REFLEXION

Bouguirat, une commune « somnolante »

Bouguirat, siège de daïra, et chef-lieu d’une commune de 37.000 âmes avec ses 28 douars, semble être une ville qui somnole encore et qui n’accorde pas assez d’importance à son développement de par les lenteurs de réalisation de tant de projets de grande envergure, dont l’hôpital qui tarde encore à voir le jour et le complexe sportif encore sous des travaux de finition qui n’ont pas encore pris fin, malgré les milliards de centimes dépensés… !



Bouguirat, une commune « somnolante »
D’Abou El Kirat à Bouguirat
Bouguirat est un des importants centres de la colonisation, créé en 1863 pour mieux exploiter le sol algérien dont les terres agricoles était si riches et mal défrichées, cette bourgade fut annexée à la province de Relizane qui dépendait du département d’Oran de l’époque. Il fallait attendre l’année 1869 pour que le village colonial cesse d’être une annexe de Relizane, il obtient le statut d’une commune à part entière avec le plein exercice de cet exercice. Le réaménagement du territoire, décidé par l’occupant pour les raisons de guerre, rattache la commune en 1958 au département de Mostaganem. Bouguirat tire son nom, selon la version la plus répandue à travers les milieux populaires, de celui d’une personne résidant à la localité exerçant le métier d’artisan en orfèvrerie qui utilisait une balance pour peser l’or en carats et qui se faisait appeler par les gens qui venaient lui vendre de l’or par ce drôle de nom « le père des carats » dont la traduction arabe d’Abou El Kirat, qui a fini en Bouguirat.

Une vocation agricole à promouvoir
Forte d’une superficie de 97 kilomètres carrés dont 80% (soit 800 hectares) demeurent occupés par les terres agricoles qui distinguent le territoire communal et lui offrent la vocation agricole qui lui revient de force et place la commune en tête des communes agricoles de par une importante production en agrumes, surtout l’orange et le citron, qui restent très prisés par les consommateurs de toute la wilaya et en produits maraîchers qui s’écoulent localement mais dont une partie est vendue au marché de gros de Sayada . Le maraîchage tient également la seconde place et occupe d’immenses parcelles, la pomme de terre et le chou fleur se partagent les lieux et se taillent des parts de lion, parmi le reste des cultures. L’introduction du grenadier et de l’olivier au cours des années 2000, commence à offrir de très bons rendements agricoles, la crainte des fellahs portant sur l’inadaptation de ces deux derniers arbres rustiques avec le sol de la commune n’a pu être fondée, elle vient de se dissiper avec la réussite de cet espèce d’arbres à travers les dizaines d’hectares plantés. M.C, un jeune fellah qui s’est spécialisé en arboriculture, est très fier de ses jeunes grenadiers qui viennent de lui offrir une très bonne récolte en leur cinquième année, il compte en planter d’autres en remplacement de quelques vieux figuiers qu’ils comptent déterrer bientôt. Son seul vœu, demeure une bonne assistance technique en face des menaces des maladies parasitaires des arbres fruitiers qui reviennent en force depuis une décennie et qui ravagent de temps à autres des dizaines d’hectares en vergers.

Le logement social, un tableau des plus noirs… !
Finalement, la construction des logements sociaux à Bouguirat ne semble connaître aucun essor depuis une dizaine d’années, seule une centaine de logements sociaux a pu être distribuée et parait être si minime en face d’une demande de ce type de logements qui ne cesse de croître au fil des ans et dont les dossiers de postulants viennent de dépasser largement le chiffre de 1000. Le logement social participatif est mieux étoffé en nombre, sa réalisation est plus satisfaisante et suit un rythme moins alarmant que le logement social. Certains bénéficiaires se plaignent juste de l’absence d’aménagement de ces nouvelles cités urbaines qui attendent depuis longtemps des chemins convenables d’accès, le revêtement des sols encore nus et où l’eau de pluie stagne souvent et inonde les lieux. Quant au logement rural, aucun chiffre n’a pu nous être communiqué au cours du passage à la mairie, il semblerait que les dossiers sont traités au siège de la daïra, mais selon certains fellahs, la construction de logements ruraux connaît un bon taux de réalisation, des dizaines de jolies maisons ont été bâties au sein des 28 douars de la commune, d’autres sont attendues au cours du dernier trimestre de l’année en cours.

Des classes en amiante, et d’autres en surcharge
Le monde de l‘éducation connaît encore certaines anomalies qui tardent à être levées et qui risquent de nuire à la longue à la santé des élèves et au bon fonctionnement du système scolaire. Des classes en amiante subsistent encore à travers certaines écoles dont le collège d’enseignement moyen du « 20 août », il a été avéré que cette substance toxique peut générer à la longue de l’irradiation très nocive à la santé des écoliers, l’existence de telles classes a été révolue à travers d’autres communes, elles ont été détruites et ont été remplacées par des classes en durs, elles paraissent avoir la peau dure à Bouguirat où elles n’inquiètent plus personne à les voir encore exister. La surcharge des classes est également un des plus amers constats que nous avons pu faire, malgré l’existence de plus de 25 établissements, tous cycles confondus. De 40 à 45 élèves se bousculent au sein de certaines classes où l’air se respire difficilement et où l’enseignant semble perdu juste à exiger le silence pour pouvoir poursuivre le cours. Un professeur de langue arabe, M.A, rencontré au seuil du portail de l’école,explique que cette tare que certaines écoles connaissent,reste une des principales causes de la déperdition scolaire qui pousse l’élève à ne point suivre convenablement la leçon et surtout à éviter de demander à l’enseignant des explications. La surcharge des classes nuit au bon déroulement du cours, elle est à l’origine de l’incompréhension de beaucoup d’études qui demeurent mal assimilées par l’élève, selon les déclarations de certains collégiens, qui étaient à l’attente du retour du bus scolaire, parti assurer une de ses multiples « navettes » à travers la zone rurale. Le ramassage scolaire est trop insuffisant, le nombre de 04 cars mis à cet effet, ne parvient plus à répondre aux besoins du déplacement des écoles vers les douars, certains élèves n’ont plus le temps à consacrer à l’étude, ils se lèvent à 6 heures du matin et ne reviennent qu’à 18 heures le soir, et à cette heure là, la nuit est déjà tombée en cette saison hivernale qui s’annonce pluvieuse et sombre… !

Un hôpital qui tarde à voir le jour, et une ambulance en manque !
La couverture sanitaire parait être trop insuffisante en milieu rural, les 03 salles de soins ne parviennent pas à prendre totalement en charge les besoins exprimés en matière de soins de santé par la population rurale. Beaucoup de citoyens de douars se sentent bien obligés de faire tant de kilomètres pour faire une injection ou faire vacciner les enfants, presque 09 hameaux se partagent les offres « limitées » d’une des 03 salles de soins existantes.
En milieu rural, les consultations sont également trop insuffisantes, la fréquence hebdomadaire ne comble guère l’attente des citoyens qui sollicitent des consultations de deux à trois fois par semaine, à l’instar des douars des autres communes. La polyclinique semble également connaître d’autres lacunes, dont le manque de la présence quotidienne d’une ambulance, la présence de médecins spécialistes. L’espoir des « Bouguiratis » reste fondé sur l’inauguration de l’hôpital qui tarde à voir le jour et parait connaître des lenteurs de réalisation des travaux d’extérieur et surtout de son équipement en moyens matériels.

Une jeunesse branchée sur les réseaux sociaux
Décidemment, la jeunesse de Bouguirat n’a pu faire l’exception de ne point être amoureuse de la toile qui fait courir des milliers de jeunes d’un coin à l’autre juste pour se connecter et vivre des heures agréables en « virtuel » , elle demeure branchée sur les réseaux sociaux comme toute la jeunesse d’ailleurs, les cybercafés, la bibliothèque et le centre culturel ne désemplissent point dès l’ouverture de leurs portes, aucun poste câblé sur l’Internet n’est libre et il faut longtemps attendre pour accéder à quelques minutes de connexion. Malgré la disponibilité d’infrastructures sportives dont un super complexe sportif, une piscine, et un stade communal et une salle omnisports, les jeunes ne paraissent point accorder une attention particulière à la pratique du sport, qui semble perdre de son aura d’antan. Aujourd’hui, les jeunes ont tendance à se rallier vers les nouvelles technologies de la communication, dont l’accès à l’Internet qui reste dominant et accapare le plus de temps à cette catégorie qui dispose de comptes à travers les réseaux sociaux et qui ne cesse de multiplier les contacts afin d’échapper à la morosité régnante, selon l’avis de Mourad, 16 ans, un jeune lycéen qui passe plus de 04 heures, les yeux rivés sur le facebook.

L’activité agricole saisonnière, unique alternative d’emploi
De par sa vocation agricole, Bouguirat n’offre que cette activité agricole, dominée par des périodes de pointe où l’intensité du travail saisonnier est assez culminante et nécessite un bon nombre d’ouvriers agricoles. Le travail de la terre reste l’unique alternative d’un emploi à mi –temps, il a fini par créer un marché de l’emploi qui débute de bonne heure (vers 03 heures du matin) en plein centre de la ville ; il se distingue par l’attroupement d’une foule de personnes venue de tous les coins de la région, et même de la wilaya de Relizane,les fellahs de la commune choisissent les éléments les plus dynamiques ,les chargent au bord de camionnettes qui partent pour les champs. Ce travail rapporte de 800 à 1200 dinars la journée, selon la nature du travail à faire, certains ouvriers agricoles exigent une prise en charge totale, dont la restauration et le transport du champ agricole au chef-lieu, et fixent l’horaire qui ne dépasse guère les 04 heures (de 08 heures à midi). Beaucoup de fellahs se disent consternés par de telles exigences et pensent que le travail de la terre finira par disparaître ou finira entre les mains des Chinois, selon un vieux fellah, Hadj Brahim B qui redoute une telle fin à la terre qu’il chérit tant et qu’il ne peut plus travailler vu son âge qui a dépassé les 70 ans. Le commerce demeure également une source non négligeable de revenus, il occupe la seconde place après le travail de la terre au sein du chef-lieu, qui foisonne en magasins d’activités commerciales de tous genres.

Des axes routiers en piteux états… !
L’état des routes et autres chemins communaux semble être frappé par une malédiction dont l’origine est encore inconnue, plusieurs tronçons de dizaines kilomètres sont complètement dégradés et érodés. Certains chemins communaux viennent d’être réaménagés, une quinzaine de kilomètres au sein de quelques douars a été revêtue et est devenue praticable et en bon état. Malheureusement, certaines ruelles du chef-lieu, sont dégradées et nécessitent un nouveau bitumage, comme celle de l’axe routier de presque 2000 mètres allant du siège de la daïra à la cité coopérative d’El Merdja. Les résidents de cette cité se sentent lésés d’être si isolés du reste du monde, une partie de la cité ne dispose ni d’électricité, ni du gaz, ni d’une piste les liant au reste de la ville .D’autres chemins en zone rurale sont érodés par les eaux pluviales qui ont emportés de larges pans de bitume, et qui nécessitent des travaux de réaménagement en urgence en face de la menace des pluies torrentielles qui s’annoncent dans les prochains jours.

Un marché couvert, espoir de tant de fellahs
Des dizaines de fellahs, commercants de produits agricoles et d’autres jeunes s’adonnant également à la vente de denrées d’origine agricole, ont assez de peine à exercer au sein de ces baraques situées aux abords de la ville, qui demeurent à la merci des aléas de la nature, des dizaines ont été détruites par les orages des vents, d’autres ont été exposées aux vols à plusieurs reprises. Selon l’avis de certains commerçants, elles ne se prêtent guère à l’exercice de la vente de légumes et de fruits, de par l’absence d’étals conformes et surtout d’eau et de la moindre règle d’hygiène. Leur unique espoir reste le marché couvert dont les travaux de réalisation tardent également à prendre fin, ils espèrent que les formalités administratives soient des plus souples et des moins bureaucratiques pour l’obtention de stands de vente au sein de ce marché qu’ils attendent depuis tant de temps… !

Mohamed El Amine
Jeudi 3 Novembre 2011 - 11:41
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