REFLEXION

G5 Sahel, coalition militaire pour quels intérêts ?

Le quartier général de la force du G5-Sahel à Sévaré, au Mali, a été ensanglanté le 29 juin par un attentat revendiqué par des djihadistes liés à Al-Qaïda, à trois jours d'une rencontre entre les dirigeants de cette force et le président français. Un attentat-suicide, revendiqué par un groupe djihadiste, a frappé le 29 juin pour la première fois le quartier général de la force antidjihadiste du G5-Sahel à Sévaré, dans le centre du Mali, faisant trois morts, à trois jours d'une rencontre entre les dirigeants de cette force et Emmanuel Macron.



Depuis sa création en février 2014, le G5 Sahel a multiplié les annonces et les initiatives, conformément à l’image d’une organisation en pleine montée en puissance et répondant à un besoin clairement exprimé par les différents acteurs sahéliens et leurs partenaires. Ses atouts sont en effet pluriels : format réduit avec cinq pays (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso) aux problématiques partagées ; focalisation sur les espaces frontaliers et la coopération pour répondre à des menaces aux ramifications transnationales ; implication des États sahéliens permettant de renforcer l’appropriation locale avec une approche bottom-up et non plus top-down.
Mieux, en deux ans, le G5 Sahel s’est affirmé comme un acteur sécuritaire majeur dans la région . Cependant, au regard des ambitions affichées par la Convention donnant naissance à la jeune organisation régionale, les défis restent nombreux . En matière de développement notamment, les avancées sont insuffisantes, entravant le déploiement des projets prévus mais interrogeant également, au regard des nombreuses stratégies présentes dans la région, la compétence du G5 Sahel.

Un acteur militaire affirmé
Davantage que dans tout autre domaine, c’est sur le terrain de la coopération militaire que le G5 Sahel a réalisé les progrès les plus significatifs. Ces dernières années, les opérations militaires conjointes se sont multipliées avec l’appui ou le soutien des militaires français des opérations Serval puis Barkhane. Alors que la première a lieu en novembre 2013, engageant des militaires maliens, nigériens et français, ce sont au total près de quinze opérations conjointes qui ont été conduites sur les trois fuseaux sahéliens : frontière Mali-Mauritanie à l’Ouest, Burkina Faso-Mali-Niger au Centre, Niger-Tchad à l’Est. Au gré de ces opérations et des réunions entre officiers supérieurs des États du G5, une communauté militaire régionale s’est formée, permettant de renforcer la confiance, d’accroître les échanges d’informations et d’améliorer la coopération entre les armées nationales . À tel point d’ailleurs que, depuis octobre 2015, des opérations conjointes sont planifiées et menées par des armées sahéliennes sans la participation de militaires français .
Afin de « développer des mécanismes permanents de coopération dans les espaces transfrontaliers » , les chefs d’état-major généraux du Burkina Faso, du Niger, du Mali, de la Mauritanie et du Tchad ont signé, le 4 novembre 2015, une charte régissant le fonctionnement du Partenariat militaire de coopération transfrontalière (PMCT) des forces armées des pays du G5 Sahel. Entérinée par les chefs d’États sahéliens lors du sommet du 20 novembre 2015 à N’Djamena, cette charte prévoit une réunion semestrielle des chefs d’état-major généraux des armées, organisée par chaque État à tour de rôle avec inscription des directives adoptées dans un document conjoint de coordination, et une réunion trimestrielle des sous-chefs Opérations. Ces dernières, dénommées comités de coordination opérationnelle (CCO), ont quatre fonctions : partager « l’appréciation de la situation sécuritaire », préparer les futures opérations conjointes, effectuer un retour d’expérience des opérations menées et proposer des « solutions » .
En outre, le sommet de N’Djamena a été marqué par l’institutionnalisation, au sein du G5 Sahel, de la coopération militaire initiée par les militaires français avec le « Partenariat élargi » (États du G5 Sahel et Barkhane) afin de favoriser le développement d’actions conjointes dans les zones frontalières. En effet, cette conférence a accueilli la première réunion du Comité de défense et de sécurité du G5 Sahel, organe émanant du Secrétariat permanent regroupant, en vertu de l’article 13 de la Convention portant création de l’organisation régionale, « les chefs d’état-major et les responsables dûment mandatés pour les questions de sécurité par les États-membres ».

Un rôle sécuritaire qui s’accroît
Bien que le Comité de défense et de sécurité et le PMCT constituent les avancées les plus concrètes dans le domaine sécuritaire, il existe cependant d’autres initiatives. Une École régionale de guerre est en cours de construction en Mauritanie. La mise en place d’un Centre sahélien d’analyse des menaces et d’alerte précoce (CSAMAP) est aussi à l’étude, afin d’apporter une expertise technique régionale et de renforcer la coopération entre les services de renseignement nationaux. De même, dans la continuité des opérations militaires transfrontalières, les chefs d’État des États membres ont annoncé envisager la création d’une force militaire conjointe. Bien qu’elle soit encore à l’étude et que sa forme reste à définir, l’une des finalités pourrait être de pallier à l’absence de forces régulières maliennes dans la plus grande partie des espaces du Nord-Mali et aux limites de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) , en renforçant la coordination entre les armées engagées aux frontières du Nord-Mali à travers un état-major conjoint .
Dans cette institutionnalisation en matière de sécurité, le G5 Sahel est soutenu par plusieurs partenaires. L’Union européenne, qui a initié en juin 2015 un dialogue stratégique avec les États membres de l’organisation régionale, a annoncé financer à hauteur de sept millions d’euros – par le biais d’une structure tierce – l’implantation à Bamako du Collège sahélien de sécurité , jusque là itinérant et placé depuis novembre 2015 sous la tutelle du Secrétariat permanent du G5 Sahel. Du côté des Nations unies, outre l’appui technique du bureau de l’Envoyée spéciale des Nations unies pour le Sahel , le bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) met en œuvre des activités de renforcement des capacités au profit des États sahéliens. Celles-ci concernent les domaines du contrôle des frontières, la prévention du terrorisme, la réforme de la justice pénale, la lutte contre la traite des personnes, le trafic illicite de migrants et la lutte contre la corruption .
Parmi les mesures de l’ONUDC, un dispositif de communication sécurisé, appelé Plateforme de coopération en matière de sécurité (PCMS), est prévu afin de renforcer l’échange d’informations sur les groupes jihadistes et la criminalité transnationale organisée. Trois intérêts sont notamment attendus de ce projet : renforcer la coopération sécuritaire et l’échange de renseignements dans la bande sahélo-saharienne en travaillant sur un format réduit, alors que le Processus de Nouakchott  pâtit des méfiances entre certains partenaires ; nourrir à travers la mise à disposition d’outils des dynamiques de « donnant-donnant » en matière d’échange d’informations entre les acteurs du renseignement, sans lesquelles aucune coopération durable n’est envisageable ; appuyer la création d’une communauté des acteurs sahéliens du renseignement.

 

Réflexion
Dimanche 1 Juillet 2018 - 18:16
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