REFLEXION

UNE BISEXUEE PUNIE PAR LA NATURE A ORAN : Taous... Ni homme ni femme

« La nature ne m’a pas gâtée, la vie n’a plus aucun sens car je ne peux m’assimiler aux êtres normaux. Toutes les terribles épreuves que mon corps a subies ne changèrent pas grande chose à mon énigmatique existence ». Ainsi Taous commence son poignant récit écoutons-la.



UNE BISEXUEE PUNIE PAR LA NATURE A ORAN : Taous... Ni homme ni femme
« Taous, un prénom rare comme mon cas, je naquis au sein d’une famille assez désunie. En effet entre mes parents, ce n’était pas la joie, un climat glacial régnait sous notre toit, ce manque de chaleur familial nous empêchait de goutter à la moindre tendresse. La maison dans laquelle nous vivions n’arrangeait pas non plus les choses et ne facilitait guère notre tâche, une bâtisse des plus vétustes datant de plus de deux siècles héritée de père en fils. Malgré cette situation précaire, nous continuons de survivre, nous entrevoyions un rayon de soleil qui nous réchauffait une fois tous les deux ou trois ans quand mes deux oncles maternels résidant au Danemark rendaient visite à leur sœur. Ils ne nous oubliaient pas, ramenant toujours dans leurs bagages, les frusques qui n’intéressaient plus leurs enfants. Jusqu’à l’âge de douze ans, il me semblait que je ressemblais à toutes les filles de mon âge, mais à partir de treize ans se déclenche alors ma croissance phénoménale. Je grandissais plus rapidement que mes frères, tous plus âgés que moi et me découvrais un début anormal d’hirsutisme. Peu à peu, ma voix devient de plus en plus gutturale alors que ma poitrine était aussi plate qu’une planche. Mes Parties génitales se déformaient, des organes génitaux masculin sont apparus, ma mère était médusée devant cette calamité dont elle n’a jamais entendu auparavant, s’est précipité pour m’exposer aux yeux de toutes les femmes du voisinage, qui se mordaient les lèvres et se portaient les mains contre leurs poitrines devant une telle monstruosité, elle expliquaient à ma mère qu’il s’agit là d’une malédiction divine, tout en chuchotant que c’était dû à une folle envie, inabordable pour ma génitrice aux toutes premières semaines de sa grossesse qui causa cette horreur. Une fois remise de leur hébétude, elles conseillèrent à ma mère de prendre conseil auprès des spécialistes. Ma mère a exposé le problème a tout le personnel hospitalier, du médecin à l’anesthésiste en passant par les infirmiers et les femmes de ménage, la curiosité de ces dernières demeurait sans égales. Les praticiens se consultèrent puis décidèrent de me garder en observation, tout en m’administrant différents traitements hormonaux qui ne servirent finalement qu’à me masculiniser davantage. Constatant les résultats négatifs enregistrés, et d’un commun accord, ils entreprirent des démarches pour la procuration d’une prise en charge qui me permettait de bénéficier d’examens et de soins plus sophistiqués outre-mer. Malheureusement leur labeur s’avéra vaine et sans lendemain, étant une malade ordinaire non atteinte d’une pathologie incurable ni en danger de mort, si je désirais donc me soigner à l’étranger il fallait compter sur mes propres moyens. A quinze ans, je mesurais un mètre soixante quatorze, et la mort dans l’âme je cuvais mon désespoir de bisexuée alors que même mes organes intimes masculins restèrent au stade infantile. Nous étions abasourdies ma mère et moi, cependant, et même si elle n’osait pas me l’affirmer ou me l’avouer, elle gardait toujours une lueur d’espoir. Ses frères qui eurent l’heureux privilège de vivre dans un pays civilisé, l’aideraient sûrement à guérir mon hermaphrodisme et à vaincre ainsi mon accablant handicap. Après trois ans d’absence, ils arrivèrent en trombe, efflanqués de leurs blondes épouses et de leur progéniture pour passer des vacances comme d’habitude à Oran. Après une visite de politesse à leur seule proche (pour nous le père noël était présent), après des congratulations qui durèrent une éternité, leur unique sœur en changeant de couleur mille et une fois et d’une voix tremblotante s’adresse à eux pour exposer mon épineux problème. Je viens vous implorer mes chers Djamel et Rachid par la Miséricorde du tout Puissant d’emmener Taous avec vous pour l’opérer là-bas. Cette intervention forte délicate ne pourra jamais être réalisée dans notre pays. La réponse mi figue, mi raisin de mes oncles ne me réjouit pas outre mesure. Ils devraient d’abord rentrer de leur séjour pour ensuite étudier l’idée âpre, avoir consulté les éminences médicales danoises pour ensuite se prononcer sur mon cas. Cependant malgré leur moue mitigée au départ, Ils se penchèrent sérieusement sur mon cas suite aux lamentations de leur sœur. Quatre mois après leur retour, tout était fin prêt pour le voyage. A dix sept ans, mon pied touche pour la première fois le sol des vikings, ma vie prenait une autre tournure. Après divers contacts au niveau des cliniques et hôpitaux, il s’avéra que ce genre de soins coûterait une fortune. Mes oncles s’adressèrent à leurs connaissances maghrébines pour organiser une quête qui couvrirait ces frais assez spéciaux, nos frères ne rechignèrent pas pour venir à la rescousse, mais la chirurgie que je subis en trois étapes différentes n’aboutit pas aux époustouflants résultats tant espérés. Après la réussite de l’ablation du minuscule appareil génital externe masculin et malgré l’absence d’utérus et de seins, j’étais une femme. Mes infirmités superficielles l’indiquaient formellement même dans mon subconscient, ma féminité prenait toujours le dessus, mes manières d’agir le prouvent amplement. Aujourd’hui je culmine à un mètre quatre vingt deux et je n’ai jamais ressenti ni la douleur ni vu la couleur des règles, je vis dans la certitude que mon hermaphrodisme m’accompagnera jusqu’à la fin de mon existence. »

N. Bentifour
Mercredi 6 Janvier 2010 - 10:01
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1.Posté par samironad98 le 24/10/2012 18:47 (depuis mobile)
ma soeur, c'est avec beaucoup de chagrin que j'ai lu ton histoire, une chose dont je voudrais te rappeler, quelque soit notre apparence physique; on a tous une vie a vivre. alors tu peux etre heureuse plus que toute une autre personne, car tout se pa

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