REFLEXION

SOULEIMAN BENCHEIKH DECORTIQUE L’EXCEPTION MAROCAINE : Le dilemme du roi M6



« Le dilemme du Roi », un livre écrit par Souleiman Bencheikh , un journaliste marocain qui a décroché en 2008 le premier prix Press Now du journalisme d’investigation au Maroc. Paru le 13 janvier  dernier, le livre sonde « l’incroyable résistance de la monarchie » face aux différents mouvements de protestation. Il montre, d’après la préface, que la pensée politique marocaine est vivante, mais marquée par un étrange paradoxe : le roi est à la fois le recours des progressistes et l’alibi des islamistes. « Tiraillé entre deux voies opposées, il ne peut choisir l’une sans sacrifier l’autre ». Il existe une certaine particularité chez les rois chérifiens qui ont jalonné l’histoire du Maroc et qui mérite qu’on s’y attarde : ils s’adaptent. Qu’il s’agisse des crises, des révoltes, des dures épreuves comme le protectorat, voire même dans certains cas lorsqu’ils sont devant des adversaires qui ne sont pas des moindres, à savoir le mouvement national au lendemain de l’indépendance. Les sultans et rois en questions parviennent, par une ingéniosité propre à leur ADN, à se mettre à l’abri de la tempête et à la fois se conserver, mais conserver aussi l’essentiel de leurs pouvoirs.

L’exception marocaine d’aujourd’hui
Et c’est cet aspect que se propose d’analyser le dernier ouvrage du journaliste Souleiman Bencheikh, Le dilemme du roi. Court essai qui a tout pour devenir une référence en la matière, le livre revient sur l’histoire et les errances d’une monarchie pas comme les autres. Une exception bien marocaine, mais pas comme celle véhiculée dans les médias officiels. Cette exception repose donc sur une légitimité religieuse qui différencie le pouvoir marocain des autres régimes l’avoisinant. Et c’est cette même légitimité qui a permis, dans un premier temps, au pouvoir marocain de passer sans trop de remous la période dite du printemps arabe. Dans un second temps, comme tient à le préciser l’auteur, on ne saurait réduire le souverain marocain à un simple dictateur. Il y a une nuance à faire quand on veut parler du régime marocain qui ne saurait être classifié par de simples adjectifs qu’on utilise bien souvent. Autoritaire ou dictatorial, là n’est pas la question. Quand on aborde la monarchie marocaine, on ne saurait mettre de côté sa tradition et son histoire qui forgent le socle essentiel du trône. Si nous avons précédemment parlé des rois chérifiens qui s’adaptaient, au fil du temps, aux événements de leur contexte, il s’avère aussi nécessaire d’expliquer comment ces dirigeants savaient s’adapter. Pour la plupart, il était question de prendre des décisions. Des choix qui engageaient aussi bien l’avenir du pays que de leur dynastie. Et souvent, il a été question d’une période où l’Europe se faisait de plus en plus dominatrice. A titre d’exemple, Souleiman Bencheikh cite le Saâdien Ahmed Al Mansur Ad-dahbi ou encore l’Alaouite Moulay Ismaïl. Ces deux sultans avaient fini, au nom de la pérennité de leur trône, par choisir la voie de la réforme profonde de leurs systèmes. L’auteur note que « l’effort réformateur du premier est essentiellement porté sur la redéfinition des enjeux diplomatiques du Maroc et sur une politique de grandeur […]. Un siècle plus tard, le second poursuivra le même effort de réorganisation. Et ici encore, le sultan a les yeux rivés sur ses encombrants voisins européens et turcs. Al-Mansur comme Moulay Ismaïl veulent compter dans le concert des nations et n’ont que trop conscience de la pression que fait sur eux l’essor de l’Europe. » Revenant sur l’époque actuelle, Souleiman Bencheikh parle plus d’une réforme par procrastination. En effet, les tentatives de réformes sous l’ère de Mohammed VI se caractérisent surtout par leur lenteur mais aussi par leur inefficacité. Que cela soit l’IER qui ne mettra en rien un terme aux pratiques des tortionnaires, ou encore la moudawana qui, selon l’auteur, avait effectivement fini par ne pas interdire le mariage des mineurs ou encore le mariage polygame. Il en est de même des campagnes de sensibilisation qui ne sont toujours pas au point. Néanmoins, l’auteur conclut sur une bonne note. Prenant exemple de la récente affaire Danielgate durant laquelle une vague de mobilisation via les réseaux sociaux avait fait pression auprès du roi pour que celui-ci annule sa grâce accordée à un pédophile espagnol, l’auteur rappelle un point essentiel. Il note ainsi : « A l’heure de l’hyper-communication et de l’hyper-mondialisation, le temps des dirigeants qui gouvernent sans rendre de comptes touche à sa fin […] Sans doute, Mohammed VI peut-il encore bénéficier d’un sursis lié à sa personnalité, souvent jugée attachante, à sa bonne volonté, ainsi qu’à son orientation progressiste. Est-il pour autant à l’abri d’une dégradation rapide de la situation socio-économique ? Ne lui demandera-t-on pas un jour de rendre des comptes ? » Ce n’est pas une partie de la société ou une force bien précise qui voudront la réforme de la monarchie marocaine. Mais c’est plutôt le sens de l’évolution des sociétés qui se veulent être plus aux aguets quant à la gestion de la chose publique.
Extraits : « Au Maroc, la personnalisation de l’exercice du pouvoir et l’absence de contre-pouvoirs ne profitent au fait ni au roi, ni au pays : étant l’épicentre de l’attention générale, le monarque, les années passant, sera forcément touché par une forme d’usure qui risquerait de fragiliser son pouvoir ; quant au pays, il reste en partie sclérosé, en panne d’initiative, dans l’attente de décisions venues d’en haut. »             

Riad
Vendredi 14 Février 2014 - 17:08
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ACTUALITÉ
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