REFLEXION

UN CITOYEN PAS COMME LES AUTRES: Un diabétique parmi vos poubelles !

Il est des rencontres fortuites qui vous marquent toute votre vie. Mostaganem. Il est 22 heures passées. Une décharge dans un quartier populaire. Je rencontre un homme, sorti directement de « Mendiants et orgueilleux » d’Albert Cossery sauf qu’il ne mendie pas.



UN CITOYEN PAS COMME LES AUTRES: Un diabétique parmi vos poubelles !
Il est bien bâti, beau et brun. Il est pauvrement habillé. Ses haillons sont d’une propreté impeccable. Son calme est olympien et sa sagesse profonde vous laisse toute ouïe quand il s’adresse à vous. Il a la parole rare. Il n’a pas atteint la quarantaine et pourrait vous soulever un homme d’un seul bras. Un Homme, un vrai. Marié, père de trois enfants, il se bat tant qu’il peut pour leur assurer leur croûte. Une croûte à la sueur du front et dans la dignité. Dans la famille de Miloud, on ne tend pas la main, c’est une règle. Quand toute Mostaganem tombe dans les bras de Morphée et que la nuit enveloppe nos cités, Miloud sort sa silencieuse motocyclette qui n’a jamais dérangé personne. C’est son gagne-pain. Munie d’une caissette en plastic en guise de porte-bagages, la bécane lui sert à sillonner la ville. Miloud se laisse approcher sans façon. Vertueux qu’il est, il n’a pas à se cacher du moment qu’il a été pris en flagrant délit. Nous nous touchons la main. L’endroit ne s’y prête pas pour discuter, mais nous entamons la conversation. C’est que nous sommes dans un dépotoir. Nous sommes dans la pénombre parmi les ordures des Mostaganémois. Des détritus de toutes sortes débordent de partout. Epluchures, sachets de toutes les couleurs, bouteilles vides en verre et en plastic, boîtes de conserve et autres objets hétéroclites qui n’ont rien d’ordures ménagères. Miloud examinait un cendrier et une chaise pour décider de leur sort. Il rangea le cendrier dans son semblant de porte-bagages et abandonna la chaise. « Je n’ai pas honte de ce que je fais, me dit-il. Si je viens de nuit, c’est parce que j’ai toujours été discret. C’est ma façon de vivre. » Le timide et discret ne vole pas et n’agresse personne. Il vit son « mektoub » et n’attend rien de son prochain. Il le précise. Il est prêt à se laisser photographier dans la décharge et à paraître en première page. La tête haute même. Miloud sait très bien ce qu’est la dignité humaine. Il la connaît dans toutes ses dimensions. Qu’elles soient religieuses ou philosophiques. C’est l’honneur qui reste à définir ! Miloud n’attend rien de personne. Miloud m’a invité à prendre un café chez lui. Il est majestueux, noble et grand dans sa misère. Y a-t-il des humains autour de lui ? Malgré l’apparence, sa santé ne lui permet pas un travail harassant. De l’aide oui ! En prières. Car il ne tend jamais la main. Il se nourrit, s’habille de la décharge publique. Son diabète ne lui permet pas de vivre une vie meilleure ! Les médicaments, c’est une autre paire de manches. Pour ne pas devenir très malheureux, le moyen le plus certain est de ne pas demander à être très heureux, disait quelqu’un. Miloud le pense aussi, peut-être.

B.Benatia
Mercredi 23 Mars 2011 - 23:01
Lu 447 fois
MOSTAGANEM
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | بالعربي






Edition du 04-12-2016.pdf
2.87 Mo - 04/12/2016





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+