REFLEXION

Religion d’Amour ou de haine ?

« Si ton Seigneur l'avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru.
Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants? » Sourate YŪNUS-verset 99
« Nulle contrainte en religion! » Sourate Al-Baqarah-verset 256
« La Liberté de conscience et la liberté d’opinion sont inviolables » Art.36 – Constitution algérienne



Et voilà que la scène politico-religieuse semble divisée entre Dreyfusards et antiDreyfusards d’un autre type, une querelle stérile pour un pays qui aurait du canaliser son orgueil autour de  la construction d’un avenir moins dépendant de ces damnés hydrocarbures qui s’avèrent de très loin plus préoccupants que notre liberté de conscience. Rassurez-vous ! Celle-ci ne pourrait en aucun cas constituer un sacrilège pour nos constantes nationales ou pour notre foi.
La  question fondamentale est de savoir si nous avons le droit de réclamer la tête de quelqu’un uniquement parce qu’il pense différemment – et au nom de quel ordre juridique devrions agir et prendre des décisions aussi inouïes, graves et très lourdes de conséquences.  Le pays  possède-t-il deux systèmes juridiques (séculier /républicain –religieux/théocratique).
Il est temps de mettre un peu d’ordre et d’harmonie dans cette société et dans sa manière de vivre sa foi dans un monde régulé par un système de valeurs multiples et différentes mais pas forcement inconciliables avec un conservatisme appelé à être plus tolérant et humain afin de mériter le plus grand  respect. Il serait temps que l’on apprenne à transformer ces différences en richesse à vivre collectivement dans la paix et la cohésion sociale et où enfin tout le monde aurait sa place dignement.
L’histoire de ces frilosités religieuses remonte à  très loin, lorsqu’on a commencé à dépeindre
le  Dieu biblique comme une divinité  jalouse et vindicative, excellant dans la riposte et le châtiment. Une histoire terriblement houleuse qui le lie à ses pauvres créatures qui passent leur temps à l’offenser et à abuser de sa patience. Cette littérature religieuse centrée sur la vengeance et le châtiment, laissant très peu de place au pardon et à l’indulgence correspondait  peut-être à  l’âme de ces peuplades païennes versées sur la violence et le chaos.  La rhétorique de la narration, violente mais ponctuelle,  ne pouvait donc que légitimer et justifier cette attitude d’un Dieu constamment courroucé et toujours prêt à damner une humanité nuisible, libérant sur terre ses fléaux purificateurs en guise d’avertissement pour les générations futures. Vainement !
Le déluge, le feu qui s’abat sur Sodome et Gomorrhe, la malédiction qui frappera les communautés des prophètes Salah et Hoûd…les déportations, les famines, les épidémies et les guerres, toujours en guise de châtiment. En effet, Dieu sera toujours impitoyablement intransigeant lorsque la morale et l’ordre sont aussi impudemment souillés.
A quel type de langage s’attendait-on dans des moments où le désordre, la prévarication et le meurtre étaient la seule loi de l’homme.
Néanmoins, que l’homme ait repris à son compte, et sans le moindre discernement et sagesse, ce droit bizarre de damner une partie de l’humanité et  d’installer ici-bas l’enfer avant le jugement ultime de Dieu, cela ne pouvait en aucun cas contribuer à sauver l’homme ; et tout le monde allait être emporté par cette exubérante et sempiternelle opération de nettoyage aveugle et systématique. Aussi bien les bergers que les brebis égarées.
L’Histoire du christianisme et de l’Islam est ponctuée par des dérives totalitaires incroyables où tout le monde instrumentalise Dieu pour les besoins de ses causes multiples : le Divin sera servi à toutes les sauces : Prétexte, enjeu,  trophée, alibi de conquête , de civilisation , de pacification , de domination , d’expansion , d’extermination, de spoliation , seront à tour de rôle exercés par les uns et les autres , contre les uns et les autres , au nom d’une supériorité raciale , de prétendues différences biologiques ahurissantes, d’un droit divin , mission sacrée et autre destinée manifeste. Tout cela pour se mettre  à ériger pitoyablement sur des monceaux de cadavre des temples  dédiés à la gloire Dieu  afin de mieux dompter les âmes, de sauver les unes et de racheter les autres. Un véritable souk mondial où l’être humain, répondant à l’appel d’une voix sur laquelle il mettra un nom, des noms, peut enfin en toute impunité endosser des rôles et commettre l’irréparable. Des identités multiples et interchangeables, difficile dans ce cas à déterminer les responsabilités et les projets inavouables. Des masques, toujours des masques, comme ceux de la tragédie grecque.  
Le drame peut commencer ! Un spectacle étourdissant où des rôles et des personnages  défilent avec aisance et fluidité pour donner plus de force au simulacre, à l’illusion et à cette émotion nécessaires que ces metteurs en scène recherchent. Emerveillement  et effroi  qui gardent l’humanité dans cet état permanent de dévotion, de dévouement et d’aliénation.
 Une longue période d’équarrissage de l’âme humaine, du rabotage de toutes les aspérités, afin de rendre l’homme plus flexible, moins résistant, plus conciliant et disponible au dressage.
Dieu est-il en trop parmi nous ? Où est-ce plutôt ses nombreux porte-paroles  autoproclamés
qui rendent l’équation insoluble.  En effet, la  barbarie humaine n’a pas de limites, on n’a jamais dit d’un diable qu’il était barbare. Seul l’homme possède cette qualité, cette liberté et ce pouvoir illimités capable de faire de lui le monstre le plus terrifiant ou de l’élever à la hauteur des Dieux. L’Histoire regorge d’exemples à profusion de cette humanité hideuse.
 Ni la deuxième guerre mondiale, ni la centaine de conflits semés ça et là à travers le monde, causant désarroi et désespérance ne peuvent étancher chez l’homme cette soif de la prédation.  « L’homme est réellement un loup pour l’homme », et n’en déplaise à Thomas Hobbes, ce ne sera pas ce « pouvoir commun » en construction permanente  qui tiendra en respect ces pulsions meurtrières résilientes qui poussent imperceptiblement  les uns et les autres à créer cette  « condition qui se nomme guerre,  guerre de chacun contre chacun ».  Nous pensions que les tortueux chemins parcourus  par l’intelligence et la raison allaient nous prémunir contre ce mal qui ne cesse de se renouveler, rendant le visage du loup moins hideux et plus difficile à débusquer.
Et si l’inquisition qui durera plusieurs siècles , allumant un brasier qui sera visible à des années lumières et dans lequel on balancera avec une haine et  un sadisme étonnants  les idées des hommes , convoyant au bucher des milliers de personnes pour des broutilles, persécutant et bannissant des communautés entières , cadenassant la pensée humaine et calcinant toutes les passions et les désirs. Si tous ces rigorismes religieux et insensés qui pensaient tuer pour dieu et qui se retrouvent par la suite confortablement calés dans des trônes qu’ils ne voudront plus quitter et se laissant  séduire par les mêmes tentations et compromissions de ceux qu’ils avaient combattu avec tant de véhémence.
Et si les plus grands carnages  ne se sont brillamment exécutés que lorsque justement cette humanité  des lumières prétendait détenir un savoir infaillible pour mieux servir le bien.
N’a-t-on pas attendu la fin de ce deuxième millénaire  pour que la civilisation humaine fasse ce serment auquel nous essayons chaque jour de donner vie : « La  communauté internationale jura de ne plus jamais laisser se produire des atrocités comme celles commises pendant ce conflit(Deuxième guerre mondiale)…La méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité. »(Préambule- Déclaration universelle des droits de l'homme-1948)
Comment alors , tirer le meilleur de ces modèles de religion que l’on voit se fourvoyer dans des actions souvent maladroites, parfois horribles et  dont les résultats ont inéluctablement produit le contraire de ce que leurs crédos pompeux claironnaient ; et comment s’inspirer de cette conscience humaine affranchie  de tous les totems infantilisants mais au sein de laquelle se dissimulent toujours de sombres volontés capables des pires atrocités.
Au nom de quoi devrions-nous aujourd’hui réajuster nos vérités et nos convictions, notre morale et notre éthique.  Est-ce au nom d’un Dieu confisqué, séquestré et à qui on fait dire tout ce que l’on veut, au nom  d’une religion discréditée par ses propres serviteurs (Inquisition – persécution-Extrémisme – intégrisme) ? Ou bien serait-ce au nom d’un libre arbitre,  humain, universel, tolérant, généreux et avisé, perfectible et studieux.
Même le Diable ne cesse de clamer son innocence et sa crainte de Dieu, rejetant effrontément comme nous la faute sur la débilité de l’homme.  (Le Coran – Sourates « Ibrahim, Abraham.22 »-« Hashr, l’Exode.16»)
Penser  faire évoluer les choses en essayant de neutraliser la liberté de conscience est une gageure monumentale. Car ce n’est pas la liberté de conscience qui menace l’Islam. L’ennemi est tout autre. C’est justement cette liberté de conscience qui permettra de démasquer toutes ces turpitudes séculières et religieuses qui altèrent et menacent notre relation avec le monde et avec Dieu.
Bien au contraire, la liberté de conscience n’est pas forcément cet esprit d’innovation diabolisé contre lequel les gardiens de l’ordre nous mettent en garde. La liberté de conscience, c’est cette vigie qui s’expose  au risque de sa vie dans des moments où l’égarement, imprévisible et sournois, menace nos convictions, nos vérités, notre union et notre progrès.
Kamel Daoud, un enfant de Mostaganem, d’Oran, d’Algérie, du Monde. Aussi insolent, pertinent et authentique que fût   Diogène de Sinope, fait aujourd’hui l’objet d’une chasse aux sorcières. Reflexes immémoriaux qui illustrent la faiblesse et la vulnérabilité de l’esprit.
Le chroniqueur et l’écrivain , ulcéré par autant de déchéance morale dans laquelle croupissait le pays , n’a eu de cesse pendant des années à démanteler les artifices de notre misérable résignation  et à marteler dans un style à faire remuer les morts dans leurs tombes des sentences imparables contre un ordre politique, moral , religieux ,et social préfabriqué, superficiel , fait de tartufferies et de connivences mesquines.
N’est-ce pas cela la véritable religion ! S’insurger contre le vice, l’injustice et les différentes formes d’oppression que subit ce peuple tantôt presque consentant je ne sais pourquoi, tantôt affligé et émouvant.
Ils ont hélas été trop  nombreux à  subir la persécution, l’ostracisme, la crucifixion, l’anathème, l’excommunication, le Takfir et toutes sortes d’humiliation, de mépris et de rejet.
C’est portant cette liberté de conscience qui a permis au prophète Abraham de faire un tour d’horizon  purement intellectuel  afin d’être en mesure  d’infirmer rationnellement les croyances absurdes et centenaires de ses aïeux. C’est cette même liberté de conscience qui  incita  le Prophète Moïse  à polémiquer avec El-Khidr au sujet d’une certaine « vérité absolue » qui ne se laisse pas forcément déceler au moyen d’une raison rudimentaire. C’est toujours cette liberté de conscience qui poussa le prophète  Jésus  à démolir le règne vermoulu et sclérosé des Pharisiens en introduisant dans l’âme humaine beaucoup plus de compassion, d’amour, de tolérance et de raison.  C’est cette même liberté de conscience qui poussera le moine Pélage et beaucoup plus tard le Pasteur Martin Luther à bousculer un ordre religieux  immuable, grotesque et imbu de lui-même. Et voilà aussi que des centaines d’années après ce fameux concile de Nicée (325 ap. J.-C) fédérateur et uniformisant, le Concile Vatican II (1962), viendra encore une fois ébranler de manière salutaire  un conformisme religieux qui ne servait plus à rien, complètement discrédité aux yeux d’une communauté croyante désabusée et errante dans un monde captivée par d’autres divinités.
C’est finalement cette même liberté de conscience qui poussera notre prophète(Q.S.S.S.L) à tourner le dos aux pratiques ancestrales de ses oncles et de son grand-père qu’il aimait tant.
Une liberté de conscience qui inspirera au cousin et compagnon du prophète Ja'far ibn Abī Tālib (s’adressant au Négus) ce discours si éloquent et oh combien émouvant : « Ô Roi, nous étions un peuple vivant dans l’ignorance et l’immoralité... commettant toutes sortes d’atrocités et de pratiques honteuses …le plus fort d’entre nous exploitant le plus faible... Nous demeurâmes en l’état jusqu’au jour où Allah, Exalté Soit-Il, nous envoya un Prophète de notre peuple …. Il nous a enjoints de dire la vérité, d’honorer notre parole, d’être aimables envers nos proches, d’aider nos voisins, de cesser tout acte illicite, de s’abstenir de verser le sang, d’éviter l’indécence et le faux témoignage, de ne pas s’approprier les biens des orphelins ni de calomnier les femmes honnêtes. »
Qui peut remettre en  cause la foi et l’intégrité du penseur Malek BENNABI. Ses remarques  pamphlétaires  très virulentes  lui auraient sans nul doute causé les pires désagréments si les vigilances et les volontés (politiques) n’étaient aussi éparpillées et distraites : " L'idéal islamique; idéal de vie et de mouvement a sombré dans l'orgueil et particulièrement dans la suffisance du dévot qui croit réaliser la perfection en faisant ses cinq prières quotidiennes sans essayer de s'amender ou de s'améliorer : il est irrémédiablement parfait, Parfait comme la mort et comme le néant. Des êtres immobiles dans leur médiocrité et dans leur perfectible imperfection deviennent ainsi l'élite d'une société morale d'une société où la vérité n'a enfanté qu'un nihilisme." (Malek Bennabi, Vocation de l'islam-1954-"
Le monde est quand même bizarre, on a l’impression que rien n’a vraiment changé,  pire encore, cet état d’esprit n’a pas vieilli d’un cheveu ; de nouveaux vices y seront incorporés.
La richesse intellectuelle de ce pays, sa gloire et son identité multiple auraient été d’une indigence et d’une lâcheté indicibles s’il n’y avait pas eu des penseurs et des baroudeurs comme Bennabi, Lacheraf, Arkoun, Mimouni, Ouettar, Djaout, Boudjedra, Alloula, Kaki… et tant d’autres.
El-Hallaj, Ibn Rochd, El-Farabi, Ibn El-Arabi, El-Kindi, Miskawayh, Djallal Eddine Rumi, Al-Djunayd, Suhrawardi…..représentaient-ils pour l’Islam un danger plus réel et plus profond que la corruption abyssale qui touche l’ensemble du monde musulman et à laquelle tout le monde y participe  y  compris les dévots les plus zélés. En quoi l’exécution des uns et la diabolisation des autres pouvaient-elles honorer le Bon Dieu, servir l’Islam ou l’humanité. En quoi pourrait-être dangereuse, la pensée intime d’un homme qui planerait en permanence, complètement déconnecté de ce monde périssable et vain,  obnubilé par son nirvana et sa fusion avec un tout dont l’essence reste inabordable et inintelligible  pour le commun des mortels.  
Interrogeons-nous un seul instant pour reconnaitre enfin objectivement que toutes ces braves personnes n’ont consacré leur liberté de conscience que pour la quête d’une justice absolue, d’une vérité toujours inaccessible. Fiers de leur identité,  nul n’a jamais essayé  de revendiquer cette  liberté de pensée essentiellement  pour clamer que Dieu est mort, mais plutôt pour s’attaquer à tous les monstres qui avaient pris en otage nos sociétés afin de les maintenir dans un état d’avilissement cyclique.
Il  ne  s’agit  plus  aujourd’hui  d’infirmer les thèses de Samuel  Huntington et de tous ceux qui nous ont mis dans une boite hermétique, rouillée à l’intérieur, qu’il est non seulement recommandable de ne pas ouvrir  mais plutôt de ranger (ou d’enfouir) définitivement parmi les objets qui menaceraient l’équilibre mondial et la civilisation.
Il ne s’agit plus de se porter  l’avocat d’office  d’un islam que nous avons-nous-mêmes casé dans le box des accusés  pour consacrer ensuite le reste de notre existence à des plaidoiries et à des guéguerres qui consistent à purifier  l’espèce humaine d’un mal facétieux et trompeur qui se sert de notre ignorance pour attiser la discorde et le chaos.
Il s’agit surtout de nous prouver à nous même que nous ne sommes pas une communauté qui se laisse trop souvent séduire par l’assassinat et  l’exclusion comme une arme au service  d’une vérité qui ne peut survivre sans le sang parce que nous avons toujours refusé de forcer notre intelligence à produire des alternatives plus éclairées , plus humaines , plus divines.

 

MAZOUZI Mohamed Universitaire
Dimanche 4 Janvier 2015 - 11:06
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