REFLEXION

Concours et jeux surtaxés, ces SMS qui nous pourrissent la vie…

En février 2010, l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT) avait sommé les trois opérateurs de la téléphonie mobile (Djezzy, Mobilis et Ooredoo) de renoncer à tous les jeux et concours par SMS. Dans une correspondance adressée à ces opérateurs, l’ARPT avait souligné que le Pari Sportif Algérien (PSA) détenait exclusivement le droit de pratiquer ce genre de concours.



Les réseaux de téléphonie mobile sont devenus ces derniers temps un moyen facile de gain de grosses sommes d’argent par des parties occultes par le biais de jeux de hasard. Les abonnés reçoivent fréquemment des SMS les invitant à envoyer des mots à certains numéros avec la promesse de gagner des voitures ou des sommes d’argent. Les citoyens, par crédulité ou par simple désir d’améliorer leurs conditions de vie par hasard et naïveté, sont souvent pris au piège. Ces boîtes occultes demandent même aux abonnées leurs informations personnelles, prétextant qu’elles sont indispensables lors du tirage au sort. Et puis, on ne se contente pas d’un seul envoi, mais on verse plutôt dans une logique d’harcèlement permanent des abonnés de la téléphonie mobile. On commence d’abord par annoncer le concours par des SMS du genre : « Vous voulez gagner une voiture…ou ….DA ? Envoyez…au numéro… ». La série d’envoi s’installe alors dans la durée, sachant que le coût du SMS varie entre 50 et 80 dinars. Il semble que l’opérateur Djezzy soit le plus ciblé par les arnaqueurs, au vu de l’importance du parc de ses abonnés estimés à plus de 15 millions. La plus récente des arnaques provient d’une boîte qui affiche le numéro 66012 et promet aux Algériens de gagner des voitures de type Audi A3 et plus de 100 millions de centimes. Et une pression exacerbée est exercée sur les abonnés de cet opérateur. « Urgent ! Le concours touche à sa fin. Le score de (nom et prénom de la personne) propriétaire du numéro… le favorise pour gagner. Envoie S au 66012 et explose vite ton score ». « Le triage au sort pour gagner Audi A3 sera effectué le…, Vite envoyez… au 66012 ».
Face à cet acharnement, plusieurs citoyens croient qu’il leur est possible de posséder un véhicule dont ils ont longtemps rêvé, mais ils ne font, en réalité, que gaspiller leur argent. Les témoignages des victimes ne manquent pas et ils sont unanimes à appeler les autorités compétentes à mettre un terme aux activités des auteurs de ces jeux de hasard. « J’ai perdu au moins 2 000 dinars dans ces jeux. Il est vrai que je rêve d’avoir un véhicule, moi qui suis incapable de la posséder avec mes propres moyens. Et c’est mon épouse qui m’encourage à tenter ma chance. Depuis plus de deux mois, j’envoie tout ce qu’on me demande, sans résultat. Ce qui m’intrigue, c’est que cette boîte organisatrice de concours n’affiche même pas les noms des gagnants. J’ai compris alors qu’il s’agit simplement d’une escroquerie », déplore Hamid, la quarantaine. « Moi, j’ai perdu au total près de 5 000 dinars car je suis déjà amateur des jeux du hasard. En fin de compte, je me suis rendu compte que cet argent est parti en fumée et que je ne gagnerai jamais rien. J’ai renoncé à ce genre de jeux », affirme un autre citoyen.
Appelez vite le… et gagnez… !
Les pratiques préjudiciables ne s’arrêtent pas aux SMS, mais s’étendent aussi aux appels. Des messages sont envoyés aux citoyens les invitant à appeler à certains numéros pour gagner des voitures, meubles, voyages, argent, etc. Et rien ne semble arrêter cette jungle où les crédules parmi les abonnés aux réseaux de la téléphonie mobile continuent de rêver. « Il y a des citoyens qui viennent recharger leurs téléphones trois ou quatre fois par jour. Et parfois, ils participent aux jeux par SMS dans ce local même et redemandent encore à recharger. Je leur donne des conseils que cela ne mène à rien et qu’ils ne font que jeter leur argent par la fenêtre, mais en vain. Ces jeux sont devenus comme une addiction pour certains ! », témoigne Hamid, propriétaire d’un kiosque multiservices au boulevard Colonel Amirouche (Alger-centre). Les appels sont tarifiés à 75 dinars les 30 secondes. On peut alors imaginer les sommes faramineuses dépensées par les crédules qui croient encore à cette pratique malveillante. « Il y a quelques jours, j’ai reçu un SMS m’informant que j’étais sélectionné pour gagner une voiture de grosse cylindrée et me demandant d’appeler à un numéro pour confirmer ma présence à la cérémonie de remise de ce cadeau. J’ai vite acheté une carte de recharge de 2 000 dinars et j’ai appelé. Une femme me répondait, elle m’a demandé mon nom et prénom, adresse, fonction…Ensuite, elle m’a exigé de la rappeler dans 10 minutes. J’ai consommé tout le crédit et elle me donne encore rendez-vous de la rappeler quatre jours plus tard pour qu’elle me précise le lieu de la cérémonie. C’est un cauchemar, j’ai dépensé au total 4 500 dinars, sans résultat », avoue Linda, fonctionnaire dans une administration centrale à Alger. « Je veux engager des procédures judiciaires pour dévoiler ces arnaqueurs, mais un avocat m’en a dissuadé, arguant que je serais appelée à dépenser encore plus d’argent. Il faut que l’Etat intervienne pour sanctionner sévèrement les auteurs de ces escroqueries », se révolte notre interlocutrice. Un fait remarquable ; si les citoyens instruits tombent facilement dans le piège, que peut-on dire sur les autres catégories de la société ? Il y a même des abonnés qui récidivent à tenter leur chance, estimant que 75 ou 80 dinars ne signifie rien pour eux. Et ils ne se rendent pas compte qu’après avoir épuisé une « fortune ». C’est le cas de Kamel, serveur dans un restaurant qui a dépensé en un mois plus que sa paie. « J’ai participé à un concours où on devait envoyer le maximum de messages afin d’accumuler beaucoup de points et gagner une voiture. J’envoie en moyenne deux messages par jour et à chaque fois je reçois des réponses encourageantes m’informant que j’occupe actuellement la tête du classement et que je devais continuer pour battre mes concurrents. Je demandais à chaque fois des avances sur salaires. Et à la fin du mois, lorsque j’ai demandé au patron de me payer, il m’a dit que je lui devais plutôt 1 000 dinars ! », témoigne t-il, sur un ton d’amertume, jurant de ne plus participer à ce genre de concours.

 

Réflexion
Dimanche 10 Juin 2018 - 18:09
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