REFLEXION

Transition Energétique en Algérie : Mythes et Réalité de l’après-Pétrole»

L’énergie est au cœur de la souveraineté des Etats et de leurs politiques de sécurité. Les avancées techniques (Gnl-gaz naturel liquéfié, gaz de schiste, amélioration des performances d’exploitation de gisements d’hydrocarbures) couplées aux dynamiques économiques modifient les rapports de force à l’échelle mondiale et affectent également les recompositions politiques à l’intérieur des Etats comme à l’échelle des espaces régionaux.



1.-.Dans une première partie,  j’essayerai  de  définir   le concept   de la transition énergétique étant donné que  le  pic  pourrait selon l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles, se situer vers 2020-2025 pour le pétrole, 2025-2045 pour le gaz et 2100 pour le charbon. La transition renvoie à trois  facteurs interdépendants. Premièrement, il faut  être réaliste  et d’éviter  une vision unilatérale car les fossiles classiques demeureront encore pour longtemps  la principale source d’énergie. Aussi, la transition énergétique doit être  fondée sur deux principes : premièrement, sur  la sobriété énergique (efficacité énergétique),  et à une politique de   MIX énergétique combinant différentes sources d’énergie nécessitant qui nécessitera d’adapter le  réseau électrique aux  nouveaux usages. Deuxièmement, Premièrement, si l’humanité généralisait   le mode de consommation énergétique  des pays riches,  il nous faudrait les ressources de 4 ou 5 planètes d’où l’urgence d’une adaptation pour un nouveau modèle de consommation mondial. Troisièmement, la transition énergétique renvoie à d'autres sujets que techniques,   posant  la problématique sociétale,  autant que la  fiscalité énergétique  influant sur le choix des allocations des ressources et ayant un impact sur la  répartition du revenu par catégories socio professionnelles. ), supposant  un consensus social.   
2.- Dans une seconde partie, je  présenterais le poids de Sonatrach au sein de l’économie algérienne étant donné que   98 % des exportations du pays sont issues des seuls hydrocarbures et important environ 70/75% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées.  Et ayant généré quelque 600 milliards de dollars de recettes en devises entre 2000 et 2012, selon les bilans de Sonatrach. Cette manne a permis à l'Algérie d'éteindre sa dette extérieure  et de diminuer artificiellement sa dette intérieure, et de disposer  de réserves de change considérables 190 milliards selon la banque d’Algérie  dont 86% placées en majorité en bons de trésor  américains et en obligations européennes ainsi qu’une dépense publique sans précédent programmée de 500 milliards de dollars entre 2004/2013 :  a t –elle été totalement abordé , aucun bilan réel à ce jour. Paradoxe,  le PIB algérien reste modeste  à 188,6 milliards de dollars en 2012 selon le FMI, dont plus de 40-45 % générés par les hydrocarbures et en réalité,  tenant compte des effets indirects de la dépense publique via toujours les hydrocarbures,  restant que moins de 20% pour les véritables producteurs de richesses et ce pour  de 37,9 millions d'habitants au 1er janvier 2013. L’Algérie peut-elle continuer à fonctionner sur la  base d’un cours du baril de 110 dollars ( 55 budget de fonctionnement et 45 budget d’équipement)  comme le montre récemment  l’explosion des importations de biens durant le premier semestre 2013 allant vers 55 milliards auquel il faut ajouter plus de 12 milliards de dollars  de services  au risque d’éponger le fonds de régulation des recettes  au bout de trois années en cas d’un cours fluctuant tournant autour de 90 dollars à pris constants ?  Toujours est-il  que l’Algérie peine toujours à maintenir le niveau des volumes exportés au-dessus de 60 milliards de mètres cubes, un seuil qui était bien conservé entre 2001 et 2008 et les prix élevés cachent une baisse du volume encore que le Ministère de l’Energie rassure avec la mise en exploitation courant 2O14 des nouveaux gisements mais tout reste une question non d’offre mais de demande face à la crise mondiale qui sera de longue durée.  Pour calculer la durée de vie des réserves en Algérie, il s’agit de prendre en compte l’évolution des coûts et des prix internationaux, pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables. La durée de vie des réserves est également influencée  par le volume  tant les exportations que de la forte consommation intérieure du fait du bas prix du gaz, un des plus bas au niveau du monde et  bloqués par la décision du 30 mai 2005 et des subventions aux carburants où selon une récente étude du PNUD ayant exploité les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’Algérie figure parmi les pays arabes qui subventionnent le plus les produits énergétiques avec 10,59 milliards qui représentent, selon l’organisme onusien, 6,6% du PIB algérien en 2010.  Or, selon la déclaration du PDG de Sonatrach  en date du 24 février 2013 les réserves algériennes en gaz conventionnel sont de 2000 milliards de mètres cubes gaz, loin des données euphoriques de 4500, soit 1,3% des réserves mondiales. La consommation intérieure en 2012, selon le Creg est de 30 milliards de mètres cubes gazeux et avait extrapolé environ 50 milliards de mètres cubes gazeux horizon 2017/2020. La consommation intérieure  risque d’aller vers plus  65 milliards de mètres cubes gazeux  après les décisions courant 2012 , suite aux coupures récurrentes d’électricité, où  il a été décidé  de doubler la capacité d’électricité à partir des turbines de gaz et à  horizon 2017-2020 de consommation intérieure, dépassant le volume  des exportations de 2012 et rendant problématique les extrapolations d’exportation  de 85 milliards de mètres cubes gazeux prévus dès 2014.. Si l’on prend l’hypothèse  d’exportation de 85 milliards mètres cubes gazeux et 65 de consommation intérieures, il faudrait produire dès 2017 entre 150 milliards de mètres cubes gazeux supposant d’importants investissements dans ce domaine, limitant le financement des secteurs hors hydrocarbures et donnant, en cas de non découvertes substantielles une durée de vie  de 13 ans maximum soit horizon 2026. Le gaz de schiste  est-il la solution durable en cas de non maitrise technologique, des risques de détérioration des nappes phréatiques et surtout du cout face à la concurrence notamment américaine?
3- Dans la troisième partie, j’aborderai la concurrence internationale où bon nombre d’experts se demandent quelle est la rentabilité de nombreux   projets réalisés par Sonatrach  à l’étranger  notamment au Pérou ? Par ailleurs, il est utile de préciser pour le gaz conventionnel que  la Russie, possède 1/3 des réserves mondiales, en plus du savoir-faire technologique et managérial,  15%  l’Iran et 10% pour le Qatar, ces trois pays totalisant plus de près de 50% des réserves mondiales. L’on doit   ajouter la donne libyenne  1500 milliards de mètres cubes gazeux à peine exploitées et la découverte  au niveau de nombreux pays d’Afrique.  Ainsi se pose tout le problème de savoir si face à la concurrence notamment russe,  Sonatrach  a une stratégie gazière où le gaz représente en 2012 plus de 40% des recettes de Sonatrach,  pour le pétrole n’ayant en principe pas  de problèmes, mais avec moins  de 1% des réserves l’épuisement étant prévu horizon 2020. Mais le concurrent le plus sérieux pour l’Algérie est  la Russie à travers la  stratégie de Gazprom, grande société internationale dynamique cotée en bourse, ce qui n’est pas le cas de Sonatrach, à travers le North Stream et le South Stream  devant approvisionner le Nord et le Sud de el’Europe  d’une capacité totale de 130 milliards de mètres cubes gazeux. L’ensemble de ces projets  ont remis  en cause le projet algéro-italien Galsi  dont le cout ramené aux capacités et à l’investissement  par rapport  au South Stream serait supérieur de près de 15%  et  posé le problème de sa rentabilité,  d’une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux, pour un investissement entre 2,5 et  3 milliards de dollars initialement, mais dont le coût actuellement dépasserait les   4 milliards de dollars  alors que  la mise en service était prévue pour 2014. Encore qu’il faille une entente entre Gazprom et Sonatrach afin d’éviter une dérive des prix qui serait préjudiciable aux investissements gaziers  très capitalistique et à maturation lente qui pénaliseraient tant les consommateurs  que les  producteurs devant s’entendre sur un juste prix. Sans cela l’Algérie mais également, la Russie,    risquent  de connaitre de gros soucis concernant leur  gaz surtout à compter de 2020 avec la concurrence américaine du pétrole et gaz de schiste. Les USA sont les seuls pays actuellement à maitriser  la  technique  de  la fracturation hydraulique,  ayant des canalisations  sur tout le  territoire,  n’étant pas confronté à une pénurie d’eau,  un milliard de mètres gazeux nécessitant un million de mètres cubes d’eau douce, pour l’Algérie nécessitant des unités de dessalement et des investissement lourds dans les  canalisations. Cet essor du gaz de schiste a fait chuter les cours du gaz naturel sur le marché américain, désormais inférieurs à 3/5 dollars par million de BTU contre 9-10 dollars en Europe et entre 12- 15 en Asie, où la catastrophe de Fukushima a fait bondir la demande japonaise en gaz. Donc, des enjeux stratégiques pour l’Algérie dont les recettes pétrole/gaz en provenance des USA, où  18 à 2O milliards de dollars soit 25-3O% des recettes de Sonatrach proviennent des USA.  L’Algérie ne va-t-elle pas donc perdre des parts de marché avec l’arrivée de ce nouvel exportateur au moment où de nombreux producteurs viennent d‘annoncer courant 2013   qu’ils réduisent leur achat de gaz à Sonatrach et Gazprom   écoulant  une fraction de sa production sur le marché libre ? Autre contrainte qui limite  la manœuvre  de Sonatrach,  le gel du projet  gazoduc NIGAL (Nigeria – Algérie –Europe) d’une capacité  d’environ   30 milliards de m3 par an, qui devait alimenter  le marché européen ? Avec un coût prévu initialement à 7 milliards de dollars, son cout dépasserait 2O milliards de dollar selon une étude du 28 avril 2O11  de l’institut français des relations internationales IFRI. Ce projet financé pour partie par l’Europe avec la crise d’endettement est –il réalisable d’autant plus que comparé aux canalisations russes, son coût est trop élevé. Enfin concernant le GNL, l’Algérie pourra-t-elle du fait  des faibles capacités et de la déperdition de ses cadres,  avoir été par le passé leader dans ce domaine, concurrencer  le Qatar, l’Iran proche de l’Asie ,la Russie , et surtout tenant compte du  coût de transport devant contourner toute la corniche d’Afrique pour arriver en Asie ,  liant forcément  son marché naturel à  l’Europe ? Et c’est là que rentre la concurrence et les décisions du  Conseil européen qui vient d'approuver l'accord énergétique stratégique entre l'Algérie et les 27 pays de l'Union européenne  le 15 avril 2O13 ,  accord  qui sera ensuite ratifié par le parlement européen, et qui vient d’être signé à  Alger  à l'occasion de la  visite du président de la Commission  européenne  début juillet 2013 où les  négociations dans le domaine de l’énergie  sont intervenues  donc dans un contexte particulier, marqué par des bouleversements profonds de la carte énergétique mondiale comme analysé précédemment. Le   nouveau mémorandum  signé a du sans doute  tenir  compte de  la déconnexion des prix du gaz et du pétrole qui n’est plus en vigueur depuis au moins trois année. Qu’adviendra-t-il des prix du gaz algérien aussitôt les contrats à moyen et long terme arrivés à expiration, l’Europe faisant pression pour une  baisse des prix ? Rappelons que  dans le cadre de la renégociation de contrats de gaz à long terme par le groupe italien Edison qui a été repris par le groupe français EDF, Sonatrach a perdu en mars 2013, une affaire d'arbitrage où le groupe italien a obtenu la révision à la baisse des prix d'un contrat de fourniture de gaz naturel et ce sur décision, rendue par la Cour d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale avec un impact estimé à environ 300 millions d'euros (390 millions de dollars) sur l'Ebitda (excédent brut d'exploitation) du groupe Sonatrach en 2013.
En résumé,  la part de l’OPEP qui représente 3O% de la commercialisation de pétrole au niveau du marché mondial risque de diminuer et donc son influence, la Russie et les USA étant hors OPEP. Pour le gaz, n’existant pas de cartel, et donc de marché mondial (devant généraliser les GNL), du fait de la segmentation avec la prédominance  des canalisations, chaque producteur agira en fonction  de ses intérêts  immédiats.  Pour l’Algérie est posée  la problématique de sa sécurité énergétique, de  l’urgence d’une transition énergétique raisonnable  et maîtrisée s’insérant dans le cadre global d’une transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux. Cela suppose excepté les secteurs stratégiques de lever la règle des 49-51% inadaptée à toutes les filières et toutes les contraintes bureaucratiques d'environnement qui freinent  l'expansion de l’entreprise créatrice de valeur ajoutée. Cela suppose un profond réaménagement des structures du pouvoir algérien assis sur la rente.

Dr A. Mebtoul
Lundi 22 Juillet 2013 - 13:14
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