REFLEXION

Adrar : Hamza et les poubelles.



Il est un peu plus de 19 heures quand j’aperçois un adolescent casquette vissée sur le crâne, sac en bandoulière et le nez enfoui dans les poubelles à la recherche d’un objet intéressant. Il prend le temps et le soin d’ouvrir et d’éventrer les sacs en plastique censés refermer quelque chose. La s’élection s’opère sur le champ et tout ce qui pourrait rapporter quelques sous est rangé dans le sac prévu à cet effet qui il porte sur son dos et un autre à la main. Sitôt la besogne achevée, notre adolescent extirpe une bouteille d’eau de son sac et se lave les mains car il ne porte pas de gants, il n’en a pas tout simplement. Puis se lève et continue son chemin ou plutôt son inspection des poubelles. C’est à ce moment précis que je l’interpelle. Je m’appelle Hamza, je viens de loin. Je suis originaire de Brezina dans la wilaya d’El Bayadh. Je suis en vacances ou du moins je fais semblant car je suis hébergé chez des proches. Etant petit, je tombe d’une terrasse. L’accident est grave ; fracture des bras, du crâne et mes yeux se sont déplacés de leur orbite. Je dus subir plusieurs interventions afin de retrouver l’usage de mes membres supérieurs ou de mes yeux. Quant à ma tête, la douleur persiste toujours et souvent les maux de tête me font terriblement souffrir. Et sans hésiter, il ôte sa casquette et me montra la cicatrice qu’il porte à la tête. Son diamètre est impressionnant ; plus de 15 cm. Les derniers points de suture viennent d’être enlevés cette semaine. Hamza est à sa cinquième opération. Il doit laisser pousser ses cheveux afin de dissimuler les séquelles encore visibles. Puis Hamza revient à son « Jôb » quotidien. Je commence aux environs de 14 h, mon rayon d’action est bien déterminé et le secteur dans lequel j’opère est tracé et régulier : il va du parti saint Charles à médiouni. Imaginez plus de 10 h de bout ! La fouille des ordures est minutieuse. Parfois elle est fructueuses parfois rien parce que d’autres ramasseurs sont passé par là. C’est fou ce que les gens jettent : n’importe quoi. Heureusement ! parce que sans ça, je crèverai de faim. Une fois la tournée terminée aux alentours de 22 ou 23 heures, je rentre chez ma famille d’accueil. Je n’ose les déranger ; ils m’offrent le gîte c’est déjà beaucoup donc, je me contente d’avaler quelque chose en cours de route. Là, je déballe mon trésor et entame l’opération de nettoyage qui me prend du temps. Mes yeux me brulent, je m’efforce de rester éveillé ! de nouveau, tout est soigneusement rangé pour être vendu le lendemain ; les prix sont fixés et la marge du marchandage aussi. La ville nouvelle ou « Mdina Jdida » est l’endroit de prédilection et de choix. Un véritable paradis où tout se négocie. Rien n’est jeté, tout est récupéré ; là aussi il faut s’installer tôt et attendre et patienter. Hamza fait partie du lot. Il sera là encore demain avant de nous quitter, Hamza, m’apprend qu’il a envie de retourner à Brezina, juste le temps d’amasser la somme de 2000 ou 3000 DA. Puis, il y restera une semaine et reviendra dans la capitale de l’ouest, l’eldorado pour lui et pour beaucoup. Cette année, Hamza a passé une année blanche à cause des allées et venues à l’hôpital et les soins. Il compte reprendre ses cours mais pourvu que ses douleurs cessent.

Ses parents désormais ne peuvent lui offrir le « luxe » de voyager, il le fait tout seul en vrai débrouillard : une manière comme une autre de prendre sa revanche sur le temps. Bon courage Hamza !

M. Cherif
Jeudi 8 Octobre 2009 - 13:57
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