REFLEXION

Ouled El Mokhtar (Mostaganem), quand la vie s’arrête !

Décidemment, la commune de Saf Saf ne semble point accorder un développement des plus équitables pour ses bourgs, le hameau de Ouled El Mokhtar reste un de ses douars où le train du progrès social n’a pu disposer d’aucun rail pour le parcourir ou une gare pour s’arrêter. L’eau se fait encore tant désirer, la soif règne en maîtresse ; il se vend à 600 dinars la citerne et les démunis le mendient ou le cherchent à des kilomètres à dos d’âne ou à l’aide de brouettes… ! 1900 âmes à l’attente de tant de promesses…. !



Ouled El Mokhtar (Mostaganem), quand la vie s’arrête !
Finalement, les citoyens du douar « Ouled El Mokhtar » ont fini par se lasser d’attendre la réalisation de tant de « projets promis » portant sur la transformation du bourg en une seconde agglomération urbaine de la commune, un statut qui distingue le douar  juste sur un bout de  papier, selon un jeune qui a eu la charge de l’opération du  recensement au sein de la localité. Le train du « développement social » qu’il leur a été promis tout récemment par les autorités locales lors de la  dernière visite de M. Le wali, parait avoir pris une autre destination vers un bourg plus chanceux où il a eu a siffler son passage, plus de trois fois, sous les applaudissements et la folle joie de milliers d’autres citoyens si heureux.  Depuis  le 02 Mai, jour du passage d’une commission déléguée pour  prendre note et quantifier  tous les besoins sociaux, manquant au sein du douar  et à ce jour, nul n’est revenu s’enquérir de ce qui a pu se décider de meilleur pour l’amélioration du cadre de vie de ces citoyens, se battant à mains nues contre un sous développement les cernant de partout. Beaucoup d’autres citoyens après tant d’attente et de promesses « mensongères », ont fini par prendre la clé des champs en fuyant  vers d’autres douars où les conditions de vie sont assez favorables pour une existence décente et moins contraignante… !

Des pistes embourbées de bout en bout… !  
Circuler à pied au sein du douar est un  des plus pénibles calvaires que les gens endurent quotidiennement, les pistes ont été totalement embourbées par les eaux pluviales, certaines ont été complètement érodés par le flux des fortes pluies qui se sont abattues sur la région. L’accès d’une maison à l’autre est devenu impossible durant plusieurs jours au sein du douar, l’abondance des eaux pluviales avait fini par inonder presque toutes les ruelles, certains foyers ont été inondés de pièce en pièce. Des murs mal crépis se sont effondrés, des tonnes de terre ont été emportées de coin en coin et ont fermées les rares accès qui reliaient les habitations  entre elles. Certains citoyens ont eu la vie sauve que grâce au secours des autres et surtout à ce formidable élan de solidarité qui a pris forme spontanément en face du danger qui s’est annoncé et a permis de faire face aux inondations. L’engagement d’une lutte commune en pleine nuit et à l’attente des pompiers, a été fortement motivante pour le reste des citoyens qui n’ont point hésité à se joindre aux autres pour se battre contre la furie des eaux, qui ont fini par se faire dompter et prendre l’itinéraire tracé par les pelles et les pioches des citoyens. Malheureusement après l’orage et malgré le retour du beau temps, aucun élu n’a pu  faire un détour au douar et aucune pelle mécanique n’a été orientée sur ce bourg pour dégager le sable qui a envahi la totalité de ses pistes noyés par la boue et les mares d’eau… !

05 kilomètres de marche à pied pour se rendre à l’école
Un danger permanent guette ces malheureux écoliers qui doivent quotidiennement faire plus de 05 kilomètres de marche pour se rendre à l’école en traversant un massif forestier des plus denses et en s’exposant à tous les risques possibles. Les rares filles qui osent encore l’aventure  scolaire en empruntant ce trajet à haut risque, semblent prises de panique à la vue de personnes étrangères au douar, souvent elles s’affolent et préfèrent rebrousser chemin en s’engouffrant vers les bois, certaines déclarent être souvent embêtées par des automobilistes  qui les agacent avec des vulgarités. Beaucoup de filles studieuses ont été obligées de mettre fin au cursus scolaire à cause du manque de transport dont la fréquence de son passage reste une énigme à élucider. Selon certains, son programme est irrégulier, beaucoup d’élèves l’attendent des heures sans le voir venir  et sont contraints à la marche quotidienne pour gagner l’école, d’autres ont carrément abondonné et ont choisi une autre voie, celle du travail agricole qui semble rapporter gros. L’arrachage de la pomme de terre semble intéresser tant de collégiens qui ont opté pour cette activité agricole qui bat son plein  et est assez rémunératrice, plus de 800 dinars le jour avec une dizaine de kilogrammes de pomme de terre en cadeau, selon les dires de Salim, âgé de 14 ans, fréquentant  la 3ème année moyenne qu’il a délaissé pour le moment  à l’attente du beau temps et du transport scolaire…. !

 Le transport public, otage des « clandestins »
Se rendre à Ouled El Mokhtar  en ces jours de pluie, est une aventure des plus risquées, de par la rareté des moyens de transport desservant ce lieu du bout du monde, et surtout pour le danger encouru à bord de ces pistes presque impraticables. Après information, aucun bus ou autre ne va vers le douar, qui semble être fui par les automobilistes, seuls les « clandestins » osent descendre vers le hameau traversé par une  unique route bitumée qui le traverse en deux et qui demeure également envahie par le sable en quelques tronçons de son trajet. Les rares « clandestins « qui prennent le risque de prendre à bord des passagers, sont les seuls à décider du prix de la course et  de son  trajet. Le client n’a qu’à débourser le prix fort du voyage et descendre là où le chauffeur décide de la fin de la course, aucune réclamation n’est tolérée. Selon les déclarations de certains citoyens obligés de solliciter le service de ces derniers, la spéculation sur le prix des places, est devenu une pratique très courante en ces jours de mauvais temps, le tarif de la course du carrefour au douar a pu atteindre les 100 dinars par personne, soit un trajet de 02 Km. Au delà de certains horaires, le douar reste totalement isolé, aucun moyen de transport ne le dessert, le dernier « clandestin » assure sa dernière liaison à 16 heures, et après  c’est le couvre-feu, rien ne sort et rien ne rentre comme se plait à le raconter le jeune B.A ,24 ans, un de ces chômeurs avec une licence en poche… !

Des ordures ménagères de coin en coin… !
La collecte des ordures ménagères n’est ni pour demain, ni pour après demain, et surtout elle ne sera jamais programmée tous les jeudis comme l’a promis un jour le maire de passage au douar. Lassés d’attendre le camion  promis pour ramasser les déchets ménagers, les citoyens ont fini par choisir  chacun un coin pour les déposer, d’autres se sont rabattus sur le massif forestier où ils jettent en vrac. En face d’une telle agression  à la nature, certains jeunes conscients de l’enjeu et afin de protéger la faune et la flore du massif forestier, se sont mobilisés pour collecter les amas d’ordures et les incinérer avec tant de précautions pour éviter tout incendie. Malheureusement, l’incivisme de certains autres citoyens  a fini par  noyer les efforts effectués par les jeunes volontaires, d’autres dépôts d’ordures ont pris naissance et ont fini par enlaidir à jamais ce fourré  d’une rare beauté  en le transformant en une décharge sauvage où les sachets en plastiques, les bouteilles vides, les papiers de toutes couleurs et dimensions et les saletés de toute nature  qui disputent l’espace aux jeunes, pousses d’herbe qui dépérissent  sous la menace de ces tas de déchets qui ont envahi le lieu ,un joli coin de prédilection pour la détente et la tranquillité,malheureusement détourné de sa vocation naturelle par une négligence exagérée et par le peu d’importance accordée au patrimoine forestier  censé être protégé par tout un dispositif réglementaire…. !

Une eau rare et si chère …. !   
Le précieux liquide vital demeure rare et si cher  à Ouled El Mokhtar, il est devenu la majeure préoccupation des citoyens qui ont tout fait pour en bénéficier en quantité suffisante. Ni la quête publique engagée pour financer  le réaménagement du puits collectif pour le relevage de son niveau d’eau, ni les requêtes adressées à l’A.P.C  pour son équipement n’ont pu venir à bout  de ce déficit flagrant en eau. Le puits collectif a été abondonné à son triste sort de point d’eau devenu inutile et inexploitable ,la bâche d’eau toujours vide,mais surtout l’abandon du nouveau forage dont les travaux ont cessé depuis des mois,le camion foreur est toujours sur place mais sans la moindre activité. Aucune explication n’a pu être fournie aux citoyens qui se posent tant de questions sur cette énième énigme qui touche au développement du douar. Depuis le mois de Mai, le chantier chargé de forer un nouveau puits pour l’alimentation du douar en eau, a quitté le lieu retenu en abandonnant le camion qui demeure à la merci de la rouille qui ronge sa carcasse. En face de son manque flagrant, les citoyens la payent chèrement auprès de revendeurs qui approvisionnent le hameau en ce liquide rare à 600 dinars la citerne, d’autres sont obligés de la puiser à travers les puits des communes voisines, et la transporter à dos d’ânes en avalant tant de kilomètres, certains jeunes enfants vont la chercher au  sein de puits lointains en utilisant les brouettes pour la transporter en jerricans. Quant aux démunis, ils la mendient de bouteille en bouteilles aux revendeurs et surtout aux voisins qui n’osent point les priver de cette eau tant désirée…. !

Des chaumières en  guise d’abris …. !
L’habitat précaire a encore de beaux jours au sein du douar, il ne tend plus à se faire éradiquer de par le nombre accordé, seule une vingtaine de citoyens a bénéficient de la construction de logements ruraux. Beaucoup d’autres attendent depuis si longtemps le tour mais en vain, plus de 400 personnes, selon un membre du comité du douar, disposent de chaumières en guise d’abris, qui menacent de tomber en ruine un de ces jours. Ces habitations sont presque entièrement construites avec de la terre rouge (el hamri) et des troncs d’arbres, plusieurs murs sont fissurés de part et d’autre, les eaux des dernières pluies les ont totalement infiltrées, ils risquent de s’effondre et présentent une menace permanente pour les occupants. «  Ces maisons de fortune » ne répondent nullement aux normes conformes d’habitat, les intempéries les ont saccagé davantage et risquent de les emporter en cas de nouvelles pluies torrentielles. Les citoyens n’ayant pas pu bénéficier de ce type de logements, s’inquiètent sur leur devenir familial menacé par les inondations d’un hiver qui s’annonce rude, ils interpellent la tutelle sur l’attribution  de ces logements qui ne paraissent plus répondre aux  critères définis, mais plutôt aux humeurs de certains élus qui préfèrent certains douars aux autres, selon la version d’un des membres du comité du douar… !  

Une salle des soins ouverte selon le  hasard… !
L’unique salle de soins du douar semble régie par le hasard, son infirmier ne vient qu’une fois par semaine, il l‘ouvre au hasard, fait quelques injections et repart pour revenir encore par simple hasard, elle n’a pas encore de compteur d’électricité, l’eau manque également et selon un des malades chroniques du douar, M.N.K, tout manque à cette salle de soins,elle ne fait que prendre une place et reste considérée comme une véritable unité de soins  pour le compte du douar. Certains citoyens sollicitent que cette salle de soins active quotidiennement, dispose d’un personnel présent en permanence pour répondre aux attentes multiples des citoyens en matière de santé,s’équipe en matériel nécessaire pour son fonctionnement ,la présence d’un médecin ,une fois par semaine est plus qu’une nécessité.  Certaines personnes défavorisées par le sort n’ont aucun moyen financier pour pouvoir se déplacer et aller se faire consulter ailleurs, la structure sanitaire existante reste l’unique secours pour cette frange démunie, le maintien journalier  de ces activités dont la prise d’injections,les autres soins  et surtout la vaccination infantile, est fortement sollicitée par les citoyens, ainsi que son  entretien  actuel qui laisse énormément a désirer et qui ne lui offre nullement le statut digne d’une salle de soins…. !

Des foyers éclairés encore à la bougie…. !
L’électrification ne semble point une réalité palpable pour certains habitants du douar de Ouled El Mokhtar, elle reste encore un rêve en instance, une dizaine de foyers s’éclairent aux quinquets et à la bougie en 2011 … ! Malgré le passage d’une ligne électrique à quelques dizaines de mètres, ces habitations demeurent privées d’énergie électrique, aucune des doléances adressées à ceux qui sont censés  les aider à avoir de l’électricité, n’a pu aboutir à la prise de mesures concrètes les délivrant de ce recours archaïque d’éclairage.  
Quant au douar, l’obscurité reste la maîtresse des lieux dès la tombée de la nuit, aucune lampe n’éclaire ses ruelles boueuses, le noir demeure l’unique couleur  se répandant d’un bout à l’autre. Ce manque d’éclairage public est également à l’origine de l’insécurité qui a fini par s’installer au sein du douar en le livrant à la merci des voleurs qui n’hésitent pas à le visiter de temps à autre en s’attaquant aux foyers isolés du reste de l’agglomération, certains citoyens du douar ont payé les frais de telles négligences en étant la cible préférée de ces malfaiteurs qui n’ont point hésité à emporter quelques moutons et sans oublier de  prendre les moteurs des puits agricoles,qui sont revendus au prix fort  au marché hebdomadaire de Mesra … !         

Mohamed El Amine
Dimanche 11 Décembre 2011 - 21:22
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