REFLEXION

ELECTION PRESIDENTIELLE AUX ETATS-UNIS : Quelles perspectives de la coopération sécuritaire et économique avec l'Algérie?

L’objet de cette contribution est de poser d’une manière réaliste, face aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales, les perspectives d’une coopération fructueuse pour une prospérité partagée entre les Etats-Unis d’Amérique, première puissance économique mondiale et l’Algérie. Quelque soit l’issue de l’élection présidentielle, les USA ayant une stratégie planétaire, je ne pense pas que cela puisse influencer sur ses futures relations internationales, devant différencier pour paraphraser les militaires stratégie et tactiques



1.- Poids des USA et de l’Algérie dans l’économie mondiale ?
A prix courant, le PIB  des USA pour une population de 324 millions d’habitants, en 2015 a été  de 17698 milliards de dollars, la Chine 11385, le Japon 4116, l’Allemagne 3371, le Royaume Uni 3371, la France 2488, l’Inde 2183, l’Italie 1819, le Brésil 1800, le Canada 1573, la Corée du Sud 1393 et l’Espagne 1235 milliards de dollars. L’Union  européenne y compris la Grande Bretagne, avec un PIB de 180812 milliards de dollars pour une population  de 510 millions d’habitants,   reste la première puissance économique mondiale. USA et  Europe pour moins d’un milliard d’habitants totalisent  plus de 40% du PIB mondial estimé à  73.400 milliards de dollars en 2015  et 75.700 milliards de dollars en 2016. Encore que pour avoir une appréciation objective, il faut diviser le PIB par la population.  Le constat est que l’économie des États-Unis reste  un moteur essentiel de croissance pour l’économie mondiale. Les fluctuations de son produit intérieur brut, le niveau de son commerce international et ses politiques monétaires sont suivis de près par les gouvernements mondiaux et les marchés financiers internationaux. Ses principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis sont la Chine, les deux partenaires de l’ALENA, Canada et Mexique, le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni. La Chine et l’Allemagne occupent les deuxième et troisième rangs, respectivement. Les États-Unis restent la première nation commerçante (en valeur), leurs importations et leurs exportations. Des perspectives commerciales s’offrent ente les USA et l’Algérie en dehors des hydrocarbures, l’Algérie étant avant tout intéressée par le transfert du savoir-faire technique et managérial avec la présence d’importantes sociétés américaines, devant impulser la coopération notamment dans le domaine des nouvelles technologies, de l’industrie, les services, l’agriculture et le BTPH sans oublier la formation. Récemment, en dehors des hydrocarbures où les USA sont présents, le dernier contrat en date est celui signé en 2013 entre le groupe Sonelgaz et le groupe américain General Electric (GE) pour un  partenariat un complexe industriel de fabrication de turbines à gaz en Algérie pour un investissement de 200 millions de dollars. Cette société, qui sera détenue à 51% par Sonelgaz et 49% par GE, produira à partir de 2017 entre six à dix turbines à gaz par an, soit une capacité de 2.000 MW, dont une partie pourrait être exportée. Par ailleurs, GE a remporté un marché de fournitures de turbines à gaz et à vapeur d’une capacité de 8.400 MW pour un montant de 2,2 milliards de dollars, destiné à équiper les six centrales électriques que l’Algérie prévoit de construire d’ici à 2017. Le Produit intérieur brut nominal de l’Algérie (PIB) devrait s’établir à 166 milliards de dollars (mds usd) en 2016 contre 172,3 mds usd en 2015, selon les prévisions du FMI pour une population dépassant 40 millions d’habitants.  Concernant la balance commerciale  entre l’Algérie et le reste du monde, pour 2015, les  hydrocarbures ont représenté l’essentiel de nos exportations à l’étranger avec une part de 94,54% du volume global des exportations, et une diminution de 40,76% par rapport à l’année 2014. Les exportations « hors hydrocarbures », qui restent toujours marginales, avec seulement 5,46% du volume global des exportations soit l’équivalent de 2,06 milliards de Dollars US, ont enregistré une diminution de 20,1% par rapport à l’année 2014. Les groupes de produits exportés en dehors des hydrocarbures sont constitués essentiellement par des demi-produits qui représentent une part de 4,48% du volume global des exportations soit l’équivalent de 1,69 milliard de Dollars US, des biens alimentaires avec une part de 0,62% , soit 234 millions de Dollars US, des produits bruts avec une part de 0,28%, soit en valeur absolue de 106 millions de Dollars US et enfin des biens d’équipements industriels et des biens de consommation non alimentaires avec les parts respectives de 0,05% et 0,03%. Comme client en 2015 les Etats  Unis représentent 1,977 milliards de dollars une baisse de 59,04% par rapport à 2014 et comme fournisseur 2,710 milliards de dollars soit une baisse par rapport à 2014 de 5,48%.Alors qu’en 2012, les exportations algériennes vers les USA en 2012 (source douanes algériennes),  ont été estimées  de  10,778 milliards de dollars et pour les  importations de 1,651 milliard de dollars.

 2.- Les Etats-Unis, futur concurrent énergétique de l’Algérie ?
La sécurité énergétique constitue le poumon de la stratégie tant économique que militaire des USA. Les USA importaient entre 2011/2012 près de 20% de leurs besoins en énergie principalement du Mexique du Venezuela, des pays du Golfe, de certains pays d’Afrique dont le Nigeria et l’Algérie. Quel a été  donc l’impact du rebond récent de la production américaine de pétrole et de gaz, menée par des essors technologiques qui ont permis  d'extraire ces ressources non-conventionnelles, et pour les  États-Unis de réduire leurs importations de pétrole et de gaz  et  récemment en 2016  de devenir exportateur vers l’Europe? Le développement des ressources non conventionnelles aux Etats-Unis, gaz et huile de schiste, ont un impact majeur sur les prix. Au vu de ces pronostics, le pays devrait donc accéder au Graal de l’indépendance énergétique d’ici 2020. L’autosuffisance énergétique annoncée de la première puissance mondiale aura sans nul doute des conséquences géopolitiques. En premier lieu, la politique américaine au Proche et Moyen-Orient subira probablement quelques infléchissements stratégiques dans la mesure où le facteur «dépendance énergétique» ou plus précisément, «sécurisation des accès et de l’approvisionnement en énergie» deviendra moins sensible. Cela entraînera une redéfinition des objectifs nationaux américains, où les Etats-Unis, qui étaient les plus grands importateurs de pétrole au monde, n’avaient pas hésité à déclencher ou favoriser des guerres ou conflits en Afrique, au Proche et Moyen-Orient ou en Amérique Latine, dans le but de sécuriser leur approvisionnement en énergie. Désormais bientôt autosuffisants, leur interventionnisme dans ces régions se fera en fonction de nouvelles considérations et notamment de celle liée à l’influence grandissante de la Chine. Cette nouvelle donne ne peut qu’entraîner de profonds bouleversements géostratégiques tant politiques qu’économiques notamment sur l’économie algérienne. Le développement des gaz non conventionnels en Amérique du Nord a fermé ce marché aux exportations algériennes et pesé sur les cours (marchés spot), ce qui pose la question de la rentabilité des exportations de GNL. Le «prix rentable» du MBTU, l’unité de mesure de l’industrie gazière, serait pour la Sonatrach de 9 à 10 dollars pour le gazoduc et de 13 à 14 pour le GNL. L’Algérie qui a des unités de GNL de moyennes dimensions avec des coûts relativement élevés par rapport à ses concurrents, nécessitant d’importants coûts de transport pourra-t-elle concurrencer pour approvisionner l’Asie, la Russie, l’Iran et le Qatar ?

  3.- Relations politiques et sécuritaires entre les Etats-Unis et l’Algérie
 Deux  rapports, l'un du FBI et l'autre  du Forum économique mondial (WEF)  révèlent  que fortement secoués par des crises politiques à répétition, les pays d'Afrique du Nord, dont fait partie l'Algérie, est une source d'inquiétude pour le monde. En effet, la guerre en Syrie, en Irak, en Libye, les tensions dans certains pays d’Afrique subsaharienne  et ce, à travers la polarisation des sociétés  figurent en tête des préoccupations des décideurs mondiaux. Les relations entre l’Algérie et les Etats-Unis rentrent dans le cadre de ces préoccupations. Elles ont pris une telle intensité que les dirigeants des deux pays ont décidé de les structurer dans un cadre formalisé et de conférer un caractère régulier aux concertations bilatérales, pour une meilleure organisation et visibilité des rapports entre les deux pays. C’est dans cet objectif que le dialogue stratégique Algérie-USA a été établi et dont la première réunion s’était tenue en octobre 2012 à Washington, après la 5ème session du dialogue militaire conjoint algéro-américain. Les Etats-Unis considèrent ce Dialogue stratégique comme "le fondement" sur lequel les Etats-Unis et l’Algérie ambitionnent le renforcement de leurs relations futures dans les domaines politique, économique, culturel, scientifique et sécuritaire. Ce rapprochement entre l’Algérie et les Etats-Unis se traduit donc par la convergence de vues sur des dossiers d’intérêt régional et international. Les USA reconnaissent que l’Algérie est la puissance militaire et économique dominante dans la région du Maghreb. Elle représente un partenaire-clé des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, selon un document composé de 6 chapitres du service de recherche  en sécurité du Congrès américain qui traitent essentiellement la question du gouvernement et de la politique en Algérie. Abordant les relations entre l’Algérie et les Etats-Unis, le rapport  que l’Algérie est un pays de plus en plus important dans les efforts américains pour lutter contre le terrorisme international et représente un partenaire-clé dans la lutte contre les groupes liés au terrorisme. Mais n’oublions jamais que les USA ont une stratégie planétaire qui ne se différencie pas fondamentalement de celle de l’Europe (existant certaines divergences tactiques) avec pour fondement ses intérêts économiques et insistent sur l’intégration du Maghreb, sous segment du continent Afrique dont le contrôle économique à travers les rivalités notamment de la Chine constituera un enjeu majeur du XXIe siècle. L’Algérie doit jouer à l’avenir un rôle plus actif pas seulement diplomatique mais surtout économique, facteur déterminant, en investissant en Afrique où elle a des avantages comparatifs. Les récents événements en Egypte, en Libye, au Mali, au Sahel, en Syrie (les importantes découvertes pétrole et surtout gaz en méditerranée expliquant les divergences USA-Russie) et la sécurité d’Israël à laquelle les USA accordent une importance stratégique préfigurent d’importantes recompositions géostratégiques au niveau de la région avec certainement un apaisement des tensions, avec l’Iran grand producteur pétrolier et deuxième réservoir mondial  de gaz naturel. Les USA entendent jouer un rôle majeur dans cette reconfiguration et l’Algérie, sous réserve d’une meilleure gouvernance et plus de réalisme dans les nouvelles relations internationales, est un acteur incontournable pour la stabilisation de la région. Bon nombre de projets en commun, permettant le transfert du savoir faire technologique et managérial, en dehors des hydrocarbures brut et semi brut peuvent être initiés entre l’Algérie et les USA comme facteur de stabilisation. Mais soyons réaliste en ce XXIe siècle, la puissance d’une Nation n’a jamais été fonction d’une rente éphémère mais se mesure au poids de son économie productive fonction d’une planification stratégique tenant compte de la mondialisation, processus non encore achevé et d’une nouvelle donne la protection de l’environnement. Cela pose la problématique de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures face à la nouvelle révolution économique qui s’annonce entre 2020/2040, loin de l’actuelle politique industrielle algérienne déconnectée des  réalités mondiales, elle même tributaire d’une bonne gouvernance et de la transition énergétique prenant en compte la forte consommation intérieure, (risquant d’atteindre horizon 2025/2030, le même niveau que les exportations actuelles) reposant sur l’entreprise et son fondement le savoir.
 Professeur des Universités,  membre de plusieurs organisations internationales, Dr Abderrahmane Mebtoul , ancien émigré ayant effectué ses études primaires, secondaires, et une fraction du supérieur à Lille ( France),  auteur de 20 ouvrages et  plus de  500 contributions locales et internationales notamment sur les relations internationales (plusieurs contributions internationales  sur    les enjeux stratégiques et  énergétiques)  -  Expert international en management stratégique – Docteur d’Etat en gestion (1974)- Expert Comptable (1973)  -Directeur d’Etudes au Ministère de l’Energie/Sonatrach 1974/1979 - 1990/1995 - 2000/2007 ( ayant dirigé plusieurs audits sur Sonatrach) -  Ancien magistrat - Premier conseiller- Directeur général  des Etudes Economiques à la Cour des comptes (1980/1983) -  Président du Conseil algérien des privatisations - Rang Ministre Délégué (1996/1999) – Directeur d’Etudes au cabinet de la sûreté nationale - DGSN - (1997/1998) Expert au Conseil Economique et Social (1996/2008) - Expert  à la présidence de la république 2007/2008, expert indépendant auprès du premier ministre de 2013 à ce jour . De 1974 à 2016, il est  consulté par les différents gouvernements successifs algériens sur différents dossiers économiques.

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mardi 8 Novembre 2016 - 17:10
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