REFLEXION

TUNIS, EGYPTE ET (..?) 2011 BERLIN 1989 : Le monde arabe vit sa chute du mur de Berlin

Depuis le départ du président tunisien, Ben Ali, et la « contagion » dans d'autres pays arabes, la comparaison a souvent été faite avec la chute du mur de Berlin, en octobre 1989, et l'effet domino qu'elle a entraîné dans l'effondrement du bloc communiste en Europe. La comparaison a ses limites, mais n'est pas totalement inutile.



TUNIS, EGYPTE ET (..?) 2011  BERLIN 1989 : Le monde arabe vit sa chute du mur de Berlin
La principale différence, évidemment, tient au fait que les pays communistes d'Europe centrale et orientale appartenaient à un même « bloc », une alliance dont le centre de contrôle se trouvait à Moscou, au Kremlin. Lorsque ce dernier, sous la direction de Mikhaïl Gorbatchev, a laissé faire, c'est-à-dire n'a pas donné l'ordre de réprimer les manifestations en Allemagne de l'Est comme cela avait été le cas à Berlin en 1952, à Budapest en 1956, ou à Prague en 1968, la voie était soudain libre pour des changements historiques. En quelques semaines, l'ensemble des pays du bloc de l'Est devaient ainsi basculer dans la foulée de l'ouverture du mur, y compris la Roumanie de Ceaucescu qui avait cru pouvoir échapper à cette « contagion démocratique » par la force. Seule la Yougoslavie, extérieure à ce bloc, devait survivre, pour mieux imploser dans le sang deux ans plus tard. Le contexte international était également particulier : l'Europe de l'Ouest et les Etats-Unis voyaient d'un bon œil ces changements de régime dans des pays qui appartenaient à une alliance militaire hostile, le Pacte de Varsovie, et y voyaient un affaiblissement de leur ennemi du XXe siècle, l'Union soviétique, sans savoir, à ce stade, que celle-ci allait elle-même se désintégrer deux ans plus tard.

Le monde arabe n'est pas un bloc homogène
Le monde arabe n'a aucune de ces caractéristiques : ce n'est pas un bloc homogène, membre d'aucune alliance autre qu'informelle comme la Ligue arabe, et ne dépend d'aucun « Centre » pouvant ordonner ou s'abstenir d'ordonner la répression des manifestations. Et le monde extérieur est partagé entre le soutien aux aspirations démocratiques des manifestants, et la peur de voir ces pays tomber entre les mains d'extrémistes religieux, et donc de devenir des foyers d'instabilité et potentiellement « ennemis ».Les événements de Tunisie ont pris tout le monde par surprise, y compris les Tunisiens eux-mêmes, étonnés de leur propre audace, de leur propre capacité à renverser un dictateur en place depuis plus de deux décennies. Mais la Tunisie est un petit pays, sans enjeu stratégique majeur, et les événements ont pu suivre leur cours sans grande interférence extérieure.

Tunis, Egypte et ( ..?) 2011 - Berlin 1989
Le résultat est que la fuite de Ben Ali a eu l'effet du mur de Berlin sur les peuples du monde arabe. Psychologiquement en tout cas, puisque dans de nombreux pays (Algérie, Jordanie, Egypte, Yémen…), on a enregistré des immolations désespérées comme à Sidi Bouzid, des manifestations contre le pouvoir en place, la censure d'Internet pour empêcher les réseaux sociaux d'y jouer le rôle de vecteur du ferment révolutionnaire qu'on a vu en Tunisie. Mais chaque pays, chaque régime, gère la situation à sa manière. L'Egypte se trouve depuis quelques jours au cœur du cyclone, et a réagi avec la main lourde : plus de 100 morts samedi, les communications coupées, et un Président Moubarak assiégé qui limoge son gouvernement pour mieux sauver sa propre tête. Une rue qui ne désemplit pas, et une armée dont la loyauté est de plus en plus en question. En Algérie, les velléités de protestation ont vite été matées, même si un rendez-vous a été pris pour le 12 février, et si certains observateurs s'attendent à des remous au sein du régime d'ici là. Chaque pays a son histoire, son contexte politique, économique et social différent. Personne ne s'attend à ce que les événements prennent la même tournure en Arabie saoudite qu'en Algérie ou en Tunisie. La contagion n'a assurément pas le même sens qu'en Europe en 1989 où les mêmes régimes étaient confrontés au même phénomène ; l'impact, dans le monde arabe, est réel, mais les mêmes causes ne produisent pas nécessairement les mêmes effets selon les pays.
L'inquiétude des grandes puissances
En revanche, ce qui est sûr, c'est que les grandes puissances de ce monde observent avec inquiétude ces événements, au lieu de se réjouir de voir un vent de demande de liberté souffler sur une partie du monde qui semblait condamnée pour longtemps à l'immobilisme, la médiocrité de despotes galonnés ou couronnés, et à la menace de l'obscurantisme politico-religieux. Cette inquiétude, perceptible de Washington à Paris, mais aussi à Pékin où le mot « Egypte » a été censuré ce samedi, est due au fait que personne ne peut prédire ce qui sortira de ce mouvement des peuples. Contrairement à l'Europe centrale et orientale où l'issue semblait prévisible -des régimes plus démocratiques, plus compatibles avec ceux d'Europe de l'Ouest-, nul ne sait où va la révolution égyptienne en marche. Avec, évidemment, l'incertitude islamiste. Un renversement éventuel de Moubarak ouvrira-t-il la voie à une victoire des Frères musulmans, à l'histoire longue de près d'un siècle, et très enracinés en Egypte ou en Jordanie ? Ce n'est pas ce que souhaitent les Américains, ou leurs voisins israéliens, une position qui agace les « dissidents » démocrates du monde arabe qui n'en peuvent plus d'être confrontés à l'alternative islamistes ou dictateurs…Qu'en sortira-t-il ? Comme en 1989, l'histoire s'est remise en marche dans cette partie du monde, et ceux qui pleurent la chute de dictateurs rassurants devront d'abord se demander s'ils n'ont pas favorisé ces processus révolutionnaires en soutenant un insupportable statu quo trop longtemps. Ils devront en assumer les conséquences, quelles qu'elles soient.

Ismain
Dimanche 30 Janvier 2011 - 23:01
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