REFLEXION

TRAVAIL DES ENFANTS : Plus de 300 000 enfants travaillent en Algérie



TRAVAIL DES ENFANTS : Plus de 300 000 enfants travaillent en Algérie
Entre 250 000 et 300 000 enfants travaillent en Algérie selon, Mecki Abdelhak, Directeur Exécutif de l’Organisme National pour la Promotion de la Santé et le Développement de la Recherche Scientifique « Foram ». M. Mecki a animé une conférence de presse autour du « Travail des Enfants », au siège de l’organisme à Hussein Dey, dans le but de présenter un étude qui été entreprit par l’organisme l’année dernière qui a été complétée par des informations de cette année, autour du phénomène du travail des enfants.Il a indiqué que les différentes études de l’organisme indiquent que le nombre d’enfants qui travaillent en Algérie en dessous de l’âge légal va de 250 à 300 mille enfants, il a abordé leurs foyers qui souvent se trouvent dans les milieux huppés en les employant comme des servants dans des maisons.En ce qui concerne l’étude menée l’année dernière, elle a touché 2979 enfants dont 702 filles à travers 8 wilayas d’Algérie qui sont Alger, Ai Defla, Blida, Bejaia, Boumerdés, Bouira, Tipaza et Tizi Ouzou, cette étude montre que 56% des interrogés se sont arrêtés au moyen, 31% au primaire, il est a noter que 31% des enfants ont indiqué qu’ils avaient quitté l’école de leur plein gré, et rarement à cause des conditions sociales des familles.28% de ces enfants travaillent loin de leurs familles, 53% indiquent que la raison principale est pour aider leur famille, 75% affirment que l’argent est donné aux parents. Cette étude présente une longue liste des métiers qu’ils exercent sur la route, vendre du pain, 354 enfants ont indiqué qu’ils vendaient du pain pour subvenir aux besoins de leurs familles. Qui sont ces enfants qui travaillent ? Le travail des enfants en Algérie en dessous de l’âge légal augmente d’une manière flagrante selon les experts. De nombreux enfants sont obligés de quitter l’école pour rejoindre, précocement, le monde du travail en Algérie. Ils offrent leurs bras dans la rue pour se prendre en charge, mais surtout pour soutenir leurs familles. Riyad a quitté l’école à l’âge de neuf ans car il ne trouvait plus d’argent pour assurer ses études à cause de la misère dans laquelle vivait sa famille. Il a aujourd’hui treize ans. Il sait très bien qu’il devait être à l’école avec ses camarades de classe qu’il a quittés sans pouvoir les oublier. Rencontré aux alentours d’un quartier à Boudouaou, Riyad a eu du mal à nous raconter ses déboires, du premier coup, mais, ayant repris confiance, il a décidé de parler à cœur ouvert. « Je sais bien que je devais être à l’école, mais c’est la situation misérable dans laquelle vivent mes parents qui m’a obligé à travailler et à sortir le matin pour ne revenir qu’à la tombée de la nuit à notre baraque de fortune », nous révèle Riyad d’une voix attristée. Vendant des cigarettes, des friandises et du pain traditionnel « la galette » préparé par sa mère, Riyad veut à tout prix gagner un peu plus d’argent. « Mon but est de récolter une bonne somme d’argent, pour donner la moitié à mon père et l’autre je la garde pour moi, afin que je puisse acheter quelques vêtements », dira Riyad qui passe de longues heures à marcher jusqu’à qu’il sent un épuisement accablant. Comme tous les enfants, la période d’été est la saison tant attendue pour Riyad. Il ne s’agit pas d’une période de détente et de vacances, il est question plutôt de doubler ses gains en vendant des « mhadjeb » et des « beignets » préparés à la maison. Visiblement, Riyad dégage une certaine rancœur, cachée au plus profond de lui, envers la société et envers ses parents. « J’ai grandi avant terme ; je me suis privé d’école au moment ou les autres enfants de mon âge étaient en pleine scolarité », fulmine-t-il. Cet enfant n’est qu’un exemple parmi des milliers de gamins qu’on rencontre sur les trottoirs, dans les gares-routières, sur les bas côtés des autoroutes. Leur commerce se limite à quelques produits comme la galette qu’on refile au niveau des voies à grande circulation. La clientèle ne se bouscule pas devant les corps frêles de ces enfants, qui, à longueur de journées glacées de ce mois de février attendent qu’un automobiliste daigne s’arrêter. Le cas de Samir, treize ans, est un peu différent de celui de Riyad. Lui, qui est en classe de deuxième année moyenne, n’a pas pu échapper au phénomène. « Chaque jour et après les heures des cours, je me mets à vendre de la galette préparée par ma mère. Je suis obligé de me prendre en charge et de soutenir ma famille », raconte Samir. Et d’ajouter : « Une fois l’année scolaire terminée, je commence à travailler pour épargner de l’argent, et ce pour financer la rentrée de l’année suivante et économiser pour quoi acheter quelques habits et des articles scolaires. »Pour les observateurs, la plus part de ces enfants sont issus de familles vivant dans la misère en Algérie. « Ces familles font partie d’une classe sociale défavorisée qui souffrent d’une pauvreté accablante », estime Lynda.B, sociologue. Et d’enchainer : « Ces pauvres enfants se trouvent devant l’obligation de quitter leurs écoles dès le jeune âge pour affronter un monde totalement différent et plein de dangers. Ainsi, ils subissent inexorablement la pression d’un univers nouveau dans lequel ils ont plongé sans d’être préparés pour cela. Ils sont contraints d’affronter les adultes, les concurrents, les délinquants etc. », explique cette universitaire qui a fait partie d’un groupe de recherches sur l’enfance. Durcissement des sanctions Les contrôles effectués ces dernières années, notamment à partir de 2002, ont montré que le nombre d’enfants travaillant en Algérie dans le cadre d’une relation de travail est très infime Intervenant en marge d’une rencontre organisée hier à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants, le secrétaire général du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Sécurité sociale a indiqué que l’Algérie, de par ses obligations internationales, a procédé à la ratification des conventions 182 et 138.La première concerne le travail en algerie des enfants et l’autre l’âge légal du travail. «Toutes les enquêtes et investigations effectuées au niveau du territoire national font ressortir que le travail des enfants est quasi inexistant dans notre pays», a affirmé Mohamed Khiat. Selon lui, les contrôles effectués ces dernières années, notamment à partir de 2002, ont montré que le nombre des enfants travaillant dans le secteur économique dans le cadre d’une relation de travail est très infime, 0,56% en 2002, 0,54% en 2004 et 0,17% en 2008.En outre, ce taux est en régression depuis 2002. «Notre code du travail date de 1990, actuellement nous sommes en train de finaliser un nouveau projet qui a été discuté avec l’ensemble des parties concernées», a indiqué M. Khiat.Il est important de rappeler que l’âge légal de travail en Algérie est supérieur à celui exigé par les conventions internationales. En effet, alors que les conventions internationales fixent cet âge à 14 et 15 ans, chez nous il est de 16 ans. Travail des enfants en Algérie : La déperdition scolaire Il suffit, en fait, de faire un tour dans les marchés pour constater que des jeunes adolescents, en âge d’aller à l’école, vaquent à des occupations au péril de leur frêle jeunesse sans que cela n’émeuve outre mesure les pouvoirs publics. On trouve ces enfants de 10 à 18 ans sur les trottoirs, proposant des marchandises étalées à même le sol, au marché hebdomadaire, revendant des fruits et légumes, voire sur les chantiers et autres usines privées à fabriquer des parpaings, échappant au regard et à la vigilance de l’inspection du travail.« Le phénomène du travail des enfants interpelle toute la société et les pouvoirs publics qui doivent mettre un terme à l’exploitation machiavélique de cette frêle jeunesse par des employeurs qui osent recruter à bon marché des enfants issus de couches défavorisées », dit, dépité, un enseignant.Il conçoit mal que la législation du travail ne soit pas appliquée avec vigueur pour châtier les contrevenants qui sont passibles de peines d’emprisonnement sous d’autres cieux. Par ailleurs, lors d’une rencontre organisée récemment par les directions de l’action sociale, de l’éducation et l’inspection de travail de Bouira pour sensibiliser et informer sur ce phénomène, il ressort des chiffres communiqués que l’exploitation des enfants n’est pas si inquiétante. Ce que récuse un enseignant, arguant du fait que les chiffres en question ne reflètent pas la réalité du terrain. Preuve en est, ajoute-t-il, que les recensements effectués par les différents services (DAS, DE, inspection du travail) ne prennent pas en considération les emplois qui n’ont pas été communiqués ou ceux n’ayant pas fait l’objet de perquisition. Ces recensements font aussi abstraction des cas rencontrés dans d’autres créneaux tels que le ramassage des objets pour la récupération et le recyclage, le travail dans les champs chez les fellahs et bien d’autres cas non connus jusque-là, à l’image des vendeurs de galettes, de figues... au bord des autoroutes. Ces enfants sont exploités par des commerçants moyennant quelques sous. D’aucuns estiment, en revanche, que le travail des enfants est un épiphénomène qui résulte de la déperdition scolaire des moins de 18 ans. Cette catégorie d’âge, notamment dans les familles modestes, verse systématiquement dans le monde du travail. Pour étayer ses chiffres et faire la lumière sur la déperdition scolaire au niveau de la wilaya de Bouira, la direction de l’éducation avance, pour la période 2004-2005, 7472 élèves sur 55 000 scolarisés qui ont quitté l’école avant d’atteindre 18 ans, soit un taux de 13%. Alors que, comparativement à ladite période, l’année scolaire écoulée a enregistré un taux de déperdition de 9,33%. Sur les 55 901 élèves scolarisés, la direction de l’éducation a enregistré pas moins de 5700 élèves ayant quitté les bancs de l’école. La législation algérienne bannit le travail des enfants. Ceci en théorie, mais dans la réalité la situation est différente. Des personnes n’ayant pas atteint l’âge de la majorité s’adonnent à de pénibles besognes pour aider leurs familles à subsister. Scolarisés ou non, ils travaillent dur comme fer pour gagner quelques dinars qui couvrent des besoins vraiment élémentaires. Qui a donc dit que tous les enfants d’Algérie sont logés à la même enseigne ? Et qu’ils partent en villégiature pendant leurs vacances scolaires ? Ont-ils tous la possibilité de s’offrir des loisirs sur les nombreuses plages que compte le pays ou se revigorer sur les cimes des montagnes de Chréa et d’ailleurs ? Ou encore d’aller se recréer sous d’autres cieux ? Loin s’en faut, tel n’est pas le cas de beaucoup d’enfants qui, au contraire, profitent de leurs vacances pour travailler en vue de se faire un peu d’argent qui aidera les parents à boucler leurs fins de mois en prévision du ramadhan et surtout à acheter les fournitures scolaires et les vêtements à la rentrée. Un appoint financier que d’aucuns attendent avec impatience pour renflouer le budget familial en pareilles circonstances. Toutefois, ce n’est pas uniquement en période de vacances que des enfants issus de familles pauvres travaillent, mais plutôt à longueur d’année, notamment ceux qui ont quitté l’école prématurément. Le marché de gros de Khemis El Khechna (wilaya de Boumerdes) est fort édifiant en matière d’exploitation des enfants. Qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’il fasse beau et même sous un soleil de plomb, ils sont là, les manches retroussées à l’affût d’un nouveau client. Nous les avons rencontrés cet été. Pourtant, le ministère du travail avait lancé une campagne, en 2006, qui s’intitule « été sans travail des enfants ». Vraisemblablement, cette initiative n’a pas abouti. Le manque de contrôle sur le terrain fait grandement défaut. Qu’importent l’endroit et l’activité. L’essentiel, pour eux, c’est de gagner ces dinars qui ne seront jamais de trop eu égard à la cherté galopante de la vie et à l’érosion du pouvoir d’achat des couches défavorisées de la société. Des droits confisqués Les bambins sont âgés entre 12 et 16 ans. Ils sont tous de sexe masculin et se réveillent très tôt le matin, aux environs de 4 heures ou 5 heures, a-t-on appris, pour dénicher une activité journalière, à savoir pousser des charrettes remplies de cageots garnis de fruits et légumes . Il y a le travail direct pour lequel ils sont payés rubis sur l’ongle par les acheteurs, généralement des commerçants au détail, qui viennent de partout s’y approvisionner, ou encore le travail indirect qui consiste à ramasser les produits qui tombent des camions au moment de décharger et que les enfants s’accaparent furtivement, ou encore des produits que l’on jette carrément dans la nature parce qu’ils n’ont pas trouvé preneurs. Les produits récoltés par les enfants ne sont pas forcément acheminés au domicile familial, du moins une partie sera proposée à la vente. Les enfants font, ainsi, le porte-à-porte des appartements des cités limitrophes, celle du 18 Février ou encore celle des 300 logements attenante au marché. Des sachets contenant pèle-mêle différents légumes sont proposés entre 50 et 150 DA, ou un peu plus selon la variété et la quantité. Cette vente leur procure quelques dinars « qui seront utilisés à d’autres fins que la nourriture », précise Fouad, pas plus haut que trois pommes. Il a 14 ans et est le troisième d’une fratrie de trois filles et deux garçons. Depuis deux ans, il s’adonne à la débrouillardise pour aider sa maman veuve et sans emploi. « Mon père travaillait comme coffreur dans le bâtiment chez un privé, il n’était pas déclaré à la sécurité sociale et ma mère n’a bénéficié d’aucune pension, donc je suis contraint de l’aider », dit-il, avec un air de désolation. « Comme je suis scolarisé, je travaille pendant les trois mois de l’été tandis que les autres mois de l’année, je viens sporadiquement, généralement le week-end, pour pouvoir être à l’heure en classe », poursuit-il. Le corps frêle et la mine froissée, il pousse difficilement sa charrette contenant pas moins de six cageots garnis de pommes de terre et de poivrons. A raison de 10 DA le cageot, les garçonnets s’efforcent, en conséquence, de remplir leurs charrettes avec un maximum de cageots et de faire le plus grand nombre de navettes entre le marché et le parking des acheteurs. Et pour cause : l’argent qui sera amassé en dépend. Quand on sait que le cageot pèse environ huit kilogrammes, l’on devine la souffrance des mômes, encore en période de croissance, à supporter un poids de marchandise qui dépasse amplement leur poids. Ils ne connaissent malheureusement rien des conséquences qui peuvent en découler. Des dinars comme appoint au budget familial De plus, ces petits travailleurs s’adonnent à une rude concurrence. C’est à qui mieux-mieux. Redouane, 15 ans récolte généralement entre 400 et 900 DA/jour. « Ça dépend des jours, précise-t-il, lorsqu’il y a beaucoup de préposés au transport de la marchandise comme en période de vacances, je gagne moins d’argent. » Mohamed, dont le papa est incapable de subvenir aux besoins de sa petite famille, étant donné qu’il est agent de sécurité dans une entreprise privée et que son salaire ne dépasse pas 12 000 DA/mois, vient régulièrement au marché surtout pendant les vacances scolaires pour aider ses parents, non sans leur consentement. « Mes parents n’y voient aucun inconvénient, au contraire ils apprécient parce je leur épargne au moins les dépenses des légumes et les frais de la rentrée scolaire», dit-il. Il faut savoir qu’il y a environ 400 charrettes dont 316 sont en circulation, que des privés louent à raison de 100 DA la charrette pour la journée. Alors que le marché est ouvert de 4 h jusqu’à 20 h. Par ce temps de chaleur torride, la majorité des enfants aiment venir avant le lever du soleil et repartir aux environs de 8 h ou 9 h.Si la plupart de ces enfants sont issus de familles pauvres et nécessiteuses, d’autres viennent à l’insu de leur parents pour se faire un peu d’argent qui leur permettra d’aller à la plage ou de s’offrir des choses que les parents ne leur achètent pas. C’est le cas de Fayçal, 15 ans, dont le copain de classe a initié à ce travail. « Pour deux heures de chargement, je gagne un argent de poche qui me permet d’acheter des glaces ou de payer le transport pour aller à la plage au moins pendant une semaine » explique-t-il, précisant que ses « parents ne sont pas au courant ». Les pouvoirs publics minimisent le problème Mais pour les pouvoirs publics, le phénomène inhérent à l’exploitation des enfants est quasiment inexistant en Algérie. « Les cas recensés sont loin d’être préoccupants », affirme le directeur général de l’Inspection du travail, président de la Commission nationale intersectorielle de prévention et de lutte contre le travail des enfants, M. Mohamed Khiat. En s’appuyant sur les résultats d’une enquête réalisée par ses services en 2006, ce même responsable fait savoir que sur 3 853 établissements employant un effectif de 28 840 travailleurs salariés, il a été enregistré 156 enfants n’ayant pas l’âge légal de 16 ans, soit 0,54% contre 0,56% enregistré en 2002. Ces données, dit-il, confirment que la situation en Algérie « n’est nullement inquiétante en la matière et que notre pays n’est pas du tout concerné par les cas des pires formes de travail des enfants ». Pour le ministre du Travail, l’emploi des enfants a lieu généralement dans le secteur agricole, le commerce et au sein des familles, notamment démunies, mais quasi insignifiant dans le secteur légal. En outre, l’Algérie a, selon lui, engagé nombre d’actions de sensibilisation et de lutte sur le terrain législatif et pratique dont la mise en place en 2003 d’une commission de coordination intersectorielle permanente. Néanmoins, le ministre estime qu’au-delà des mesures législatives répressives, l’accent doit être mis sur l’action continue et le travail collectif impliquant non seulement les pouvoirs publics, mais aussi la société civile, les organisations syndicales, les employeurs, les travailleurs, les associations de parents et les familles. Mais que feront les appels, aussi pathétiques soient-ils, lancés depuis les tribunes officielles pour dénoncer le travail des enfants ?

Bougueffa Djamila
Jeudi 22 Juillet 2010 - 00:01
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DOSSIERS
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