REFLEXION

ÉVITONS TANT LA SINISTROSE QUE L’AUTOSATISFACTION : L’Algérie n’est ni au bord de l’implosion sociale et ni en faillite

Comme je viens de le rappeler dans une émission télévisée en ce mois le 19 février 2019 le comportement de la jeunesse ne saurait être celui des années 1970/1980 ou même des années 2000 devant savoir être à son écoute. Aussi évitons tant la sinistrose que l’autosatisfaction : l’Algérie n’est ni au bord de l’implosion sociale et ni en faillite mais traverse une profonde mutation de la société loin des schémas périmés du passé. Cette analyse est une synthèse de mes différentes contributions parues entre 1974 et 2018 où j’ai toujours mis en relief que tout processus de développement fiable en ce monde turbulent et instable doit reposer sur la bonne gouvernance et l’économie de la connaissance



1.- Il  faut rendre un grand hommage   à notre   jeunesse, la vitalité de toute société (qui a  déclenché la guerre de libération nationale et permis l'indépendance politique , toujours les jeunes)  où les partis  politiques  toutes tendances confondues n’ont joué  aucun rôle pour la mobilisation du 22 février 2019, malgré  leurs déclarations inopportunes qui rentrent dans le cadre de la  récupération  et contrairement à certaines supputations, loin de l’islamisme radical, Mais   également à   nos forces de sécurité qui ont su   gérer d’une manière moderne « les foules » , les stratégies sociales évoluant avec le temps , pour cet événement qui doit être médité attentivement tant par le pouvoir que l’opposition qui a été hors circuit, où  malgré quelques dérapages  portant  atteinte à la dignité humaine d’une infirme minorité, cette jeunesse vivante ayant montré sa maturité par des marches pacifiques.  Le  slogan directeur a été : « l’Algérie a besoin d’un changement dans la paix, la tolérance et la sécurité. Car la gestion autoritaire bureaucratique  avec des menaces  ou des  slogans     des années passées ne portent plus avec l’ère d‘internet et des réseaux sociaux.   D’où  l’urgence face aux tensions géostratégiques et budgétaires afin de faire face  tant à la transformation  de la société algérienne que des nouvelles mutations mondiales, d’ une action vigoureuse de réorganisation et de redynamisation  tant de nos forces de sécurité , de notre diplomatie ,  du monde partisan  que de la société civile, comme intermédiation politique et sociale à travers des réseaux décentralisés comme facteur de mobilisation  , notamment   de la jeunesse, qu’il faut encourager et mobiliser pour le redressement de l’Algérie, en lui proposant « un cadre adéquat d’expression collective. Pour cela une mutation devient urgente afin que le  système partisan et la société civile soient au service du citoyen.  D’où l’importance  du changement réclamée avec force par la jeunesse devant se matérialiser par des réformes politiques et économiques s’articulant autour de la démocratie, de l’économie de marché concurrentielle, loin de tout monopole public ou privé et d’une profonde  et justice sociale à ne pas confondre avec égalitarisme vision populiste dévastatrice, la continuité ne signifiant pas  l’immobilisme et perpétuer les erreurs du passé.  Au vu des expériences historiques, la majorité des pays en transition ont réussi leurs réformes par la méthode gradualiste et non par la rupture avec l’ancien système. Les mécanismes de régulation politique et économique mis en place ont permis  d’insérer les forces conservatrices dans le cadre d’une dynamique réformatrice  supposant de nouveaux acteurs( du sang neuf)  acquis aux réformes Aussi, il ne faut pas se tromper de cibles : un jeune formaté peut être plus conservateur qu’un homme âgé conscient du changement d’où l’importance d’un  changement culturel  pour s’adapter tant aux mutations internes qu’au nouveau monde des relations internationales. Le nouveau monde est organisé »en réseaux à travers les ONGS, la société civile pour des relations pérennes et solides, renvoyant à  la refondation de l‘Etat qui doit saisir les tendances réelles de la société algérienne en mutation. Ces réformes en profondeur ,supposent que toutes les composantes de la société et les acteurs de la vie économique, sociale et culturelle, soient impliqués, sans exclusive, dans le processus décisionnel qui engage la configuration de l’image de l’Algérie de demain qui devra progressivement s’éloigner du spectre de l’exclusion, de la marginalisation et de toutes les attitudes négatives qui hypothèquent la cohésion sociale. L’implication du citoyen dans le processus décisionnel qui engage l’avenir des générations futures, est une manière pour l’Etat, de marquer sa volonté de justice et de réhabiliter sa crédibilité en donnant un sens positif à son rôle de régulateur et d’arbitre de la demande sociale. Les réformes en profondeur du fonctionnement de la société algérienne et non des replâtrages organisationnels, impliquent d’analyser avec lucidité les relations dialectiques réformes, les segments de la production de la rente (Sonatrach) et celui de sa redistribution (système financier), les gagnants de demain n’étant pas forcément ceux d’aujourd’hui, impliquant un changement notable de la politique socio-économique actuelle, sinon les réserves de change (79 milliards de dollars fin 2018) tendront vers  zéro fin 2022.Un exemple  Si les prévisions du Ministère de l’industrie de 500.000 voitures de tourisme horizon 2020 se réalisent et si l’on maintient la même structure technologique la facture d’importation pour les CKD, sans compter les pertes fiscales (exonération TVA, différentes exonérations fiscales  et en cas de non exportation)  sera  de  10,36 milliards de dollars et globalement avec les camions /tracteurs  et accessoires plus de 11 milliards de dollars soit entre 30 et 33% des recettes de Sonatrach pour un cours fluctuant entre 60/40 dollars.  Lorsque la valeur de la rente des hydrocarbures s’accroit, paradoxalement les réformes sont freinées et l’on assiste à une redistribution passive de la rente pour une paix sociale éphémère avec l’extension de la corruption et une concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière. Ce couple contradictoire rente/réformes traduisant des luttes de pouvoir pour le partage de la rente, explique l’instabilité juridique et le manque de cohérence et de visibilité dans la réforme globale
2.-Il faut être objectif, dire la vérité, rien que la  vérité, ni sinistrose, ni autosatisfaction. Contrairement à certains esprits mal intentionnés, l’Algérie n’est pas en faillite et au bord de l’implosion, beaucoup de réalisations et beaucoup d’insuffisances, le redressement national supposant  une autre gouvernance. Pour avoir dirigé l’audit sur le bilan de l’industrialisation pour le compte du Ministère de l’industrie de 1965/ 1978, le bilan économique et les propositions de réformes pour le compte du comité central du FLN entre 1979/1980 ( parti unique à l’époque)  , le dossier du programme habitat et celui du commerce extérieur  des   surestaries pour le programme anti-pénurie entre 1980/1983 en tant que haut magistrat  (premier conseiller) et directeur central des études économiques à la cour des comptes entre 1980/1983, différents audits  entre 1990/2018 dont le programme de la relance économique pour le compte du gouvernement en 2015,  je peux affirmer que  les surcoûts et  les surfacturations ne datent pas d’aujourd’hui. Les  montants peuvent être presque du  même niveau qu’actuellement   devant ramener le cours du dinar entre 2000/2018  au cours du dollar (actuellement 118 dinars un dollar plus de 23 fois plus) entre 1970 à 1989 où en 1970 il était à 4,94 dinars un dollar, entre 1980/1985, 5,03  et en 1989 à  8,03 dinars un dollar et le cours du baril de pétrole qui a connu une hausse durant la période 1980/1984 en termes de parité de pouvoir  d’achat   à plus de 90 dollars. Comme actuellement et de 1970)  de nos jours, il faut reconnaître  une non maîtrise de la gestion avec des surcoûts exorbitants devant différencier acte de gestion pratique normale  de la corruption condamnable, le tout  amplifié par la concentration excessive des revenus au profit d’une minorité rentière et non d’entrepreneurs mus par la création de richesses. . D’où l’importance d’un discours de vérité, rien que la vérité évitant tant de verser  dans l’auto- satisfaction, renvoyant à une autre culture d’Etat et donc de la mise en place de mécanismes transparents que  la sinistrose.  De 1970 à  ce jour  contrairement à certaines analyses malveillantes, n’oubliant jamais la destruction massive de l’économie  1990/1999 sans compter le traumatisme de la population à d’importantes réalisations, ceux qui affirment que rien n’a été réalisé depuis l’indépendance politique et durant la période 2000/2018 versent dans le dénigrement politique  car qu’était objectivement l’Algérie entre 1963/1999 et entre 2000/2018? Nous avons assisté incontestablement à bon nombre de réalisations notamment : dans les infrastructures notamment les routes, l’eau , dans l’intensification des branchements  de l’électrification-gaz, dans la construction massive de logements, les  infrastructures hôtelières malgré le bas niveau des prestations et un prix élevé par rapport au pouvoir d'achat moyen,  le tourisme devant devenir un levier stratégique les télécommunications également avec des prestations moyennes , la santé, malgré une relative détérioration, n’ayant pas un des grands hôpitaux digne de ce nom qui permettrait d’éviter les prises en charge à l’étranger avec des coûts exorbitants ,  l’investissement dans l’éducation malgré la baisse du niveau ,le  développement indéniable de l’agriculture malgré la hausse des prix, la création de certaines unités industrielles dont la dynamisation du secteur privé mais avec incohérence nécessitant sa réorganisation,  une répartition du revenu national  certes pas égalitaire mais garante de la stabilité sociale posant d’ailleurs la problématique des subventions non ciblées intenables dans le temps renvoyant à la nécessaire transition énergétique.   
En résumé,  face  aux inévitables  tensions budgétaires et les enjeux géostratégiques, le défi de l’Algérie 2019/2024/2030  doit reposer, sur quatre  axes : rassemblement, refondation de l’Etat, démocratisation et réformes économiques.  L’Algérie a besoin surtout d'un retour à la morale de ceux qui dirigent la Cité. L’ordre, par la protection des biens et personnes n’est aucunement antinomique avec le développement des libertés qui rassemble beaucoup plus qu'il ne divise. Pour le redressement de l'Algérie, en lui proposant un cadre adéquat d'expression collective, afin de faire face à la difficile conjoncture géostratégique et socio-économique qui attend l’Algérie entre 2019/2022/2025, posant l’urgence  du renouveau des partis politiques et de la société civile, comme intermédiation sociale.  Les Algériens veulent vivre leurs différences dans la communion et non dans la confrontation. L’Algérie qui traverse une phase cruciale de son histoire a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu’il s’agit d’accomplir encore au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’une même ambition et d’une même espérance : un développement harmonieux conciliant efficacité économique et une profonde justice sociale.

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Lundi 25 Février 2019 - 16:38
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