont révélé une réalité bien amère : l'absence dramatique d'une véritable stratégie nationale d'adaptation tant aux mutations internes qu'externes le tout aboutissant à des incohérences au manque de visibilité dans la démarche.  Pour l’avenir, soit des réformes ou la récession/ déstabilisation : pour preuve, entre   1963 et  avril 2019 la nature du pouvoir n’a pas changé de fond mais seulement de formes  dominé par les  liens dialectiques, rente, monopole et logique rentière où  directement et indirectement 98% des recettes en devises provenant de Sonatrach, qui est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach. Le  véritable  pouvoir économique mondial et l’influence diplomatique  reposent sur une économie forte,  où les deux  pivots du développement du XXIème siècle sont la bonne gouvernance et la maitrise du savoir étant l’’aube de la quatrième révolution économique mondiale 2020/20030. La crise politique en Algérie, conditionnant sa sécurité, doit être révolue impérativement avant la fin de l’année 2019, sinon il y a risque d’une  récession économique et sociale, allant droit à la cessation de paiement  et donc un retour au FMI horizon 2021/2022. Dans ce cas,  il serait illusoire de parler  d’indépendance politique et économique, sans compter du fait des tensions au niveau de la région africaine et méditerranéenne, des impacts géostratégiques (voir nos différentes contributions 2016/2019 sur www.google sur ce sujet et notre intervention à l’Ecole Supérieure de Guerre à l’invitation du commandement de l’ANP 19 mars 2019).
Références -Cette présente analyse  s’inscrit dans le prolongement de trois contributions parues au niveau international (Africa Presse Paris ) , avant le 22 février 2019  le déclenchement d’El Hirak (Pr A. Mebtoul (1/3) : –« Le développement de l’Algérie implique la réforme du système politique»  8 août 2018 – Pr A. Mebtoul (2/3) :« Il est urgent d’adapter nos partis politiques algériens, pour la majorité liés à des intérêts de rente » 9 août 2018 – Pr A. Mebtoul  (3/3) : « Pas de développement pour l’Algérie sans vision stratégique d’une économie hors hydrocarbures » 10 août 2018)  Pr A. MEBTOUL : « Les cris de la jeunesse d’Algérie pour un profond changement doivent être entendus »  5 mars 2019. Africa Presse Paris France- -Ouvrage collectif « les enjeux géostratégiques de l’intégration du grand Maghreb » Edition Harmattan Paris/ France – 2015 sous la direction d’Abderrahmane Mebtoul et de Camille  Sari deux ouvrages (1050 pages)  Le premier ouvrage collectif s’intitule,  « quelle gouvernance  et quelles institutions au Maghreb face aux enjeux géostratégiques ».  Le second ouvrage collectif traite  « de l’intégration économique maghrébine, un destin obligé. Contribution du professeur Abderrahmane Mebtoul  Institut Français des Relations Internationales – IFRI- « La coopération Europe/Maghreb face aux enjeux géostratégiques 55 pages 04 avril  2011 »  et  du même auteur «   la problématique de la sphère informelle au Maghreb (IFRI 28 pages 03 décembre 2013).   -Interviews à l’American Herald Tribune 28 décembre 2016 (58 pages)  et au quotidien financier français la Tribune.fr mars 2017  « toute déstabilisation de l’Algérie aurait un impact sur l’espace méditerranéen et africain »- Pr Abderrahmane Mebtoul-  à l’American Herald Tribune  – 11 aout 2018   sur le bilan et les perspectives de l’économie algérienne 2018/2020/2030 (14 pages)

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Lundi 22 Avril 2019 - 18:33
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ACTUALITÉ
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