REFLEXION

Douar Ouled Si Yousef (Mostaganem) : Survivre ou disparaitre..!

Le douar d’Ouled Si Yousef parait avoir opté pour l’un des plus durs crédos de l’existence, celui de survivre ou de disparaitre à jamais de la carte de géographie. Beaucoup de ses habitants l’ont carrément quitté et ont fui vers d’autres douars plus cléments, ses derniers survivants se battent quotidiennement contre la mal vie qui règne en maitresse du lieu car la satisfaction du moindre besoin a fini par nécessiter tant d’efforts et de dépenses, et vivre est devenu impossible en ce lieu de la mort lente… !



Douar Ouled Si Yousef (Mostaganem) : Survivre ou disparaitre..!
Ouled Si Yousef semble être un de ces douars qui tendent   à s’engouffrer au fond d’une  misère sociale  s’accentuant au fil des ans. Depuis l’indépendance à ce jour, ce hameau distant  de 4 kilomètres du chef-lieu de la commune de Sidi Bellatar parait n’avoir bénéficié d’aucun plan de développement socio-économique ; son statut de bourg  s’est dégradé davantage et a poussé certains de ses  habitants à le fuir après des années d’attente de l’amélioration du cadre de vie. Les conditions d’existence  sont plus que défavorables, tout semble manquer en ce désert où la vie a décidé de faire une halte ; la survie a pris sa relève et semble être l’unique choix proposé aux derniers « résistants » qui combattent  quotidiennement pour s’assurer un  semblant de vie trop dure   à endurer… ! .
Un douar retranché du monde…. !
Les malheureux citoyens trouvent assez de mal à joindre les deux bouts d’un sort qui s’acharne à les malmener d’un manque à l’autre,  le moindre besoin est devenu une des taches les plus ardues à réaliser. A titre d’information, l’approvisionnement régulier en produits alimentaires  revient trop cher pour les citoyens, il nécessite un long déplacement de bonne heure vers le chef-lieu, mais surtout  le déboursement d’une facture supplémentaire et salée, allant de 150 à 200 dinars pour chaque  ravitaillement effectué. Quant aux bouteilles de gaz  si utiles à tant de besoins  domestiques, elles demeurent excessivement  couteuses, de par les frais de transport qui s’élèvent également à deux centaines de dinars. Les défavorisés du douar, qui  se comptent par dizaines et composent le gros lot de la population, sont contraints à la marche d’un trajet presque quotidien de 8000 mètres pour se ravitailler et surtout se rendre au travail au sein de divers chantiers  de construction de bâtiments, lancés par le privé, activant  au sein du village et à travers les communes voisines. Les cultures vivrières pratiquées au douar ne rapportent plus et ont tendance à disparaitre, de par les prix excessifs des semences, et le manque d’eau pour l’irrigation.                                     
Une seule piste dessert le douar depuis une semaine…. !
Finalement, le douar d’Ouled Si Youcef vient de se faire rattacher à la commune de Sidi Bellatar, grâce à l’ouverture d’une piste réalisée depuis juste une semaine par les services forestiers. Cette piste reste l’unique chemin qui passe par le douar et vient de les relier après presque 50 ans aux chemins communaux  qui n’ont jamais pu le joindre et ont préféré l’isoler et demeurés éloignés à des centaines de mètres  du lieu. Malheureusement, cette « brèche d’espoir » qui permet à présent et juste aux  ânes du douar de l’emprunter en souffrant moins des charges qu’ils portent et d’être soulagés des difficultés du relief dangereux des sentiers qu’ils étaient obligés de suivre durant des années, est toujours dans un état impraticable et inaccessible aux véhicules. L’isolement du lieu n’a pas pu prendre fin avec cette piste ,il tend à l’être davantage pour de longs mois encore, selon l’avis de l’un des citoyens, M.L.M qui vient de grimper la pente, chargé d’un sac de provisions, porté par l’une de ses mains, et d’un sac de semoule d’une dizaine de kilogrammes sur son épaule. Essoufflé,  il se joint à nous, s’assied pour mieux reprendre son souffle, il hèle ses enfants pour venir porter le lourd fardeau qu’il portait. Ayant su le but de ma présence ,ce dernier me déclare de mentionner  que les clandestins chargés d’assurer la navette entre le douar et le chef ,sont devenus de véritables sangsues qui se sucrent sur le dos des citoyens en fixant à présent le prix selon la charge et n’hésitent point à faire descendre les malheureux clients « chargés à bout » à presque un kilomètre du douar malgré la présence de la nouvelle piste. Ils soulèvent l’impraticabilité de cette dernière mais surtout la présence de la pente assez élevée qui risque d’esquinter à jamais les véhicules de par la présence de tant de fentes, de crevasses et de cailloux  au sein de  la piste. Cette dramatique situation perdure depuis si longtemps et pénalise énormément des citoyens désemparés et livrés à un calvaire des plus pénibles à supporter quotidiennement.
Une scolarité perturbée de jour en jour… !
Les rares élèves qui continuent de fréquenter les classes ,le font juste pour ne plus courir derrière les quelques chèvres et brebis qui se gardent encore à tour de rôle au douar à travers ses vallées en leur qualité de garçons ou se cloitrer entre les 04 murs pour apprendre et prendre les taches ménagères et surtout pour se conformer au futur statut de jeune épouse  pour les tristes filles qui n’ont aucune autre alternative. Cette vingtaine  de braves  écoliers des deux sexes, qui tient à fuir le triste sort qui les attend en cas d’échec, affronte quotidiennement dès 06 heures du matin le long chemin qui les mène à l’école, hiver comme été. Bravant la peur et se tenant par les mains, ces derniers empruntent sous le noir  sévissant encore à 06 heures en ces jours d’hiver,  un raccourci passant par un massif forestier, parcourent le long trajet de 04 kilomètres en presque deux heures. Souvent, ils parviennent aux lieux d’études avec quelques minutes, ils se font chasser de l’école sans la moindre pitié et souvent encore, ils reviennent au douar chercher un parent pour justifier le retard pour se faire admettre au cours. Malheureusement ,les jours de scolarité de cette catégorie d’élèves se ressemblent  trop les uns aux autres avec beaucoup de jours d’absence pour des raisons de fortes pluies ayant isolé davantage le douar et énormément de retard au cours .Selon l’avis d’un directeur de l’une des écoles primaires de la commune, une telle scolarité marquée par un tel déséquilibre en volume horaire  ne peut offrir que de médiocres résultats scolaires à ces élèves qui finiront par se faire exclure, et ne pourront jamais poursuivre assez longtemps les études. Quant au ramassage scolaire, il ne s’est jamais rendu au douar pour soulager les élèves de cette marche quotidienne, que les écoliers de la 1ere année ont tant de mal à accomplir, les filles sont souvent contraintes d’attendre les garçons pour les accompagner au cours du déplacement. Karima, 10 ans, ne va presque jamais seule à l’école, elle attend toujours le passage des autres élèves pour s’en aller, elle a peur surtout en traversant les bois en ces sombres jours de l’hiver… !
Des ordures cernent de partout le douar…. !
Aucun coin du douar n’a pu être épargné par le jet des ordures ménagères et beaucoup d’autres d’origine animale, elles ont  fini par cerner le douar de partout. Certains dépotoirs existent depuis plusieurs années et se sont transformés déjà  en immenses monticules où certaines herbes ont pris naissance, d’autres ont fermé carrément les accès entre les demeures. Ces multiples décharges sauvages empestent le douar, des odeurs nauséabondes se dégagent et rendent l’air irrespirable, elles  l’exposent également à une forte invasion par les rats de campagne qui hantent de jour comme de nuit. Ces rongeurs ne quittent plus les lieux, n’hésitent plus à envahir de temps à autre les foyers proches de ces dépôts d’ordures. Selon le citoyen, M. K.M , habitant à quelques mètres de l’un de ces « monts d’ordures »,sa femme a été victime d’une sale morsure par l’une de ces bestioles en plein jour. Le rat en question, s’est introduit à la cour de la maison à la recherche  de nourriture, l’épouse effrayée  accourra vers lui pour l’empêcher de se glisser au sein des pièces, mais ce dernier s’est retourné violemment contre elle en la mordant au pied. Elle ne du  son salut qu’en lançant de toutes ses forces sur la bête, une pioche qui se trouvait à  sa gauche. Souffrant d’une plaie à l’orteil,  il dut l’évacuer vers le centre de santé du chef-lieu où elle a reçu des soins et a du subir une vaccination anti rabique qui a duré plus d’une quinzaine de jours, ainsi que des soins quotidiens et d’autres piqures. La dame n’a pu retrouver sa pleine forme que péniblement et après une convalescence de presque 06 mois. Aucune mesure d’évacuation  vers la décharge publique de la commune où toute autre forme d’incinération de ces ordures n’a pu voir le jour, le douar  continue de se noyer  sous le poids de tonnes d’immondices et de saletés  d’origines diverses exposant les habitants inconscients aux pires  maladies qui les guettent de jour en jour…. 
Des maisons en ruines et des logements ruraux vides…. !
Les maisons composant le douar sont presque toutes des habitations conçues traditionnellement, quelques unes par manque de réaménagement, ont fini par tomber en ruines, celles qui tiennent le coup et restent encore « debout »  deviennent des « passoires » dès la chute des premières gouttes de pluies. La date de construction de certaines de ces maisons remonte à l’époque coloniale, elles ont plus d’une soixantaine d’années d’existence, elles ont été construites à l’aide de pierres, de terre et d’argile. Quelques unes viennent de s’effondrer de bout en bout, et ont vu  leurs occupants les quitter définitivement et partir vers d’autres  douars où la vie est plus clémente et les élus assez soucieux des conditions de vie des citoyens. Les maisons qui demeurent encore, sont des habitations dont les murs n’ont pas encore cédés mais dont les toitures sont totalement délabrées et fuitent de coin en coin, elles contraignent souvent les familles occupantes à veiller par ces nuits de fortes pluies. L’un des citoyens, M.A.D, m’explique qu’aucune des 03 pièces de la maison qu’il occupe avec sa famille de 08 membres , n’a pu être épargnée par les fuites des eaux de pluies, il est condamné à maintenir en veille toute la famille en attendant la cessation de la pluie. En contrebas du douar, une dizaine de logements ruraux demeurant inoccupés et dont certains sont utilisés en qualité de grange pour les bottes de foin, attire fortement l’attention et pousse au questionnement sur l’inutilisation de ces derniers à titre d’habitation. Finalement, ces logements ruraux désespérément vides ont été construits en 2004  pour les gens du douar, mais malheureusement ces derniers continuent de les fuir à cause de l’absence de l’énergie électrique et de l’eau ; ces logements ne bénéficient pas encore de l’électrification des lieux et du réseau de l’adduction de l’eau potable. Ayant longuement attendu l’eau qui ne coule pas au sein de ces logements ruraux qui ont été oubliés à ce jour d’être éclairés, leurs bénéficiaires les « boycottent » en préférant la misère de leurs « trous à rats » éclairés et où l’eau les visite une fois au bout d’une semaine… !
Un vieux « usé » et un figuier de barbarie « fatigué »
Le vieux, Hadj Miloud, âgé de 76 ans, parait être l’unique citoyen du douar à le hanter pendant le jour  en ce jeudi, dernier jour de semaine ,il vient toujours se mettre à l’ombre de l’unique figuier de barbarie du douar qui a dépassé la cinquantaine  d’années  et qui ne donne plus de fruits mais offre toujours de l’ombre à  ceux qui le cherchent. Questionné sur l’absence des citoyens au sein du douar, le vieux usé par l’âge qui l’oblige à se fléchir et à ressentir assez de douleur pour se relever, me répond que certains se cachent chez eux, d’autres sont aux champs, et les plus chanceux au village à vadrouiller de coin en coin pour « un bout de pain » que d’autres rejettent par dizaine de baguettes au sein des poubelles. Il se désole que le figuier de barbarie ne donne plus de fruits depuis une dizaine d’années ,il pense qu’une malédiction l’a frappé de plein fouet, il continue de dire également, que le douar se dépeuple d’année en année, les gens se sont lassées d’attendre le transport public qui fait toujours défaut, la route qui s’arrête au bas du douar ,l’éclairage public dont les rares lampes ont été grillées et omises d’être changées, la rareté de l’eau qui ne vient qu’une fois par semaine, les tonnes d’ordures qui occupent le douar depuis tant d’années et tant de bonnes choses qui manquent cruellement et ont fini par pousser une dizaine de familles à s’exiler vers d’autres communes au lieu de rester mourir à petit feu au sein de ce douar qui semble être condamné à un oubli définitif…. !  

Mohamed El Amine
Lundi 26 Décembre 2011 - 20:48
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1.Posté par ahmed medjdoub le 13/05/2012 10:00
Ik heb vroeger daar gewoent wat u schrijvt dat is heel maal waar
J'avais l'habitude de vivre là ce que vous écrivez est tout à fait vrai






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