REFLEXION

VISITE DU MINISTRE FRANÇAIS DES AFFAIRES ETRANGERES : Coopération économique et sécurité dans la zone sahélo-saharienne au programme des discussions

M. Laurent Fabius est en visite officielle en Algérie du 8 au 9 juin 2014. Il rencontrera le Président Bouteflika et le Premier Ministre Abdelmalek SELLAL aujourd’hui. Cette visite s’inscrit d’abord dans le cadre du renforcement de la coopération économique.



Dans la pratique des affaires n’existent pas de sentiments, les entrepreneurs étant mus par la seule logique du profit. La mise en œuvre d’affaires saines, profitables à tous, n’est plus comme par le passé des relations personnalisées entre chefs d’État, ayant d’ailleurs favorisé la corruption, mais doit être la résultante de réseaux décentralisés favorisés notamment par l’implication de la société civile, la cohérence et visibilité dans la démarche économique et la stabilité juridique.
 
1.- La coopération économique
 Les échanges  sont  loin des immenses potentialités que recèlent les deux pays, la France perdant  de plus en plus des parts de marché en Algérie notamment au profit de la Chine. Il ne faut pas oublier, dans la pratique des affaires n’existant pas de sentiments, ce qui attire tant la Chine que la France   ce sont les  194 milliards de dollars des réserves de change algériens  sans compter les 173 tonnes d’or. Irons-nous vers des co-partenariats et des co-localisations profitables aux deux pays tel est le problème central. Face aux nouvelles mutations mondiales, la ressource humaine étant stratégique à tout développement, l’Algérie confrontée à la transition vers une économie productive  intimement liée à la transition énergétique,  a besoin surtout  d’une accumulation technologique et managériale. Mais il faut replacer la densité de la coopération algéro-française dans sa véritable dimension.  En effet, en 2012, selon les statistiques douanières françaises, les exportations française (FAB) ont été de 441,657 milliards de dollars de biens (y compris le matériel militaire -non compris les services) et les importations de 508,815 milliards de dollars (CAF) pour un PIB de 2612 milliards de dollars à prix courants (source : Banque Mondiale) et une population de 63 millions d’habitants. Pour l’Algérie avec un PIB de 207 milliards de dollars en 2012 avec une population de 38 millions d’habitants, les exportations ont été de 71,666 milliards de dollars ( 98% d’hydrocarbures) et les importations algériennes de 47,490 milliards de dollars (non compris les services d’environ 12 milliards de dollars). Or, les exportations françaises à destination de l’Algérie en 2012, ont atteint seulement 6,4 milliards d’euros contre 5,8 milliards d’euros en 2011. Les importations françaises en provenance d’Algérie ont enregistré un baisse de -10,8 % à 3,9 milliards d’euros contre 4,4 milliards d’euros en 2011 avec la baisse de -16 % des importations de pétrole, celles de gaz demeurant stables. Hors hydrocarbures, les importations progressent de 39 % à 588 millions d’euros et sont issues pour l’essentiel (75%) de la filière pétrole (produits raffinés). Du point de vue de la balance commerciale, nous avons un excédent commercial au profit de la France de 2,44 milliards d’euros, soit une hausse de 78% par rapport à 2011. En 2012, la France conserve son rang de 1er fournisseur de l’Algérie, mais avec une part de marché qui s’est encore réduite, à 12,8% (contre 15,12% en 2011), tout juste devant la Chine dont la part de marché (12,56%) a progressé de 2,7 points en 2012, grâce à une hausse de 25% des importations algériennes en provenance de ce pays. Mais pour les premiers mois de 2013, selon les chiffres fournis par le CNIS (Centre National de l’Informatique et des Statistiques), c’est désormais la Chine qui est le premier fournisseur de l’Algérie, tandis que la France rétrograde à la seconde place. Selon les statistiques douanières algériennes pour 2013, les cinq principaux clients de l’Algérie étaient l’Espagne (10,33  mds USD), l’Italie (9 mds), la Grande Bretagne (7,19 mds), la France (6,74  mds USD) et enfin les USA avec 5,33 mds USD.  Il est à signaler que les exportations de l’Algérie vers les USA ont chuté de  50,51% en 2013 comparativement à 2012 où l’Algérie a été classée premier  client du pays avec (11,94 mds usd).  En 2013, la Chine avec 6,82 mds devance pour première fois la France qui avait occupé la tête du classement des principaux fournisseurs du pays  pendant des années, La France est  en deuxième position, avec (6,25mds)  suivie de l’Italie (5,64  mds), l’Espagne (5,07 mds) et l’Allemagne (2,86 mds) encore que la France reste le premier investisseur hors hydrocarbures.  La répartition par régions économiques montre que les pays de l’UE restent  toujours les principaux partenaires de l’Algérie, avec 52,11% des importations  et 64,89% des exportations.  Par rapport à 2012, les importations en provenance de l’UE ont connu une  évolution de 8,54%, pour une valeur globale de 28,58 mds USD, alors que les  exportations de l’Algérie vers ces pays ont augmenté de 7,48%, soit 42,77  milliards de dollars US.
 
2. La coopération sécuritaire
 Cette visite fait suite également à celle effectuée récemment par le Ministre de la Défense français courant mai 2014 concernant les aspects sécuritaires. Comme toute grande puissance ayant une vision stratégique et d’importants intérêts en Afrique la visite du Ministre français des Affaires Étrangères abordera le problème de la sécurité dans la  région sahélo-saharienne. Les tensions actuelles au niveau de la région, notamment en Libye et au Mali, risquent  de déstabiliser tant l’Europe via la France que le reste du monde. Cela nécessite des stratégies d’adaptation qui interpellent tant la France que  l’Algérie et plus globalement le Maghreb, les USA  et l’Europe. Objet s d’ailleurs de plusieurs rencontres  auxquelles j’ai eu l’honneur de participer.  La plupart des dirigeants du Maghreb de l’Afrique de l’Europe et des États-Unis d’Amérique s’accordent dorénavant sur la nécessité de coopérer d’avantage face à la menace de l’insécurité et du crime organisé, insistant sur une coopération étroite des pays du Maghreb et du Sahel. L’ensemble de ces rencontres de hauts niveaux ont  mis  l’accent sur l’obligation de mettre en application une stratégie interrégionale qui associe l’ensemble des pays de la zone en plus des partenaires européens –américains  du fait que la région est devenue un espace ouvert pour divers mouvements terroristes et autres groupes qui prospèrent via le trafic d'armes ou la drogue, menaçant la sécurité régionale et par ricochet l’Europe et les USA. Cela rejoint la position des États-Unis d’Amérique, notamment du Directeur du FBI, James Comey qui a affirmé le 14 novembre 2013 devant le Congrès qu’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) constituait une forte menace aux intérêts américains et occidentaux dans la région de l’Afrique du nord et du Sahel. Pour le directeur du Centre Américain du contre-terrorisme, Matthew Olsen, dont les services dépendent du Directeur du renseignement national des États-Unis (DNI), devant la commission sénatoriale que si l’intervention militaire conduite par la France au Mali a permis de chasser « Aqmi » et ses alliés des villes qu’ils contrôlaient auparavant, ces groupes arrivent, cependant, à trouver refuge dans les zones les moins peuplées du nord du Mali et continuent à commettre des attaques de représailles. C’est dans cet objectif que se sont établis des dialogues stratégiques notamment entre les USA/Algérie et Europe/Algérie, la visite  en ce mois de juin  2014 du Ministre des Affaires Étrangères français  et récemment du Ministre de la Défense française rentrant dans ce cadre. Concernant l’Algérie, cela a été formalisé lors de la première réunion qui s’était tenue en octobre 2012 à Washington, après la 5ème session du dialogue militaire conjoint algéro-américain. Les États-Unis considèrent ce Dialogue stratégique comme "le fondement" sur lequel les Etats-Unis et les pays du Maghreb l’Algérie ambitionnent le renforcement de leurs relations futures dans les domaines politique, économique, culturel, scientifique et sécuritaire, notamment de lutter contre le terrorisme international. Il s’agit donc de lever les contraintes du fait que la corruptibilité générale des institutions, pèsent lourdement sur les systèmes chargés de l'application des lois et la justice pénale en général qui ont des difficultés à s’adapter aux nouveaux défis posés par la sophistication des réseaux du crime organisé. La collaboration inter-juridictionnelle est ralentie par l’hétérogénéité des systèmes juridiques notamment en Afrique du Nord et en Afrique noire. De plus, la porosité des frontières aussi bien que la coordination entre un grand nombre d’agences chargées de la sécurité aux frontières posent de grands problèmes. À terme, la stratégie vise à attirer graduellement les utilisateurs du système informel vers le réseau formel et ainsi isoler les éléments criminels pour mieux les cibler tout en diminuant les dommages collatéraux pour les utilisateurs légitimes.
 
3. L’essence du terrorisme
 Cependant la résolution de ce mal, le terrorisme transfrontalier,  implique de s’attaquer à l’essence (un co-développement) et non aux apparences comme le montre une étude du Forum économique mondial – WEF- du 14 novembre 2013 qui révèle que fortement secoués depuis deux ans par des crises politiques à répétition, les pays d'Afrique du Nord, dont fait partie l'Algérie sont à l'aube d'une crise majeure et sont une source d'inquiétude, ces pays traversant une crise morale du fait du manque de valeurs au niveau du leadership. Le fossé entre les riches et les pauvres devient de plus en plus grand et tandis que l’écart de revenus renforce les inégalités en matière de richesse, l’éducation, la santé et la mobilité sociale sont toutes menacées. L’étude met en garde contre les conséquences pernicieuses du chômage : «une génération qui commence sa carrière dans un désespoir complet sera plus enclin aux politiques populistes alors que l’ampleur de la récession mondiale et le rythme du rétablissement ont laissé des cicatrices profondes, spécialement parmi la jeunesse».  Le rapport considère «qu’il y a maintenant un consensus croissant selon lequel la région (MENA, Proche-Orient et Afrique du Nord) est à l’orée d’une période d’incertitude croissance, aux racines ancrées dans la polarisation de la société, la fracture la plus visible est celle entre ceux qui veulent qu’un Islam politique joue un rôle public et ceux qui veulent une séparation de la religion et du gouvernement». La laïcité que certains veulent assimiler faussement à «athée»- alors qu’il s’agit de la séparation de la religion et de la gestion de l’État - reste un sujet qui divise toujours au sein des sociétés arabes et nord-africaines, malgré les déconvenues politiques qu'ont connues les islamistes dans les pays ayant vécu ce que l’on peut être appelé improprement  le «Printemps Arabe».
 En résumé l’Algérie est un acteur incontournable pour la stabilité de la région, sous réserve qu’elle approfondisse l’État de Droit et la démocratisation de la société afin de réaliser un développement durable. Sinon elle risque d’être un facteur de déstabilisation de la région.
 
NB- Références
 (1)-Mokhefi Mansouria et Antil Alain – CNRS/Alpha (27/12/2012) «Le Maghreb et son Sud : vers des liens renouvelés» (2) -Une importante étude sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul est parue en  décembre 2013 à l’Institut français des Relations Internationales- IFRI- (8ème think tank mondial) sur le thème «Le Maghreb face à la sphère informelle» en cinq chapitres – La situation des économies maghrébines – Problématique de la définition de la sphère informelle (liens entre bureaucratie et l’informel) - Le poids de la sphère informelle dans les pays du Maghreb- Les effets indirects du secteur informel (corruption- travail des enfants – drogue) et enfin comment intégrer la sphère informelle au sein de la sphère réelle. Voir également notre étude publiée par l’Institut français des Relations Internationales (IFRI) La coopération Europe/Maghreb face aux mutations géostratégiques mondiales- chapitre III le Maghreb et la sécurité euro-méditerranéenne, du professeur Abderrahmane Mebtoul. avril 2011 (70 pages Paris France). (2)- Deux importants ouvrages coordonnés par le professeur Abderrahmane Mebtoul et le Dr Camille Sari (de la Sorbonne) sont parus en mars 2014 en Algérie aux Édition Maârifa et  fin juin 2014 à Paris aux Éditions Harmattan. – tome 1-traitant des institutions et de la gouvernance (480 pages) et le tome 2 des volets économiques sous différents aspects (500 pages) regroupant pour la première fois -36 experts et professeurs d’université algériens- marocains- tunisiens- mauritaniens et libyens- européens.

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Lundi 9 Juin 2014 - 10:38
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ACTUALITÉ
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