REFLEXION

VISITE DE JEAN PIERRE RAFFARIN EN ALGERIE : Pour une prospérité partagée entre l’Algérie et la France au sein de l’espace euro-méditerranéen et euro-africain

La visite de l’ancien premier ministre français, chargé du suivi de la coopération économique entre l’Algérie et la France, Jean Pierre Raffarin en Algérie le 02 octobre 2013 s’inscrit dans le cadre de la volonté des deux pays à dynamiser les relations économiques par le biais de partenariats interentreprises de type gagnant-gagnant. Aussi, s’agit-il d’inscrire nos actions dans le cadre d’un partenariat afin de rapprocher des intérêts économiques et commerciaux des entreprises des deux rives de la Méditerranée, notamment les partenariats publics et privés soutenu, la formation, le transfert de savoir axé sur les innovations en Algérie.



1.-Constat de la coopération algéro-française
Outre les accords redents, rappelons que quatre accords ont été signés par le passé : le premier, l’Accord algéro-français de partenariat énergétique, vise à renforcer la coopération entre les administrations et les entreprises du secteur des deux pays. Le second Accord constitue un renouvellement du protocole d’accord signé en 2003, entre l’Agence de promotion et de rationalisation de l’énergie (APRUE), côté algérien, et l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), côté français. Deux autres accords de nature commerciale ont été signés entre l’entreprise nationale SONATRACH et Gaz de France par les PDG des deux compagnies. Sur le plan institutionnel, la coopération économique algéro-française s’appuie sur deux accords. D’abord  le Mémorandum de partenariat économique et financier, signé à Alger le 11 décembre 2006. Cet Accord a pour objectif d’accompagner le processus de réformes économiques et financières engagées en Algérie, à travers : des actions d’assistance technique et de formation au bénéfice de cadres issus des administrations économiques et financières algérienne ; la promotion des échanges, des investissements et le développement des filières industrielles (automobile, agroalimentaire et pharmacie).  Le deuxième accord est le Mémorandum algéro-français de coopération financière, signé à Alger le 21 juin 2008, à l’occasion de la visite en Algérie du Premier Ministre français, François Fillon. Cet accord vise à renforcer la coopération institutionnelle et la modernisation des administrations économiques et financières à travers un appui aux administrations fiscale et douanière, à la réforme budgétaire, à l’inspection générale des finances, à la Direction Générale de la Comptabilité, au cadastre, au Commissariat Général à la Planification et à la Prospective et à l’Office National des Statistiques.  Cet Accord a également prévu l’assistance de la partie française à la création en Algérie de deux écoles nationales, des Douanes et du Trésor, ainsi que l’appui à la mise en place d’une école dans les métiers des assurances. Sur le plan de la coopération culturelle, scientifique et technique franco-algérienne, elle s’inscrit dans le cadre de la Convention de partenariat signée en décembre 2007, et du Document Cadre de Partenariat (DCP), qui définissent trois grands axes de coopération : le renforcement du capital humain ; le développement économique et durable et le secteur productif ; la bonne gouvernance, l’Etat de droit, la modernisation du secteur public et le renforcement de la coopération décentralisée. Quel est la valeur des échanges ?  Les 430 entreprises françaises présentes en Algérie emploient plus de 35 000 personnes sans compter les emplois indirects, et 180 PME françaises sont intéressées à investir en Algérie, selon des sources françaises. L’installation d’une usine Renault en Algérie en est un exemple. La France demeure le 1er fournisseur de l’Algérie avec plus de 6 milliards de dollars, et son 4e client avec plus de 4,5 milliards de dollars, selon les chiffres des douanes algériennes pour l’année 2010. Les relations économiques et commerciales ont progressé de manière très rapide depuis 1999. La France reste le premier fournisseur de l’Algérie avec environ   15,7 % de part de marché, les échanges entre la France et l’Algérie ayant plus que triplé en douze ans. L’Algérie est le premier partenaire commercial de la France en Afrique (Maghreb, Egypte comprise, et Afrique sub-saharienne). Si l’on étend les comparaisons au reste du monde, l’Algérie est le troisième marché pour les exportations françaises hors pays de l’OCDE, après la Chine et la Russie. La moitié des exportations sont réalisées par des PME. L’Algérie est un partenaire stratégique en matière d’énergie pour l’Europe (concurrent de la Norvège et de la Russie) dont la France, comme le montrent les bonnes relations entre Gaz de France, Total et Sonatrach. Et ce à travers Medgaz (Europe, via Espagne), Transmed (Europe, via Italie), le projet Galsi d’une capacité e 8 milliards de mètres cubes gazeux étant toujours en gestion pur des raisons de rentabilité également le   projet Nigal (Nigeria-Europe, via Algérie)  : son financement nécessite plus de 15 milliards de dollars, alors qu’il était prévu à 7 milliards de dollars. Il faudrait entrevoir également le développement  de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, de l’énergie solaire qui peut donner lieu à une coopération par la promotion de multitudes de PMI/PME du fait des données concernant l’épuisement à terme des énergies fossiles en Algérie dont la durée de vie des réserves en termes de rentabilité financière sont les plus contradictoires (16 ans pour le pétrole, 25 ans pour le gaz), en tenant compte de la forte consommation intérieure et des prévisions d’exportation. Quant au gaz de schiste, il faudra être attentif à la maitrise technologique afin d’éviter la détérioration de l’environnement  et  d’avoir un coût compétitif face à la concurrence américaine
 2.- Améliorer cette coopération en  entreprenant ensemble

Il faut le reconnaitre, les  échanges sont insuffisants et structurellement figés et sont  loin des attentes entre les deux pays, se limitant essentiellement aux hydrocarbures pour la partie algérienne, aux services, notamment bancaires, l’agroalimentaire, les produits pharmaceutiques et les produits issus de l’industrie automobile pour la partie française, alors que les potentialités sont énormes. Il y a effectivement des aspects politiques qui freinent ces échanges. Il appartient aux historiens algériens et français d’en faire l’écriture objective et je salue les importants travaux de l’algérien Mohamed Harbi, et du français Benjamin Stora. Mais, il faut être conscient que les nouvelles relations internationales ne se fondent plus essentiellement sur des relations personnalisées entre chefs d’État, mais sur des réseaux et organisations décentralisés à travers l’implication des entreprises et de la société civile qui peuvent favoriser la coopération, le dialogue des cultures, l’émigration ciment de l’inter-culturalité pouvant être un vecteur dynamisant. Certes les échanges commerciaux sont en hausse mais demeurent figés dans leurs structures. Malgré une bonne évolution, ces échanges sont dérisoires comparées aux exportations et importations des deux pays. La France, dans bon nombre d’affaires en Algérie, est devancée par l’Italie et la Chine qui prennent des parts de marché de plus en plus en plus importantes. C’est que dans la pratique des affaires,  il n’y a pas de « fraternité », de sentiments, et l’Algérie doit privilégier uniquement ses intérêts, comme c’est le cas de la France. Les opérateurs, qu’ils soient arabes, algériens chinois, français ou américains, étant mus par la logique du profit maximum, iront là où, sous réserves des contraintes sociopolitiques et socioéconomiques, ils pourront réaliser ce profit maximum. L’attractivité du marché algérien découle des avantages comparatifs suivants : la proximité géographique des marchés potentiels d’Europe, d’Afrique et du Moyen Orient ; la taille du marché intérieur estimée à environ 37 millions de consommateurs ; des richesses naturelles importantes (pétrole, gaz), ainsi que d’autres ressources minérales non négligeables, peu ou pas exploitées, notamment le phosphate, le fer et l’or ; des ressources humaines en grande partie jeunes, qualifiées et abondantes. Autres atouts : l’Algérie a un stock de la dette inférieur à 4 milliards de dollars, des réserves de change d’environ 190 milliards de dollars fin 2012, non compris les 173 tonnes d’or et un programme d’investissement 2010/2014 de 286 milliards de dollars et enfin, les liens historiques et culturels qui unissent l’Algérie et la France, renforcé  par son émigration.
  En résumé, outre un partenariat gagnant/gagnant, il faut miser comme le rappelle justement mon ami le professeur Jean Louis Guigou sur des co-localisations profitables tant à l’Algérie qu’à la France dans des segments dynamisants, à travers des technopoles décentralisés,  dont   l’agro-industrie, la chimie, la pharmacie, la mécanique, la sidérurgie, le BTPH misant sur les économies d’énergie  et les services.  Sous réserve de la levée des contraintes pour améliorer le climat des affaires en Algérie, dont la bureaucratie étouffante,  le système financier, le foncier , l’adaptation du système socio-éducatif, supposant de profondes réformes micro économiques et institutionnelles, liant réformes économiques, Etat de droit  et démocratie , une visibilité et cohérence dans la politique socioéconomique évitant l’instabilité juridique perpétuelle qui décourage tout investisseur dans le moyen et long terme, expliquant la dominance du commerce et de la sphère informelle qui contrôle plus de 40 % de la masse monétaire en circulation et 65 % des segments de produits de première nécessité, l’Algérie  a toutes les potentialités pour passer d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, principal défi entre 2011/2020, et devenir un pays pivot au sein de l’espace euro-méditerranéen et arabo-africain.  En cette ère de mondialisation avec les grands espaces et les effets de la crise économique mondiale actuelle qui aura pour conséquence une importante reconfiguration géostratégique et économique entre 2015/2020, il est dans l’intérêt de tous les pays du Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique,  d’accélérer l’intégration économique, si l’on veut attirer des investisseurs potentiels intéressés non par des micro espaces, mais par un marché de plus de 100 millions d’habitants pour le Maghreb, de 500 millions pour l’espace euro-méditerranéen, et 1,5 milliard d’âmes à l’horizon 2020 pour le continent africain. L’avenir de l’Europe et du Maghreb est en Afrique qui devrait tirer la croissance de l’économie mondiale horizon 2030 sous réserve de sous intégration régionale, du renforcement d’un Etat de droit, d’une bonne gouvernance et de la valorisation du savoir (1).  La société civile, les entrepreneurs, les intellectuels peuvent dépassionner  les relations entre l’Algérie et la France grâce à un partenariat équilibré et solidaire,  loin de tout esprit de domination. L’histoire commune, bien que mouvementée, nous impose d’entreprendre ensemble au sein de l’espace euro-méditerranéen et euro-africain, pour une prospérité partagée. La coopération dans l’éducation au sens général doit être une priorité  car  impulsant  l’esprit critique  et les entreprise créatrices  de richesses,  d’où l’importance  de la culture,  d’un centre  culturel  et d’une université euromaghrébine ,  comme moyen de fécondation réciproque et combattre les préjugés racistes et de xénophobie. ademmebtoul@gmail.com
*Pr Abderrahmane MEBTOUL
 (1) « Le Maghreb dans son environnement régional et international : la coopération Europe/Maghreb face aux mutations géostratégiques mondiales » : contribution du professeur Abderrahmane Mebtoul à Institut Français des Relations Internationales (IFRI, Paris, 28 avril 2011 ; 60 pages), où l’auteur insiste sur les résultats mitigés du processus de Barcelone, sur l’urgence d’une nouvelle conception des relations internationales, loin de tout esprit de domination, conciliant réformes et démocratie, tenant compte des anthropologies culturelles et concluant que l’avenir économique de l’Europe et du Maghreb est en Afrique.

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 5 Octobre 2013 - 10:49
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