REFLEXION

Risque d’une abstention record

FACE AUX PROGRAMMES ET DISCOURS UTOPIQUES DES CANDIDATS AUX ELECTIONS LEGISLATIVES DU 10 MAI 2012

Après une semaine, une campagne terne sans réelle mobilisation et une indifférence de la majorité des citoyens. Pour la première fois, le Ministre de l’intérieur algérien, le 21 avril 2012, n’écarte pas un fort taux d’abstention. Le représentant de l’Etat des droits de l’homme après avoir menacé les algériens de sanctions en cas où ils s’abstiendraient revient à la raison et aborde dans le même sens, arguant un complot du fait de la flambée des prix , de la pénurie de l’essence.



Risque d’une abstention record
Un  porte parole semi officiel, le directeur  du centre  de recherche sécuritaire  et stratégique – CRSS-  dans un entretien  au quotidien gouvernemental El Moudjahid en date du 22 avril 2012 affirme qu’un taux de participation inférieur à 45% serait un échec  pour les élections. Alors que dans d’autres cieux  ce taux dépasse les 55/60%, 40/45% d’abstention étant supposés  un échec. Si les élections sont propres, loin des quotas décidés administrativement du passé,  ne  s’oriente t- on pas  vers une abstention record ?

  1  Démobilisation populaire  du 17 mai 2007 et programmes utopiques  du 10 mai 2012
  Je rappelle brièvement  les résultats   des élections législatives  du 17 mai  2007 et selon les données du Ministère de l’intérieur. . Les inscrits ont été de 18. 760.400, le nombre de votants de 6. 662. 383 donnant un taux de participation de 35,6%, avec un nombre de bulletins nuls de 961. 751 (3,8%). Sur ce total, le parti du Front de libération nationale (FLN) a eu 1. 315. 686 voix par rapport aux votants (23%), le Rassemblement national démocratique (RND) 591. 310 (10,3%) et le Mouvement de la société pour la paix (MSP) 552.104 (9,6%). Cependant le ratio le plus significatif est le nombre de suffrages exprimés divisé par le nombre d’inscrits ce qui donne: 7,01% pour le parti du FLN, 3,15% pour le RND et 2,94% pour le MSP soit un total de 13,10%. Pour les élections du 10 mai 2012, le   nombre de sièges à pouvoir à l’Assemblée populaire nationale a été porté à 462 contre 389 précédemment. Le corps  électoral est de  21.664.345 électeurs et électrices constituent   au niveau national y compris la communauté algérienne à l'étranger soit  2.903.945 nouveaux électeurs représentant 11,54% par rapport à 2007 soit un accroissement annuel  sur quatre années de 580.789.   Au niveau national, le corps électoral est de 20.673.875, soit un taux de 95,43%, alors que la communauté algérienne à l'étranger est de 990.470, soit un taux de 4,57%. La répartition  est   de  11.772.792  hommes  et 9.891.553 sont femmes. Il appartient aux démographes et à l’organe de la statistique  de nous  démontrer que cet accroissement correspond bien à la réalité ce qui est en contradiction avec le taux de chômage officiel qui table sur une  demande additionnelle sur le  marché du travail de 320.000 unités par an.
 Quant aux participants,  44 partis politiques, dont 21 nouvellement agréés depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi organique relative aux partis politiques en février dernier, sont engagés dans la course à la députation. Selon le ministère de l’intérieur , le nombre de listes de candidats officiellement retenues après expiration des délais de recours judiciaires est de 2.038 pour un total de 24.916 candidats (avant  le recours  25.800)  contre 12.200 en 2007 Pour ce qui est la répartition des listes, les listes déposées sous l'égide des partis politiques sont au nombre de 1.852, dont 50 par alliances, alors que le nombre de listes indépendantes sont de 186. Le niveau  universitaire, bien qu’en légère augmentation par rapport à 2007(44%)  est extrêmement faible,  52% du taux des candidats ayant un niveau universitaire pour les législatives de 2012 et sur ces 52%, en majorité licence dont on connait le bas  niveau actuel, le niveau supérieur ne dépasse pas les 10%.  Qu’en est-il des programmes ?    L’ensemble des programmes reprennent mes idées développées depuis plus de 10 années  insistent sur l’après hydrocarbures. En effet, en 2012, 98% des exportations  sont représentées par  les hydrocarbures  et 75% des importations pour couvrir les besoins des ménages (paradoxalement  important même pour plusieurs centaines de millions de dollars de l’essence sans plomb et du gasoil)  et des entreprises publiques et privées, dont le  taux d’intégration ne dépasse pas 15%.  Car l’Algérie aura épuisé ses réserves de pétrole dans 16 ans   et 25 ans pour le gaz conventionnel  tenant compte des couts, des énergies substituables face aux nouvelles mutations énergétiques mondiales, de la concurrence  et surtout de la  forte consommation  intérieure, souvent oubliée  dans les projections (ratio de  60/70% des exportations horizon 2015/2020 pour le gaz)   ,  lorsque la population algérienne  approchera 50 millions. Or, la majorité des candidats versent dans l’hystérie, oubliant  l’essentiel des problèmes à résoudre,  voyant la main de l’extérieur partout comme facteur de déstabilisation  alors que le  mal est en nous, donnant de leçons de nationalisme version chauviniste  alors que personne n’a le monopole du nationalisme. Le véritable nationalisme se mesure à la fois par la moralité  et la capacité des algériens à accroitre ensemble la valeur ajoutée locale se fondant sur la valorisation de la  connaissance. Hélas, le fondement  de la gouvernance de 1963 à 2012 repose sur une ressource éphémère que sont les hydrocarbures  et les réserves de change, richesse virtuelle, estimée au 31/12/2012  par le rapport du FMI du 21 avril 2012  à 205,2 milliards de dollars contre 188 milliards de dollars au 01 janvier 2012. La télévision algérienne a vibré de joie devant ce miracle alors que ce n’est que l’effet de  la rente et non du travail.  Ces  programmes promettent d’augmenter le SMIG à 40.000 dinars  par mois, d’abaisser l’âge à la retraite,  de faire baisser les prix, d’aller vers l’utopie de l’autosuffisance alimentaire,  de créer des millions d’emplois, de mettre fin aux harragas, de résoudre définitivement la crise du logement, de dépolluer les villes notamment  l’oued El Harrach, de faire venir des millions de touristes. Alors que toutes ces propositions vont à contrecourant de ce qui se passe même dans les pays développés confrontés à une crise durable. Comment feront ces candidats  sans vision stratégique en ce monde  en dépression  où toute nation qui n’avance pas recule forcément ?  Ne vivent-ils pas sur une autre planète en voulant vendre des illusions auxquelles  personne ne croit?  

 2.-  Programmes et discours  déconnectés tant des réalités locales que mondiales
  -La majorité des partis n’aborde pas  la nature du système politique rentier, mu par l’unique dépense monétaire,  source de blocage, certains voulant nous  faire revenir à l’ère soviétique.   -La majorité  des partis politiques n’aborde pas le rôle de l’armée et des services de sécurité dans le cadre d’un Etat de droit, l’ANP venant de faire savoir  qu’elle ne voulait plus de la dénomination de « muette » voulant  être traitée  comme une institution de la république, ni d’ailleurs le rôle de la femme  , signe  de la vitalité de toute société.   -La majorité des programmes , surtout les partis  ayant eu la charge de la réalisation ( FLN-RND-MSP) n’aborde pas le bilan ( impacts économiques et sociaux réels )  du pré plan  2001/2003 qui a nécessité 7 milliards de dollars  de dépense publique, du plan 2004/2009  de  200 milliards de dollars  et  celui de 2010/2013 qui nécessitera 286 milliards de dollars sont 130 de restes à réaliser pour des projets non terminés  de 2004/2009. Qu’en est-il  des impacts sur le taux   de croissance, du taux de chômage (emplois productifs et non les  emplois improductifs - rentes) du taux d’inflation réel (que l’on comprime par des subventions mal ciblées et mal gérées) ,supposant une analyse fine de la répartition  du revenu  national  et du modèle de consommation par couches sociales.  -La majorité des programmes n’aborde pas le rendement de nos réserves de change estimées à 188 milliards de dollars dont 90% sont déposés à l’étranger en bons de trésor américains et environ  50% en obligations européennes avec des taux de rendement  faibles , voire nuls tenant compte du taux d’inflation, et surtout de la sécurité  de ces placements avec de la crise de l’endettement  des Etats.    -La majorité des programmes ne fait pas une  quantification précise  et datée de l’origine   des recettes des projets que veulent réaliser les candidats  et  des impacts des dépenses  continuant  dans l’ancienne politique  de l’illusion de la rente par le  versement de salaires sans contreparties productives toujours grâce à la  rente des hydrocarbures.  -La majorité  des programmes n’analyse pas les liens ente l’extension  de la sphère informelle qui contrôle  40% de la masse monétaire en circulation et 65% des segments  des produits de première nécessité et ses liens avec la corruption qui se socialise. On ne combat pas la sphère informelle  et   corruption par des lois mais par la mise en place de nouveaux mécanismes de régulation, de fonctionnement de la société se fondant sur un Etat de droit, plus de moralité dans la  gestion  de la Cité,  et une justice véritablement indépendante. Les candidats évitent d’aborder les  différents scandales financiers  qui ont  secoué la société ces dernières années et concernant la majorité des départements ministériels.  -La majorité des programmes n’aborde pas  les enjeux futurs de l’Algérie à savoir la mise en place de véritables réformes structurelles afin de rendre l’économie plus compétitive et moins dépendante des hydrocarbures. Or les  réformes à venir seront douloureuses, nécessitant des ajustements sociaux douloureux  et donc un sacrifice partagé  supposant de concilier l’efficacité économique et une  profonde justice sociale. Cela renvoie  à la refonte de l’Etat du fait que le blocage actuel est d’ordre systémique.  -A lire la majorité des programmes on a l’impression  que l’Algérie est une ile déserte, loin  du monde. L’on  n’aborde pas avec sérénité  les impacts de la mondialisation sur l’économie algérienne notamment les Accords signés par l’Algérie le 01 septembre 2005  pour une zone de libre échange avec l’Europe et les impacts de son adhésion  à l’organisation mondiale du commerce. Dans ce cadre, l’avenir économique   de   l’Algérie n’est il pas  au sein  du  Maghreb, pont entre l’Europe et l’Afrique ? Peu  de programmes abordent  ce sujet stratégique.  En résumé, après 50 ans d’indépendance politique, tout ce beau monde  veut sa part de rente et immédiatement  quitte à aller vers un suicide collectif.  L’erreur politique est d’avoir augmenté les rémunérations des députés à 300.000 dinars par mois, pour une soumission,  pour lever uniquement la main sans corrélation avec le travail accompli expliquant le désintérêt de la population à  qui l’on demande des sacrifices. Après 50 années d’indépendance l’on continue d’instrumentaliser le sigle du FLN propriété de tout le peuple algérien. Après 50 années d’indépendance, comme si l’Algérie était stérile, alors que les compétences algériennes  émergent sous d’autres cieux plus propices, la majorité des programmes, pour ne pas  dire  la totalité, sont dépourvus de cohérence    de réalisme  et d’opérationnalité  versant dans des discours  creux. L’Algérie a besoin d’un discours de vérité. La population algérienne  surtout notre jeunesse    parabolée  est beaucoup plus consciente  des enjeux  et des réalités mondiales que les  candidats  et les partis   qui semblent déconnectés des  réalités. Et c’est ce qui explique les craintes justifiées  du Ministre de l’intérieur.

Dr Abderrahmane Mebtoul
Lundi 23 Avril 2012 - 10:46
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