REFLEXION

Les conditions pour une participation honorable à l’élection présidentielle du 12 décembre 2019

Cette présente contribution relative à l’élection présidentielle le 12 septembre2019, est une synthèse de l’interview que j’ai donnée le 17 septembre 2019 à la radio internationale BeurFM ( Paris France) livrée sous forme de questions réponses.



1.- Al Hirak traduit la vitalité de la société algérienne
Une société n’est jamais inerte mais toujours en mouvement. Le  mouvement de la jeunesse algérienne à travers Al Hirak traduit la bonne santé  de la société  ayant été caractérisé son pacifisme   face à des  pratiques politiques et économiques  qui ont créé une névrose collective au niveau de la population  algérienne. Il y a lieu de tenir compte de ses revendications  légitimes afin que les pratiques du passé ne se renouvellent plus.  Je tiens à souligner que  contrairement à certains pays du tiers monde, l’ANP et les forces de sécurité ont  accompagné ce mouvement. Comme dans tous les pays  du monde  existent certains dépassements des deux cotés,  et cela est normal dans toutes manifestations,  mais par  rapport à l’ensemble, ils sont marginaux.  Certains  critiquent les obstacles de  l’accès la capitale. Imaginez-vous 2 millions de manifestants à Alger, de ceux qui veulent faire avorter ce mouvement pacifique, avec les risques d’attentats. Excepté Alger les marches de toutes les autres wilayas ont été encadrées  efficacement par les forces de sécurité sans  entraver  les marches.
 
2.-La portée de l’autorité indépendante  de contrôle des élections

Il faut saluer les  efforts importants, malgré les pressions, des personnalités ayant conduit  le dialogue certes qui n’a pas réuni tout le monde,  mais qui a permis la création  de cette instance de contrôle  des élections  qui a maintenant autorité  de Loi.  C’est un acquis important revendiqué  par le mouvement AlHirak. C’est une première  depuis l’indépendance politique où toutes les élections ont été truquées par l’administration et ce  afin de mette fin aux pratiques  occultes du passé et au divorce Etat –citoyens. Exemple, les données officielles du Ministère de l’intérieur pour les dernières élections législatives, en tenant compte des bulletins nuls, donnent plus de 70% de citoyens qui ne font pas confiance ni au partis du pouvoir, ni à ceux  de l’opposition. Selon les dispositions prévues par la Loi dorénavant,  ni le Gouvernement, ni es Walis, ni les élus des actuelles collectivités locales  ne sont parties prenantes dans le contrôle  des élections, le président de cet instance  étant une personne intègre.  Mais attention  aux infiltrations  au niveau  central et  des réseaux de wilayas,  l’administration étant  connu pour son zèle  et ses pratiques ayant  la peu dure. C’est pourquoi je pense que c’est un acquis important  mais non suffisant pour une élection  transparente et surtout une  mobilisation populaire.
3.-Cette instance de contrôle  est importante  pour une élection transparente mais non suffisante pour  une participation massive de la population ?
Comme je l’ai souligné depuis le 22 février dans les médias nationaux et internationaux (voir Africa presse Paris mars 2019)  et ce n’est pas  aujourd’hui que  je  me contredirai, il   faut des conditions d’apaisement  et un compromis raisonnable privilégiant uniquement les intérêts supérieurs du pays. Premièrement, la libération de ceux qui n’ont pas porté atteinte à la sécurité nationale (exemple ces jeunes innocents qui ont brandi le drapeau amazigh). Dans tous les pays du monde existe un seul drapeau national afin de ne aps porter atteinte à l’unité nationale, mais des spécificités régionales qu’il ya lieu d’intégrer pour la nécessaire cohésion sociale et politique car source d’enrichissement mutuel.  Mais ce compromis  ne saurait  concerner ceux qui ont voulu porter atteinte à la sécurité nationale, à l’unité de l’ANP et des services de sécurité, la seule institution  qui reste encore debout et ceux  et ceux ont  dilapidé les deniers de l’Etat, dont certains sont  à El Harrach. Pour les autres cas, n’étant  pas  juriste, il y a lieu  d’éclaircir ce que cela veut dire «  délits d’opinion ».La deuxième condition, est le départ de l’actuel gouvernement, qui a été mis en place par l’ancien  système, remplacé par un gouvernement  de techniciens  «  neutres ». Le chef de l’Etat  s’étant engagé à ne pas s’immiscer dans l’élection, garantissant la continuité de l’Etat,   ne  pouvant  mettre fin aux fonctions du gouvernement,  mais la loi prévoit une démission  collective. C’est   une question politique pour favoriser une honorable participation, car dans la conscience  populaire,(El Oukouma) , l’actuel gouvernement est accusé à tort ou à raison de vouloir instaurer la fraude à  travers ses réseaux dans l’administration, pouvant neutraliser, ainsi l’autorité récemment installée.
 
4.-Les Algériens iront-ils voter le 12 décembre
Sans des mesures  d’apaisement dans le cadre de la Loi,  et le départ de l’actuel  gouvernement  il y a risque de réitérer l’échec  du 04 juillet 2019 ou à fortiori une participation réelle ne dépassant pas 20/30%, ne donnant  pas de légitimité au futur président, ce qui aurait des incidences catastrophiques  sur le plan politique tant interne qu’externe. Les observateurs impartiaux ont noté  par exemple que  l’actuel premier ministre et son ministre de l’intérieur qui était son secrétaire général au moment où il était lui même ministre de l’intérieur ont participé  à la fraude n’ayant donc  pas une autorité morale. Par ailleurs des membres de l’actuel gouvernement dont deux  ont été convoqués officiellement  par  la justice et d’autres mis en cause  par la presse nationale sont cités  pour malversations. Il y a une question de moralité qui dépasse le juridisme si l’on veut une participation de la population. Comme il y a lieu de signaler  pour  ceux qui prônent une transition de longue durée, outre que se pose la désignation des membres durant cette transition où personne n’est  d’accord avec personne,  ils oublient la donne  socio-économique.  L’économie est actuellement en panne et les  réserves de change ont clôturé à 72 milliards de dollars en avril 2019 pouvant aller vers 58/60 fin 2019 et 16/20 fin 2021 avec le risque de cessation de paiement début 2022,  au vu du cours des hydrocarbures 2019/2021,  les évènements actuels en Arabie Saoudite ayant fait flamber le cours  coté le 17/09/2019 à plus de 66 dollars le baril étant conjoncturel ( complétant notre intervention à BeurFM –Paris-le 17/09/2019,  voir nos interviews en date du 18 septembre 2018 à l’ENTV  et à la chaine publique arabophone sur ces sujets ayant abordé également les impacts de l’avant projet de loi de finances 2020) . Aucun algérien ne souhaite des leçons d’étrangers  mais, devant être réaliste, étant à l’ère de la mondialisation et des interdépendances, toute déstabilisation de l’Algérie aurait des répercussions négatives sur toute la région méditerranéenne et africaine. Aussi, rien n’empêche  que des pays comme les USA ou l’Europe via la France  et même la Russie/Chine  s’inquiètent des retombées géostratégiques où ces pays avec certains pays du Golfe, ont de grands intérêts économiques sans compter les risques de  flux migratoires. En résumé, le temps ne jouant pas  en faveur de l’Algérie, seul un président légitime peut entamer les  profondes réformes qui attendent en urgence le pays. Il est donc    impératif  que l’élection présidentielle en Algérie tant pour sa stabilité que la stabilité régionale,  puisse être une  réussite,  sous réserve qu’elle soit transparente.

 

Abderrahmane Mebtoul
Mercredi 18 Septembre 2019 - 19:28
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ACTUALITÉ
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