REFLEXION

SLOGAN ‘’CONSOMMONS NATIONAL’’ ET LE RETOUR DU CREDIT A LA CONSOMMATION : Sans vision stratégique, impacts limités sur l’économie algérienne

Face à la chute du cours des hydrocarbures avec la crainte d’un retour aux impacts dramatiques de la crise de 1986 qui s’est fait sentir cinq années plus tard nous assistons depuis quelques jours à une campagne « consommons algérien » afin d’inciter les ménages à consommer national, exploiter les potentialités locales de production par la promotion des produits nationaux des secteurs électroménager et électronique, agroalimentaire et même ceux de l'artisanat. L’objectif face à une facture d’importations, (donc de sorties de devises) de biens et services selon la banque d’Algérie de plus de 71milliards de dollars en 2014, sans les transferts légaux de capitaux des étrangers, est de juguler les importations.



Dans cette même optique,  le retour  du crédit à la consommation est consacré   dans  l'article 88 de la loi de finances 2015 et par un décret annoncé par l’APS en date du 22 avril 2015,  modifiant l’article  75 de la loi de finances complémentaire 2009, qui avait interdit le crédit à la consommation sauf pour les crédits immobiliers. Quel impact sur l’économie algérienne  de ce slogan  et du retour du crédit à la consommation, objet de cette présente contribution?
1.-. La campagne « consommons made In Algeria «  est initiée par le ministre du commerce, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), des représentants d’organisations patronales prônant  l’esprit de «patriotisme économique» auquel doit adhérer le consommateur algérien. Concernant le crédit à la consommation,  selon l’agence officielle APS en date du 22 avril 2015, les dispositions du décret qui contiennent 21 articles, stipulent  que le crédit à la consommation est défini comme toute vente de bien ou service dont le paiement est échelonné, différé ou fractionné  et  s’applique  aux crédits accordés aux particuliers dont la durée est supérieure à trois (3) mois et n’excédant pas les soixante (60) mois. Le contrat de vente ou de prestation de services doit préciser si le  crédit couvre partiellement ou en totalité le montant du bien ou du service objet de la transaction. Sont concernés  toute personne physique qui, pour l’acquisition d’un bien ou d’un service, agit dans un but privé en dehors de ses activités commerciales, professionnelles ou artisanales. L’article 4 stipule que   les entreprises éligibles au crédit à la consommation  sont celles qui exercent une activité de production ou de service sur le territoire national, et qui produisent ou assemblent des biens destinés à la vente aux particuliers et qui vendent avec factures. Par ailleurs,  le montant mensuel global de remboursement du crédit, contracté par l'emprunteur, ne peut en aucun cas dépasser 30% des revenus mensuels nets régulièrement perçus, afin d’éviter le surendettement.  Pour ce qui concerne les modalités d'application du présent décret, elles sont précisées, en tant que de besoin, par arrêté du ministre chargé de la protection du consommateur, du ministre des Finances et du ministre de l’Industrie.
2..-Afin d’éviter le surendettement des ménages prévu par le décret qui  définit le surendettement comme une situation d’accumulation de dettes caractérisée par l’impossibilité manifeste pour le consommateur de bonne foi de faire face à l’ensemble de ses dettes non professionnelles exigibles et à échoir, créant un déséquilibre de son budget ne lui permettant plus de faire face à toutes ses échéances de paiement, rappelons que le  gouverneur de la Banque d’Algérie avait  annoncé, le 17 août 2014 que le retour au crédit à la consommation  sera accompagné par l’entrée en service de la centrale des risques prévue dès le deuxième semestre de 2015. À propos du rôle de la centrale des risques, elle fournira des éclairages aux banques et permettra de connaître le stock des crédits de chaque client qui aura un numéro bancaire unique. Elle permettra également l’élaboration d’une liste noire qui regroupera les clients qui ont un endettement excessif et seront interdits à nouveau de prêt du fait qu’ils auront dépassé un certain seuil. La saisie des biens hypothéqués, qui est un élément normal dans la gestion des crédits, est le dernier recours pour recouvrer les crédits accordés, a rassuré le responsable, selon qui les banques algériennes ont recourt à cette solution avec beaucoup de prudence. Mais la question qui se pose est la suivante : ce retour au crédit à la consommation résoudra t-il les problèmes ? Il est à noter que dans les pays développés le crédit à la consommation dynamise l’économie par la consommation (théorie keynésienne de la relance de la demande globale consommation et investissement). Mais en Algérie le blocage est d’ordre systémique comme en témoigne la dévaluation qui dans les pays à économie productive constitue un dumping à l’exportation( yuan chinois) qui est passé  de 4,94 dinars un dollar  en 1971 dinars à  12,19 dinars   un dollar  en 1990 à plus  de 95 dinars un dollar durant le premier trimestre 2015 sans dynamiser les exportations.
 3.-Mais est ce que le slogan «  consommons made In Algeria et le crédit à la consommation s’attaque –il aux problèmes fondamentaux d’une économie rentière ? Comme je l’ai annoncé dans l’interview donnée à la radio algérienne arabophone chaine le 25 avril 2014   l’impact sur les équilibres financiers  risquent d’être mitigés. Car le .problème pour l’Algérie réside dans la faiblesse  de  l’offre, donc  la production locale, le modèle keynésien  de relance de la production par la consommation, qui part de l'hypothèse de l''existence d'une offre sous utilisée  n'étant pas transposable en Algérie qui souffre d'absence  de facteurs de production compétitifs en termes de coût/qualité,  et non pas d’oisiveté. Les exportations d’hydrocarbures représentent  98% et sur les 6% des données officielles   hors hydrocarbures plus de 50% proviennent   des dérivées d’hydrocarbures. La rente permet actuellement  d’assurer l’importation de 70% des besoins des ménages et des entreprises qu’elles soient publiques ou privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Selon l’ONS, les importations de biens intermédiaires  sont passées de 17,423 milliards de dollars en 2012, à 17,536 en 2013, à 17,475 milliards de dollars en 2014. La superficie économique est représentée par 83% de petits commerce-services, le secteur industriel  moins de 5% du produit intérieur brut et sur ces 5% plus de 95% sont des PMI-PME peu initiées au management stratégique et selon une enquête récente plus de 90%  sont des unités individuelles ou SARL n’utilisant pas les nouvelles technologies. J'attire l'attention du gouvernement  d'appliquer   avec précaution cette mesure car cet octroi de crédits peut entraîner l'accroissement  des importations  de matières premières  et donc créant des tensions au niveau de la balance des paiements. Ainsi que l'application de l'article 87 bis  qui généralisé au 7,5 millions de salariés ( permanents et non permanents)  dont plus de 3 millions de fonctionnaires (permanents et non permanents ) pourrait avoir un impact  sur le trésor public de plus de 11 milliards de dollars par an.  Par ailleurs existe un lien entre la logique rentière et la sphère informelle à dominance marchande avec des influences au niveau de certains segments du pouvoir , sphère qui contrôle 40% de la masse monétaire en circulation et 65% des segments des produits de première nécessité, pénalisant les activités productives. Face à la détérioration du pouvoir d’achat, ne risque-t-on pas d’amplifier l’emprise du crédit informel, avec des taux d'usure (voir étude du Pr Abderrahmane Mebtoul sur la sphère informelle - Institut Français des Relations Internationales -IFRI- décembre 2013 - Edition Paris/Bruxelles)?
 4.- La suppression du crédit à la consommation est-elle la solution adéquate pour contenir les importations ? Aussi pour bon nombre d’experts  le  crédit à la consommation peut s’avérer d’un impact limité sans objectif stratégique, puisque dans le décret ne figure  pas le taux d’intégration qui au départ avait été prévu à environ 40%. Or j’avais proposé au gouvernement  que soit établi un contrat  pour les unités qui ont au départ  un taux d’intégration  faible de 15%  contrat  qui fait obligation au cours d’une période déterminée d’un transfert technologique,  managérial et d’une balance devise positive   et de faire passer le taux d’intégration progressivement  à 20 puis à 40/50%, étant illusoire d’un taux d’intégration de 100%. La question essentielle qui se pose est la transition économique vers une économie hors rente  assortie d’une transition énergétique du fait de  la faiblesse de la  croissance moyenne inférieure à 3% entre 2000/2015 malgré une dépense publique sans précédent depuis l’indépendance politique : mauvaise allocation des ressources, mauvaise gestion, corruption ? L’Algérie ne peut continuer à ce rythme de dépenses sans compter avec la chute du cours des hydrocarbures, (  entre le  budget de fonctionnement et d’équipement la dépense est fonction  d’un cours de 115/120 dollars pour les lois de finances 2014/2015) au risque d’épuiser le fonds de régulation  des recettes courant  2016 ( 48 milliards de dollars au 31/12/2014 alors que le déficit budgétaire de la loi de finances 2015 dépasse 44 milliards de dollars au cours de 95 dinars un dollar)  et les réserves de change  avant 2020  établies à 178 milliards de dollars ayant épuisé  entre juillet et décembre 15,6 milliards de dollars et uniquement, selon le FMI pour le mois de janvier 2015 plus de 11 milliards de dollars ?  L’on doit impérativement lever toutes les contraintes d’environnement des affaires, dont la bureaucratie néfaste, la refonte du système financier, du système socio-éducatif et le foncier  en encourageant  l’économie de la  connaissance et l’entreprise créatrice de richesses publiques ou privées locales ou internationales. Il est temps de changer de cap de la politique économique  en évitant   de miser sur l’unique dépense monétaire et uniquement sur les infrastructures qui ne sont qu’un moyen de développement avec les risques d’une bulle immobilière  due à la chute du cours   des hydrocarbures, ne pouvant continuer à  généraliser les  crédits bonifiés.  La Chine vient de mettre un haut là par un ciblage pour les catégories les plus défavorisées,   afin d’éviter un dérapage inflationniste due à l’insolvabilité des ménages. L’expérience de l’Espagne, qui a misé sur ce segment et dont l’économie s’est écroulée avec la crise, doit être méditée. Cette mesure, au lieu de résoudre le problème à la racine risque de l’amplifier à terme. Peut-on imposer cette mesure aux banques privées qui sont libres de leur gestion ?
5.-L’amélioration du pouvoir d’achat des Algériens passe inéluctablement par un retour à une croissance réelle hors hydrocarbures, posant la problématique des subventions qui avec les transferts sociaux ont représentées en 2014 environ 60 milliards de dollars  soit 27/28% du produit intérieur brut. Selon la banque mondiale uniquement pour les carburants le montant a dépassé les 20 milliards de dollars  et selon le PDG  du fait du prix de l’électricité plafonné depuis 2005, le déficit de Sonelgaz est passé de 44 milliards de dinars en 2012 à 80 milliards de dinars en 2014. Aussi, un débat national sur les subventions généralisées, non ciblées, devient urgent. Il y a lieu de prévoir leur budgétisation par le parlement avec une affectation précise et datée par une chambre de compensation aux secteurs inducteurs et les catégories les plus vulnérables afin d’éviter le gaspillage et les fuites hors des frontières. C’est que  le taux d’inflation officiel, qui implique de saisir le mode d’accumulation, la répartition du revenu et du modèle de consommation par couches sociales pour une appréciation objective,  est   compressé artificiellement par les subventions via la rente des hydrocarbures,  sans lesquelles il dépasserait  les 10%. Le cadre macro-économique est également  relativement stabilisé par cette rente, stabilisation  éphémère, sans de profondes réformes structurelles. L’objectif stratégique pour l’Algérie est d’engager des réformes micro-économiques et institutionnelles indispensables, si l’on veut éviter le même scénario de l’impact de la crise de 1986, devant réhabiliter l’entreprise créatrice de richesses, publique, privée nationale ou internationale et son fondement le savoir pour s’adapter tant aux mutations internes que mondiales. Ces  réformes  sont inséparables, de l’Etat de droit, de la démocratie  économique, sociale et politique, en fait au développement de toutes les libertés (1).  
(1)- Voir notre ouvrage en trois langues - arabe-anglais-français - « pour une économie de marché concurrentielle et de la démocratie en Algérie » Edition Dar Del Gharb  -Algérie- 2004 (120 pages chaque volume)

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Dimanche 26 Avril 2015 - 19:09
Lu 1085 fois
DÉBAT DU JOUR
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | بالعربي






Edition du 06-012-2016.pdf
3.51 Mo - 06/12/2016





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+