REFLEXION

SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIERE DE L’ALGERIE EN 2014 : Impacts de la baisse des cours des hydrocarbures, perspectives 2015/2020

Avec un territoire de 2,5 millions de km², 39 millions d'habitants au 1er janvier 2015, une prévision de 50 millions en 2030, une dette publique par rapport au PIB selon la Coface en 2014 de 9,9% et des réserves de change appréciables, certes en baisse, selon la banque d’Algérie de 179 milliards de dollars fin 2014 non compris les 173 tonnes d’or, l’Algérie peut éviter le scénario dramatique
de l'impact de la chute du cours du pétrole des années 1986(crise économique, sociale, politique, cessation de paiement et rééchelonnement en 1994). Mais cela suppose qu’existe une volonté politique de profondes réformes structurelles permises par
une mobilisation sans faille de tous les acteurs économiques, politiques et sociaux.



L’objectif stratégique, tenant compte de nos différentes sensibilités, en ces moments de grands bouleversements géostratégiques,  est de rassembler toutes les forces sociales et non de diviser. Le langage de la vérité, sera l’exigence fondamentale pour surmonter les ajustements économiques et sociaux inévitables  entre 2015/2020  objet de cette contribution, analysant la période 2007/2014 et les perspectives 2015/2016.
 
1.-Produit intérieur brut 2007/2014 (PIB)  à prix courants
Le taux de croissance se calcule par  rapport à la période précédente. Un fort taux en T2 par rapport à un taux faible la période précédente T1 donne cumulé un faible taux. L’évolution  du PIB à prix courants  entre 2007-2014  est le suivant selon le FMI : 134,3 en 2007, - 170,2 en 2008, -137,2 en 2009 ,  161,8 en 2010 , 199,2 en 2011 , 208 en 2012,  209 en 2013 ,  211 en 2014 , avec une baisse en 2015 d’environ  208 milliards de dollars. La structure en moyenne du PIB donne pour l’agriculture 10%, les hydrocarbures 31%, les industries hors hydrocarbures 5%, le BTP constructions 10%, les  services marchands 22% et les servies des administrations publiques 18%. En réalité le BTPH, les services marchands et des administrations sont tirées par  la dépense publique  donnant  plus de 80% du PIB tiré par les  hydrocarbures directement et indirectement. L’enquête de l’ONS montre la dominance des micros unités peu initiées au management stratégique, 95% ce que représente  le secteur industriel ( moins de 5% du PIB)  étant  dominé  par  les petites PMI-PME peu initiées  et aux nouvelles technologies, environ 83% du tissu économique par  le petit commerce services , et la sphère informelle, notamment marchande pesant  plus de 50% de la superficie économique et contrôlant autant la masse monétaire en circulation où tout se traite en cash. Cela montre  les  vulnérabilités croissantes dans un contexte de baisse des prix du pétrole.  Alors que  le  FMI qui  tablait sur une croissance de 4,3% en 2014 et de 4,1% en  2015,  le  PIB nominal (en valeur) devrait tomber à 208 milliards de dollars en 2015 , après avoir atteint 211 milliards en 2014  et la  croissance du PIB devrait atteindre 3,9% en 2015  (contre 4% en 2014). Hors -hydrocarbures, elle est attendue à 5% (contre 5,5% en 2014)  et ce dans un contexte où les prévisions de croissance mondiale ont été revues à la baisse en raison de risques de stagnation dans les pays développés et des tensions internationales. Ce faible taux de croissance impacte le marché de l’emploi. En effet, malgré que   selon la Banque mondiale, les entrées de devises  de Sonatrach ont été  d’environ 760 milliards de dollars entre 2000 et 2014 et les importations de quelque 575 milliards de dollars, la différence étant les réserves de change actuelles,  le  taux de croissance de 3% en moyenne entre 2000/2014 n’est pas proportionnel à l’importance de la dépense publique ;  il aurait du dépasser les 10% influant sur la création d‘emplois productifs. C’est que le taux de chômage officiel inclut  les sureffectifs dans les  administrations, les entreprises publiques, les emplois temporaires à productivité très faible pour ne pas dire  nulle (faire et refaire les  trottoirs, désherber les rues), 50% de l’emploi étant concentré dans la sphère informelle. Malgré cela, en référence aux statistiques officielles, selon le FMI,  le taux de chômage va encore augmenter en Algérie en 2015 en passant à 11,3%, contre 10,8% en 2014 et 9,8% en 2013, avec des tensions au niveau du marché de l’emploi. Selon l’ONS, la population active  en 2014 a atteint 11,500. 000 personnes, dont la population active féminine estimée à  2 078 000 constituants   18,% de l’ensemble. L’enquête relève que le secteur des services absorbe 60,8% de la main-d’œuvre totale, suivi des BTP (17,8%), de l’industrie (12,6%) et de l’agriculture (8,8%). Cela donne  un flux de  demande annuelle d’emplois d’environ 250.000 sous estimant la  demande féminine dont le taux d’activité  (% de la population féminine âgée de 15 ans et plus -estimation modélisée OIT)  pour l’Algérie serait seulement de   15/17%  entre 2000/2014, contre 57% pour la  fédération de Russie, 51% pour la France, 56/58% pour les USA, 64% pour la Chine, 26/27% pour le Maroc  et  25% pour la Tunisie. En redressant ce taux à une moyenne modeste de  25%, la demande annuelle varierait entre 300.000 et 350.000 demandes d’emplois  qui s‘ajouteront  au taux de  chômage actuel. Il sera difficile de  créer des emplois rentes à l’infini avec la chute du cours  des hydrocarbures ou de  donner des taux d’intérêts bonifiés pour  les différents programmes de l’emploi des jeunes , souvent peu initiés au management stratégique ( faillites trop importantes environ 50% après les avantages octroyés) , ou de l’habitat, pour ce dernier  cas, au risque de créer à l’avenir une bulle immobilière.  L’Algérie étant une économie rentière après plus de 50 années d’indépendance politique,  la situation est préoccupante  avec la décroissance de la  production en volume physique des hydrocarbures notamment du gaz depuis 2007 que voile la hausse des prix entre 2007/ premier semestre 2014 , encore que les produits raffinés qui représentent environ 15/20% des exportations ont une forte valeur ajoutée internationale. Cette tendance baissière s’est accentuée entre janvier et février 2015. Selon les statistiques douanières du 21 mars 2015,  les ventes de pétrole ont chuté 30,31%, passant de 10,39 milliards de dollars sur les 2 premiers mois de 2014 à 7,24 milliards sur la même période (3,15 milliards de dollars). Or, selon   le Ministre de l’Energie, la consommation intérieure entre 2013/2014 a été  de l’ordre  de 35 milliards  de mètres cubes, allant au rythme de la consommation et des prix actuels (prix plafonnées de l’électricité depuis 2005),   vers 75/80 milliards horizon 2030  et un quadruplement horizon 2040  soit 140 milliards de mètres cubes gazeux. En appliquant uniquement un taux  de 30% de réinjection l’on devra produire environ 200 milliards de mètres cubes gazeux uniquement pour la production intérieure, rendant  l’extrapolation d’exportation de 85/100 milliards de mètres cubes gazeux  incertaine. Selon les rapports de Sonatrach, entre le GNL et le GN, les exportations en volume physique  ont été  de 59,7 milliards de mètres cubes gazeux en 2009  et 57,3 en 2010. En 2011, l’Algérie a exporté 35,7   en GN et 16,4 milliards de mètres cubes gazeux en GNL soit 52,1 ;  en 2012  environ 37,3  de GN et 14,5 milliards de mètres cubes gazeux en GNL, soit au total 51,8 milliards de mètres cubes gazeux ;  en 2013 environ 32,7 en GN et 16,5 milliards de mères cubes gazeux en GNL soit 49,2 milliards de mètres cubes gazeux. Pour 2014, nous avons   16,8 milliards  mètres cubes gazeux de GNL  et  27 milliards de mètres cubes gazeux  de GN, donc 43,8 milliards  de mètres cubes gazeux  soit une baisse  de 16,75% par rapport à 2009. Ainsi s’impose à l’avenir l’urgence de définir le futur modèle de consommation énergétique, l’énergie étant au cœur de la sécurité nationale de tout pays,  devant s’orienter vers un bouquet énergétique( MIX énergétique) devant privilégier toujours le dialogue contradictoire  productif avec la société, personne n'ayant le monopole du nationalisme et de la vérité .
 
 2.- Baisse des recettes de Sonatrach et tensions au niveau de la balance des paiements
Les exportations hydrocarbures (97/98% du total y compris les dérivées, l’Algérie représentant 4% du quota OPEP pour le pétrole)  ont évolué ainsi : en 2005, 43,937 milliards de dollars, en 2006 53,456, en 2007, 58,831, en 2008, 77,361, en 2009, 44,128, en 2010, 55,527, en 2011, 71,427, en 2012 69,804, en 2013 63,752  et en 2014, 58,8 milliards de dollars. Les exportations hors hydrocarbures constituées  à plus de 50% de dérivées d’hydrocarbures et de déchets ferreux et semi ferreux  fluctuent entre 1 et 2 milliards de dollars annuellement entre 2005/2014. Le FMI note que  la tendance décroissante de la production d’hydrocarbures se poursuit en 2013 avec un recul de 2,3%,  la tendance baissière se répétant   pour la huitième année consécutive. Cette baisse de production influe directement sur les quantités exportées. Il  s’ensuit que  les recettes liées aux hydrocarbures sont ainsi impactées. Selon le FMI, les exportations algériennes en hydrocarbures (gaz et pétrole) ont  atteint 58,8 milliards de dollars en 2014 en baisse de 7,2% par rapport à l’année 2013. En 2015, la baisse devrait s’accentuer : les exportations sont attendues  à 49,8 milliards de dollars, en baisse de 15,4% par rapport à 2014. Mais le  FMI a réalisé ces projections sur la base d’un prix moyen du baril optimiste, à 89 dollars en 2015. Or force est de constater  que depuis le second semestre 2014  et de janvier à mars 2015 le cours du Brent fluctue  entre 54/58 dollars et celui du WIT  entre 45/50 dollars, le prix  de cession du gaz étant indexé sur celui du pétrole. Comme la baisse d’un dollar par baril en moyenne annuelle donne un manque à gagner d’environ 600 millions   de dollars, un cours  moyen de 60 dollars donnera une recette de Sonatrach d’environ  35 milliards   de dollars, et pour un cours moyen de 55 dollars le Brent 32 milliards de dollars  de recettes. Encore qu’il faille ne pas  confondre  recettes avec le profit net de Sonatrach devant déduire les charges  d’environ 25%  ce qui donnerait un profit net entre 24 et 27 milliards de dollars  selon que le cours moyen  serait de 55 ou 60 dollars. Or Sonatrach a programmé plus de 100 milliards de dollars d’investissement  entre 2015/2020  et comment   financer le reste de l’économie? En rappelant que l’on peut découvrir des milliers de gisements  mais non rentables  économiquement au vu des coûts  du vecteur prix international et de la concurrence des énergies substituables dont les nouvelles technologies  réduisent   les coûts. Quant aux  importations, elles  ont été   de 20,048 milliards de dollars en 2005, de 21,456 en 2006, de 27, 631 en 2007, de 39,479 en 2008, de 39,294  en 2009, de 40,473 en 2010, de 47,247 en 2011, de 47,490 en 2012, de 55,028 en 2013   58,330 en 2014 et la  loi de finances prévisionnelle 2015 table sur 65 milliards de dollars d’importation de biens  et ce malgré la règle des 49/51% et le passage du Remdoc au Credoc instauré par la loi de finances  complémentaire de 2009 qui devait limiter les importations.     
Il s ‘ensuit que  selon le CNIS (Centre National sur l’Information Statistiques des Douanes) que le solde  de la  balance commerciale   a évolué  comme suit (y compris les exportations hors hydrocarbures) : 24,989 milliards de dollars en 2005, 33,157 en 2006, 32,532 en 2007, 39,819 en 2008, 5,9  en 2009 (moment de la crise d’octobre 2008), 16,580 en 2010, 26,242 en 2011, 24,376 en 2012, 9,946 en 2013 et seulement 4,626  en 2014. L’excédent commercial important entre 2005 et 2008 a permis le remboursement de la majorité de la dette extérieure par anticipation. Selon les chiffres des Douanes algériennes rapportés en date du  21 mars, la balance commerciale de l’Algérie a enregistré un déficit de 341 millions de dollars entre janvier et février 2015 (deux  mois) alors que durant la même période 2014 elle  était excédentaire de 1,71 milliard de dollars. Encore  que selon les statistiques douanières, comme conséquence de la chute  des cours du Brent,  nous  avons une baisse  des importations  qui se sont élevées à 8,06 milliards de dollars en janvier-février 2015 contre 9,11 milliards sur la même période en 2014, soit 11,44% pouvant remettre en cause les programmes d’investissement puisque la majorité des équipements et matières premières sont importées. Mais la balance commerciale  a peu de signification devant toujours prendre en compte la balance des paiements  incluant  les mouvements de capitaux  y compris le  mouvement    des  services, l’Algérie étant importateur net. Ainsi le solde de la balance courante se détériore notamment entre 2012/2014. Il a été  en milliards de dollars US  de 30,6 en 2007, 34,5 en 2008, 0,4 en 2009 (coïncidant toujours avec la crise de 2008) , 12,1 en  2010, 19,7 en 2011, un solde négatif   de 8,3 en 2012, un solde négatif  de 16 en 2013  et un solde négatif  17,9 en 2014  et devant certainement s’accentuer en 2015. Il en est de même du solde de la balance de paiement qui s’établit comme suit : 29,6 milliards de dollars en 2007, 35,7 en 2008, 3,9 en 2009, 15,3 en 2010, 20,1 en 2011, négatif 7,2 en 2012, négatif 14,2 en 2013 et négatif  de 15,9 en 2014.  En effet, à   ce montant des achats de biens à l’étranger, il faut ajouter les importations de services  dont le montant clôturé en 2013 selon la banque d’Algérie a été de plus de 10,739 milliards de dollars contre pour  2006  4,78 milliards de dollars   et en - 2010  11,90 milliards de dollars, 12 milliards de dollars en 2012  et 11,7 entre 2013/2014. Si l’on prend en moyenne 11 milliards de dollars entre 2012/2014 de services,  les sorties de devises y compris les transferts légaux de capitaux  des compagnies étrangères (une moyenne de 7 milliards de dollars par  an) ont été de 65 milliards de dollars en 2012, 73  en 2013, 76  en 2014  et  selon  la loi de finances prévisionnelle 2015 à  83 milliards de dollars.
 
3.- Baisse inquiétante des réserves de change   et  du fonds de régulation des recettes
Les réserves internationales d’un pays sont, généralement l’ensemble des disponibilités composant le portefeuille des actifs que sa Banque centrale détient (devises, or, droits de tirages spéciaux -DTS). Pour l’Algérie, environ  83% des réserves sont placées à l’extérieur,   dont   40% en euros ( la baisse du cours de l’euro abaissant proportionnellement la  valeur des réserves de change)  ,  40% en bons de trésor américain et 20% dans les  banques internationales AAA permettant à l’Algérie  de recevoir  des intérêts évalués  entre 4 et 4,5 milliards de dollars par an en fonction  des taux d’intérêts des banques centrales et de la durée du placement.  Les réserves de change selon le FMI  ont évolué ainsi. en milliards de dollars : 110 milliards de dollars en 2007, 143,1 en 2008, 148,9 en 2009, 162,2 en 2010, 182,2 en 2011, 190,7 en 2012, 194,0 en 2013, 187,6 en 2014 et pour 2015/2016 dont les prévisions 2015/2016 sont établies sur un cours de 89 dollars le baril, à 172,6 en 2015  et 157,1 en 2016.  Or, le cours du Brent  (le prix de cession du gaz étant indexé sur celui du pétrole) s’établissent  depuis juin 2014  entre une fourchette  de 55/58 dollars pour le Brent et 45/50 pour le WIT.  Pour  le gouverneur de la banque d’Algérie dans une déclaration en date du 19 mars 2015,  les  réserves de change de l’Algérie se sont établies à 178,94 milliards de dollars au 31 décembre 2014  contre  194,012 milliards de dollars à fin 2013. Aussi, après une dizaine d'années de hausse continue, les réserves de change de l'Algérie sont en recul. Rongées par la hausse des importations et la chute des cours du pétrole, elles ont chuté de 15 milliards de dollars entre fin mars et fin décembre   2014.   Or la loi de finances prévisionnelle 2015 donne un déficit supérieur à 52 milliards de dollars. Au rythme actuel de la dépense publique, de versements de salaires sans contreparties productives,  le puisement des réserves de change  s’établirait entre  30/40 milliards de dollars par an entre 2015/2020. En cas d’un cours  du baril moyen  de 60 dollars ces dernières s’épuiseront horizon 2019 ;   à un cours de 70 dollars horizon 2021/2022, le cas  étant  plus dramatique à un cours en dessous de 60 dollars. Comme conséquence  nous aurons un dérapage du dinar et une tendance inflationniste que l’on comprime provisoirement par des subventions et des transferts sociaux mal ciblées et mal gérées, environ  60 milliards de dollars en 2014 soit 27/28% du PIB,  mais jusqu’a quand ? Le calcul du taux d’inflation, autant que le taux de croissance, se calcule annuellement d’une période T2 par rapport à la période T1.Un faible taux en T2 par rapport à un taux élevé en T1 donne cumulé un fort taux accélérant la détérioration du pouvoir d’achat. Les données du gouverneur de la banque d’Algérie en 2013 reflètent l’évolution de 2014 par rapport à 2013. Le taux d’inflation officiel selon le FMI reprenant les données de l’ONS   a été  de 1989 à janvier 2015   : 17.87% en 1989 ;  -25.88% en 1991 ;  un pic de 31, 68% en 1992 pour  rechuter à 21, 9% fin 1995 et avec une stabilisation   de 5% en 1998 ; en   1999 : 4/2% ;  en   2000 :  2% ;  2001 et 2002 : 3% ; en  2003 :  3,5% ; en  2004 : 3,1% ; en  2005,   1,9% ; en  2006  de 3,7% en 2007, - 4,8% en 2008,  5,8% en 2009,  3,9%  en 2010 , 4,5% en 2011- 8,9%  en 2012 - 5% en 2013 - 4,50  en 2014 %  et 4,65% en janvier 2015. Sans les subventions, mal ciblées et mal gérées le plus pauvre bénéficiant autant que le riche , et facilitant le trafic aux frontières, l’Algérie étant un des plus gros importateur au monde de céréales et un des pays qui subventionne le plus les carburants le taux d’inflation en 2014 dépasserait les 10%. Le taux d’inflation officiel est biaisé,   devant l’éclater par produits  selon le modèle de consommation par couches sociales (fonction de la stratification du revenu national) et de surcroît  comprimé artificiellement par les subventions. Car la perception de l’inflation est différente d’une personne qui perçoit 200 euros par mois de celle qui perçoit 10.000 euros n’ayant pas le même modèle de consommation. Un agrégat global comme le revenu national par tête d’habitant peut voiler d’importantes disparités entre les différentes couches sociales. Une analyse pertinente devrait lier le processus d’accumulation, la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales,  devant déflater par le taux d’inflation réel pour déterminer le véritable pouvoir d’achat. Par ailleurs, ce mouvement erratique du dinar par rapport tant à l’euro que le dollar qui connait une cotation exceptionnelle au 21 mars 2015 (plus de 97 dinars un dollar)  ayant  perdu près de 20% de sa valeur en glissement annuel, se répercute tant sur le pouvoir d’achat des ménages  que des opérateurs  qui  ne disposent que de très peu de visibilité sur les perspectives d’évolution de la valeur de la monnaie nationale. Ces derniers sont exposés aux risques de change,  la réglementation de la Banque d’Algérie ne permettant  pas l’achat à terme de devises devant trouver une solution pour ne pas décourager l’investisseur qui a besoin de visibilité à moyen terme. Par ailleurs, les réserves  de change, outre qu’elles sont actuellement une des clefs de la diplomatie algérienne, (toutes ces délégations qui viennent en Algérie le font par intérêt matériel) permettent de sécuriser l’investissement et surtout d’éviter un dérapage plus important de la valeur du dinar, par rapport aux devises. Il  existe  une corrélation d’environ 70% entre la valeur actuelle du dinar et ce stock de devises via la rente des hydrocarbures, autrement, le dinar flotterait à une parité de 300/400 dinars l’euro. Rappelons tout de même qu’il existe une disparité importante  entre le cours officiel et le cours sur le marché parallèle de la cotation du dinar algérien avec un  différentiel variant  entre 45 et 50%. Qu’en est-il maintenant de l’impact de la chute du cours des hydrocarbures sur le fonds de régulation des recettes ? Précisons que le dérapage du dinar de 20%  par rapport  au dollar gonfle artificiellement de 20%  le fonds de régulation des recettes  calculé en dinars algériens ainsi que la fiscalité hydrocarbures voilant l’importance du déficit budgétaire. Créé en 2000, ce fonds est alimenté par les différences entre le prix du pétrole vendu sur le marché et le prix de référence (37 dollars le baril) retenu par la loi de Finances. Or le solde budgétaire par rapport au PIB a évolué ainsi : en 2007 6,2%-2008, 9,1%-2009, négatif 5,4%,-2010 négatif 0,4%-2011, négatif 0,4%-2012, négatif 5%-2013, négatif 1,5% et 2014, négatif 2,5%. Le solde budgétaire /PIB hors hydrocarbures est encore plus inquiétant négatif durant toute la période  2007/2014 : négatif 42,6% en 2007, -51,5% en 2008, 42,9% en 2009, 37,6% en 2010, 43,8% en 2011, 47,1% en 2012, 33,8% en 2013 et 36, 9% en 2014. Fortement sollicité pour les dépenses d’équipement, le fonds de régulation des recettes  est  passé de 5 238,80 milliards de dinars à fin 2013, contre 4 773,51 milliards au deuxième semestre 2014 représentant  un décaissement de 465,29 milliards de dinars, soit environ 6.1 milliards de dollars.  En pourcentage du PIB selon le FMI il aurait évolué ainsi : 34,6% en 2007, 38,9% en 2008, 43,1% en 2009, 40,2% en 2010, 37,2% en 2011, 33,4% en 2012, 33,4% en 2012, 31,6%% en 2013, 27,1% en 2014.  Sur la base  de plus de 89 dollars le baril, moyenne  2015/2016, le FMI tablait sur un taux de 21% en 2015 et 15,6% en 2016. Or, la loi de finances 2015 prévoyait  des recettes budgétaires de 4.684,6 milliards de dinars et des dépenses publiques de 8.858,1 milliards de dinars, soit un déficit budgétaire de 4.173,3 milliards de dinars , plus de 52 milliards de dollars au cours de la monnaie nationale établi par la loi de finances, 79 dinars un dollar, autrement dit environ 22,1% du PIB,  qui devait être alimenté par le fonds de régulation des recettes. Au vu de la conjoncture pétrolière, le  déficit sera donc plus important. La loi de finances pour 2015, en réalité, se base sur un cours de 120 dollars le baril (37 dollars étant un artifice comptable peu réaliste). Or sur la  base d’un cours de 60 dollars le baril,   le fonds de régulation des recettes au rythme de la dépense  actuelle  devrait s’épuiser   dans  24 mois et à un cours  entre 60/ 70 dollars  dans   36 mois, d’où l’importance  d’une rationalisation  des choix budgétaires pour éviter une dérive économique  qui entrainerait forcément  de fortes tensions sociales.
En résumé, qu’en sera t-il avec la chute du cours des hydrocarbures  avec un   système bancaire  dominé à 85% par les banques publiques  et  avant la  crise pétrolière du   programme quinquennal d’investissement initialement de 262 milliards de dollars sur la période 2015-2019 , et en janvier 2015, le montant  ayant été porté par le Ministre des Finances, qui avait écarté toute loi de finances complémentaire ,  à plus de 280 milliards de dollars ? Il s‘agira impérativement  de redéfinir les priorités. Le problème central  stratégique pour l’Algérie  entre 2015/2025, est de réaliser la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, fondée sur le savoir, des entreprises compétitives et la bonne gouvernance. L’on devra privilégier des co-localisations et des co-partenariats gagnants/gagnants public/privé local ou international, devant démystifier l’apport du secteur privé productif, des fonds souverains ciblés (10/15% des réserves de change)  en référence à l’expérience de la Norvège et aux pays émergents dont la Chine. L’Algérie doit et peut  s’insérer intelligemment  dans le cadre des valeurs internationales dont son espace naturel est l’espace euro-méditerranéen et africain,  l’Afrique, continent  qui devrait tirer la croissance de l’économie mondiale à l’horizon  2030/2040.



 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Dimanche 29 Mars 2015 - 17:18
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