REFLEXION

ORAN : Violence quotidienne sur les personnels de la santé



Le phénomène de la violence sur les personnels des établissements de la santé est quotidien à Oran et tend à prendre de l'ampleur au moment où différents acteurs du secteur, même s'ils s'échangent les accusations, s'accordent sur le caractère "injustifié" de ces comportements indignes, selon des avis recueillis auprès des spécialistes. Il est devenu monnaie courante. Les médecins et autres professionnels de la santé exigent plus de sécurité. L’administration est souvent pointée du doigt. Agresser un médecin ou un infirmier est devenu un fait banal. Dans certains milieux, c’est même une fierté. De l’agression verbale jusqu’aux coups et blessures volontaires, ces professionnels de la santé sont sommés d’assumer toutes les défaillances dans les hôpitaux. «Alors que nous sommes censés prodiguer des soins, nous nous retrouvons à gérer plusieurs aspects liés à la gestion. Je citerai le manque de matériel médical, les différents appareils en panne», s’offusque un résident au service de cardiologie de l'hôpital des enfants de Canastel . D’après les témoignages recueillis sur place ainsi qu’au service de médecine légale, il ne se passe pas une journée sans qu’un cas de violence ne soit déploré. Quelles que soient les causes, le citoyen a raison et le personnel aussi. Cela ne veut pas dire que le patient ou ses proches ont raison d’être violents, mais ils pourraient avoir raison à travers des revendications qu’ils ne peuvent exprimer autrement que par la violence", souligne-t-il, estimant que "c’est aux professionnels de la santé de décoder les raisons de cette violence et d’y apporter les correctifs nécessaires"."La violence n'est jamais justifiable, mais le citoyen ayant subi une série de mésaventures au sein des structures de santé, se sent lésé et s’exprime à sa manière, une manière condamnable parfois", souligne-t-il, ajoutant que "le personnel, vu l'ampleur du travail, le nombre de patients augmentant sans cesse et le manque de moyens, ne peut donner que ce qu'il a. Ce n'est, parfois, pas suffisant aux yeux des malades et de leurs proches, d’où les problèmes de violences physiques ou verbales". Les cas d’agression sont multiples tout comme leurs causes : certains accompagnateurs, généralement des parents des malades, exigent avec force un traitement "déterminé" pour soulager les douleurs de leur proche,  ne laissent pas au praticien le temps, ni le loisir de prendre une décision médicale pour ces cas. C'est là que les disputes commencent. "Au centre de tri, le citoyen croit que les malades qui passent avant lui sont "pistonnés". Il ne comprend pas qu'il y a des degrés d'urgence. Pour lui, c'est la douleur qui est la plus grave et la plus prioritaire à traiter, alors qu'il y a des cas où il n'y a pas de douleur, mais, par exemple, une hémorragie interne nécessitant une prise en charge instantanée car il y va de la vie du patient. Cela est arrivé à plusieurs reprises", témoignent des médecins. "Parfois, entre 120 et 300 consultations sont assurées par garde. Tous les patients veulent passer les premiers. Chacun estime que son cas est le plus grave. Ces situations sont propices à la violence. Un mot de travers de l'une ou de l'autre partie, et la violence, verbale ou physique, fait surface", témoigne une praticienne sous couvert de l'anonymat. "A la polyclinique de Haï Fillaoucen (ex-El Barki), une femme médecin a été agressée pour une raison jugée futile. L'accompagnateur d'un malade lui a carrément crevé l'œil avec un objet pointu. Il y a quelques jours, un médecin des UMC du CHUO a été agressé à l'arme blanche. Ce  sentiment d’insécurité se répercute directement sur le moral des médecins et, de facto, sur la prise en charge des patients. Le CHU Benzerdjeb , qui fait face d’ailleurs à plusieurs anomalies, dont la vétusté de ses structures, n’est pas le seul à recenser ces cas de violences. Plusieurs affaires de ce genre ont été enregistrées au niveau des urgences du CHU d’Oran ou encore au niveau de l’EPSP où des médecins ont été agressés à l’arme blanche et si ce n’est l’intervention rapide des personnes se trouvant sur place et du personnel de la sécurité, ces victimes auraient pu y laisser leur vie. Pour Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), une opération commando est nécessaire pour lutter contre ce phénomène. Leur dernière enquête (2016) a fait ressortir le chiffre de 2700 agressions sur des professionnels de la santé en 8 mois dans 20 wilayas. La solution, selon lui, est de mettre en place un système de santé qui démocratise l’accès aux soins et assure une grande équité dans ce sens.     

Medjadji H.
Dimanche 1 Décembre 2019 - 15:29
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Oran
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