REFLEXION

Mansourah, l’incroyable mue d’un village socialiste

Mansourah, un village socialiste fondé en 1973 par le défunt président Houari Boumediene, a su connaître un essor incroyable de développement socio économique grâce à la dynamique impulsée par un maire, à la tête de l’assemblée populaire communale, depuis presque une vingtaine d’années avec le peu d’argent, mais avec une bonne dose de courage et de beaucoup de bonne volonté… !



Mansourah, l’incroyable mue d’un village socialiste
Du village socialiste à Mansourah, siège de la commune
Finalement, Mansourah n’a pas trop attendu pour se muer en une véritable commune qui a su admirablement faire face aux problèmes socio-économiques et répondre par la satisfaction de tant de besoins de sa  population à forte majorité rurale  dont presque  90% de sa totalité vit au sein de ses 27 douars. Fondée en 1973 par le défunt président de la République, Houari Boumediene qui a déposé la première pierre au sein d’une stèle commémorative qui existe toujours et qui témoigne, après presque une quarantaine d’années d’une époque de l’Algérie contemporaine qui avait opté pour le socialisme et s’est lancée dans de vaines révolutions, dont la révolution agraire et ses 1000 villages socialistes. Mansourah en est un de ces rescapés du socialisme à l’algérienne qui a fait son temps et qui ne figure que sur les pages d’une histoire qui reste à écrire. Cette bourgade ne fut réceptionnée qu’après 04 années de rudes travaux, elle fut livrée en Juin 1977 à ses fellahs en grandes pompes, sous de stridents « youyous » de femmes et d’un baroud d’honneur de centaines de cavaliers venus en renfort de toute la région des Medjahers, pendant plus d’une semaine de fête.
Elle fut rattachée à la commune de Mesra  pendant 07 années et elle a fini par obtenir le statut de commune à part entière avec un territoire d’une superficie de 54 kilomètres carrées, composé du chef-lieu et de 27 hameaux, en l’année 1984 lors du  réaménagement  du territoire national par la création de nouvelles communes.

La pomme de terre, reine des champs agricoles  
Mansourah est située sur une plaine si vaste, cernée à la partie « Est » par quelques monts de la chaîne du  Dahra, dont 85% de son territoire est composé par des terres agricoles fertiles. L’abondance d’eau au sein des puits agricoles a fait d’elle, une commune à forte vocation agricole où la culture de la pomme de terre domine le reste des activités agricoles. Des centaines d’hectares sont plantés par ce tubercule de large consommation, la récolte d’arrière- saison vient de débuter. Selon K.M, un fellah qui s’est spécialisé dans la culture de cette dernière depuis une dizaine d’années, la production de cet hiver  est bonne et a échappé de justesse à la maladie parasitaire, le mildiou ; appelée communément en arabe dialectal « el -lilla », ce mal est  très redouté par les cultivateurs, la chute des dernières pluies aurait pu être dévastatrice  pour les parcelles cultivées en pomme de terre, l’arrachage précoce avant le mûrissement du tubercule a sauvé la production hivernale. Le mal se développe rapidement dès la baisse de la température et l’apparition des premières pluies automnales, il ronge les feuilles et attaque le tubercule en absorbant sa substance, selon les avis de l’agriculteur, qui en connaît un bon bout de la maladie par expérience. Les agrumes secondent ce tubercule qui semble être le plus prisé par les fellahs de la commune en se payant les ¾ de la superficie agricole utile du territoire communal.  

Le logement rural, d’une insuffisance à l’autre
A forte densité rurale, la commune de Mansourah fait face à une forte demande en matière de logements ruraux, une certaine pression se fait également  sentir selon les citoyens d’une dizaine de douars que nous avons rencontré, certains attendent depuis plus de 05 années leur tour qui tarde  à venir.
Ce type de logement est très prisé par les fellahs, dont des centaines en ont bénéficié au sein des 27 douars de la commune. Malheureusement, l’offre accordée demeure toujours insuffisante, le quota attribué ne représente que 1% de la demande, 950 logements ruraux ne satisferont jamais une population rurale estimée à plus de 15.000 habitants éparpillés à travers la cinquantaine de tribus occupant les douars de la commune. A ce jour ,400 logements ont été construits et livrés, 550 autres vont bientôt l’être, mais ne vont nullement parvenir à satisfaire la forte demande exprimée. Dans ce contexte, l’A.P.C sollicite l’attribution de quotas plus conséquents pour répondre à toutes les demandes et éviter le mécontentement de centaines d’autres fellahs qui tiennent à se rapprocher davantage  de leurs exploitations agricoles. Le reste des autres types de logements connaît également un déficit assez énorme, seuls 150 logements ont été distribués à ce jour, 40 sont en cours d’achèvement et une autre cinquantaine en réalisation, le logement socio participatif ne semble point échappé à la règle de l’insuffisance, 350 logements de ce type ont vu le jour. Selon le maire, le domaine de l’habitat doit connaître un plus de considération de la part de la tutelle qui doit à son tour accorder les quotas en fonction de la population de sa commune qui avoisine déjà les 20.000 âmes d’après la toute dernière estimation, effectuée par les services de l’état civil.

Un manque à gagner  en transport scolaire
Le monde de l’éducation à Mansourah ne semble point bénéficier d’un intérêt assez important, de par le peu  d’établissements scolaires créés au sein du territoire communal à ce jour.
Seules deux écoles primaires existent  et prennent en charge presque tous les effectifs de l’enseignement primaire, certains parents d’élèves déplorent l’existence d’écoles au sein des groupements ruraux qui distinguent la qualité de la commune à forte concentration rurale. La surcharge de classes caractérise quelques établissements qui souffrent d’excédents d’effectifs. En ce sens, l’A.P.C  prévoit la création d’un nouveau collège d’enseignement moyen et d’un autre groupe scolaire pour le groupement des 05 douars où ce manque en matière d’infrastructures scolaires se fait le plus sentir.
Le collège existant et le nouveau lycée ne parviennent plus à contenir le flux des élèves venant des localités de la commune et des autres voisines de son territoire. Le déficit en matière de déplacement des élèves des lieux de résidences vers les écoles, a fini par devenir un des obstacles assez difficiles à résoudre. Le manque de moyens de transport en est à l’origine de cette tare, qui se manifeste par la surexploitation des cars existants. Les 04 bus de la commune ne parviennent plus à assurer le déplacement des élèves, chacun de ces bus est obligé de faire deux rotations quotidiennes sur un trajet de plus de 10 kilomètres,certains lycéens venant des communes  voisines (Souaflia et Ain Tédelès )sont pris en charge . La  dotation en nouveaux bus est plus que nécessaire pour permettre une meilleure prise en charge sur le plan du transport scolaire.   

Une polyclinique au « top niveau »
Malgré le peu de salles de soins qui ne couvrent pas les 50% de la zone rurale, et dont seules 05 unités existent et fonctionnent en milieu rural, la couverture sanitaire de la commune semble être prise totalement par la polyclinique du chef-lieu. Cette dernière  active 7/7 pendant 24 heures, 06 médecins se relayent pour maintenir la permanence des consultations médicales, elle dispose d’un laboratoire qui assure les analyses les plus courantes, dont les glycémies, les groupages sanguins et les formules numéro sanguines, et d’un service de radiologie qui pare aux différentes radiographies pour mettre en relief la présence des traits de fractures et autres traumatismes relevant des cas orthopédiques. Certains citoyens de la commune, vivant en zones éparses sollicitent la disponibilité de consultations médicales au sein des salles de soins selon une fréquence régulière. La disponibilité peut facilement et quotidiennement  parer au transport des médecins vers les unités existantes en milieu rural, d’autres citoyens des douars lointains du chef-lieu déplorent l’absence des campagnes de vaccination en zones rurales qui ont totalement cessé, ils sont dans l’obligation à présent à se déplacer vers les unités éloignés de leurs lieux de résidence, pour faire subir à leurs enfants en bas âge la vaccination devenue presque mensuelle. Ils sollicitent la reprise de ces campagnes de vaccination pour leur éviter ce déplacement si pénible, surtout pour ceux qui ne disposent d’aucun moyen de transport.

Le travail agricole comme unique occupation
L’unique alternative de travail qui existe à travers les localités de la commune, demeure l’emploi saisonnier au sein des terres agricoles. Cette activité agricole ne semble pas faire l’unanimité au sein de la population juvénile qui préfère fuir vers la ville de Mostaganem à la recherche d’un boulot moins pénible. Malheureusement,beaucoup de jeunes se sont fatigués de la navette quotidienne ,et ont fini par se rendre à l’évidence et se mettre « à la pioche » comme se plait à le dire, un de ces jeunes,K.L,la trentaine qui s’est bien décidé à finir ses jours au sein d’une exploitation agricole qu’il gère avec d’autres jeunes pour le compte d’un émigré qui le gâte magnifiquement avec un revenu mensuel qui avoisine les 50.000 dinars et avec plein d’autres avantages,dont l’approvisionnement presque gratuit en fruits et légumes. Certains fellahs se plaignent de l’absence de la main d’œuvre locale, et sont obligés de la chercher au sein des communes voisines de bonne heure, d’autres cultivateurs déplorent également l’absence de qualification des ouvriers qui ne disposent pas de notions élémentaires en agriculture. Les rares et bons travailleurs de la terre sont des personnes âgées qui ne peuvent plus fournir d’efforts pour se remettre à l’œuvre, selon un vieux fellah qui se désole d’une telle situation si critique, et me déclare que pour la taille de ses orangers, il a fallu que l’un de ses fils se rende à Boufarik pour ramener deux ouvriers spécialisés en cette tache, ils ont été pris totalement en charge et chèrement payés à la fin de leur délicat boulot.

Une jeunesse encore folle de football
Malgré la disponibilité de tant d’infrastructures socio culturelles, dont une bibliothèque flambant neuve, deux centres culturels et une salle polyvalente,les jeunes de Mansourah paraissent encore épris de la balle ronde,qui reste le hobby favori ,des tournois interminables sont encore organisés de temps à autre ;des matchs se déroulent presque toutes les semaines en opposant deux équipes riveraines, il semble que chaque douar a son équipe qui défend sa couleur,un genre de championnat interne est disputé annuellement à travers la commune et ses aires de jeux. Une élite non négligeable fréquente le cybercafé de la bibliothèque et dès 16 heures, ce  qui coïncide avec le retour des étudiants, la quarantaine de postes d’Internet est prise d’assaut ,le siège du cybercafé ne se lève que vers le tard aux environ de 23 heures, les jeunes se branchent en particulier sur les réseaux sociaux à la recherche d’échanges de nouvelles,certains préfèrent lire la presse d’ailleurs,mais beaucoup choisissent de rester braquer sur leurs comptes du facebook à l’attente de nouvelles d’amis rencontrés sur le site. D’autres jeunes optent pour le café public pour de longues discussions entre amis, en sirotant du café et du thé, et en ayant un œil sur la retransmission des matchs de la ligue européenne.

Les eaux pluviales, une menace d’inondation  pour les trois douars
Finalement, les 03 douars, dont le douar de Ouled M’hamed qui demeure le plus exposé à la menace d’inondation par les eaux pluviales qui ruissellent du mont voisin et viennent se perdre au sein des bourgs cités. Cette déplorable situation persiste depuis si longtemps et dès l’annonce des premières chutes de pluie, les citoyens de ces 03 hameaux sont obligés de veiller à tour de rôle sur la sécurité des autres personnes, des biens, et des bêtes, ils passent la nuit à scruter le ciel et surtout à surveiller la montée des eaux stagnantes pour pouvoir annoncer à temps le risque d’inondation aux citoyens endormis. En ce sens, et afin de délivrer les citoyens du risque d’inondation, l’A.P.C  a effectué une étude sur la réalisation d’un drain collecteur des eaux pluviales depuis 05 années,mais malheureusement aucune suite ne semble être accordée à cette louable initiative qui n’a pu être prise en considération. Certains citoyens de ces douars se sentent lésés de ne pas pouvoir bénéficier d’une telle réalisation d’un intérêt général d’ordre capital. Faut-il qu’il ait mort d’une personne emportée par les eaux pluviales  pour que la tutelle réagisse, comme l’a suggéré un des citoyens, chargé de veiller sous un olivier pour alerter le douar, sur le danger de la stagnation des eaux pluviales qui forment déjà.

Des chutes de tension électriques, plus que fréquentes
La commune de Mansourah reste confrontée à un problème qu’elle n’a jamais pu parvenir à résoudre, les chutes de la tension électrique demeurent la principale doléance des centaines de citoyens et du maire qui s’est lassé de saisir en permanence la direction de la Sonelgaz, qui continue de répondre par des explications trop évasives et qui ne tiennent pas debout.  Ce déficit flagrant en énergie électrique cause des désagréments aux citoyens et est à l’origine de l’endommagement  de centaines d’appareils électriques et électroménagers devenus hors d’usage. La tension est si faible au sein de certains douars que le voltage libéré ne parvient pas à maintenir en marche le téléviseur, des citoyens disposent également d’appareils électroménagers tels que les réfrigérateurs uniquement à titre de meuble de décor pour la cuisine. Malgré plusieurs doléances de citoyens, adressées à qui de droit, aucune suite n’a pu leur être réservée à ce jour. « A l’heure du numérique, nous continuons à nous battre pour obtenir une énergie électrique suffisante », ironise un instituteur rencontré à l’attente du bus pour Mesra…. !

Maire depuis presque une vingtaine d’années… !     
M. H. Sid Ahmed, la cinquantaine, de formation médicale, semble être le maire qui détient  le record de longévité de mandats électoraux en cette qualité à travers tout le territoire de la wilaya, il est à son 4ème mandat à la tête de l’A.P.C de Mansourah, son secret parait être sa bonté sans retenue avec l’ensemble des citoyens de la commune mais surtout  son sens de l’équité qu’il accorde au traitement  du développement social de toutes les localités  de la commune sans parti pris,sa simplicité a fini par faire de lui, l’homme capable de résoudre toutes les situations délicates que rencontrent les citoyens de ses douars,il a été à l’origine de dénouement heureux de tant de graves litiges entre les tribus de sa campagne,cette distinction l’ a toujours aidé  pour être réélu à la tête de l’A.P.C ,selon les dires de quelques vieux qui l’estiment énormément. De tels maires méritent d’être promus et considérés hautement par la tutelle qui malheureusement et souvent les ignore… !  



Mohamed El Amine
Jeudi 24 Novembre 2011 - 14:52
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