REFLEXION

LES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION : L’ANP face aux nouveaux enjeux géostratégiques

A l’occasion de l’ouverture de l’année scolaire 2018-2019, le Général de Corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, Chef d’Etat-major de l’Armée nationale populaire, a présidé, le 27 septembre 2018, la cérémonie d’inauguration officielle de l’Ecole supérieure militaire de l’Information et de la Communication à Sidi Fredj dans la première Région militaire. Espérons que l’ensemble des autres secteurs tant dans l’administration qu’au niveau économique s’inspireront de cette heureuse action de l’ANP. C’est que les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) ont des implications au niveau de la gouvernance sécuritaire, politique, la gestion des entreprises et des administrations et un impact également sur notre nouveau mode de vie renvoyant au savoir et à l'innovation permanente.



Politiques, militaires,  entrepreneurs, citoyens, nous vivons tous aujourd'hui dans une société de la communication électronique, plurielle et immédiate qui nous contraint à prendre des décisions en temps réel. La maîtrise du temps étant le défi principal du siècle, en ce XXIe, engageant la sécurité nationale toute inadaptation à ces mutations isolerait encore plus le pays.
1.-Les NTIC sont un ensemble de technologies utilisées pour traiter, modifier et échanger de l'information, plus spécifiquement des données numérisées. La naissance des NTIC est due notamment à la convergence de l'informatique, des télécommunications et de l'audiovisuel. Le développement d'Internet à haut débit, la démocratisation de l'ordinateur et des nouvelles technologies découlent d'une baisse des tarifs proposés par les fournisseurs d'accès et d'une demande de plus en plus présente de la clientèle. Le boum des blogs et des messageries électroniques donne aux TIC une place de plus en plus vaste dans notre société. Cette interaction de l'électronique et de l'informatique explique que les applications des NTIC puissent répondre aux besoins aussi bien des entreprises et de l'Etat que des ménages et des individus. Désormais soumises aux mêmes lois du marché que n'importe quelle autre activité de production marchande, les NTIC constituent, en outre, un secteur où la concurrence se joue directement à l'échelle mondiale. La globalisation des entreprises, des marchés et des circuits de la finance n'a pas seulement impliqué un remodelage des structures économiques et des flux d'échange, elle a aussi conduit à la professionnalisation de la communication et de l'information, ainsi qu'à une intégration de plus en plus poussée des phases de la conception, de la création et de la consommation des produits, parallèlement à la fusion de sphères d'activités jadis séparées, voire opposées. Plus qu'une ouverture vers le grand public les TIC révolutionnent l'organisation interne de l'entreprise, les logiciels de gestion appelés les ERP (Entreprise Ressource Planning) gèrent différentes tâches comme les stocks ou la trésorerie, le travail collaboratif est simplifié grâce à l'utilisation de l'intranet et de la messagerie, le système «wireless» ou «sans fil» maintient un lien permanent avec des collaborateurs en déplacement tout comme la vidéo-conférence, tout cela génère un meilleur partage ainsi qu'une meilleure circulation de l'information interne. Ainsi, le monde est devenu une grande maison de verre, un acquis contre les régimes totalitaires dans la mesure où l'information n'est plus le quatrième pouvoir mais le pouvoir lui-même. L'infrastructure de l'Internet se répand aujourd'hui autour du monde pour créer un large réseau mondial et ce grâce à l'informatique qui permet aujourd'hui de numériser les informations et de gérer de nouveaux systèmes.
2.-L'intégration des télécommunications, de l'informatique et de l'audiovisuel a donné naissance à la Société de l'information qui fait l'objet d'une attention particulière de la part des Etats et des organisations internationales. Cet intérêt s'est trouvé accru depuis plus d'une décennie en raison des retombées socio-économiques et culturelles des nouvelles technologies de l'information de la communication (NTIC) : la ‘‘fracture numérique'' transcende en effet les clivages géographiques et traverse de part en part toutes les sociétés humaines. C'est que les nouveaux moyens de télécommunication facilitent l'échange et la diffusion de la connaissance. Ces nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) changent donc profondément la vie au quotidien des citoyens, le fonctionnement des entreprises, de l'Etat. Tout cela entraîne de nouvelles représentations mentales et sociales. Cela est plus patent au niveau multimédia (TV, vidéo à la demande, GPS, musique...) sur les téléphones portables. Sur le plan macroéconomique, les nouveaux processus mis en place grâce aux TIC ont des conséquences sur l'analyse de la valeur des produits et services, que l'on effectuera davantage sur le cycle de vie, lequel a tendance à se raccourcir et influe sur les gains de productivité et la croissance liée à l'introduction des TIC. Les TIC influencent également la recherche scientifique et technique et permettent indirectement de réaliser de nouvelles découvertes qui ont à nouveau un effet macroéconomique. Enfin, les TIC ont un impact dans de nombreux autres domaines comme les loisirs, la culture, la santé, la gestion du temps, les comportements en société. L'avènement d'Internet et le développement formidable qu'il connaît depuis quelques années ont pratiquement mis en demeure l'entreprise – de quelque importance qu'elle soit – de s'adapter et d'en faire l'usage le plus judicieux et le plus productif. La compétitivité l'obligeant à obtenir ou à donner l'information en temps réel, l'entreprise va en effet investir la Toile et recourir à l'électronique pour faire face à la concurrence et développer ses activités. Les NTIC permettent de mettre en place depuis quelques années des modèles d'organisation du travail dont les principales caractéristiques sont la décentralisation et la flexibilité. Le phénomène de délocalisation de l'emploi tient largement de la recherche des gains de productivité et des possibilités offertes par les NTIC aux entreprises, particulièrement à celles qui sont d'une grande envergure : télé-saisie, télétraitement et télémaintenance informatique sont maintenant une réalité de tous les jours.
3..-Devenue un enjeu scientifique majeur, selon  la définition donnée par Wikipédia « l’intelligence artificielle   est « l'ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser  de réaliser des machines capables de simuler l'intelligence » Souvent classée dans le groupe des sciences cognitives elle fait appel à la neurobiologie computationnelle   ,particulièrement aux réseaux neuronaux, à la logique mathématique (sous-discipline des mathématiques et de la philosophie) et à l’informatique  pour des résolutions de problèmes à forte complexité logique ou algorithmiques. La technologie émergente de l'intelligence artificielle, ou IA, croise plusieurs techniques simulant les processus cognitifs humains. Les  robots vont modifier la psychologie ¬humaine autant que les progrès de l’alimentation et de la médecine Pour  François –Xavier Sambron ,  nous  avons six impacts du digital qui révolutionnent la fonction de manager tant politique que de l’entreprise ( www.omninnov.com/author/fx-sambron/ février 2018)..  
Premièrement, dans la  gestion traditionnelle,  le pouvoir du manager qu’il soit militaire ou civil résidait principalement dans sa capacité à distribuer ou à conserver de l’information..Il tire aujourd’hui sa légitimité de sa capacité à créer du lien et à interconnecter les collaborateurs et les services entre eux, et de son aptitude à synthétiser et à faire le tri dans la profusion des informations reçues pour en extraire l’essentiel. Cette méthode est dépassée car  le manager ‘nouvelle génération’ donne la priorité au partage et à la transparence, recherchant  avant tout à responsabiliser et à autonomiser ses collaborateurs en leur ouvrant des portes et en les guidant dans la bonne direction. En facilitant grandement la circulation de l’information au sein de l’entreprise, le digital est à la fois le principal déclencheur et contributeur de ce qu’on appelle le management collaboratif.
Deuxièmement,  le manager civil ou militaire  se doit d’être d’abord un développeur d’intelligence collective, un leader, un facilitateur,   grâce à  l’information est maintenant largement partagée, n’étant  plus celui qui sait mais celui qui tire son équipe . Il est l’animateur d’une équipe qui cherche à remplir ses objectifs en profitant au maximum des ressources de l’entreprise,  mettant  en interaction les différentes compétences pour créer de la valeur.
Troisièmement, l’autorité verticale basée sur l’organisation hiérarchique de l’entreprise et le statut des collaborateurs laisse progressivement place à une autorité horizontale basée sur le savoir, la compétence et la réputation de chacun. De fait, la bonne stratégie  est désormais régie par deux formes d’autorité qui agissent en parallèle, l’une relevant des processus et des priorités définies par la direction centrale , l’autre traduisant la compétence de chaque collaborateur. Dans ce contexte, le manager civil ou militaire doit reconstruire son pouvoir à l’horizontale aussi bien pour communiquer que pour identifier les compétences, les valoriser et les organiser et contrairement au passé, son leadership ne s’exprime plus verticalement mais horizontalement.
Quatrièmement, grâce à la révolution numérique, le cerveau stratégique  dispose aujourd’hui d’une grande variété d’outils lui permettant d’adresser le bon message au bon moment au bon collaborateur. Que ce soit via la messagerie (instantanée ou non), les réseaux sociaux, les plateformes collaboratives, l’envoi de SMS, etc, De plus, les capacités multimédia de ces différents moyens de communication (audio, vidéo, animation,…)  facilitent le dialogue et encourage le feedback des collaborateurs.
Cinquièmement, pour l’efficacité de  l’organisation, les nouveaux outils comme les applications collaboratives, les solutions de gestion de projet, les workflows métiers ou administratifs, etc, permettent de fixer et de partager les priorités et objectifs, et d’assurer la planification détaillée des tâches à accomplir.. le digital fournissant  habituellement de nombreux éléments de mesure utiles à son évaluation comme au repérage de ses dysfonctionnements permettant aux donneurs d’ordre de piloter finement son équipe et d’assurer le suivi du cap fixé.
Sixièmement,  sur le plan technologique, la transformation digitale  s’opère avant tout sur le plan de la ressource humaine pilier du management stratégique  rendant   nécessaire d’accompagner l’ensemble des collaborateurs et devant  expliquer le bien-fondé de ces changements, en rassurant  les collaborateurs sur leur avenir et valoriser le rôle de chacun dans cette mutation.
4.-Espérons que l’ensemble des autres secteurs s’inspireront de cette heureuse action de l’ANP et des services de sécurité,  notamment les départements économiques à travers la mise en place d’un tableau de la valeur en temps réel relié aux réseaux internationaux, que j’avais préconisé en tant que haut magistrat à la cour  ses comptes en 1983, et ce  pour  améliorer leur gestion (lutte contre les surcoûts et les surfacturations). Celui qui détient l’information ayant  le pouvoir,  l’Algérie a besoin d’une stratégie d’adaptation, étant une question de sécurité nationale,  face aux nouvelles mutations mondiales et énergétiques avec l’avènement de la quatrième révolution économique qui se fondera essentiellement  sur l’économie de la connaissance à travers le digital et  l’intelligence artificielle. D’où l’urgence  d’adopter rapidement une stratégie de passage d’une économie de rente, passant par de profondes réformes structurelles, souffrant actuellement d’une crise de gouvernance et non d’une crise financière. Sans réformes structurelles profondes, s’adaptant à la nouvelle quatrième révoltions économique mondiale, supposant un minimum de consensus politique et social et une visibilité et cohérence dans la démarche des réformes, il ne faut pas s’attendre à des miracles. Plus on diffère les réformes, plus on épuisera les réserves de changes et cette crise de gouvernance risque de se transformer en crise financière, économique et politique avec le risque d’une déstabilisation régionale avec le retour au FMI horizon 2022, ce qu’aucun patriote algérien ne souhaite.  

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Dimanche 30 Septembre 2018 - 18:08
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