REFLEXION

AFRICAINS QUI ATTENDENT DE PASSER A CEUTA : Les autorités marocaines partent à la chasse des ‘’Noirs’’

Des centaines de migrants ont réussi à franchir au petit matin du 17 février la barrière entourant l'enclave espagnole de Ceuta, sur la côte marocaine. Certains ont été blessés. Depuis le début de l'année, les clandestins affluent dans les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla. La plupart n'iront pas plus loin. Débordées, les autorités appellent à l'aide.



On l’appelle la mujer muerta ("la femme morte"). Cette petite montagne marocaine qui se jette dans la mer juste avant la frontière avec Ceuta a en effet le profil d’une belle endormie. Derrière le sommet, dans une forêt, se cacheraient quelque quarante mille Africains subsahariens, qui, tous, attendent de pouvoir tenter leur chance. Ces dernières semaines, ils ont été nombreux à franchir la clôture grillagée qui, sur plus de 8 kilomètres, ceint l’enclave espagnole. Ou à y arriver par la mer. Pourtant, en cette fin d’après-midi, le silence et la tranquillité dans cette partie nord de la presqu’île, face à la "femme morte", sont absolus.

Maroc : halte au racisme anti-Noirs
Le passage du Tarajal, au sud, est bien plus animé. File de voitures interminable, klaxons, cris… Des chèvres gambadent sur les bas-côtés, tandis que des femmes voilées se dirigent à pied vers la douane. C’est surtout par là que les immigrés clandestins tentent de passer en masse. À côté des postes de police, la barrière terrestre se prolonge de quelques mètres dans la mer. Le 6 février 2014, à cet endroit, quinze Subsahariens ont été la cible des balles en caoutchouc des forces marocaines qu’ils venaient d’échapper et progressaient dans l’eau pour tenter de contourner la barrière. Ils ne savaient pas nager, cela leur a coûté la vie. Depuis, l’utilisation de ces balles a été interdite, ce qui a créé une sorte d’effet d’appel chez les migrants. "Les mafias ont profité de la situation", commente un journaliste local. Ce 6 mars, un mois jour pour jour après le drame, une association étudiante, Pédagogie citoyenne, a organisé une marche en hommage aux victimes. Sur la promenade en bord de mer, à quelques mètres de là, Alessio Marie et Michael progressent en direction du rassemblement. "Certains de ceux qui se sont noyés étaient nos amis", explique le premier, sweat rouge et cheveux hirsutes. Originaire du Cameroun, qu’il a quitté il y a un an, il a fait la connaissance de Michael, un compatriote, au Maroc. Tous deux étaient auparavant passés par le Niger, le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire et le Mali. Ils ont sauté la barrière de Ceuta ensemble il y a cinq jours. Aujourd’hui, Alessio Marie a la main bandée. "Je me suis blessé à cause du grillage et je saignais beaucoup. La Croix-Rouge m’a emmené à l’hôpital, raconte le jeune homme. Le voyage a été extrêmement dur, nous avons passé beaucoup de temps dans la forêt marocaine. Pour les femmes, c’est encore pire, la plupart restent au Maroc, très peu arrivent à Ceuta." Quelques jeunes, logés eux aussi au Ceti (en français: le Centre de séjour temporaire pour immigrés), sont venus à pied jusqu’à la plage du Chorrillo, à la frontière du Tarajal, là où l’on a retrouvé les corps des noyés. Les responsables disposent sur le sable quinze photos. Cinq sont accompagnées d’un point d’interrogation, pour ceux qui n’ont pu être identifiés. "Nous voulons provoquer une prise de conscience, on criminalise trop les immigrés au Maroc, ils sont rejetés", plaide Mohamed Faitah, le porte-parole de l’association. L’ambiance est lourde, l’émotion palpable. Certes, le Ceti est surchargé : il héberge actuellement 566 personnes, alors qu’il ne peut en théorie en accueillir que 512. Mais, les contrôles policiers ont été dernièrement allégés à Ceuta. Et on ne constate chez les locaux que très peu de manifestations de racisme ou de rejet. Il faut dire que plus de 50 % de la population est européenne. "Nous avons plutôt mal vécu le traitement infligé par les Marocains aux clandestins, confirme Mercedes, native de Ceuta. La Croix-Rouge espagnole, dont les bureaux sont à quelques centaines de mètres du port, reflète d’ailleurs bien le multiculturalisme de la ville. Les volontaires sont indifféremment chrétiens, musulmans, juifs, blancs ou noirs." "Pour nous, l’immigration n’est pas un problème. On nous parle de pression migratoire, mais on oublie l’essentiel : ce sont des êtres humains qui cherchent une vie meilleure", s’indigne Germinal Castilló, professeur de français et porte-parole de l’organisation humanitaire. Chaque fois qu’un migrant passe la frontière, la Croix-Rouge est toujours la première à arriver sur le terrain, avec la police. "En descendant de leur canot, ils t’embrassent et te remercient de les avoir sauvés. Chaque cas est une tragédie, impossible de l’oublier."

Aller sans retour
Doucoure est malien. Il a fui la guerre de son pays pour essayer de gagner de l’argent en Europe et aider sa femme et ses trois enfants. Il est arrivé à Ceuta sur un Zodiac avec huit autres passagers. Rencontré sur la plage où il se prend en photo avec son ami Ibrahim, grâce à un portable "donné au Ceti", il affiche un sourire confiant. "J’attends le laissez-passer des autorités pour passer le détroit", explique-t-il. Comme lui, beaucoup sont convaincus que l’Espagne est à portée de main.

 

Ismain
Vendredi 17 Février 2017 - 18:03
Lu 170 fois
ACTUALITÉ
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | Moul Firma






Edition du 19-03-2019.pdf
3.27 Mo - 18/03/2019





Actualites et journaux Afrique





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+