REFLEXION

Mostaganem ou le spectre du laisser-aller et de la démolition

Deux villes côtières chargées d’histoire et de culture qui ont fait jadis la fierté des habitants. Mazagran se distinguait par sa position géographique, nichée sur les hauteurs avec un fort qui la protégeait des attaques extérieures une vue époustouflante sur la mer et des terres fertiles en forme d’amphithéâtre qui s’étendent et descendent en contrebas jusqu’au bord de ses magnifiques plages.



Une mosquée qui date de plusieurs siècles surplombe la ville et juste un peu plus haut une stèle commémorative d’une bataille menée par un capitaine français en 1840 en témoignage de sa bravoure, résistant au siège et aux assauts des musulmans. Mazagran comme son nom l’indique ( maa zaghrane) qu’on peut traduire par ( eau abondante) avait plusieurs sources d’eau douce potable et qui servaient aussi à irriguer les terres et les potagers pour le plaisir des habitants qui faisaient leurs courses en fruits et légumes bio sur les placettes et marchés en plein air du centre-ville. les plus connues de ses sources sont ( lala Azouna et labarouane ), une eau pure, limpide et fraîche qui coule des hauteurs avec un débit constant, dans chaque maison il y’avait un puit qui l’alimentait en eau pure, la ville disposait d’une grande nappe phréatique pas très profonde au bonheur et au profit de ses habitants. Les saints patrons des lieux sont Sidi Belkacem, Son fils Sid El Harrag, Sidi Boubker et Sidi Mansour qui veillent sur elle jour et nuit. On vient à Sidi Belkacem de loin avec les mariés pour prendre la baraka avant de convoler en justes noces. De cette belle histoire et de ces beaux monuments que j’ai cité, il ne reste que très peu de choses, le fort a été détruit, la mosquée se délabre, la stèle est en piteux état et les sources se tarissent par les obstructions non drainées. La ville a connue une expansion comme le reste des villes d’Algérie avec une planification urbaine catastrophique et des édifices complètement hideux et asymétriques. Il serait souhaitable de sauver et faire classer le patrimoine historique de ce bel endroit afin d’exploiter son potentiel et créer un circuit touristique pour faire profiter les amoureux de l’histoire et renflouer les caisses du trésor public avec cet rente intarissable, qui avec le temps et une bonne communication va sans doute lui permettre de s’ouvrir et de tisser les relations avec les estivants qui passent par milliers sans la connaître ni prendre la peine de lui rendre visite puisque rien d’attrayant n’a été fait jusqu’à présent. Mostaganem la belle et rebelle qui se trouve à quelques encablures de Mazaghrane, à trois kilomètres pour être précis, cette ville qui a fait l’objet de tant de convoitises à travers les siècles et où se mêlaient mosquées, synagogues et églises en parfaite harmonie pendant plusieurs siècles. les Beys de l’empire ottoman lui donnèrent l’eclat qui sied à sa beauté, notamment le Bey BOUCHLAGHEM qui y érigea des édifices magnifiques, palais, maisons, bains et jardins... Le fort qui surplombe la ville, Bordj Mehal, Dar Hamid El Abd, les tombeaux du Bey et de sa femme, Dar El Kadi, la mosquée octogonale hanafite et la mosquée carrée malakite et bien d’autres édifices très prestigieux, sont les témoins de cette époque riche d’histoires, d’arts et de culture. Nous avons en contre bas du fort la casbah de Mostaganem avec des petites ruelles qui serpentent entre de belles demeures jadis et qui ne sont pour la plupart d’entre elles maintenant que des ruines; Du palais du Bey il ne reste que quelques murailles qui tiennent encore narguant le temps et ses méfaits quand l’esprit délétère, l’inconscience et la bêtise humaine prévalent. Les quartiers (Derb, Tobana) de Mostaganem qui étaient riches de leurs commerces, marchés et artisanats, ou les gens se baladaient en faisant leurs emplettes, marquant un arrêt pour déguster un thé à la menthe ou un café turc à la traditionnelle avec des friandises ou des beignets, un quartier vivant avec ses milles senteurs et ses musiques douces de chaabi, d’andalous de bédouis et tant d’autres beaux sons qui rythmaient la journée des passants... Non loin de là nous avons le fameux quartier Tigditt qui a formé un creuset culturel à travers les siècles et où vivaient la communauté musulmane et berbère en parfaite symbiose et dans une acculturation réciproque de langue, des us et coutumes. Tigditt qui était aussi le foyer de résistance à plusieurs invasions, espagnoles, turcs et françaises Tigditt avec ses petites ruelles, ses bains maures, ses maisons d’antan son marché et ses jardins irrigués par Oued Ain Safra continue de faire rêver les plus nostalgiques en se targuant d’être d’abord des Tigdittiens qui ont le sens de l’hospitalité, l’amour du travail bien fait et l’esprit chevaleresque. Plusieurs de ses enfants ont occupé les hautes fonctions de l’état, sont devenus des sommités dans l’art, le théâtre, la musique et la culture en général. Je reste convaincu qu’avec un peu d’efforts de la part de toute les bonnes volontés, les talents conjugués de nos spécialistes dans la réflexion, la recherche, la réfection et la rénovation de cette immense potentiel en patrimoine urbain et architectural que recèle notre belle ville, nous feront classer les grandes casbah de Mostaganem et mettront toute l’énergie possible pour en réhabiliter une grande partie, préserver ce qui est déjà en bon état et tracer un circuit touristique digne de nos voisins de l’est et de l’ouest afin de profiter de cette aubaine qui s’offrirait à nous tant en échanges culturels qu’en visites culturelles et artistiques en intégrant café littéraire, galeries d’expositions pourquoi pas bains maures à l’ancienne, il suffirait de les restaurer en respectant leur structure originelle et bien d’autres lieux de culture et de commerce. Le passage de la caravane une ville une histoire de l’association art et culture de Miliana, nous a inoculé un rêve à travers sa visite dans nos belles villes Mazagran et Mostaganem, la perspective que nous ont léguée les caravaniers est incommensurable, une énergie positive, une ouverture à l’autre, un vivre ensemble en symbiose et la culture de recevoir qui nous permettra de nous ouvrir au monde et élever encore davantage nos valeurs humaines légués par nos ancêtres au fil du temps. Mostaganem aura en plus de sa magnifique station balnéaire juste à tracer un beau circuit et faire converger ses visiteurs pour partager avec eux des moments inoubliables en visitant ses endroits remplis de beaux souvenirs qui faisaient jadis sa fierté.

Ahmed Benmeghrouzi
Mardi 24 Mars 2020 - 15:58
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MOSTAGANEM
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