REFLEXION

ECLAIRAGE DE LA RN 11 : Le tronçon relevant d’Oran ‘’non concerné’’ : pourquoi ?

L’éclairage public des routes, la nuit, est un sujet controversé. Les installations électriques, leur exploitation et leur maintenance coûtent aux contribuables. Les dépenses publiques engagées dans ce cadre gagnent à être dûment justifiées. Sur plusieurs routes, l’éclairage s’est imposé au motif que son utilité est une chose avérée. L’on évoque surtout la sécurité routière. Un argument qui ne fait pas l’unanimité. Pour la Direction des Travaux Publics (DTP) - Oran, par exemple, pas de projet d’éclairage en vue pour le tronçon de la RN 11 situé entre Oran et El-Mactaâ. Pour « des raisons évidentes ». Les explications….



C’est un cadre technique relevant de cette Direction qui le dit. Les 50 kms de la route nationale N11, se trouvant sur le territoire de la wilaya,  ne sont pas prévus pour être éclairés sur toute la longueur du tronçon  et les raisons sont évidentes : rien ne plaide pour l’éclairage d’une route, quelque soit son importance,  à part à certains endroits, considérés comme critiques, pour améliorer la sécurité routière. Et de citer les endroits, éligibles à ses yeux, à l’éclairage public : les carrefours routiers, les trémies, les tunnels, les échangeurs routiers et les entrées d’agglomérations. Selon lui,  en dehors de ces points sensibles pour  la circulation routière, l’éclairage d’une route,  en  rase campagne précisément, devient une dépense  difficilement justifiable, sur tous les plans…

Sur le plan réglementaire
Sur le plan réglementaire, à bien comprendre notre interlocuteur de la DTP, rien n’oblige les collectivités locales en matière d’éclairage public de manière générale. Après une longue recherche, impossible de trouver un texte qui oblige explicitement à éclairer les routes sur toutes leurs longueurs. La question est posée à des juristes, histoire de dissiper tout éventuel doute. C’est la même conclusion. Ils disent tous ne pas avoir connaissance d’un texte explicite en la matière. L’absence de texte explicite donne à comprendre, d’après  ces juristes, que la législation laisse la liberté aux collectivités locales de juger par elles-mêmes où mettre et où ne pas mettre d’éclairage public, selon la finalité recherchée et les retours escomptés.

Sur le plan utilité publique et/ ou économique
Sur ce plan,  beaucoup d’acteurs concernés de près ou de loin par la question de l’éclairage des routes et même les simples citoyens,  aussi bien à  Oran qu’à Mostaganem,   évoquent la sécurité routière comme argument suffisant justifiant cet éclairage. Sans nul doute, la sécurité routière est effectivement une utilité à la fois publique et économique. Publique pour être destinée à préserver  le citoyen usager de la route des accidents de la route. Economique, car les accidents de la route engendrent un coût considérable pour l’économie de la collectivité nationale. Il reste cependant à savoir  si l’éclairage  réduit réellement et dans des proportions significatives  les accidents de la route. Pour notre cadre technique de la DTP, il faut d’abord disposer de statistiques fiables sur les accidents corrélées à l’absence/présence de l’éclairage public des routes en rase campagne. Des statistiques nationales de ce genre, il dit qu’il ne les a jamais vues. Toujours selon lui, en l’absence de pareilles statistiques, il devient impossible  de se prononcer de manière rationnelle et convaincante sur l’utilité publique et/ou économique d’un projet d’éclairage sur des kilomètres de route. Au terme de notre discussion, il  persiste et signe : « question sécurité routière,  la signalisation routière, horizontale et verticale, vaut jour et nuit et est largement suffisante».
Sur le site Internet de la Gendarmerie Nationale :
(http://www.mdn.dz/site_cgn/index.php?L=fr#undefined), dans le volet « Sécurité Routière », on ne trouve aucune mention qui dit  explicitement que  l’absence  d’éclairage public compte parmi les causes des accidents de la route. En matière de statistiques, sur ce même site,  l’on fait savoir que le  bilan des accidents  constatés durant les dix (10) premiers mois de l'année 2017, sur le territoire national, fait ressortir ce qui suit. Causes liées aux conducteurs : 86%, causes liées aux piétons : 6,78%, causes liées à l’état des véhicules : 4,58%, causes liées à l’environnement et l’état des routes : 2,64%.

Sur le plan environnemental
Un éclairage sur des kilomètres de route, à longueur d’année, ne représente pas seulement un poids sur les finances publiques. Il ne fait aucun doute, c’est aussi des kilogrammes de CO2 lâchés dans l’atmosphère. Soit une autre raison , non négligeable,  qui va dans le sens de  l’avis du cadre de la DTP,  et qui rend l’ éclairage public, en tant que source de pollution et de réchauffement climatique, une question à considérer avec rigueur et avec tous les soins possibles. Des études vont encore plus loin, et pointent du doigt un autre aspect destructeur pour la faune et la flore : la pollution lumineuse. Celle-ci est considérée comme ayant des conséquences inquiétantes sur la santé et la biodiversité. « Déboussolés par cette modification du cycle de la lumière, certains oiseaux migrateurs diffèrent leur migration, les pollinisateurs nocturnes, papillons ou coléoptères, ne jouent plus leur rôle, les espèces nocturnes ne peuvent plus se déplacer ou se nourrir dans ces zones trop éclairées... Même les végétaux se trouvent affectés, car cette lumière peut inhiber leur dormance qui leur permet de survivre aux rigueurs de l'hiver », soutiennent ces études.

L’expérience sous d’autres cieux
Même en Europe, l’éclairage public des routes est  sujet à controverse. Une controverse qui sent fortement et de manière claire  l’odeur de l’argent et le conflit d’intérêt entre la chose publique et la chose privée. Mais sous ces cieux, l’on fait parler des  statistiques corrélées à l’absence/présence d’éclairage sur les routes,  et chaque camp se targue d’avoir les chiffres les plus fiables et les plus parlants. Pour le camp des défenseurs de la gestion rationnelle de l’argent public et de l’environnement, l’argument de la sécurité routière est un argument fallacieux. Pour eux,  les statistiques parlent d’elles-mêmes. Elles ne prouvent aucune amélioration quant à cet aspect. Ils disent que c’est tout le contraire. Ils pensent que l’éclairage rend les conducteurs moins vigilants, et l’ambiance éclairée les encourage même à faire dans l’excès de vitesse.
Le camp adverse, chiffres à l’appui aussi, soutient le contraire et trouve dans l’éclairage public des routes des bienfaits indiscutables sur le plan de la sécurité routière. Un membre de ce camp se présente comme étant une entité  « spécialisée dans la conception et la réalisation de solutions d’éclairage ». Sa   défense de l’éclairage public des routes se passe de tout commentaire…Pour que les deux camps trouvent leurs comptes et se calment, une solution a été trouvée….

L’éclairage public intelligent
 C’est la solution de « l’éclairage public intelligent ». Explicitement, d’accord pour l’éclairage le long des routes mais  à condition de le gérer intelligemment  au moyen d’automates. Ces derniers observent en permanence la route dans toute sa longueur et l’illuminent selon le besoin, par tronçons et au lampadaire près, en tenant compte de la densité du trafic, de l’heure de la nuit et de la saison de l’année. Cette solution intelligente médiane est à méditer chez nous par les adeptes de l’éclairage des routes coûte que coûte….

 

Mokhtar Aicha
Mercredi 18 Avril 2018 - 18:07
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