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Une pelle, une brouette, et voilà Hmida entrepreneur !
Moukawel ! Voilà le métier magique qui rémunère le plus gras, après celui de maire ou de leveur de bras national. Son exercice ? Ce n’est pas compliqué du tout, mais ce n’est pas pour tout le monde. Un Moukawel d’ici n’a rien à voir avec un entrepreneur de là-bas, car là-bas, un Etat existe et toutes les donnes sont claires. Le jeu et ses règles aussi. Là-bas, entrepreneur suppose d’âpres sacrifices, des études certainement pas dans une école de Benbouzid, du fric suant, des idées originales, du savoir-faire, de la compétence, la performance sous peine de disparaitre, et je ne sais quoi encore. Outre-mer, c’est clair, l'économie peut être faite par quelqu’un d'autre que l'Etat, mais sous son regard, et sans sa complaisance. Entre ici et là-bas, la différence est une mer de différences. Devenir Moukawel requiert des qualités, des aptitudes et des facilitations autres. Les qualités d’abord. La qualité première est d’avoir l’audace. La sagesse populaire l’énonce clairement : la fortune du peureux reste toujours moindre. Ne pas avoir peur de son honnêteté, et de la prison si on se retrouve dans un pétrin. Moukawel, c’est l’un des rares créneaux où les élus nous ont appris qu’il est possible d’investir avec un capital à zéro dinar. La taille suffit. La grosse gueule y prédispose, mais n’est pas forcément indispensable. Les épaules aussi sont bonnes. Si on en est privé, l’enthousiasme sera vite refroidi. Parmi les aptitudes, il faut avoir une poche qui ne vous appartient pas. Autrement dit, il faut être généreux à l’égard de ceux qui le sont en marchés juteux, et en bons de commande bien fournis. Et c’est proportionnel. Ne peut être Moukawel que celui qui graisse là où ça grince, dans un service ou dans le tiroir d’un quelconque chef de quelque chose. Cela n’échappe à personne, c’est la règle bureaucratique du tiens-mais-remets tant ! Et puis, comment peut-on s’abstenir de générosité quand un petit agent de rien du tout a la latitude de bloquer toute une machine ? Un Etat totalement absent. Indulgent, au-delà de la bienveillance. Malin de laisser ses sujets se divertir entre eux. Et ses commis mal payés joindre les bouts. Peut-on trouver ailleurs meilleures facilitations pour créer sa Moukawala ? Quand on est jeune et fils de quelqu’un, il y a Mme l’Ansej qui prête ses ailes de l’Etat pour l’envol de la moukawala naissante. Des ailes substantielles et pas forcément remboursables. Sans encombre, de chômeur, on devient entrepreneur. Même privé de toute ressource, on a juste besoin de sa taille pour venir au monde de la magouille. En fermant l’œil, et en ouvrant la vanne de la générosité à l’entreprenariat privé, l'Etat a fini par ouvrir les yeux aux opportunistes. Tous les sujets ont découvert le filon. Le filon d’une génération spontanée de Moukawalettes qui, à la faveur du système et de la mamelle des pipe-lines, croissent plus vite que les champignons. Loin d’être dupes, les élus ont été les premiers à apprécier le sucre de cet Etat qui dépense sans savoir comment. Sociétaires à 10% au départ, ils retournent rarement à leur corps professionnel d’origine. Déclarés, ou derrière un membre de sa famille, la conversion est vite opérée. Sa trésorerie dans la poche, sa comptabilité dans la tête, et sa paperasse dans un flash-disc, le siège social est partout colporté. Management, planification, méthode PERT, gestion des chantiers, tout le vocable de l’innovation, de la stratégie, et du génie créatif, relève du chinois, à l’oreille de Hmida le Moukawel. Même s’il n’a jamais été à l’école, ce qui n’est pas une exception, son jargon se limite à bon de commande, facture, ODS, situation, avenants, et service fait. Souvent pas conformément aux normes.
M.O.T.
Jeudi 17 Novembre 2011
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Mostaganem Cette Semaine
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