REFLEXION

Quel statut pour la cité ‘’trois fois sainte’’ de Jérusalem ?

Existe-t-il un statut idéal pour la cité sanctuaire de Jérusalem, le berceau des trois grandes religions monothéistes ? Donald Trump veut transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, pour reconnaître la ville « capitale indivisible » d’Israël, comme promis lors de sa campagne.



Jérusalem accueille les lieux saints des trois religions monothéistes: le mur des Lamentations pour les juifs, l’église du Saint-Sépulcre pour les chrétiens, l’esplanade des Mosquées pour les musulmans. Elle est au coeur     du conflit israélo-palestinien, car les deux parties la revendiquent comme capitale.
1947 - La solution internationale
Les Nations unies adoptent une résolution prévoyant la création de deux Etats, Israël et la Palestine, ainsi qu’un secteur démilitarisé sous statut international pour Jérusalem.
1949 - Le partage
Le conflit entre Israël et les Etats arabes se solde par une scission de la ville: l’Est est occupé par la Jordanie, l’Ouest par Israël, qui en fait officiellement sa capitale en 1950. La convention d’armistice précise que l’accès aux lieux saints doit rester libre.
Depuis 1967 - Sous contrôle israélien
Victorieux de la Guerre des Six Jours, Israël prend le contrôle de l’ensemble de la ville et la proclame «indivisible» en 1980. Un statu quo s’applique pour les lieux saints: chaque communauté gère les siens. Des quartiers israéliens s’implantent à l’Est.
 Et aujourd’hui ?
La communauté internationale ne reconnaît pas Jérusalem comme la capitale d’Israël. C’est pourquoi toutes les ambassades se trouvent désormais à Tel-Aviv. Le Costa Rica et le Salvador sont les derniers pays à avoir réinstallé la leur à Tel-Aviv, en 2006. Le Congrès américain a voté en 1995 le transfert de la sienne à Jérusalem, mais laissé la possibilité aux présidents de le retarder... Ce qu’ils avaient tous fait jusqu’à présent.
La « vision de deux États »
Pressentie dès le 29 novembre 1947, la « vision de deux États » sur le territoire de la Palestine mandataire demeure vivace en dépit du temps qui passe. Il est vrai qu’une telle solution – une solution digne du roi Salomon – peut compter sur le soutien indéfectible des Nations Unies. Sans lire l’avenir dans le marc de café, on peut raisonnablement penser que la coexistence pacifique de l’État d’Israël avec un État palestinien indépendant est nécessaire pour l’établissement d’une paix juste et durable dans la région jusqu’à ce jour tumultueuse du Proche-Orient. En revanche, l’ambitieuse résolution 181 qui proposait une internationalisation territoriale de l’ensemble de la ville sainte et de ses faubourgs, incluant la ville de Bethléem, sous le contrôle onusien est aujourd’hui frappée d’obsolescence.
De fait, la question de Jérusalem – la « fille de Sion » pour reprendre l’expression affective de la communauté juive orthodoxe – n’a jamais cessé d’être au premier rang des préoccupations politiques, diplomatiques et juridiques internationales. C’est même le nœud gordien des pourparlers israélo-palestiniens. Parce qu’elle se situe au carrefour de deux nations et de trois croyances, cette ville qui a connu à maintes reprises la guerre et la paix, l’anéantissement et la reconstruction cristallise depuis plus de trois mille ans des passions incandescentes dont on ne saurait faire abstraction.
Compromis territoriaux douloureux mais nécessaires
Dès lors, si on admet qu’Israéliens et Palestiniens accordent la plus haute importance à Jérusalem et si, de surcroît, la « cité de David » ne peut plus être érigée en un « corpus separatum » comme le prévoyaient les Nations Unies en 1947 dans la résolution 181, il est tout aussi évident que Jérusalem ne saurait demeurer la capitale « une et indivisible de l’État d’Israël ». Battu en brèche, dès 1967, à la suite de la « Guerre des Six Jours », le dogme hébraïque multimillénaire de l’indivisibilité de Jérusalem n’est plus aujourd’hui admissible.
Le territoire de la cité hiérosolymitaine devra donc un jour être partagé, par consensus, afin d’aboutir à des compromis territoriaux douloureux mais nécessaires qui tiennent compte équitablement des désidératas des deux principales communautés. C’est dire que la ville convoitée par deux nationalismes – l’un arabe, l’autre juif – a vocation à abriter deux capitales contiguës, une pour chacun des deux États voisins concernés : Jérusalem-Ouest doit en toute logique devenir la capitale de l’État d’Israël et Jérusalem-Est la capitale effective d’un État palestinien souverain. Mais le partage de la principale ville de Judée est encore loin de faire l’unanimité en Israël comme dans les territoires palestiniens occupés. Il en est ainsi lorsqu’on aborde le statut qui doit être réservé aux Lieux saints de la Vieille ville – le cœur historique et spirituel de Jérusalem – délimitée au XVIe siècle par les remparts dressés par le sultan Soliman le Magnifique à l’époque de l’Empire ottoman.
Adoptée par les Nations Unies le 29 novembre 1947 pour mettre fin au mandat de la Grande-Bretagne sur la Palestine, la résolution 181 avait prévu la création de deux « États indépendants » – l’un arabe et l’autre juif – ainsi qu’une internationalisation territoriale pour Jérusalem afin de sauvegarder la dimension spirituelle d’une ville à nulle autre pareille. Construite à proximité de la Jordanie et de la mer Morte, la Jérusalem multiconfessionnelle, multiculturelle et multiethnique devait être soumise à un régime de démilitarisation et de neutralisation sous l’égide de l’ONU afin d’offrir des garanties optimales pour la sauvegarde des Lieux saints chrétiens, juifs et musulmans qui se côtoient dans la Vieille ville.

 

Ismain
Mardi 23 Mai 2017 - 20:22
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ACTUALITÉ
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