REFLEXION

L’Algérie 2017/2020, face aux contraintes financières et de gouvernance

Selon nos informations , la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont émis des réserves à notre ministre des finances sur les risques inflationnistes du financement non conventionnel non maîtrisé, supposant des contrepoids indépendants de l'exécutif, ne pouvant être juge et partie Cela est d'ailleurs consigné dans leurs rapport 2017 -BM/FMI), inquiétudes partagées par la communauté économique européenne , les partenaires économiques étrangers et la majorité des experts algériens et étrangers( voir rapport banque agricole Paris octobre 2017 et plusieurs articles dans le monde.fr d’octobre 2017 ). Cette présente contribution se veut un rappel des principaux indicateurs économiques et financiers de l’Algérie afin de prendre des mesures urgentes de réformes structurelles pour dépasser la crise actuelle



Les principaux indicateurs économiques et financiers de l’Algérie
Selon le rapport du FMI 2017,  l’Algérie aurait,   un taux de croissance du PIB réel inférieur au taux de croissance démographique de seulement de 1,5% pour l'année 2017 et 0,8% pour 2018  et l’AIE ne prévoit pas un relèvement substantiel  du cours du pétrole pour 2018, tout au plus une stabilisation.  Avec un  PIB  en décroissance  entre 2017/2018 reconvertis en dollars, inférieur au taux de croissance démographique , le taux de chômage incluant les sureffectifs dans les  entreprises publiques, les administrations et  les empois temporaires, dépasserait  13% en 2018 l’ONS l’établissant à plus de 12% en 2017.
Des rapports tant nationaux que du FMI  indiquent que le déficit budgétaire réel de l’État a dépassé le niveau énorme de 20% du PIB fin 2015 en raison d’une réaction tardive des pouvoirs publics qui ont maintenu un niveau de dépenses publiques élevé malgré la chute des recettes. Pour l’année 2017, la poursuite et l’accélération de la réduction des dépenses de l’État prévue par la Loi de finance 2017 devait ramener le déficit aux environ de 7% du PIB au prix d’une coupe drastique dans les budgets d’équipement. Le niveau particulièrement élevé des déficits budgétaires a été aggravé depuis le début de l’année 2017. Le recul des recettes financières et la poursuite des dépenses publiques à un niveau élevé a généré le recours à l'épargne du Fonds de régulation des recettes (FRR) pour couvrir le déficit dont le montant  prélevé du FRR était comme suit: 1.132 milliards de DA en 2013, 2.965 milliards de DA en 2014, 2.886 milliards DA en 2015, 1.387 milliards en 2016, et ce après avoir utilisé ce qui restait soit 784 milliards de DA au début de l'année 2017.  L’épuisement de ce dernier en février 2017 a fait surgir un grave problème de financement.
L’exposé des motifs du projet de loi portant amendement de la loi monnaie et crédit  du   ministre des finances indique  que la  loi de finances 2017 tablait sur près de 6.002 milliards de dinars de recettes et 7.115 milliards de dinars de dépenses, soit un déficit de 1.113 milliards de dinars, que le Trésor couvre partiellement pour un montant de près de 570 milliards DA pour couvrir son déficit jusqu'à fin 2017. Pour couvrir ce déficit, un ensemble d'outils monétaires et financiers ont été employés en vue de mobiliser des ressources supplémentaires, y compris les fonds pour le paiement des intérêts de la Banque d'Algérie (BA) au profit du Trésor public (610 milliards de DA en 2015 et 919 milliards de DA en 2016) et les avances de la BA au profit du Trésor public (276 milliards de DA en 2015 et 280 milliards de DA en 2016), ainsi que les fonds recouvrés dans l'opération de l'Emprunt obligataire de la croissance économique (580 milliards de DA), outre un prêt de 105 milliards de DA, contracté auprès de la Banque africaine de développement (BAD).
Sous le titre «  Algerie Net Oil  Export Revenues » la revue - info from EIA ‘ Energy Information Agency OPEC- 2017, met  en relief les revenus de Sonatrach  entre 2005/2016 -2005-34 milliards de dollars ; en 2006, 41 milliards de dollars, en 2007, 46 milliards de dollars, en 2008,   59, en 2009, 35  milliards de dollars, en 2010, 45 milliards de dollars, en 2011,62 milliards de dollars, en 2012, 61 milliards de dollars, en 2013,  54 milliards  de dollars, en 2014,  48 milliards de dollars, en 2015, 26 milliards de dollars et en 2016 , 19 milliards de dollars. Pour 2017, les prévisions du DG  de Sonatrach donnent  31 milliards de dollars  de chiffre d’affaire devant soustraire en moyenne 25% des couts donnant un revenu net de 23 milliards de dollars, soit au total  2005/2017, environ 553 milliards de dollars.
Pour 2016, selon les statistiques douanières, les hydrocarbures ont représenté l’essentiel des exportations avec une part de 93,84% du volume global des exportations, et une diminution de 17,12% par rapport à l’année 2015. Les exportations « hors hydrocarbures », restent toujours marginales, avec seulement 6,16% du volume global des exportations soit l’équivalent de 1,78 milliard de dollars US, ayant enregistré une diminution de 9,55% par rapport à l’année 2015. Les groupes de produits exportés en dehors des hydrocarbures sont constitués essentiellement par des demi-produits qui représentent une part de 4,5% du volume global des exportations soit l’équivalent de 1,3 milliard de Dollars US, des biens alimentaires avec une part de 1,13% , soit 327 millions de Dollars US, des produits bruts avec une part de 0,29%, soit en valeur absolue de 84 millions de Dollars US et enfin des biens d’équipements industriels et des biens de consommation non alimentaires avec les parts respectives de 0,18% et 0,06%. Avec les dérivées les recettes en devises de Sonatrach représentent 97/98% du total. En ce qui concerne la répartition par régions économiques au cours de l’année 2016, les données officielles montrent clairement que l’essentiel des échanges extérieurs de l’Algérie reste toujours polarisé sur ses partenaires traditionnels,  les pays de L’OCDE occupant  60,94% des  importations et  79,59% des  exportations.
Les besoins de financement, bien que revus à la baisse,   dont plus de 70% en devises  uniquement pour Sonatrach et Sonelgaz selon les  déclarations officielles  entre 2017/2022 seront  annuellement  d’environ 50 milliards de dollars, soit 250 milliards de dollars pour cinq ans. Les besoins de financement en devises  seront plus importants du fait  de la situation économique.  Le taux d’intégration du secteur privé et public ne dépasse pas 15%, plus de 70% des besoins des entreprises publiques et  privées  provenant de l’extérieur. La superficie économique est dominée à plus de 83% de petits services, commerce avec la suprématie de la sphère informelle au niveau de ces segments. Le tissu industriel représente moins de 5% du produit intérieur brut(PIB) et à l’intérieur de ces 5% plus de 95/97% de PMI/PME peu innovantes.
Le financement non conventionnel  concerne la partie dinars  notamment les salaires et certains biens locaux. Mais en raison  de la déperdition du tissu productif, en octroyant des dinars aux entreprises, ces dernières se porteront forcément emprunteur  en devises pour leurs besoins auprès des banques primaires. La relance de la demande globale par  la planche à billets peut accélérer les sorties de devises. Ce choc ne peut être amorti que si la valeur ajoutée interne s’accroit substantiellement en  permettant  dans deux à trois ans, l’innovation entrepreneuriale, dans un cadre concurrentiel mondial (cout/qualité)  afin d ‘éviter la dérive inflationniste et l’épuisement des réserves de change.
 Les sorties de devises  importations de biens, importations de services, ces derniers  fluctuant entre 10/12 milliards de dollars /an entre 2010/2016) et les sorties légaux de capitaux ont été en 2016  d’environ 60 milliards de dollars. Au vu des dernières statistiques douanières, huit premiers mois,  pour  2017, les sorties de devises  fluctueront entre 55/60 milliards  de dollars. Dans ce cadre, évitons la sinistrose :je ne le répéterai assez jamais en ce mois d’octobre 2017, l’Algérie ne connait pas encore de véritable crise financière mais une crise de gouvernance. Car la   dette extérieure est inférieure à 5 milliards de dollars   et les réserves de change sont passées  de 195 milliards de dollars au 01 janvier 2015 et termineront  entre 92 (source FMI)  et 97  (source du gouvernement) laissant un répit de trois années.

La  véritable clef du développement réside en la ressource humaine
 En résumé, sans mobilisation de la population, autour d’un large front national tenant compte des différentes sensibilités, supposant une grande moralité de ceux qui dirigent la Cité,  condition du rétablissement de  la confiance, aucun développement de sortie de crise  n’est possible.  Il s’agit non de diviser mais de rassembler, de redonner confiance et non de faire peur certains responsables ayant parlé de presque de faillite de l’Algérie  ce qui a été contre-productif tant au niveau national qu’international, avec le risque de faire fuir le peu d’investisseurs algériens et étrangers créateur de richesses,  et créant un véritable traumatisme au niveau de la population ce qui a accéléré le processus inflationniste. Ce processus risque de s’amplifier, les lois  économiques étant insensibles aux slogans politiques,  en cas de non limitation de la planche à billets qui doit être destinée exclusivement au segments productifs et dont le montant limité doit être contrôlé par une institution indépendante, l’exécutif ne pouvant être juge et partie et comme promis par le premier ministre devant les députés de l’APN. C’est que  car le corps social algérien, a profondément évolué influencé par les nouvelles mutations de communication planétaires et  n’étant plus dans la situation des années 1995/1996. Par ailleurs ceux  qui donnent des leçons de nationalisme doivent savoir qu’à l’avenir l’amélioration du pouvoir d’achat et le véritable nationalisme des Algériens, quelque soit le niveau de responsabilité, se mesurera par leur contribution à la valeur ajoutée interne. La  véritable clef du développement réside en la ressource humaine, de libérer l'entreprise publique ou privée , fondement de la création de la richesse,  des contraintes bureaucratiques passant par une gouvernance rénovée. On ne décrète pas la fixation des prix, la création d'entreprises ou la création d'emplois, ce qui a abouti à des effets pervers. Il  s'agit de ne pas confondre le tout Etat des années 1970/1990 (solution de facilité des bureaucrates en panne d'imagination) avec l'importance de l'Etat régulateur stratégique en économie de marché. Mais cela suppose un degré de compétences élevés pour réguler face aux enjeux de la mondialisation qui  augure de profonds bouleversements géostratégiques, politiques, militaires, culturels et économiques entre 2017/2020/2030.

 

Abderrahmane MEBTOUL
Mardi 17 Octobre 2017 - 19:07
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