REFLEXION

La politique des subventions pose le problème de la sécurité nationale

Cette présente analyse est une note de synthèse qui engage la sécurité nationale ayant trait à un dossier que j’étudie depuis de longues années.



1.-La problématique   des subventions.   renvoie à l’épineux problème de la valeur, fondement de la sciences économique,  donc de la politique des prix  d’une manière générale . Or les propositions  récentes  du Ministre des Finances, du Commerce ou de certains experts  , sont baisées, manquent de rigueur scientifique , ne devant jamais  se  référer, pour ce problème complexe,  à des économies développées structurées où la structure des prix et des salaires (le Smig algérien, un  cinquième  du Smig français)  diffèrent fondamentalement de celle de l’Algérie. L’impact positif des subventions ciblées  dépend,  au préalable, par la mise en œuvre d’une politique cohérente liant efficacité économique et justice sociale,  de profondes réformes structurelles   et un  large consensus social et politique ,  si l’on veut éviter des incidences négatives sur le plan  politique , sociale pour notre pays surtout avec les tensions géostratégies qui se dessinent dans notre région  ( voir notre interview au quotidien gouvernemental arabophone El Massa du 12/02/2018- subventions et sécurité nationale)  Les personnes qui parlent de subventions ne sont peut être pas conscient de  la complexité de l’opération renvoyant à toute la politique des prix qui depuis des siècles ne fait pas  l’unanimité des économistes y compris les prix Nobel divisant les  libéraux, les néo-keynésiens et les néo-marxistes. Toutes ces théories et  politiques divergentes ont  été élaborées  sur la base d’une économie de marché productive concurrentielle structurée : marché du travail, marché des biens/servies et marché financier. Cela a des incidences stratégiques y compris politique,  sur toute la politique socio-économique d’un pays.
.2. Le  dossier des subventions traine depuis au moins  2008 où bon  nombre d’études  ont été réalisées à ce sujet entre 2008/2016. Rien de nouveau, puisque un  comité  de réflexion  avait été installé  par l’ex premier ministre Abdelmalek Sellal  et il serait intéressant  de connaitre ses conclusions afin d ‘éviter à la fois des pertes d’énergie et de temps. J’ai tenu à rappeler  dans cette interview que j’ai eu  à diriger pour le compte du gouvernement  l’audit sur les carburants entre 2007/2008 assisté des cadres dirigeants de Sonatrach, des experts algériens  et du bureau  d’études américain Ernest Young où nous avons proposé pour ce segment  la généralisation des carburants à  partir  du gaz , le GPLc  pour les véhicules ,  le  Bupro pour les gros transporteurs  et des subventions ciblées fondées sur  une nouvelle politique des prix. Déjà 10 ans et que de perte de temps et d’argent. Par la suite   j’avais transmis  un rapport  au gouvernement  le 14 septembre 2012 avec des propositions concrètes, point de vue que j’ai développé par la suite dans la presse nationale et internationale. Pour des subventions ciblées, on peut lister les subventions accordés par l’Etat, sans être exhaustif : les subventions du prix du pain, de la semoule et du lait ; les subventions des carburants, de l’électricité et de l’eau ; les subventions à  la santé( hôpitaux et médicaments) , au  transport  et  au logement social ; les subventions pour le soutien à l’emploi ; les subventions aux écoles primaires, Cem, Lycées, Universités ; les assainissements des entreprises publiques et les avantages  financiers et fiscaux aux entreprises et   les surcouts de gestion  des projets  et les surfacturations illicites  qui sont des subventions indirectes.
3.-. Dans la loi de finances 2018, le niveau des transferts sociaux est en hausse de 8% par rapport à l’année budgétaire 2017.  A contrario, récemment en ce mois de février  2018,  le Ministre des finances annonce une suppression progressive des subventions et le  Ministre du commerce a affirmé  la  distribution  des chèques aux plus nécessiteux qui  est une  impossibilité technique sans une véritable stratégie et  sans  système d’information fiable. Cela implique forcément une libéralisation de tous les prix  qui s’alignent sur ceux du marché libre y compris les salaires pondérés par le  taux d’inflation. Or dans les pays développés existe un lien dialectique entre le niveau des revenus et des prix,  étant  dans une économie de marché concurrentielle structurée.  La libéralisation des prix  suppose au  moins le doublement des salaires et pour éviter une hyperinflation, les salaires doivent   correspondre à un niveau de production et de productivité proportionnel. Cette opération est -elle possible sans véritable stratégie, dans une économie dualiste dominée  par la sphère informelle , la faiblesse des sections hors hydrocarbures  et sans un système d’information fiable au temps réel ?  Si ces mesures sont appliquées, cela aura forcément  des incidences  hautement politiques et sécuritaires et pas seulement économiques.  Donc, attention, cela pose un problème de sécurité nationale n’étant  pas une opération technique. C’est  une  opération  complexe qui  a des incidences  économiques sociales et politiques, non maîtrisée et faute d’intermédiations politiques  et sociales ,  sera source de  vives tensions sociales incontrôlables, laissant les fores de sécurité confrontés aux citoyens.
4.- Il y a  lieu  éviter  des annonces dans la précipitation,  comme je viens  de le démontrer clairement dans une interview à la radio publique Radio Algérie Internationale  03/02/2017  et dans  plusieurs contributions nationales et internationales.  Face aux tensions budgétaires ? Cette opération  ne peut être réalisée  essentiellement pour trois  raisons, du moins à court terme.  
Premièrement, cette opération   est  techniquement impossible sans un système ‘information  fiable en temps réel,  mettant en relief la répartition du revenu national  par couches sociales et par répartition régionale : combien perçoivent moins  de 20.000 dinars par mois net , combien entre 20.000/50.000, combien  entre 50.000/100.000, combien entre 100.000 et 200.000 et  plus.  
Deuxièmement,  cette opération est également impossible  sans quantifier la sphère informelle qui permet des consolidations de revenus., existant des données différentes soit que l’on se réfère au produit intérieur brut (entre 40/50% selon l’ONS) , par rapport à l’emploi (  plus de 33% de la population active selon le ministère du travail) ou à la masse monétaire en circulation  , environ 40 % , avec des données contradictoires de plusieurs responsables, 17 milliards de dollars selon l’actuel premier  , 37 milliards de dollars selon l’ex premier ministre Abdelmalek Sellal,  ou 45 milliards de dollars selon certains organismes. Pour éviter la confusion,  l’on doit  différencier la part normale que détiennent les ménages à usages personnels , du montant stocké à des fins spéculatifs ( voir Pr A.Mebtoul- géostratégie et sphère informelle au  Maghreb- Institut Français des Relations Internationales - décembre  2013 Paris France).  D’ailleurs les déclarations tant  du   premier Ministre que ceux  de  l’Industrie   il  y a à peine deux mois,  notaient  que  que l’Algérie souffre cruellement d’un système d’information  non performant et qu’actuellement il est  difficile  d’évaluer correctement la sphère informelle.
Troisièmement, de définir avec précision . l’institution chargée  de distribuer la traçabilité  de ces  chèques et surtout d’établir une balance  qui doit être positive, sin on cette opération n’aurait aucun sens,  entre le montant des chèques délivrés  et les économies occasionnés par cette opération tant en dinars qu’en devises ? Et ne risque  t- on pas d’assister à un nivellement par le bas au détriment des couches moyennes non concernés par  ces chèques , ce qui influera négativement sur la productivité globale?  
5.-Alors comment distinguer les riches des pauvres, lorsqu’on sait que pour seulement les couffins  de Ramadhan  de 2017, selon la ministre de la solidarité,  la valeur des colis de denrées alimentaires distribués aux nécessiteux  durant le mois de Ramadhan rentrant dans le cadre  l’opération de solidarité  nationale , à hauteur de « 780 millions de dinars,  ce montant représentant  7 %  de la somme globale consacrée à l’opération avec souvent des délits d’initiés.  Il en est de même  pour l’emprunt obligatoire chargé de capter l’argent  de la sphère informelle. Rappelons que les  obligations matérialisant l’emprunt  ont été émises sous deux formes de maturité de 3 ans et 5 ans, et en coupures de 50 000 DA chacune. Sous forme nominative ou au porteur, au choix du souscripteur. D’autres obligations de 10 000 et 1 million de Da ont été également proposées. Au terme des six mois, qu’a pris l’opération financière publique,  l’ex  premier ministre Abdelmalek Sellal, a donné le bilan   en juillet  2016   exactement  461,72 milliards DA , dont  une fraction étant le fait d’opérateurs qui ont  réalisé un vase communicant transférant leur capital argent  d’une banque au trésor pour bénéficier d’un taux d’intérêt plus élevé (entre  5 et 5,75%, une rente supporté par les générations futures). Loin de capter les fonds informels qui circulent hors circuit bancaire   le résultat  a  été très mitigé pour ne pas dire échec, ce qui a contraint le gouvernement à recourir au financement non conventionnel en 2018.
6.-Il s’agit maintenant d’aller vers des actes au  lieu de discours non muris afin d’éviter un échec de cette opération sensible, ce qui discréditerait toute l’action de l’Etat.  Au préalable s’impose  une véritable stratégie collant tant aux mutations internes qu’externes  dans le cadre des valeurs internationales, passant par de profondes réformes institutionnelles et micro-économiques (rendant urgent un grand ministère de l’économie regroupant commerce-finances pour une cohérence  de cette opération) , conciliant   le cadre macro-économique et macro-social dans un cadre décentralisé ( couple une efficacité économique et justice sociale , pas égalitarisme). La suppression des subventions, implique forcément la libéralisation de tous les prix et  sans un développement véritable,   comme impact un  risque inflationniste, accentué en Algérie   par le financement)  non conventionnel non maîtrisée( avec une prévision de 17 milliards de dollars selon le Ministre des finances pour uniquement 2018, qui ne peut  être atténuée, du fait de l’importance de la dépense publique,  que si le baril de pétrole  approche les  70 dollars.  Mettre en place une politique cohérente des subventions suppose un large débat  et une concertation  politique, social et économique loin des bureaux climatisés des bureaucrates. Dans ce cadre, il s’agit d’évier des quantifications hasardeuses sur le plan strictement financier, une  société n’ étant  jamais inerte.  Les économistes et les  politiques  doivent reconnaitre leurs limites ayant  besoin de connaitre les mouvements  historiques,   anthropologique et sociologique  des forces politiques, économiques  et sociales, souvent influencées par des acteurs externes, donc de connaitre le fonctionnement de a société toujours en mouvement . D’où l’importance stratégique  du dialogue où le lieu naturel est le conseil économique et social consacré par la nouvelle Constitution qui devrait regrouper les meilleures compétences et  toutes les composantes de la société représentatives malheureusement  gelé depuis des années où serait discuté et élaboré  une politique réaliste des subventions ciblées.   L’objectif stratégique  2018/2025/2030 sera de dépasser le statut quo actuel  pour éviter  l’épuisement progressif  des réserves de change,  étant  passées de 195 milliards de dollars en janvier 2015 à 95/96 milliards de dollars fin 2017, donnant   un répit de  trois ans.  La situation peut être maîtrisable, sous réserve d'une planification stratégique,( les plus grands planificateurs étant  les transnationales)  d’une plus grande rigueur budgétaire et d'une lutte contre les surcoûts, le gaspillage et la corruption renvoyant au mode de gouvernance.

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Lundi 12 Février 2018 - 17:51
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