REFLEXION

UN LIVRE DEVOILE LE ROLE DU GARDE DES SCEAUX FRANÇOIS MITTERRAND : 45 Algériens ont été guillotinés par Mitterrand pendant la guerre d'Algérie



UN LIVRE DEVOILE LE ROLE DU GARDE DES SCEAUX FRANÇOIS MITTERRAND : 45 Algériens ont été guillotinés par Mitterrand pendant la guerre d'Algérie
Quand le garde des Sceaux François Mitterrand quitte son ministère en mai 1957, en pleine guerre d'Algérie, 45 Algériens ont été guillotinés. François Malye et Benjamin Stora dévoilent dans un livre choc un pan obscur de la vie du président qui abolira la peine capitale en 1981.Cet ouvrage est l'aboutissement d'une enquête de deux ans. «Nous avons épluché minutieusement de très nombreuses archives, dont quelque 400 pages de comptes rendus des séances du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) de l'époque, celles du ministère de la Justice ou encore de l'Office universitaire de recherches socialistes et découvert des documents inédits », explique à l'AFP l'historien Benjamin Stora, spécialiste de l'Algérie. Révélation de ce livre, co-écrit avec François Malye, grand reporter au Point : pendant seize mois le ministre de la Justice du gouvernement socialiste de Guy Mollet a laissé, sans broncher, couper les têtes des nationalistes algériens, qu'ils aient ou non du sang sur les mains. Les dossiers sont préparés à la Chancellerie. Et le garde des Sceaux, vice-président du CSM, s'oppose à 80% des recours en grâce. «Avis défavorable au recours» ou encore «Recours à rejeter», c’est par ces deux formules, tracées à l'encre bleue, que Mitterrand formule ses réponses au recours en grâce des condamnés à mort du FLN dont les dossiers lui étaient soumis en sa qualité de ministre de la Justice, écrivait l’hebdomadaire Le Point en janvier 2007. François Mitterrand a été nommé ministre de la Justice le 2 février 1956. Il avait 39 ans. Il était ministre de l’Intérieur au moment du déclenchement de la guerre d’Algérie le 1er novembre 1954. Zabana exécuté le 19 juin 1956 C’est le 17 mars 1956 qu’ont été publiées au Journal officiel les lois 56-268 et 56-269 permettant de condamner, sans instruction préalable, à mort les membres du FLN arrêtés les armes à la main. Il écrit à l’époque : «En Algérie, les autorités compétentes pourront [...] ordonner la traduction directe, sans instruction préalable, devant un tribunal permanent des forces armées des individus pris en flagrant délit de participation à une action contre les personnes ou les biens [...] si ces infractions sont susceptibles d'entraîner la peine capitale lorsqu'elles auront été commises.» Le premier algérien à avoir été exécuté sous l’ère Mitterrand était Mohamed Zabana, arrêté le 8 novembre 1954 lors d’un accrochage. Zabana a été guillotiné à la prison Barberouse (aujourd’hui Serkadji) le 19 juin 1956 à 4 heures du matin. Pendant la période où il fut ministre, François Mitterrand ne fait pas mystère de sa volonté d'abattre la rébellion algérienne. La tendance de son vote au CSM ? «C'était véritablement très répressif, c'est incontestable. Mais c'était la vision qu'il avait de l'Algérie, il pensait que c'était la meilleure solution», se souvient Jean-Claude Périer, seul survivant du CSM de l'époque. Fin politique et ambitieux, Mitterrand devait aussi pour durer donner des gages aux durs du gouvernement, notent les auteurs. A ce moment très particulier de l'Histoire, ce qu'on peut lui reprocher, «c'est d'avoir accompagné, sans jamais le transgresser, un mouvement général d'acceptation du système colonial et de ses méthodes répressives», soulignent-ils. «L'historien Jean-Luc Einaudi, poursuit M. Stora, avait déjà ouvert une brèche dans ce passé et dressé en 1986 une première liste des exécutions pendant la guerre d'Algérie ». «Mais personne n'avait encore pris à bras le corps le sujet Mitterrand», assure-t-il. «Pourquoi lui ? Parce qu'il est devenu président de la République. C'était un passage obligé», répond Benjamin Stora. L'écrivain et directeur de l'hebdomadaire Le Point, Franz-Olivier Giesbert, avait déjà évoqué une partie de ce passé sombre de Mitterrand dans son ouvrage «François Mitterrand, une vie», sorti en 1996. Mitterrand :«J'ai commis au moins une faute dans ma vie, celle-là» Les auteurs ont aussi recueilli, en France et en Algérie, les témoignages inédits d'acteurs de cette période, comme l'historienne Georgette Elgey qui fut témoin des événements en tant que journaliste puis conseillère à l'Elysée à partir de 1982, et de personnalités comme Robert Badinter, Roland Dumas, Michel Rocard ou Jean Daniel. Pour la première fois, ils ont accepté d'aborder cet aspect méconnu de la vie politique de Mitterrand, qu'il refusera de renier. Il fera néanmoins cet aveu plusieurs décennies plus tard: «J'ai commis au moins une faute dans ma vie, celle-là ».«Ce que je voulais aussi, c'était entendre les voix des Algériens et cela a été la source de révélations extraordinaires. Ainsi, le frère d'un des guillotinés ou encore un ancien responsable du PC algérien se sont confiés. Ils n'avaient jamais parlé », assure l'historien. « Ce livre est aussi le croisement des paroles et des sources des deux côtés » de la Méditerranée. Sous le même titre, un documentaire des mêmes auteurs sera diffusé sur France 2 le 4 novembre prochain.

Yacine
Samedi 16 Octobre 2010 - 00:01
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