REFLEXION

TRICHE AU BAC : La faute ne revient pas uniquement aux candidats …

Comme tous les ans, et jusqu’au jour ‘’J’’ du top départ des épreuves, ce n’est qu’angoisse, crainte et appréhensions accompagnant la sensation qu’on n’a pas assez révisé. La panique de la feuille blanche hante tous les esprits, et laisse entrevoir aux plus malins le salut de la tricherie.



La triche au baccalauréat existe, a existé depuis l’institution de ses épreuves, et existera tant qu’il y aura un examen à passer. La seule différence qui en caractérisera les annales reste l’ampleur prise.

Session 2013, l’Etat a initié le grave précédent !
Juin 2013. En de nombreux centres d’examen et à travers plusieurs wilayas, les enseignants-surveillants, malgré l’aide des forces de l'ordre, furent submergés par les vagues de candidats tricheurs ébranlés par la colère et l’indiscipline. Les incidents du troisième jour des épreuves du bac 2013 n’étaient point étrangers ni à  la situation du système éducatif, ni au contexte socio-politique général prévalant.
Selon l’ONEC (Office national des examens et concours), les cas de triche confirmée étaient au nombre de 3.180, enregistrés dans 6 wilayas du pays. ‘’Soit un taux de 0,56%’’, avait indiqué le directeur de l’Office, en guise de précision pour minimiser le scandale. Sur la base des rapports des centres d’examens touchés, la fraude s’est limitée à 163 salles sur un total de 31 252, dans 11 centres parmi les 1928 centres d’examen réquisitionnés.
La tricherie avait battu tous les records malgré qu’officiellement, les sujets proposés à l’examen étaient à la portée de l’élève moyen et inspirés des cours au programme dispensés tout au long de l’année. On souligna également que ce qui avait circulé à propos de l’épreuve de philosophie était ‘’à caractère alarmiste donné par certains titres de la presse nationale qui lui ont accordé trop d’ampleur’’.
"Les cours suggérés comme étant des sujets probables que nous avons révisés et pour lesquels nous nous sommes préparés ne figuraient pas parmi les questions de l'épreuve de philosophie’’, pour les uns, ou "je n'ai révisé que certaines dissertations en pensant que l'une des 3 questions s'y rapporterait mais finalement, aucune des probabilités ne s’est présentée dans le sujet’’, tels furent les arguments peu consistants avancés par les candidats défaillants pour justifier l'injustifiable.  
Conformément à la loi organisant l’examen du baccalauréat qui fixe les conditions de tricherie, ces cas ont été examinés au cas par cas, et les 3180 tricheurs ‘’avérés’’ furent dûment sanctionnés, malgré le forcing de certains collectifs de parents d’élèves.
Contrairement à cette même loi, la commission ministérielle chargée d’étudier les demandes de réexamen de la décision ‘’réglementaire’’ d’exclusion de l’examen du baccalauréat, session juin 2013, opta pour la réduction de la durée d’exclusion des candidats ‘’concernés par la participation à la fraude collective’’, ramenée à seulement une année ferme’’, en faisant toutefois état de la confirmation de ‘’l’échec de tous les candidats concernés’’. Le fi voué à la loi ne pouvait être complaisant davantage à l’égard des seuls candidats, car la clémence n’a point profité aux personnels d’encadrement ayant ‘’manifesté une défaillance’’ qui sont restés objet des sanctions déjà prononcées.
Et pour minimiser l’ampleur, la commission n’omet pas de rappeler que ‘’l’examen du baccalauréat, session 2013, a connu quelques perturbations lors de l’épreuve de philosophie dans 11 centres d’examen dans les wilayas d’Alger, Constantine, Oran, Ain Temouchent et Tlemcen, ce qui a poussé les candidats à sortir des salles d’examen et à recourir à la participation à la fraude par toutes sortes de moyens’’.
Tout le monde semble avoir trouvé son compte dans cette décision de maintenir l’exclusion de l’examen, même après la révision de cette sanction à une année au lieu de 3 ans. Seulement, on n’allait pas rester là.
La décision de la sanction qui a été saluée par tous les syndicats autonomes sera mise à l’épreuve par le Premier ministre Abdelmalek Sellal, qui au lendemain du verdict de son ministre de l’Education nationale, décidera que les élèves tricheurs allaient être réhabilités. Il était dit que sur injonction de ce dernier, la fraude au bac allait être réhabilitée !

Le laxisme qui perdure fatalement
La contre-décision d’autoriser les fraudeurs à refaire l’année fut un grave précédent qui ouvrira une immense brèche à la recrudescence de la triche.  
Au lieu de la fermeté qu’il fallait conforter, encore une fois, ce furent le laxisme et la clémence sociale qui s’imposèrent au grand dam de la famille enseignante.
A trop vouloir acheter à n’importe quel prix la paix sociale, c’est le bac, le sésame pour l’accès à l’Université qui accusait, hélas, un sacré coup quant à sa crédibilité.
Partout ailleurs, tricher ou même tenter lors d’un examen peut avoir de lourdes conséquences si on se fait attraper, ce qui peut entraîner une note minimale à votre test, une suspension ou même éventuellement l’expulsion.
La triche dans cet examen ne date pas seulement de cette ‘’Première’’ dans les annales. Des cas graves de triche sont enregistrés depuis des années, ici et là, mais ils sont étouffés pour de multiples raisons.
Aujourd’hui, les élèves réalisant éperdument et allègrement l’ambiance flasque des établissements scolaires, ont durci le ton d’un cran. La crainte a changé de camp.
La triche s’est grandement ‘’démocratisée’’ à la faveur de l’ère du plus pérenne ministre de l’Education de l’Algérie indépendante, de ses réformes synonymes d’échecs, et de leurs batteries de causes amplement favorisantes, voire incitatives à la tricherie.
 ‘’L’Algérie est le seul pays au monde où le candidat passe 5 jours, matin et soir, à subir les épreuves du bac !’’, nous fait remarquer Aziz Omar, un professeur de mathématiques bien ‘’rompu’’ à la surveillance et correction de cet examen décisif pour l’accès à l’Université. ‘’L’élève est devenu passif. Il ne compte que sur l’aide de quelqu’un d’autre. Pas étonnant donc  qu’il triche ! De nos jours, vraiment rarissimes sont les élèves qui montrent du sérieux au point d’encourager le prof à se sacrifier pour eux’’, explique-t-il.

Littéraires et ‘’philosophes’’, plus tricheurs que les scientifiques
 ‘’S’il s’agit de dresser le profil d’un tricheur, c’est parmi les filières littéraires, dans les matières où l’on ne compte que sur le ‘’parcoeurisme’’, en général, à l’instar de l’histoire-géo, ou la philosophie’’, affirme Abdallah, un chef d’établissement à Mostaganem, bien au fait des causes profondes de la décadence du système éducatif en Algérie. ‘’La tare est dans les programmes dont sont encombrés les élèves. Pourquoi impose-t-on l’éducation religieuse systématiquement à l’ensemble des candidats ? La raison est purement idéologique !’’, poursuit-il, avant de porter un jugement très critique quant au volet pédagogique. ‘’Ces filières sont devenues les branches fourre-tout de l’enseignement secondaire. Quiconque n’a pas accès aux filières scientifiques y est orienté, y compris ceux qui n’ont pas leur place au lycée, en raison de leur indiscipline ou de la violence. Très rare qu’un candidat s’y distingue avec un 14 ou un 15 au baccalauréat. Et puis, l’autre défaillance, c’est qu’on n’inculque pas à l’élève l’esprit critique, de l’analyse et de la synthèse. Même dans la matière noble de la philosophie, nos élèves ont été aguerris à l’apprentissage par cœur de longues leçons, qu’ils refouleront, telles quelles, et pêle-mêle, sans trop se soucier si l’on répond au sujet ou à son antipode’’, dira Abdallah, avec une pointe d’amertume.

La tricherie banalisée !
Déjà en situation ordinaire durant l’année scolaire, les élèves ne lésinent point sur les moyens pour assurer les moyennes minimales de passage d’un niveau à l’autre. Encore faut-il savoir qu’en matière de triche, ces élèves, devenus cracks dans la manie des gadgets technologiques, ont toujours une longueur d’avance sur leurs profs, quand il s’agit de défier toutes formes de surveillance. Désormais, plus aucun enseignant n’occulte ce phénomène de triche, banalisé à souhait, et qui inquiète, outre mesure, quand il s’accompagne d’agressivité et de violence. Surveiller des épreuves du bac est devenu un exercice risqué et périlleux, si l’on croit les nombreux profs en exercice ou à la retraite consultés. ‘’Quel est le courageux surveillant désigné au lycée de Tigditt, qui osera empêcher de tricher des candidats sous l’emprise de psychotropes, ou pire pour lui, se hasardera à dénoncer sur PV un tricheur pris en flagrant délit ?’’, nous rétorque Ladjel, un enseignant à la porte de la retraite.
En dépit des rémunérations conséquentes, et surtout quand on sait que les policiers affectés à la sécurisation des épreuves n’ont pas prérogative à intervenir au sein des établissements, l’exposition à l’agression gratuite dissuade plus d’un enseignant à se dérober à la réquisition pour la surveillance.      
Autre ‘’poussée’’ non négligeable à la tricherie, le ‘’contrat de performances’’ dans la ‘’production annuelle’’ de bacheliers imposé aux wilayas. Chaque wilaya tente de se distinguer et en tous les cas, d’échapper au blâme dont les conséquences peuvent être fâcheuses, surtout pour les chefs aux postes mal acquis ou sans supports solides derrière.
Trop facile et particulièrement hâtif de blâmer ou condamner une partie dans un ensemble. C’est comme pour le football, il ne sera pas évident de persuader beaucoup de candidats à se détourner de la triche tant que tout un système et l’ambiance générale les incite à y recourir.

M. Ould Tata
Dimanche 8 Juin 2014 - 10:34
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