REFLEXION

TRIPARTIE DU 18 SEPTEMBRE 2014, GOUVERNEMENT- PARTENAIRES SOCIAUX : Privilégier une stratégie hors hydrocarbures dans le cadre de la mondialisation

Une tripartite réunissant le gouvernement et les partenaires économiques et sociaux est prévue ce jeudi 18 septembre 2014. L’Algérie se trouvant à la croisée des chemins, il s’agit impérativement, pour des raisons de sécurité nationale, de se projeter dans l’avenir en cette ère de mondialisation impitoyable, et ce, en évitant des promesses chimériques. Pour la réussite de cette tripartite, je recense douze axes-directeurs interdépendants conditionnant le développement socio-économique dynamique de l’Algérie
devant éviter le statu quo suicidaire.



1-Premièrement, les critères de représentativité utilisés aujourd’hui, indépendance, importance des effectifs, montant des cotisations reçues, expérience et ancienneté du syndicat, attitude patriotique pendant la guerre de libération nationale sont peu adaptés à la réalité actuelle. Les deux critères ajoutés par la jurisprudence (activité du syndicat en termes d’ampleur et d’efficacité, d’une part, et influence du syndicat, d’autre part, c’est-à-dire sa capacité à mobiliser les salariés) n’ont pas permis de surmonter ces difficultés. Aussi, il s’agit  de fonder la représentativité syndicale sur le seul critère de l’élection. L’audience électorale doit devenir le critère incontournable de la représentativité. Elle doit être appréciée au regard des résultats des élections des délégués du personnel et des représentants du personnel au comité d’entreprises. Une meilleure représentativité passe par un choix entre représentation uniforme et représentation multiple. Quelle que soit la solution retenue, les règles de représentativité doivent être revues dans le sens « une entreprise – une voix », pour une meilleure représentation. Cette révision des règles de représentativité doit s’accompagner d’une transparence accrue en matière de financement des comptes des fédérations et confédérations patronales.
2.-Deuxièmement, lorsqu’un pouvoir agit bureaucratiquement, sans concertation et sans tenir compte de la réelle composante sociale, la société enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner en dehors de l’Etat officiel, se traduisant alors par un divorce croissant Etat/citoyens. On ne relance pas l’activité industrielle par décret ou par volontarisme étatique, vision d’une mentalité bureaucratique rentière. L’objectif est de faire de la négociation collective le moyen privilégié de la transformation du droit du travail et de la maîtrise des évolutions socio-économiques des entreprises. Le dialogue est la seule voie pour trouver un véritable consensus, ce qui ne signifie nullement unanimisme, signe de décadence de toute société afin d’anticiper tout conflit préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays avec des coûts faramineux. Pour une meilleure représentativité, les organisations patronales privées doivent avoir un cadre unifié et inclure d’autres organisations non présentes, parfois plus représentatives comme le montre la déconnexion actuelle de l’UGTA par rapport aux mouvements sociaux. Pour un véritable dialogue social, il serait souhaitable de convier d’autres organisations syndicales autonomes avec lesquelles les ministres du Travail, de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Santé, notamment, sont déjà en contact permanent. Faute de quoi cela s’apparenterait à un monologue du pouvoir avec lui-même, sans impact sur la résolution concrète des problèmes économiques et sociaux. Cependant, le gouvernement ne peut négocier avec plus de 60 organisations qui doivent  s’organiser en trois ou quatre grandes confédérations comme dans les pays développés  , idem pour l’émiettement du  patronat privé  s’ils veulent devenir des forces sociales véritablement représentatives. C’est que la composante conviée aux négociations  est la même depuis plus de deux décennies alors que l’environnement économique et social algérien a profondément changé, ce qui explique que les anciennes Tripartites ont eu peu d’effet face aux tensions sociales et surtout que maintes  propositions pourtant constructives sont souvent restées lettres mortes.
3.-Troisièmement, le gouvernement doit se démarquer d’une vision culturelle largement dépassée des années 1970, tant sur le plan politique, économique qu’en matière diplomatique. Nous sommes en 2014 avec des mutations géostratégiques considérables entre 2014/2020 qui préfigurent de profonds bouleversements géostratégiques. Il s’agit d’éviter que la tripartite soit un lieu de redistribution de la rente (parts de marché et avantages divers supportés par le Trésor public de ceux présents via la dépense publique) en fonction d’intérêts étroits. Dans ce cadre, et au vu des derniers rapports de la Banque d’Algérie et du FMI qui prévoient des tensions budgétaires entre 2015-2018 ( rapport de février 2014) sur l’économie algérienne, je mets en garde le gouvernement contre une dérive inflationniste pour des raisons électoralistes par une révision brutale de l’article 87 bis qui remettrait en cause tous les sacrifices de la population algérienne et notamment des couches défavorisées et des couches moyennes.  Le nombre de salariés est évalué à 7.393.000 dont 3.508.000  non  permanents et 3.785.000 permanents. Le salariat est la  forme dominante  et touche 65,3% des personnes en activité, minimisant certainement le poids de la sphère informelle qui représente 50% de la superficie économique. La masse salariale, avec la dominance de la fonction publique est de  54,98 milliards de dollars fin 2013 Ce qui donne un ratio masse salariale sur le PIB de 30,93% en 2013 et avec l’abrogation de l’article 87 bis risque d’aller vers 40% du PIB contre 19/20% entre 1999/2000. Ce taux ne serait pas inquiétant si la tertiairisation de l’économie avec une très faible productivité, et l’administration  n’était  pas dominante (emplois rente) et si existait une  très forte  productivité  du travail ce qui n’est pas le cas pour l’Algérie. Selon l’OCDE l’Algérie dépense deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats par rapport à des pays similaires au niveau de la région MENA. Afin d’éviter un impact négatif sur la productivité du travail, il faut également éviter cette vision populiste  du nivellement par  le bas et évaluer l’impact sur le trésor public qui pourrait selon mes estimations être après les ondes de choc être  entre 2017/2020  de 9/11 milliards annuellement  durant toute la période d’activité des personnes concernées.  L’accroissement de la productivité du travail sous réserve d’un changement de la politique économique encourageant les secteurs productifs, sinon les prévisions d’un taux de croissance de 7/8% horizon 2020 seraient  une illusion,  ne pouvant l’être qu’à moyen terme, la solidarité nationale pour ceux qui ne payent pas  leurs impôts est la seule solution si l’on peut éviter la dérive inflationniste ou l’accroissement de la sphère informelle. C’est que  50% des PMI-PME (industriel- BTPH) ne peuvent pas  supporter un accroissement des salaires de 15% qui est déjà leur marge de profit. A la prochaine Tripartie, le patronat demandera  des dégrèvements fiscaux, des taux d’intérêts bonifiés, un rééchelonnement de ses dettes en contrepartie d'une augmentation salariale afin d'éviter la répercussion sur le prix  de la marchandise ce qui aurait un impact inflationniste accentuant le déficit budgétaire.
4.- Quatrièmement, la tripartie doit faire un constat sans complaisance afin de solutionner les véritables problèmes. Paradoxe, pour un pays pétrolier, l’Algérie a importé en 2013 environ 3,5 milliards de dollars de carburant et dérivés, soit près de 6% de ses recettes d’hydrocarbures. Le tissu industriel algérien sur lequel tous les gouvernements souhaitaient fonder la relance économique est en réalité insignifiant, le secteur industriel représentant moins de 5% du produit intérieur brut. Il est composé d’à peine 1 000 entreprises publiques, pratiquement toutes empêtrées dans de graves difficultés financières et managériales, et d’environ 200 000 petites entreprises privées de production, en grande partie jeunes et sans envergure et éprouvant d’énormes difficultés pour se maintenir en vie. Exténués par les efforts surhumains que requiert l’activité industrielle soumise à des tracasseries permanentes, bon nombre d’industriels ont, de surcroît, fait le choix de changer d’objet social pour s’installer dans le confortable créneau de l’importation et de la revente en l’état.  De 2010 à ce jour, l’Algérie aurait perdu, en effet, un peu plus de 50 000 PME pendant que le nombre de sociétés de négoce progressait, passant d’environ 12 000 entités, en 2003 à environ 45 000, aujourd’hui. L’enquête effectuée par l’ONS, en 2011, confirme cette inquiétante tendance à la désindustrialisation, avec une très nette prédominance (plus de 83%) des petites entreprises de commerce et de services, par rapport aux unités des secteurs de l’industrie et du BTP réduites à la portion congrue. Les entreprises industrielles publiques, pour la plupart acquises durant les années 1970 à 1980, ont eu le temps de vieillir et de passer de mode, et ce, au moment où la technologie et l’innovation progressaient à grands pas à travers le monde. La reprise des unités industrielles publiques par des opérateurs privés ne s’étant pas faite comme prévu, les actifs industriels algériens dépassant pour la plupart vingt ans d’âge ont fini par être technologiquement déclassés. Les grands pôles industriels publics des années 1970 ont commencé à péricliter dès la fin des années 1980, tandis que le secteur privé, encore fragile et empêtré dans les méandres de la bureaucratie, a du mal à prendre le relais. Ce qui explique que l’assainissement des entreprises publiques qui ont couté au trésor plus de 60 milliards de dollars entre 1971/2013  ont eu peu d’impacts plus de 70% des entreprises publiques étant revenues à la case de départ montrant que le blocage est d’ordre systémique et pas seulement du au capital-argent. D’ailleurs ces assainissements répétées que couvrent la rente des hydrocarbures( renvoyant à l’assainissement des banques publiques qui octroient plus de 85% du crédit total malades de leurs clients insolvables) concernant d’autres secteurs comme l’effacement de la dette du secteur agricole, des jeunes de  l’ANSEJ qui une fois les avantages octroyées  ne peuvent rembourser, et récemment l’effacement de la dette des hôpitaux de 24 milliards de dinars  sans que l’on ait pensé aux causes essentielles dues à la déficience  tant de la gestion globale gouvernementale  que de la gestion des micros unités.
5.-Cinquièmement il faut éviter l’illusion juridique bureaucratique en pensant qu’une Loi ou un changement d’organisation qui a un cout très lourd peut résoudre les problèmes d’ordre structurel. Nous assistons  entre 1963 à 2014 à   une instabilité juridique  perpétuelle, à un changement de politique économique, facteurs liés, qui limitent les secteurs dynamiques et découragent les entrepreneurs publics et privés  dans le cadre de l'allocation sectorielle d'investissement, les orientant  vers les activités spéculatives. Du point de vue organisationnel, après la période courte d’autogestion 1963/1965, nous avons  entre 1965/1980  de grandes sociétés nationales.  Entre 1980/1988, nous avons une nouvelle organisation découpant les sociétés nationales, qui selon les initiateurs seraient trop grandes afin de maitriser la gestion.  En  1988, l'Etat crée 8 fonds de participation qui étaient chargés de gérer les portefeuilles de l'Etat. En    1996, nous avons   11 holdings en plus des 5 régionaux avec un Conseil national des privatisations. En 2000, nous assistons à leur fusion en 5 méga holdings et la suppression du Conseil national des privatisations.  En  2001,  l'Etat algérien  dissout les holdings  et met en place  des  sociétés  de  gestion  des participations (SGP)   chargées à la fois  de la privatisation et les capitaux marchands de l'Etat, dont 11 établissements financiers relativement autonomes.  Lors de différents Conseils de gouvernements tenus durant toute l'année 2007, une nouvelle organisation est proposée par le ministère de la Promotion de l'Investissement,  les deux grandes sociétés hydrocarbures Sonatrach  et Sonelgaz, régies par des lois spécifiques n'étant pas concernées), articulée autour de quatre grands segments : des sociétés de développement économique qui relèvent de la gestion  exclusive de l'Etat gestionnaire ; des sociétés de promotion et de développement en favorisant le partenariat avec le  secteur privé international et national  des sociétés de participation de l'Etat appelées à  être privatisées à terme ; et  enfin, une société chargée de la liquidation des entreprises structurellement déficitaires. Courant février 2008, cette proposition d'organisation, qui n'a pas fait l'unanimité au sein du gouvernement et certainement au niveau de différentes sphères du pouvoir, est abandonnée.   Aussi, après la feuille de route que s'était  tracée l'ex- ministre de l'Industrie et de la Promotion des investissements (MIPI), n'ayant  pas recueilli le consentement, on annonce officiellement  fin 2009, la dissolution prochaine  des SGP devant revenir  à l'ancienne tutelle des Ministères. Et entre 2010/2013, on propose de revenir à de grands groupes industriels, décision avalisée partiellement pour quelques SGP en ce mois de septembre 2014. Par ailleurs l’on assiste à des surcouts exorbitants du fait de la faiblesse d’une planification stratégique à moyen et long terme surtout depuis la mise sur le marché d’importants moyens financiers, plus de 630 milliards de dollars –budget de fonctionnement et d’équipement entre 2000/2013 avec une recette d’exportation de plus de 700 milliards de dollars ( 98% provenant de Sonatrach) et des  importations en devises dépassant les 500 milliards de dollars. Nous avons assisté à des   anomalies observées dans le  processus budgétaire et des goulets d’étranglement institutionnels qui ont systématiquement entraîné une mauvaise exécution des programmes d’investissement. Toutes ces insuffisances ont aboutit  à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans l’exécution des projets.
Parmi les carences importantes observées, on peut citer : l’existence d’un décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles ; l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et le budget de fonctionnement (récurrent) ; des passifs éventuels potentiellement importants, des écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés  et des longs retards et des surcoûts pendant l’exécution des projets, ce qui témoigne de la faiblesse de la capacité d’exécution des organismes d’exécution, traduisant le divorce  croissant entre les moyens de réalisation  et les objectifs. Le FMI et la Banque mondiale considèrent que le système de gestion ne correspond pas aux normes internationales et que la performance de l’Algérie est particulièrement mauvaise à toutes les différentes étapes de la formulation, de l’exécution du budget, de l’établissement de rapports et de la passation des marchés, notamment par la  qualité faible des projets et de graves carences institutionnelles.
6.-Sixièmement, il faut revoir le fonctionnement du dispositif actuel de l’investissement ainsi que la règle des 51/49 % devant distinguer avec clarté ce qui est stratégique de ce qui ne l’est pas, l’Algérie supportant tous les surcoûts et, de surcroît, cela n’a pas donné de résultat probant. En 2013 les importations de biens  ont été de 55 milliards de dollars et entre 2013/ 2014, les exportations relèveront à 97-98% du secteur des hydrocarbures et 70% des besoins des entreprises, dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% en inputs, relèveront de l’importation. Les agences étatiques créées au début des années 2000, à l’effet de donner de nouveaux ressorts à l’industrie nationale (Andi, Ansej ), se confinent  malheureusement dans un simple rôle d’enregistrement des intentions d’investir et de tenue de statistiques sur des projets, lesquels, dans la majorité des cas, ne dépasseront pas le stade de la déclaration d’intention, idem pour les agences relevant du Ministère du travail qui ne font  pas le suivi des projets octroyés aux jeunes. L’Agence nationale pour le développement de l’investissement (Andi) et le  Conseil national de l’investissement (CNI), créés quelques années plus tard dans le but de promouvoir les gros investissements, ne feront guère mieux. A bien des égards, le CNI se comportera beaucoup plus comme un prédateur d’investissements qu’un facilitateur. Le nombre de projets d’envergure qui ont sombré dans le trou noir de cette institution est considérable. Le montant global des investissements en attente d’autorisation dépasserait allègrement les 15 milliards de dollars, selon les estimations du Forum des chefs d’entreprises (FCE). Le même problème se pose pour les investissements que devaient promouvoir des entreprises publiques, soumises au visa préalable du Conseil des participations de l’Etat (CPE). Là aussi, ce sont des dizaines de projets que souhaitaient réaliser des entreprises publiques (EPE), seules ou en partenariat avec des opérateurs privés algériens ou étrangers, qui végètent, pour certains depuis des années. C’est pourquoi un assouplissement des procédures s’impose pour lutter contre la  bureaucratisation qui enfante la sphère informelle et la corruption.
7.-Septièmement, l’objectif stratégique est de réhabiliter l’entreprise, qu’elle soit publique, privée ou étrangère, créatrice de valeur ajoutée  devant tenir compte d’une balance managériale et technologique positive pour l’Algérie en adaptant les règles aux normes internationales et son fondement, le savoir, face à  une économie de plus en plus mondialisée. Cela doit s’inscrire dans des stratégies pour segments de filières internationalisées afin de créer une économie productive à forte valeur ajoutée, ne devant pas, en ce XXIe siècle, du fait des nouvelles technologies, avoir une vision matérielle, l’industrie se combinant avec les services. La recherche tant théorique qu’appliquée, avec un équilibre entre les sciences exactes et les sciences humaines, est fondamentale pour impulser de nouvelles filières industrielles. Pour paraphraser le langage militaire qui différencie tactique et stratégie, le gouvernement, et c’est sa mission essentielle, se doit d’avoir une vision stratégique et non d’agir sur la conjoncture à partir d’une tactique. Des actions coordonnées et synchronisées dans le temps exigeront le courage de réformer vite et massivement, non des replâtrages conjoncturels différant les problèmes dans le temps, mais de profondes réformes structurelles, passant par une réhabilitation de la planification et le management stratégique.
8.-Huitièmement, face à cette situation socio-économique inquiétante pour le devenir de l’Algérie, au-delà de l’État, l’ensemble des acteurs de la société doivent être mobilisés si l’Algérie veut renouer avec une croissance durable hors hydrocarbures. Comment ne pas rappeler que les pays ayant entrepris avec succès des réformes, notamment les pays émergents, se sont appuyés sur une mobilisation de l’opinion. La nécessité de réformer s’impose à l’Algérie, et ce, malgré des dépenses monétaires sans précédent. La croissance forte  peut revenir en Algérie. Mais elle suppose la conjugaison de différents facteurs : une population active dynamique, un savoir faire, un goût du risque et des innovations technologiques sans cesse actualisés, un combat contre toute forme de monopole néfaste, une concurrence efficace, un système financier rénové capable d’attirer du capital et une ouverture à l’étranger en intégrant la diaspora. Pour s’inscrire dans la croissance mondiale, l’Algérie doit d’abord mettre en place une véritable économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de l’informatique au travail en équipe, de l’arabe, du français à l’anglais, du primaire au supérieur, de la crèche à la recherche. Elle doit ensuite faciliter la concurrence, la création et la croissance des entreprises par la mise en place de moyens modernes de financement, la réduction du coût du travail et la simplification des règles de l’emploi. Elle doit favoriser l’épanouissement de nouveaux secteurs clés, dont le numérique, la santé, la biotechnologie, les industries de l’environnement, les services à la personne, avec le vieillissement de la population. Simultanément, il est nécessaire de créer les conditions d’une mobilité sociale, géographique et concurrentielle. De permettre à chacun de travailler mieux et plus, de changer plus facilement d’emploi en toute sécurité.
9.-Neuvièmement, les réformes passent fondamentalement par une démocratie vivante, une stabilité des règles juridiques et une équité, des politiques parlant de justice sociale. La conduite d’ensemble de ces réformes ne peut ni être déléguée à tel ou tel ministre ni mise entre les mains de telle ou telle administration. Elle ne pourra être conduite que si, au plus haut niveau de l’État, une volonté politique forte les conduit et convainc les Algériens de leur importance. D’où, avec l’ère d’Internet, la nécessité d’une communication active transparente et permanente. Ensuite, chaque ministre devra recevoir une « feuille de route » complétant sa lettre de mission et reprenant l’ensemble des décisions relevant de sa compétence. Au regard de l’importance des mesures à lancer et de l’urgence de la situation, le gouvernement devra choisir le mode de mise en œuvre le plus adapté à chaque décision : l’accélération des projets et des initiatives existantes, le vote d’une loi accompagnée, dès sa présentation au Parlement, des décrets d’application nécessaires à sa mise en œuvre. Pour les urgences, mais seulement, des décisions par ordonnance pourront être utilisées.
10.-Dixièmement, pour mener à bien ces réformes, l’État et les collectivités locales doivent être très largement réformés. Il faudrait réduire leur part dans la richesse commune, concentrer leurs moyens sur les groupes sociaux qui en ont réellement besoin, faire place à la différenciation et à l’expérimentation, évaluer systématiquement toute décision a priori et a posteriori. La  croissance partagée par un sacrifice également partagé exige l’engagement de tous, et pas seulement celui de l’État, en organisant les solidarités devant concilier efficacité économique et équité par une participation citoyenne et un dialogue productif permanent. L’essentiel de l’action est entre les mains des Algériens, qui devront vouloir le changement et partager une envie d’avenir, apprendre davantage, s’adapter,  travailler plus et mieux, créer, partager, oser. La nature du  pouvoir doit également changer,  supposant une refonte progressive de l’Etat  par une réelle décentralisation autour de grands pôles économiques régionaux, impliquant non un Etat gestionnaire mais un Etat régulateur, conciliant coûts sociaux et coûts privés, tout en étant le cœur de la conscience collective.
11.-Onzièmement, facteur essentiel et décisif, la réalisation des objectifs passe nécessairement par un retour à la confiance supposant une autre gouvernance fondée sur un Etat de droit, une lutte réelle contre la corruption qui se socialise, constituant un danger pour la sécurité nationale, et, donc, une moralité sans faille pour ceux qui dirigent la Cité. Ce ne sera qu’à ces conditions que les Algériens réapprendront à envisager leur avenir avec confiance,  préféreront le risque à la rente, libéreront l’initiative, la concurrence et l’innovation. Le principal défi du XXIe pour l’Algérie sera la maîtrise du temps ; le monde ne nous attend pas et toute nation qui n’avancera pas reculera forcément. L’Algérie est liée à  l’Accord d‘Association avec l’Europe signé le 01 septembre 2005 et dont le dégrèvement tarifaire sera zéro en 2020. L’Algérie aura-t-elle  à cette date des entreprises publiques et privées  compétitives en termes de cout-qualité tenant compte de la dure concurrence internationale ? Qu’en sera t-il si l’Algérie adhère à l’organisation mondiale du commerce,(l’OMC)   représentant 85% de la population mondiale et 97% des échanges mondiaux avec les récentes adhésions de l’Arabie Saoudite et la Russie,   processus irréversible si l’Algérie ne veut pas  s’isoler des relations internationales ?
12- Douzièmement, retarder les réformes ne peut que conduire à une lente désintégration, un appauvrissement, une perte de confiance en l’avenir où certains scénarios prévoient une chute des recettes entre 2017-2020, limitant dès lors l’investissement de Sonatrach, l’épuisement inéluctable de la rente des hydrocarbures (pétrole 2020-2025- gaz traditionnel horizon 2030), et ce, au moment où la population avoisinera 50 millions d’habitants. Qu’en sera-t-il entre 2016/2020 du financement au rythme de la dépense publique actuelle, lorsque les USA seront concurrents directs de Sonatrach grâce à la révolution du pétrole-gaz de schiste et où les recettes provenant de ce pays représentent plus de 15%, et ce, sans compter la concurrence directe de Gazprom ( 30% du marché européen , Qatar 8% et l’Algérie étant passé de 13% en 2009/2010 à 9% fin 2013) et  les nouvelles découvertes en Méditerranée orientale ( 20.000 milliards de mètres cubes gazeux) où entre 2017/2020 nous devrions assassiner à une baisse des recettes de Sonatrach? Les importations en 2013 comme rappelé précédemment , ont été de 55 milliards de dollars de biens, 12 milliards de dollars de services contre 1,5 milliard en 2000, appel intensif à l’assistance étrangère et ne pouvant créer un tissu productif durable sans Enggerening nationale,  sans compter les transferts légaux de capitaux entre 5 et 7 milliards de dollars soit une sortie en devises de plus de 72 milliards de dollars. Pour la loi de finances 2015, les tendances  vont vers 80 milliards de dollars de sorties de devises. .Or, les  recettes de Sonatrach sont passées de 73 milliards de dollars entre 2010/2011 à 63 milliards de dollars fin 2013. Le dernier rapport du Ministère de l’Energie en date du 04 septembre 2014 confirme cette tendance à la baisse en volume qui est atténuée par  la hausse des prix en 2013,   soit une baisse annuelle de 10 milliards de dollars. La chute récente du cours des hydrocarbures entre août et septembre 2014, (6/7 dollars en l’espace de quelques semaines) si elle devait  se prolonger dans le temps  aurait des incidences  négatives sur le budget de l’Etat qui entre le fonctionnement et l’équipement fonctionne  2014/2015 sur la base d’un cours de 115/120 dollars le baril. L’on irait inéluctablement vers une tendance à l’épuisement  du fonds de régulation des recettes dont le montant  en valeur souvent  gonflé artificiellement par le dérapage du dinar par rapport au dollar et par là le montant de la fiscalité hydrocarbures et le montant  de la fiscalité  ordinaire en cas de dérapage par rapport à l’importation de biens en euros,  étant passée de 4842 milliards de dinars en 2012, 5381 en 2013 étant prévu selon la loi de finances prévisionnelle de 2014 qu’il passe à 7226 fin 2014 alors que  selon le rapport de la  banque d’Algérie  il a accusé une  baisse passant de 5238 milliards de dinars fin 2013 à 4773 fin mars 2014. Par rapport aux réserves de change estimées en mars 2014 à 195 milliards de dollars non compris les 173 tonnes d’or, (86% étant placées à l’étranger à plus de 90%  en bons de trésor américains et en obligations européennes à un taux fixe à moyen terme de 3%,) au rythme de la dépense actuelle, cela  permettra à l’Algérie de tenir trois à quatre  années allant donc vers  l’épuisement  horizon 2020. Rappelons que le  déficit budgétaire prévu dans la loi de finances 2015 dépasse 52 milliards de dollars.
En résumé, tant qu’il y a la rente, la fuite en avant est la distribution de revenus sans contrepartie productive, sacrifiant le développement du pays et les générations futures, rentrant dans le cadre d’une stabilité statique suicidaire. la part insignifiante du tissu productif, les importations massives  de produits agricoles comme en témoigne la chute de 30% de la production de blé  en 2014 par rapport à 2013, mais plus  de 100% par rapport aux années 2008/2009, la production  étant estimée en 2014 à 32 millions de quintaux contre plus de 62 entre 2008/2010, montrent clairement que l'économie algérienne   dépend des aléas climatiques  et des fluctuations du cour des hydrocarbures qui échappent à la décision intérieure et donc la faiblesse du management stratégique de la majorité des secteurs.  Le pouvoir algérien, mais aussi la majorité de la population dont le revenu est fonction à plus de 70% de la rente des hydrocarbures doivent savoir qu'une Nation ne peut distribuer que ce qu'elle a préalablement produit, que l’avenir de l’emploi et de leur pouvoir d’achat n’est plus dans  l’administration et les emplois rentes qui voilent le taux réel du chômage, mais dans les segments productifs. Comme les subventions à répétition mal   ciblées et mal gérées (25 milliards de dollars sans compter les  transferts sociaux comprimant artificiellement le taux d'inflation, vont devenir de plus en plus insupportables. Toute Nation qui n’avance pas recule forcément  étant toujours en dynamique n’existant pas de situation statique. L’Algérie face à  une concurrence internationale de plus en plus acerbe  réaliser à la fois sa transition économique et sa  transition énergétique. A terme l’Algérie n’aura plus les moyens financiers  de préparer les réformes attendues, et vivra sous l’emprise de la peur et voyant partout des menaces, là où les autres ne verront que de la chance. Puisse notre pays, grâce à ses femmes et hommes de bonne volonté, traverser la crise multidimensionnelle à laquelle elle est actuellement confrontée et devenir un acteur actif dans le concert des nations notamment au sein  de la région euro-méditerranéenne  et africaine. Il en a les moyens pour peu que les fondements du  développement du XXIème siècle soient mise en œuvre: la bonne gouvernance et la valorisation du savoir dans le cadre des nouvelles mutations mondiales.



Par Dr Abderrahmane Mebtoul, Expert international
Mardi 16 Septembre 2014 - 18:27
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ACTUALITÉ
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